   
%
 Pourquoi ma connaissance est-elle borne ?
ma taille ? ma dure  cent ans plutt
qu' mille ? Quelle raison a eue la nature de me la
donner telle, et de choisir ce nombre plutt qu'un autre,
dans l'infinit desquels il n'y a pas plus de raison de
choisir l'un que l'autre, rien ne tentant plus que l'autre ?  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Tir de l'exprience.  -  L'absurdit
d'une chose n'est pas une raison contre son existence, c'en est
plutt une condition.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Victor Hugo est de l'Acadmie. Allons, allons,
c'est bien : l'Acadmie a besoin de temps en temps
d'tre dflore.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Le choix d'Ancelot  l'Acadmie n'a t
qu'ignoble ; celui de Balzac serait immonde.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 L'autre jeudi,  l'Acadmie, M. Ancelot
disait ce quatrain :
      J'ai jou, je ne sais plus o
      Sur un billard d'trange sorte.

      Les billes restent  la porte
      Et la queue entre dans le trou.
 Cela faisait rire ceux que le dictionnaire ne faisait pas biller.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il arriva un jour  l'Acadmie qu'un copiste
malhabile, charg de fournir des exemples donna celui-ci,
tir, disait-il, de Regnard (Le Joueur) :
      Je me mettrais en gage  mon
besoin d'argent.
 L-dessus, la commission du Dictionnaire bcla une
thorie pour dmontrer comme quoi la locution tait
excellente, et neuve, et faisait partie des originalits
de la langue franaise. L'Acadmie tait
en train d'approuver le rapporteur M. Patin, lorsqu'un membre
(M. Ancelot) fit remarquer que Regnard n'avait pas crit
un mot de cela, et que le texte tait, Le Joueur, acte
II, scne ix : 
      Je me mettrais en gage en un besoin
urgent.
      Sur cette nippe-l vous auriez
peu d'argent.
 Un peu plus, la chose tait dans le dictionnaire avec
la manire de s'en servir.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le prtendu dictionnaire historique de la langue
que fait en ce moment l'Acadmie est le chef-d'oeuvre de
la purilit snile.  
    --- Victor HUGO   
%
 Je voudrais [...] tre de l'Acadmie pour
en dire du mal. Car se moquer d'un salon o l'on n'est
pas reu, a n'a pas l'air trs sincre ;
mais quand on en est, et surtout que le matre de la maison
est un cardinal mort il y a longtemps, on peut s'en donner 
coeur joie ;  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 "L'Acadmie est un salon." L'Acadmie n'est
pas un salon ; c'est une bourriche. A part Anatole
France, dou d'un haut talent, et deux ou trois autres
qui, sans grandes ides, n'crivent pas positivement
mal, il n'y a l qu'une collection d'hutres ;
et d'hutres contamines. 
 "Nous sommes des honntes gens." Vous n'tes pas
des honntes gens ; vous tes de glorioleuses
canailles. Et ce serait un bonheur pour le pays que la disparition
de cet antre de la sottise servile, du pdantisme hypocrite,
lche et froce  -  de ce conservatoire de
la cruelle et ridicule vanit nationale.  
    --- Georges DARIEN   
%
 J'ai assist de prs  de nombreuses
brigues pour l'Acadmie franaise et pour l'Acadmie
des sciences et j'en ai conserv  la fois un souvenir
amus et coeur. Il est tonnant
que des hommes d'un certain ge et d'un certain poids se
soumettent  d'aussi humiliantes dmarches, ou acceptent
d'tre confondus avec la tourbe de faux lettrs et
de faux savants qui encombre ces prtendus sanctuaires
des Lettres et des Sciences. Une fois admis, aprs bien
des rebuffades, et pleins de rancoeur, ces gens de valeur prennent
en grippe les collgues qui les ont ainsi humilis
et ne songent plus qu' se venger d'eux, ou  susciter
des candidats qu'ils pourront,  leur tour, brimer et molester.
D'o un sadisme snilo-acadmique qui mriterait
une tude  part.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Quand ils ont fini d'crire des conneries dans
le dictionnaire,  quoi servent les acadmiciens ?
A rien. A rien du tout. Non mais regardez-les !
Voyez ces tristes spcimens de parasites de la socit
qui trmoussent sans vergogne leur arrogance de nantis
sur les fauteuils vermoulus de l'Acadmie franaise.
Voyez-les glandouiller sans honte  l'heure mme
o des millions de travailleurs de ce pays suent sang et
eau dans nos usines, dans nos bureaux, et mme dans nos
jardins o d'humbles femmes de la terre arrachent sans
gmir  la glbe hostile les glorieuses feuilles
de scarole destines  dcorer les habits
verts de ces plsiosaures diminus qui souillent
les bords de Seine du Quai Conti du chevrotement comateux de leurs
penses sniles.
 N'avez vous pas honte, messieurs, de vous commettre ainsi dans
cette assemble de vieilles tiges creuses, rien dans la
cafetire, tout dans la coupole.
 N'avez-vous pas honte,  vos ges, des grands garons
comme vous, de vous dguiser priodiquement en guignols
vert pomme avec des chapeaux  plumes  la con et
une pe de panoplie de Zorro ? Est-il Dieu
possible que des crivains aussi srieux que vous
passent leur temps  se demander s'il y a deux n 
zigounette ?  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Victor Hugo, de l'Acadmie franaise (on
ne le prcise jamais, car l'Acadmie n'est glorieuse
que pour ceux qui ne le sont pas).  
    --- Frdric DARD   
%
 Vise toujours  la brivet ;
brve est la route de la nature, et c'est la manire
de tout faire et de tout dire le plus raisonnablement possible ;
un tel propos t'affranchit de bien des fatigues, de campagnes
militaires, d'affaires administratives, du style recherch.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Ne va pas penser que, si une chose est difficile 
comprendre pour toi, elle est incomprhensible pour tout
homme ; mais si une chose est possible et familire
 un homme, crois bien aussi que tu peux l'atteindre.  
    --- MARC-AURELE   
%
 N'aie pas honte de te faire aider ; car tu te proposes
de faire ce qui est utile, comme le soldat  l'assaut des
murs. Quoi donc ! si tu es boiteux et si tu ne peux monter
seul au crneau, mais si c'est possible, grce 
un autre ?  
    --- MARC-AURELE   
%
 A chaque minute il me semble que je m'eschape. Et me rechante
sans cesse : "Tout ce qui peut estre faict un autre jour,
le peut estre aujourd'huy."  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Ceux qui s'appliquent trop aux petites choses deviennent
ordinairement incapables des grandes.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Raison des effets. - La concupiscence et la force sont
les sources de toutes nos actions : la concupiscence fait
les volontaires ; la force, les involontaires.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Celui qui, log chez soi dans un palais, avec deux
appartements pour les deux saisons, vient coucher au Louvre dans
un entresol n'en use pas ainsi par modestie ; cet autre qui,
pour conserver une taille fine, s'abstient du vin et ne fait qu'un
seul repas n'est ni sobre ni temprant et d'un troisime
qui, importun d'un ami pauvre, lui donne enfin quelque
secours, l'on dit qu'il achte son repos, et nullement
qu'il est libral. Le motif seul fait le mrite
des actions des hommes, et le dsintressement y
met la perfection.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Faire d'avance un plan exact et dtaill,
c'est ter  son esprit tous les plaisirs de la rencontre
et de la nouveaut dans l'excution de l'ouvrage.
C'est se rendre  soi-mme cette excution
insipide et par consquent impossible dans les ouvrages
qui dpendent de l'enthousiasme et de l'imagination. Un
pareil plan est lui-mme un demi-ouvrage. Il faut le laisser
imparfait si on veut se plaire.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il faut, quand on agit, se conformer aux rgles,
et quand on juge avoir gard aux exceptions.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La facilit est ennemie des grandes choses.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il y a une infinit de choses qu'on ne fait bien
que lorsqu'on les fait par ncessit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La vie contemplative est souvent misrable. Il
faut agir davantage, penser moins, et ne pas se regarder vivre.  
    --- CHAMFORT   
%
 Les grandes choses sont faites pour enfanter les petites
et les petites pour engendrer les grandes. La montagne produit
une souris ; le polype btit un promontoire.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il y a des gens pour croire sens tout ce qu'on
fait en prenant un air srieux.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Je crois que si l'on veut construire sur du sable, autant
que ce soient des forteresses plutt que des chteaux
de cartes.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Le penchant qu'ont les hommes  tenir pour importantes
des vtilles n'a pas manqu d'avoir de trs
grandes consquences.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 L'homme indcis sur une action qu'il mdite,
attend souvent un exemple qui l'encourage ; quelque envie
qu'il ait de la faire, il ne veut pas tre le premier, il
attend qu'on lui ouvre le chemin. Aussi voyez, examinez, dans
la socit, un acte de bienfaisance succde
 un acte de bienfaisance, un duel  un duel, un
suicide  un suicide, un crime  un crime. L'homme
est imitateur ; confrontez attentivement les registres de
la police avec ceux de la cour d'assises. et vous verrez que l'assassinat
n'est jamais plus frquent que lorsqu'on vient de condamner
un homme pour assassinat ; six mois passs sans meurtre,
il faut une me forte pour en commettre un ; il montre
l'exemple, on le suit ; combien qui n'attendaient que cela
pour se dcider. En sortant de la cour d'assises, on est
toujours plus dispos  commettre un crime qu'en
y entrant. Il y a ce je ne sais quoi qui diminue l'horreur du
crime, en voyant le criminel fait comme un autre homme, lui que
l'on s'tait peint comme un monstre ; un je ne sais
quoi qui fait qu'on n'y trouve plus autant de rpugnance,
et si l'accus est ferme, quel encouragement ! Je
serai comme lui, se dit-on ; ne suis-je pas homme comme lui ?
On s'habitue  cette ide, on ne la chasse plus ;
et si le criminel vient  dmontrer que c'est la
socit qui a tort avec lui, chacun se dit :
Elle a tort aussi avec moi ; pourquoi la mnagerais-je
plus que lui ? pourquoi craindrais-je plus que lui ?
Tout cela est dans l'homme ; osez me dire que non, je vous
dirai que vous ne le connaissez pas.  
    --- Pierre Franois LACENAIRE   
%
 Le peintre qui s'apprte  peindre le soleil
fait des thories, et, quand il veut commencer, le soleil
n'est plus l.  
    --- Jules RENARD   
%
 Si tu as plusieurs cordes  ton arc, elles s'embrouilleront,
et tu ne pourras plus viser.  
    --- Jules RENARD   
%
 Echelle de mesure pour tous les jours.
 On se trompera rarement si l'on ramne les actions extrmes
 la vanit, les mdiocres  l'habitude
et les mesquines  la peur.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Dfaut principal des hommes d'action.
 C'est le malheur des gens d'action que leur activit est
toujours un peu irraisonne. On ne peut, par exemple, demander
au banquier qui amasse de l'argent le but de son incessante activit ;
elle est irraisonne. Les gens d'action roulent comme la
pierre, suivant la loi brute de la mcanique. - Tous les
hommes se divisent, en tout temps et de nos jours, en esclaves
et libres ; car celui qui n'a pas les deux tiers de sa journe
pour lui-mme est esclave, qu'il soit d'ailleurs ce qu'il
veut : homme d'Etat, marchand, fonctionnaire, savant.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Comment on gagne les gens courageux.
 On amne les gens courageux  une action en la
leur exposant plus prilleuse qu'elle n'est.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Truc de prophte. - Pour deviner  l'avance
les faons d'agir d'hommes ordinaires, il faut admettre
qu'ils font toujours la moindre dpense d'esprit pour se
librer d'une situation dsagrable.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Cela aussi est hroque.  -  Faire
les choses les plus dcries, celles dont on ose
 peine parler, mais qui sont utiles et ncessaires,
 -  cela aussi est hroque. Les Grecs n'ont
pas eu honte de compter parmi les grands travaux d'Hercule le
nettoyage d'une curie.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Etre dupe.  -  Ds que vous voulez
agir, il vous faut fermer les portes du doute,  -  disait
un homme d'action.  -  Et ne crains-tu pas, de cette faon,
d'tre dupe ?  -  rtorqua un contemplatif.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 [...] presque tout ce qui intresse et sduit
les gens d'un got assez fin et dlicat, et les natures
suprieures, l'homme moyen n'y trouve "aucun intrt" ;
et s'il remarque malgr tout qu'on se dvoue 
ces choses, il appelle cela de l'esprit dsintress
et s'tonne qu'il soit possible d'agir de cette faon.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
  -  Quel ennui ! C'est toujours la mme
histoire ! Quand on a fini de construire sa maison, on remarque
qu'on a, sans s'en rend compte, appris en la btissant une
chose qu'il aurait absolument fallu savoir  -  avant de
commencer. L'ternel et douloureux "trop tard !"  -  mlancolie
de tout ce qui est achev...  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La source dsapprouve presque toujours l'itinraire
du fleuve.  
    --- Jean COCTEAU   
%
  -  Vous n'y allez pas par quatre chemins, vous !
  -  Jamais ! Un seul, c'est plus court.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Les obstacles sont les signes ambigus devant lesquels
les uns dsesprent, les autres comprennent qu'il
y a quelque chose  comprendre.
 Mais il en est qui ne les voient mme pas...  
    --- Paul VALERY   
%
 Que de choses il faut ignorer pour "agir" !  
    --- Paul VALERY   
%
 Qui veut faire de grandes choses doit penser profondment
aux dtails.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce qui me fait si lent  btir, si temporisateur
est l'trange manie de vouloir toujours commencer par le
commencement.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il est extrmement rare que la montagne soit abrupte
de tous cts.  
    --- Andr GIDE   
%
 Un chemin droit ne mne jamais qu'au but.  
    --- Andr GIDE   
%
 Celui qui agit comme tout le monde s'irrite ncessairement
contre celui qui n'agit pas comme lui.  
    --- Andr GIDE   
%
 L'on me reproche ma dmarche oblique... mais qui
ne sait, lorsqu'on a vent contraire, que force est de tirer des
bordes ? Vous en parlez bien  votre aise,
vous qui vous laissez porter par le vent. Je prends appui sur
gouvernail.  
    --- Andr GIDE   
%
 L'union fait la force. Oui, mais la force de qui ?  
    --- ALAIN   
%
 Le petit mot : "Je ferai" a perdu des empires. Le
futur n'a de sens qu' la pointe de l'outil. Prendre une
rsolution n'est rien ; c'est l'outil qu'il faut prendre.
La pense suit. Rflchissez  ceci
que la pense ne peut nullement diriger une action qui
n'est pas commence.  
    --- ALAIN   
%
 Nul ne peut vouloir sans faire. Je n'entends pas par l
seulement que l'excution doit suivre le vouloir, ce qui
est dj une assez bonne maxime de pratique ;
 j'entends que l'excution doit prcder
le vouloir. Comment cela ? Rien n'est plus simple ni plus
ais  comprendre si l'on considre l'homme
tout entier, l'homme dans la situation de l'homme, tel qu'il est
n, tel qu'il a grandi. Que l'homme agisse avant de vouloir,
c'est ce qui est vident par l'enfance. L'homme nage dans
l'univers ds qu'il y est jet ; et il s'y
trouve toujours jet, et jamais d'aucune manire
il ne s'en peut retirer. L'action relle est donc toujours
commence. Tout le vouloir doit s'appliquer  ce
point o l'homme dj se sauve par les mouvements
de l'instinct. L'art de naviguer, qui est un des plus admirables,
fournit toujours de bonnes comparaisons pour l'art de vivre. On
sait que 1e gouvernail ne peut agir si le bateau ne reoit
pas une impulsion, soit du vent, soit des rames ; et disons
mme que, tant que la coque n'a pas pris une certaine vitesse
par rapport  l'eau, le gouvernail est une chose morte.  
    --- ALAIN   
%
 Point d'action ni de russite sans une attention
totale aux causes secondaires.
 La "vie" est une occupation d'insecte.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Un zoologiste qui, en Afrique, a observ de prs
les gorilles, s'tonne de l'uniformit de leur vie
et de leur grand dsoeuvrement. Des heures et des heures
sans rien faire... Ils ne connaissent donc pas l'ennui ?
 Cette question est bien d'un homme, d'un singe occup.
Loin de fuir la monotonie, les animaux la recherchent, et ce qu'ils
redoutent le plus c'est de la voir cesser. Car elle ne cesse que
pour tre remplace par la peur, cause de tout affairement.
 L'inaction est divine. C'est pourtant contre elle que l'homme
s'est insurg. Lui seul, dans la nature, est incapable
de supporter la monotonie, lui seul veut  tout prix que
quelque chose arrive, n'importe quoi. Par l, il se montre
indigne de son anctre : le besoin de nouveaut
est le fait d'un gorille fourvoy.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La devise des spcialistes du dtail est :
"Occupez-vous des souris et les montagnes se dbrouilleront
bien toutes seules."  
    --- L.J. PETER et R.   
%
 Il semble donc exister trois niveaux d'organisation de
l'action. Le premier, le plus primitif,  la suite d'une
stimulation interne et/ou externe, organise l'action de faon
automatique, incapable d'adaptation. Le second organise l'action
en prenant en compte l'exprience antrieure, grce
 la mmoire que l'on conserve de la qualit,
agrable ou dsagrable, utile ou nuisible,
de la sensation qui en est rsulte. L'entre
en jeu de l'exprience mmorise camoufle
le plus souvent la pulsion primitive et enrichit la motivation
de tout l'acquis d  l'apprentissage. Le troisime
niveau est celui du dsir. Il est li  la
construction imaginaire anticipatrice du rsultat de l'action
et de la stratgie  mettre en oeuvre pour assurer
l'action gratifiante ou celle qui vitera le stimulus nociceptif.
Le premier niveau fait appel  un processus uniquement
prsent, le second ajoute  l'action prsente
l'exprience du pass, le troisime rpond
au prsent, grce  l'exprience passe
par anticipation du rsultat futur.   
    --- Henri LABORIT   
%
 Quelles peuvent tre les raisons qui nous empchent
d'agir ?
 La plus frquente, c'est le conflit qui s'tablit
dans nos voies nerveuses entre les pulsions et l'apprentissage
de la punition qui peut rsulter de leur satisfaction.
Punition qui peut venir de l'environnement physique, mais plus
souvent encore, pour l'homme, de l'environnement humain, de la
socio-culture.
 [...]
 Une autre source d'angoisse est celle qui rsulte du dficit
informationnel, de l'ignorance o nous sommes des consquences
pour nous d'une action, ou de ce que nous rserve le lendemain.
Cette ignorance aboutit elle aussi  l'impossibilit
d'agir de faon efficace.
 [...]
 Enfin, chez l'homme, l'imaginaire peut,  partir de notre
exprience mmorise, construire des scnarios
tragiques qui ne se produiront peut-tre jamais mais dont
nous redoutons la venue possible. Il est videmment difficile
d'agir dans ce cas  l'avance pour se protger d'un
vnement improbable, bien que redout. Autre
source d'angoisse par inhibition de l'action.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Dans certaines situations, il n'y a qu'une chose 
faire : rien. Mais il faut le faire tout de suite, sans attendre
une minute de plus. On perd toujours trop de temps avant d'agir.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Casser le thermomtre n'est pas la meilleure faon
de faire baisser la temprature.  
    --- Jos ARTUR   
%
 Si vous ne faites pas aujourd'hui ce que vous avez dans
la tte, demain, vous l'aurez dans le cul.  
    --- COLUCHE   
%
 Diffrer une emmerde, c'est lui donner le temps
de crotre.  
    --- Frdric DARD   
%
 L'homme trop prudent attend qu'il soit trop tard.  
    --- Frdric DARD   
%
  Michel Hannoun :
 J'tais alors responsable des tudiants gaullistes,
mais aussi tudiant en mdecine, et lors d'une rencontre
avec Andr Malraux, j'ai le courage et la jeunesse de lui
demander : "Pourquoi avez-vous des tics ?"
 Rponse de Malraux : "Parce que ma pense
va plus vite que l'action, et que l'une est en permanence 
la poursuite de l'autre."  
    --- Georges FILLIOUD   
%
 Ah ! la volupt de rgler tout dans
la journe et d'aller se coucher sans qu'aucun papier en
souffrance ne trane sur le bureau, sans devoir un franc
 personne et  -  mais c'est beaucoup plus rare
 -  sans que personne ne vous doive un franc !...
  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Ce qui n'est pas utile  l'essaim n'est pas non
plus utile  l'abeille.   
    --- MARC-AURELE   
%
 Recevoir des bienfaits de quelqu'un est une manire
plus sre de se l'attacher que de l'obliger lui-mme.
La vue d'un bienfaiteur importune souvent, celle d'un homme 
qui l'on a fait du bien est toujours agrable. Nous aimons
notre ouvrage en lui.
 Vouloir se passer de tous les hommes et n'tre oblig
 personne, signe certain d'une me sans sensibilit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Si vous ne sentez pas que la chose donne par vous
vous manque, vous n'avez rien donn. On ne donne que ce
dont on se prive.  
    --- Victor HUGO   
%
 Puis-je me permettre de citer ici un mot que Clemenceau
m'a dit un jour :
  -  Je lis souvent dans les journaux des entrefilets
sur vous qui sont bien venimeux. Comment cela se fait-il ?
Vous ne demandez donc jamais de service  personne ?  
    --- Sacha GUITRY   
%
 L'homme qui se dvoue entirement 
ses semblables risque de passer  leurs yeux pour un tre
sans valeur et goste, tandis que celui qui ne leur
consacre qu'une petite partie de lui-mme est appel
du nom de bienfaiteur et de philanthrope.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Que l'on observe plutt des enfants qui pleurent
et crient afin d'tre objets de piti, et pour cela
guettent le moment o leur situation peut tomber sous les
yeux ; qu'on vive dans l'entourage de malades et d'esprits
dprims et qu'on se demande si les plaintes et
les lamentations loquentes, l'exhibition de l'infortune,
ne poursuivent pas au fond le but de faire mal aux spectateurs :
la piti que ceux-ci expriment alors est une consolation
pour les faibles et les souffrants en tant qu'ils y reconnaissent
avoir au moins encore un pouvoir, en dpit de leur faiblesse :
le pouvoir de faire mal. Le malheureux prend une espce
de plaisir  ce sentiment de supriorit
dont lui donne conscience le tmoignage de piti ;
son imagination s'exalte, il est toujours assez puissant encore
pour causer de la douleur au monde.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 "Etre bon" pour quelqu'un lui suggre de
vous rduire en esclavage. Il ne s'en doute pas. Il n'en
use que plus pleinement avec vous. Il se met  penser sans
effort en disposant de vous. Vous ne faites pas obstacle. Vous
entrez implicitement dans les projets qu'il forme, au titre d'un
moyen facile.  
    --- Paul VALERY   
%
 La mauvaise charit, c'est celle qui offre plutt
un verre de vin qu'une bouche de pain.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il est plus facile d'tre gnreux
que de ne pas le regretter.  
    --- Jules RENARD   
%
 A l'encontre de beaucoup de personnes que je pourrais
nommer, je prfre m'introduire dans un compartiment
dj presque plein que dans un autre qui serait
 peu prs vide.
 Pour plusieurs raisons.
 D'abord, a embte les gens.
 Etes-vous comme moi ? j'adore embter les gens,
parce que les gens sont tous des sales types qui me dgotent.
 En voil des sales types, les gens !
 Et puis, j'aime beaucoup entendre dire des btises autour
de moi, et Dieu sait si les gens sont btes ! Avez-vous
remarqu ?
 Enfin, je prfre le compartiment plein au compartiment
vide, parce que ce manque de confortable macre ma chair,
blinde mon coeur, armure mon me, en vue des rudes combats
pour la vie (struggles for life).  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Nous connaissons mieux nos propres besoins que ceux des
autres. Satisfaire les siens relve de la bonne gestion.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 L'homme, par nature, n'aimerait que lui, et ce serait
la sauvagerie ; mais les liens de socit l'obligent
 compter avec les autres, et  les aimer pour lui,
tant qu'enfin il arrive  croire qu'il les aime pour eux.
Il existe un bon nombre d'ouvrages, assez ingnieux, o
l'on explique assez bien le passage de l'amour de soi 
l'amour d'autrui ; et j'avoue que si l'on commenait
par la solitude et l'amour de soi, on arriverait bientt
 aimer ses semblables. Mais ce n'est qu'une mauvaise algbre.
Autant qu'on connat le sauvage, il vit en crmonie
et adore la vie commune ; il est aussi peu goste
que l'on voudra. L'gosme est un fruit de la civilisation,
non de sauvagerie ; et l'altruisme aussi son correctif ;
mais l'un et l'autre sont plutt des mots que des tres.  
    --- ALAIN   
%
 La charit a toujours soulag la conscience
des riches, bien avant de soulager l'estomac du pauvre.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 Celui qui dans la vie est parti de zro pour n'arriver
 rien dans l'existence n'a de merci  dire 
personne.  
    --- Pierre DAC   
%
 Qui aime veut venir en aide  l'objet aim.
Mais le dsir spontan de voler au secours d'autrui
ne prsuppose pas forcment l'existence d'une relation
amoureuse individuelle. Au contraire, l'altruisme qui pousse 
venir en aide  un inconnu est considr
comme une manifestation d'une particulire noblesse. Cette
aide altruiste constitue un idal lev et
(dit-on) contient en elle-mme sa propre rcompense.
 Cela ne devrait pas forcment faire obstacle 
notre dessein. Comme toute autre attitude noble, l'altruisme,
l'aide dsintresse sont susceptibles de
salissure et d'amoindrissement par la lueur blme de la
pense. Pour mettre en doute la puret altruiste,
il suffit de se demander si l'on ne possde pas, dans le
fond, des mobiles cachs. Cette bonne action n'tait-elle
pas un dpt de fonds sur mon compte personnel en
paradis ? Ne visait-elle pas  en mettre plein la
vue  des tiers ? Voulais-je me faire admirer ?
Contraindre quelqu'un  la gratitude envers moi, en faire,
comme on dit si bien, mon "oblig" ? Ne cherchais-je
pas plus simplement  attnuer quelque sentiment
de culpabilit ? Il n'existe manifestement pas de
limite au pouvoir de la pense ngative, il suffit
de chercher pour trouver.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Il se trouve assez de personnes qui ont du mrite,
du courage et de l'ambition et qui roulent dans leur esprit des
penses gnrales de s'lever et de
rendre leur condition meilleure ; mais il s'en rencontre
rarement qui, aprs les avoir formes, sachent faire
le choix des moyens qui sont propres  l'excution,
et qui ne se relchent pas du soin continuel qu'il faut
avoir pour les faire russir, ou, quand ils s'en donnent
la peine, c'est presque toujours  contretemps, et avec
trop d'impatience d'en voir le succs.  
    --- Cardinal de RETZ   
%
 On ne s'lve que par de grandes vertus
ou par de grands crimes, par des talents suprieurs ou
par une stupidit avre, par une extrme
hauteur ou par une extrme bassesse : toujours par
les extrmes.   
    --- LA BEAUMELLE   
%
 L'esclave n'a qu'un matre ; l'ambitieux en
a autant qu'il y a de gens utiles  sa fortune.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Je ne suis point tonn de voir les ambitieux
se donner un air de modestie et se dfendre de l'ambition
comme d'un vice honteux. Celui qui montreroit toute son ambition
tonneroit tous ceux qui voudraient le servir. D'ailleurs,
comme personne n'est assur de russir dans le chemin
de la fortune, on se prpare la ressource de faire croire
qu'on l'a mprise.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 L'ambition prend aux petites mes plus facilement
qu'aux grandes, comme le feu prend plus aisment 
la paille, aux chaumires qu'aux palais.  
    --- CHAMFORT   
%
 C'est l'ambition qui fait les grands intervalles. Un palefrenier
du roi de France est plus prs de son matre que
le chancelier.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Petetin m'avait dit le matin que, pour n'avoir rien 
se reprocher, il avait mis son ambition dans sa poche. Je disais
 Chenavard que je pensais qu'il tait impossible
de se trouver ml aux affaires des autres et de
s'en tirer compltement honnte. "Comment voulez-vous,
disait-il, qu'il en soit autrement ? Celui qui prend l'quit
pour rgle ne peut absolument lutter contre celui qui ne
songe qu' son intrt : il sera toujours
battu dans la carrire de l'ambition."  
    --- Eugne DELACROIX   
%
 Ne pas oublier !  -  Plus nous nous levons,
plus nous paraissons petits aux regards de ceux qui ne savent
pas voler.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 L'ambition ne m'est pas naturelle ; je me la suis
inocule  propos de ma candidature acadmique
(1844). J'en prouve assez pour la comprendre et la sentir
en abrg. Je ne l'ai pas  l'tat
de petite vrole, je l'ai  l'tat de vaccine :
je n'en resterai pas grav.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Pour peu qu'on tche de se perfectionner, on voit
les autres rapetisser, comme s'ils s'enfonaient dans le
sable.  
    --- Jules RENARD   
%
 Oh ! madame, mon ambition n'a pas de bornes. Pour
arriver, je vous passerais sur le ventre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y a de la place au soleil pour tout le monde, surtout
quand tout le monde veut rester  l'ombre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les arrivistes sont des gens qui arrivent. Ils ne sont
jamais arrivs.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Il y a quelques semaines que je veux noter cette rflexion
qui m'est venue, que les gens qui dsirent avoir beaucoup
de choses dans la vie : places, honneurs, influence, dcorations,
Acadmie, sont peut-tre des gens qui ont une vitalit
suprieure, qui a besoin d'embrasser beaucoup de choses.
Les gens qui vivent dans leur coin, se contentant de ce qui leur
vient, sans aucune activit pour rien attraper d'autre,
seraient des gens d'une vitalit rduite. On dit
des premiers : arrivistes, ambitieux, et on fait honneur
aux seconds de leur modestie. Les premiers ne sont pas plus 
blmer que les seconds  fliciter. Notre
caractre est notre matre et toutes nos actions
dpendent de lui. Les premiers et les seconds ne pourraient
pas tre autrement qu'ils sont.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il y a des gens qui savent se caser. Il est vrai que c'est
tout ce qu'ils savent.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Si vous tes un jour trait de parvenu, tenez
pour bien certain que vous serez arriv.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Etre soi-mme !... Mais soi-mme
en vaut-il la peine ?  
    --- Paul VALERY   
%
 A strictement parler, il tait rest
ce qu'on appelle un espoir ; on nomme espoirs, dans la rpublique
des esprits, les rpublicains proprement dits, c'est--dire
ceux qui s'imaginent qu'il faut consacrer  son travail
la totalit de ses forces, au lieu d'en gaspiller une grande
part pour assurer son avancement social ; ils oublient que
les rsultats de l'homme isol sont peu de chose,
alors que l'avancement  est le rve de tous, et ngligeant
ce devoir social qu'est l'arrivisme, ils oublient que l'on doit
commencer par tre un arriviste pour pouvoir offrir 
d'autres, dans les annes du succs, un appui 
la faveur duquel ils puissent arriver  leur tour.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Mfiez-vous de ceux qui tournent le dos 
l'amour,  l'ambition,  la socit.
Ils se vengeront d'y avoir renonc.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La lucidit sans le correctif de l'ambition conduit
au marasme. Il faut que l'une s'appuie sur l'autre, que l'une
combatte l'autre sans la vaincre, pour qu'une oeuvre, pour qu'une
vie soit possible.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Et-il tous les mrites, un ambitieux ne
peut tre honnte qu' la surface. N'ayez confiance
que dans les indiffrents.   
    --- Emil CIORAN   
%
 Le mot "lgitime" perd toute espce de sens
quand on l'associe  celui d'"ambition".  
    --- Andr FROSSARD   
%
 L'amoureux vritable des fonctions et des places
ne dmissionne jamais, ni pour raison de conscience, ni
faute des conditions techniques ncessaires  son
office. Il sacrifie toujours ce qu'il faut et ceux qu'il faut
 la conservation de son pouvoir, y compris ce pouvoir
mme, s'il doit se rsigner  n'en plus retenir
que l'apparence. Les trahisons que son arrivisme lui impose et
les volte-face que ses opinions excutent, il les dguisera
en dcisions immacules, qui coulent de la pure
source d'une conviction intime et d'une mditation toute
personnelle. La dmission, s'il y est accul, il
la ngocie contre un autre poste, dans lequel il s'arrange
pour gagner en lvation ce qu'il a perdu en influence.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Les grandes mes ne sont pas celles qui ont moins
de passions et plus de vertu que les mes communes, mais
celles seulement qui ont de plus grands desseins.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD  
%
 Les doctes ou les docteurs diront au fou : "Mon ami,
quoique tu aies perdu le sens commun, ton me est aussi
spirituelle, aussi pure, aussi immortelle que la ntre ;
mais notre me est bien loge, et la tienne l'est
mal ; les fentres de la maison sont bouches
pour elle ; l'air lui manque, elle touffe." Le fou,
dans ses bons moments, leur rpondrait : "Mes amis,
vous supposez,  votre ordinaire, ce qui est en question.
Mes fentres sont aussi bien ouvertes que les vtres,
puisque je vois les mmes objets et que j'entends les mmes
paroles : il faut donc ncessairement que mon me
fasse un mauvais usage de ses sens, ou que mon me ne soit
elle-mme qu'un sens vici, une qualit dprave.
En un mot, ou mon me est folle par elle-mme, ou
je n'ai point d'me."  
    --- L'me et la folie.
   
%
 Quand l'immortalit de l'me serait une erreur,
je serais trs fch de ne pas la croire.
Je ne sais comment pensent les athes. (J'avoue que je
ne suis point si humble que les athes.) Mais, pour moi,
je ne veux point troquer (et je n'irai point troquer) l'ide
de mon immortalit contre celle de la batitude
d'un jour. Je suis trs charm de me croire immortel
comme Dieu mme. Indpendamment des vrits
rvles, des ides mtaphysiques
me donnent une trs forte esprance de mon bonheur
ternel,  laquelle je ne voudrais pas renoncer.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Le dogme de l'immortalit de l'me nous porte
 la gloire, au lieu que la crance contraire en
affaiblit en nous le dsir.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 On affirmait  quelqu'un que l'me tait
un point ;  quoi il rtorqua : pourquoi
pas un point virgule, elle aurait ainsi une queue.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Idal d'une me.
 Le dsir d'avoir une me et de n'tre immortellement
que cette me, ce dsir doit plir singulirement
prs du dsir d'une me d'avoir un corps,
et une dure. Elle cderait son royaume mme
pour un cheval. Un ne, peut-tre ?  
    --- Paul VALERY   
%
 Ame, c'est bien l le mot qui a fait dire
le plus de btises. Quand on pense qu'au XVII<SUP>e</SUP> sicle
des gens senss, de par Descartes, refusaient une me
aux animaux ! Outre l'ineptie qu'il y avait  refuser
 d'autres tres une chose dont l'homme n'a pas la
moindre ide, il et autant valu prtendre
que le rossignol, par exemple, n'a pas de voix, mais, dans le
bec, un petit sifflet fort bien fait, achet par lui 
Pan ou  quelque autre Satyre, bibelotier de la fort.  
    --- Jules RENARD   
%
 Cent mille mes, combien cela peut-il faire d'hommes ?  
    --- Jules RENARD   
%
 Notre me est immortelle, pourquoi ? Et pourquoi
pas celle des btes ? Quand les deux flammes sont teintes,
quelle diffrence y a-t-il entre la flamme d'une pauvre
chandelle et celle d'une belle lampe au bec compliqu,
haute sur tige, et dont l'abat-jour s'carte comme une
jupe.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les btes ont-elles une me ? Pourquoi
n'en auraient-elles pas ? J'ai rencontr, dans la
vie, une quantit considrable d'hommes, dont quelques
femmes, btes comme des oies, et plusieurs animaux pas beaucoup
plus idiots que bien des lecteurs.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 L'me, c'est la vanit et le plaisir du corps
tant qu'il est bien portant, mais c'est aussi l'envie d'en sortir
du corps ds qu'il est malade ou que les choses tournent
mal. On prend des deux poses celle qui vous sert le plus agrablement
dans le moment et voil tout !  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 A regarder les choses selon la nature, l'homme
a t fait pour vivre tourn uniquement vers
l'extrieur. Pour voir en lui-mme, il lui faut fermer
les yeux, renoncer  l'action, sortir du courant... Ce
qu'on appelle "vie intrieure" est un phnomne
tardif qui n'a t possible que par un ralentissement
systmatique de nos fonctions vitales, de sorte que 1'"me"
n'a pu surgir qu'aux dpens de nos organes.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Cette histoire d'me, entit invisible, invrifiable
et tellement flatteuse pour celui  qui l'on en concde
une, est une invention formidable. Elle n'est pas la seule, toute
religion est btie sur un systme d'affirmations
du mme genre, impossible  dmontrer et donc
irrfutables, tout  la fois consolatrice et terrifiantes,
mais, l, on est oblig d'admirer. Affirmer 
une espce animale, en l'occurrence la ntre, qu'elle
n'est qu'en apparence semblable aux autres par son aspect et la
matire dont elle est faite, mais qu'elle possde,
elle, une chose essentielle et sublime, immortelle de surcrot
(vas-y voir !), que les autres cratures de chair
et de sang n'ont pas, que cette entit invisible est son
vritable "moi" qui survivra  tout, le reste n'tant
que vase provisoire, vile dpouille voue 
la putrfaction, et que cette "tincelle divine"
la rend non seulement suprieure  toute espce
vivante, mais surtout diffrente en essence car procdant
de la nature mme de Dieu, ce qui lui donne droit de vie
et de mort sur tout ce qui vit, quelle trouvaille ! C'est
l le bon vieux coup de la race lue, c'est le truc
dmagogique des nazis affirmant aux Allemands que les Allemands
sont le nec plus ultra de l'humanit, qu'ils sont les seuls
beaux, les seuls intelligents, les seuls purs, en un mot les seuls
vraiment hommes parmi tous les peuples, les autres n'tant
que tentatives avortes ou btards dgnrs,
et qu' ce titre, eux, Allemands, ont tous les droits,
y compris celui de dcider de la vie, de la mort et de
la souffrance "utile" des sous-hommes. Ca marche 
tous les coups. Pardi !  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Nous n'avons pas tant  nous servir des services
que nous rendent nos amis, que de l'assurance que nous avons de
ces services.  
    --- EPICURE   
%
 Nous ne pouvons rien aimer que par rapport  nous,
et nous ne faisons que suivre notre got et notre plaisir
quand nous prfrons nos amis  nous-mme ;
c'est nanmoins par cette prfrence seule
que l'amiti peut tre parfaite.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Le temps, qui fortifie les amitis, affaiblit l'amour.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Vivre avec ses ennemis comme s'ils devaient un jour tre
nos amis, et vivre avec nos amis comme s'ils pouvaient devenir
nos ennemis, n'est ni selon la nature de la haine, ni selon les
rgles de l'amiti ; ce n'est point une maxime
morale, mais politique.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 De qui dans la vie veut-on se faire aimer ? de ceux
qui ne se soucient pas de nous. Il y a des gens qui donneraient
deux de leurs meilleurs amis, pour avoir l'amiti d'un
homme qui les fuit. Dire du mal de quelqu'un n'est le plus souvent
qu'une manire de se plaindre de son indiffrence
pour nous. Dans le temps que j'tais dans le monde, on
me disait qu'il y avait un homme qui marquait toujours de l'aigreur
dans ses discours, quand il parlait de moi : je m'avisai
tout d'un coup de songer que je le saluais froidement quand je
le rencontrais. Je le tiens, dis-je alors en moi-mme, cet
homme-l veut que je l'aime, il l'a mis dans sa tte,
parce qu'il s'est imagin que je ne l'aimais pas ;
et j'avais raison de penser cela, car ds que je l'eus
salu d'un air riant, il me marqua tant d'amiti
que je n'en savais que faire. Mais, malheureusement, j'en pris
pour lui aussi, et cela fit qu'il m'aima toujours bien, mais qu'il
ne me ftait plus.  
    --- MARIVAUX   
%
 Le seul moyen d'avoir des amis, c'est de tout jeter par
les fentres, de n'enfermer rien et de ne jamais savoir
o l'on couchera le soir.
 Il y a, me direz vous, peu de gens assez fous pour prendre ce
parti. Eh qu'ils ne se plaignent donc pas s'ils n'ont pas d'amis,
ils n'en veulent pas.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Quiconque n'est jamais dupe n'est pas ami.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Rien de si ais que d'tre bien avec un homme
qu'on ne voit qu'une fois par mois.  
    --- STENDHAL   
%
 Puisqu'il faut avoir des ennemis, tchons d'en avoir
qui nous fassent honneur.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Beaucoup d'amis, beaucoup de gants,  -  de peur
de la gale.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Toi, jeune homme, ne te dsespre point ;
car, tu as un ami dans le vampire, malgr ton opinion contraire.
En comptant l'acarus sarcopte qui produit la gale, tu auras deux
amis !  
    --- Le Comte de LAUTREAMONT   
%
 Comment peut-on prtendre que les amis sont rares,
dans besoin ? Mais c'est le contraire. A peine a-t-on
fait amiti avec un homme, que le voil aussitt
dans le besoin et qu'il vous emprunte de l'argent.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 La vie de l'ennemi. - Qui vit de combattre un ennemi a
intrt  ce qu'il reste en vie.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Tout le monde a eu de ces amis malplaisants  vivre,
mais dont on est sr, que l'on met " gauche" pour
ainsi parler, contre le malheur. Tels ces objets de ncessaire
dont on n'use que pris au dpourvu.
 Et tout de suite, ils vous cassent dans la main.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
  -  Ah ! qu'un beau jour, songeait le roi,
quelqu'un m'aimt pour moi-mme, sans trahison, ni
calcul, ni mensonge.
 L'aumnier dit :
  -  Prenez un chien.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 La fivre,  ce que l'on dit, nous dlivre
des puces, et l'infortune, de nos amis.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
  -  Mais... mon cher ami !
  -  L, l. Pas de gros mots.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 La haine soutenant mieux que l'amiti, si l'on
pouvait har ses amis on leur serait plus utile.  
    --- Jules RENARD   
%
 Mon ami ne me sert qu' embter ceux de mes
ennemis qui sont ses amis.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les amis de nos amis sont nos amis.
 Le chevalier du Bran d'Enhaut avait sauv la vie 
un petit avocat au parlement de Normandie. Quand vint la Terreur,
cet avocat plein de gratitude le recommanda  un savetier,
qui le recommanda  un vidangeur, qui le recommanda 
un bndictin dfroqu, qui le recommanda
 Catherine Thot la prophtesse, qui le
recommanda  Robespierre qui lui fit couper la tte.
Un bienfait  n'est jamais perdu.  
    --- Lon BLOY   
%
 Il se produit quelque chose d'assez mystrieux
au dbut d'une amiti. Une circonstance imprvue
souvent la dtermine et l'on devient l'esclave d'une confidence
ou d'un secret. Plus tard, un jour, on passe en revue ses amis
et l'on constate parmi eux la prsence de deux ou trois
individus qui ne devaient pas tre l - mais il n'y
a plus rien  faire, le pli est pris. Comment pourriez-vous
prtendre que la raison qui vous avait pouss vers
eux n'existe plus puisqu'il vous est impossible de la formuler.
Vous les trouvez ennuyeux, inutiles et gnants parfois -
tant pis, c'est trop tard, il n'y a plus rien  faire !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Nous ne devrions dranger nos amis que pour notre
enterrement. Et encore !  
    --- Emil CIORAN   
%
 On peut aimer n'importe qui, sauf son voisin.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il est du vritable amour comme de l'apparition
des esprits : tout le monde en parle, mais peu de gens en
ont vu.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Quand un discours naturel peint une passion ou un effet,
on trouve dans soi-mme la vrit de ce qu'on
entend, laquelle on ne savait pas qu'elle y ft, en sorte
qu'on est port  aimer celui qui nous la fait sentir ;
car il ne nous a pas fait montre de son bien, mais du ntre ;
et ainsi ce bienfait nous le rend aimable, outre que cette communaut
d'intelligence que nous avons avec lui incline ncessairement
le coeur  l'aimer.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Qui voudra connatre  plein la vanit
de l'homme n'a qu' considrer les causes et les
effets de l'amour. La cause est un je ne sais quoi (Corneille),
et les effets en sont effroyables. Ce je ne sais quoi, si peu
de chose qu'on ne peut le reconnatre, remue toute la terre,
les princes, les armes, le monde entier.
 Le nez de Clopatre : s'il et t
plus court, toute la face de la terre aurait chang.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Si la morale de Cloptre et t
moins courte, la face de la terre aurait chang. Son nez
n'en serait pas devenu plus long.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 L'enfant dit (retour du cinma o il a vu
un "drame" et le hros ou le tratre tu assez
niaisement) : "S'il avait t malin, il se
serait mis  quatre pattes et il se serait sauv."
Cette correction est remarquable. Si, etc., le drame et
t tout autre. 
 Que de gens ont pens qu' la place d'Adam ils
n'eussent point mordu ;  la place de Napolon,
vit la guerre d'Espagne ! A la place
de Pascal, on aurait fait l'conomie de la pense
du nez de Cloptre, qui est bien inutile. 
 Cette pense, si elle et t moins
nave... n'et pas t.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le nez de Cloptre plus long, voil
toute la face du monde change.
 Et la sienne donc.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 L'ironie du nez de Cloptre et des sourcils
de Zeus, le contraste drisoire des petites causes et des
grands effets sont [...] des apparences paradoxales qui se dissipent
quand on considre la susceptibilit infinie et
l'infini pouvoir signifiant d'un esprit capable de convertir tout
excitant en prtexte et en symbole. Si bien qu'en dfinitive
l'effet grandiose a vraiment une cause grandiose !  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Si le nez de Clopatre avait t
plus long, Jules Csar se serait piqu le ventre.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Vouloir oublier quelqu'un, c'est y penser. L'amour a cela
de commun avec les scrupules, qu'il s'aigrit par les rflexions
et les retours que l'on fait pour s'en dlivrer. Il faut,
s'il se peut, ne point songer  sa passion pour l'affaiblir.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 De toutes les faons de faire cesser l'amour, la
plus sre, c'est de le satisfaire.  
    --- MARIVAUX   
%
 Je me suis toujours dfi en amour des passions
qui commencent par tre extrmes ; c'est mauvais
signe pour leur dure. Les gens faits pour tre constants,
destins  cela par leur caractre, sont
difficiles  mouvoir.  
    --- MARIVAUX   
%
 Rarement la beaut et le je ne sais quoi se trouvent
ensemble.
 J'entends par le je ne sais quoi : ce charme rpandu
sur un visage et sur une figure, et qui rend une personne aimable,
sans qu'on puisse dire  quoi il tient.  
    --- MARIVAUX   
%
 L'amour tel qu'il existe dans la socit,
n'est que l'change de deux fantaisies et le contact de
deux pidermes.  
    --- CHAMFORT   
%
 On vous dit quelquefois, pour vous engager  aller
chez telle ou telle femme : Elle est trs aimable ;
mais si je ne veux pas l'aimer ! Il vaudrait mieux dire :
 Elle est trs aimante, parce qu'il y a plus de gens qui
veulent tre aims que de gens qui veulent aimer
eux-mmes.  
    --- CHAMFORT   
%
 On demandait  M... pourquoi la nature avait rendu
l'amour indpendant de notre raison. "C'est, dit-il, parce
que la nature ne songe qu'au maintien de l'espce, et,
pour la perptuer, elle n'a que faire de notre sottise.
Qu'tant ivre, je m'adresse  une servante de cabaret
ou  une fille, le but de la nature peut tre aussi
bien rempli que si j'eusse obtenu Clarisse aprs deux ans
de soins ; au lieu que ma raison me sauverait de la servante,
de la fille, et de Clarisse mme peut-tre. A
ne consulter que la raison, quel est l'homme qui voudrait tre
pre et se prparer tant de soucis pour un long
avenir ? Quelle femme, pour une pilepsie de quelques
minutes, se donnerait une maladie d'une anne entire ?
La nature, en nous drobant  notre raison, assure
mieux son empire ; et voila pourquoi elle a mis de niveau
sur ce point Znobie et sa fille de basse-cour, Marc-Aurle
et son palefrenier."  
    --- CHAMFORT   
%
 Il n'y a plus aujourd'hui d'inimitis irrconciliables
parce qu'il n'y a plus de sentiments dsintresss.
C'est un bien qui est n d'un mal.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On ne souffre jamais que du mal que nous font ceux qu'on
aime. Le mal qui vient d'un ennemi ne compte pas.  
    --- Victor HUGO   
%
 Dis-moi qui tu aimes, je te dirai qui tu hais.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il n'y a qu'une loi en sentiment. C'est de faire le bonheur
de ce qu'on aime.  
    --- STENDHAL   
%
 Ce qu'il y a d'ennuyeux dans l'amour, c'est que c'est
un crime o l'on ne peut pas se passer d'un complice.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Qu'est-ce que l'amour ?
 Le besoin de sortir de soi.
 L'homme est un animal adorateur.
 Adorer, c'est se sacrifier et se prostituer.
 Aussi tout amour est-il prostitution.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 On peut promettre des actions, mais non des sentiments,
car ceux-ci sont involontaires. Qui promet  quelqu'un
de l'aimer toujours, ou de le har toujours, ou de lui tre
toujours fidle, promet quelque chose qui n'est pas en
son pouvoir ; ce qu'il peut bien promettre, ce sont des actions
qui,  la vrit, sont ordinairement les
consquences de l'amour, de la haine, de la fidlit,
mais qui peuvent aussi provenir d'autres motifs, car a une seule
action mnent des chemins et des motifs divers.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ce qu'on fait par amour l'est toujours par-del
le bien et le mal.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "je ne sais quoi" d'une femme, il n'y a que a
qui compte.  
    --- Jules RENARD   
%
 C'est peut-tre parce que le chardon pique qu'il
ne craint pas la scheresse. Il ne faut pas tre
trop indulgent : un peu de haine protge.  
    --- Jules RENARD   
%
 Qui les veut faire durer, il faut couvrir son feu de cendres,
et son amour de mystre.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Certains amoureux prouvent  abaisser leur
matresse le mme plaisir que les enfants 
ventrer leurs pantins.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 On n'est pas beau aprs l'amour. Mouvements ridicules,
o on perd chacun un peu de matire. Grandes salets.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il en est en amour comme en toutes choses. Ce qu'on a
eu n'est rien, c'est ce qu'on n'a pas qui compte.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'amour ! Alors, on aime un appareil respiratoire,
un tube digestif, des intestins, des organes d'vacuation,
un nez qu'on mouche, une bouche qui mange, une odeur corporelle ?
Si on pensait  cela, comme on serait moins fou !  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'amour, c'est le physique. Et La Rochefoucauld l'a oubli :
l'amour est encore une forme de l'intrt. Ce qu'on
aime dans un autre, c'est soi, c'est son plaisir, c'est le plaisir
qu'on lui donne et qui est encore une forme du ntre.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Pour tre aim, il faut ne pas aimer ou savoir
cacher son amour. C'est une vrit qui n'a pas fini
d'tre vraie.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'admirable maxime de La Rochefoucauld : "Il y a
des gens qui n'auraient jamais t amoureux, s'ils
n'avaient jamais entendu parler de l'amour", est applicable 
beaucoup d'autres sentiments ;  tous peut-tre.
Il faut un esprit extraordinairement averti pour s'en apercevoir.
Et ce serait une profonde erreur de croire que les tres
les moins cultivs sont les plus spontans, les
plus sincres. Le plus souvent ce sont, au contraire, les
moins capables de critique, les plus  la merci de l'instar,
les mieux disposs, par faiblesse ou paresse, 
adopter des sentiments de convention et  les exprimer
par des phrases toutes faites qui leur pargnent la peine
d'en chercher d'autres plus prcises, phrases dans lesquels
leurs sentiments se glissent prenant tant bien que mal la forme
de cette coquille d'emprunt.  
    --- Andr GIDE   
%
 Que si le moi est hassable, aimer son prochain comme
soi-mme devient une atroce ironie.  
    --- Paul VALERY   
%
 La haine est clairvoyante en ce sens qu'elle fait tre
ce qu'elle suppose, car ignorance, injustice, haine lui rpondent
aussitt. L'amour trouvera toujours moins de preuves ;
car il n'est point promis qu'il suffise de vouloir l'autre attentif,
bienveillant, gnreux, pour qu'il le soit. Toutefois,
par cela mme, il est clair qu'il faut choisir d'aimer,
et de jurer, et de ne jamais cder l, tant
vident que la plus forte rsistance ici ne peut
tre vaincue que par la promesse la plus gnreuse.  
    --- ALAIN   
%
 Plus un esprit est revenu de tout, plus il risque, si
l'amour le frappe, de ragir en midinette.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Aimer son prochain est chose inconcevable. Est-ce qu'on
demande  un virus d'aimer un autre virus ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Etre aim, dans la meilleure des circonstances,
est quelque chose de bien mystrieux. Mais il ne sert 
rien de chercher  s'enqurir, car les questions
ne font que brouiller plus encore le sujet. Au mieux, l'autre
est incapable de vous dire pourquoi. Au pire, ses raisons de vous
aimer se rvlent des choses qu'il ne vous serait
jamais venu  l'esprit de trouver aimables -cet affreux
grain de beaut sur votre paule gauche. Une fois
encore, on se rend compte, trop tard, que le silence est d'or.
 Voici donc une nouvelle leon utile pour la poursuite
de notre sujet : Il ne faut jamais accepter en toute simplicit
et gratitude ce que la vie peut nous offrir  travers l'affection
d'un partenaire. Il faut supputer. Se demander, plutt que
lui demander, ce qu'il peut bien trouver en nous. Car il faut
qu'il y ait un intrt ou quelque autre raison goste
qu'il n'est pas prs de nous rvler.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Avec ce mot on explique tout, on pardonne tout, on valide
tout, parce que l'on ne cherche jamais  savoir ce qu'il
contient. C'est le mot de passe qui permet d'ouvrir les coeurs,
les sexes, les sacristies et les communauts humaines.
Il couvre d'un voile prtendument dsintress,
voire transcendant, la recherche de la dominance et le prtendu
instinct de proprit. C'est un mot qui ment 
longueur de journe et ce mensonge est accept,
la larme  l'oeil, sans discussion, par tous les hommes.
Il fournit une tunique honorable  l'assassin, 
la mre de famille, au prtre, aux militaires, aux
bourreaux, aux inquisiteurs, aux hommes politiques. Celui qui
oserait le mettre  nu, le dpouiller jusqu'
son slip des prjugs qui le recouvrent, n'est pas
considr comme lucide, mais comme cynique. Il donne
bonne conscience, sans gros efforts, ni gros risques, 
tout l'inconscient biologique. Il dculpabilise, car pour
que les groupes sociaux survivent, c'est--dire maintiennent
leurs structures hirarchiques, les rgles de la
dominance, il faut que les motivations profondes de tous les actes
humains soient ignors. Leur connaissance, leur mise 
nu, conduirait  la rvolte des domins,
 la contestation des structures hirarchiques.
Le mot d'amour se trouve l pour motiver la soumission,
pour transfigurer le principe du plaisir, l'assouvissement de
la dominance.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Il y a des milliers d'annes que priodiquement
on nous parle de l'amour qui doit sauver le monde. C'est un mot
qui se trouve en contradiction avec l'activit des systmes
nerveux en situation sociale. Il n'est prononc d'ailleurs
que par des dominants culpabiliss par leur bien-tre
et qui devinent la haine des domins, ou par des domins
qui se sont bris les os contre la froide indiffrence
des dominances. Il n'existe pas d'aire crbrale
de l'amour. C'est regrettable. Il n'existe qu'un faisceau du plaisir,
un faisceau de la raction agressive ou de fuite devant
la punition et la douleur et un systme inhibiteur de l'action
motrice quand celle-ci s'est montre inefficace. Et l'inhibition
globale de tous ces mcanismes aboutit non  l'amour
mais  l'indiffrence.  
    --- Henri LABORIT   
%
 La grande trouvaille des inventeurs du christianisme :
"Dieu est amour !"
 Et alors ? Qu'est-ce que a change ?
 Tu peux toujours prcher aux hommes un dieu d'amour, ils
se serviront de lui pour sanctifier leurs crapuleries et leurs
crimes "pour la bonne cause" ainsi que les massacres de masse,
curs bnisseurs en tte.
 Dieu, on lui fait dire ce qu'on veut. C'est d'ailleurs 
a que a sert.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Je suis souvent tonn de voir combien chacun
s'aime lui-mme plus que tout et pourtant tienne moins compte
de son propre jugement sur lui-mme que celui des autres.
De fait, si un dieu plac prs de lui ou un matre
sage l'invite  n'avoir  part lui aucune pense,
aucune ide qu'il ne profre aussitt 
haute voix, il ne le supportera pas un seul jour. Et ainsi nous
avons honte de ce que notre prochain pense de nous plus que de
ce que nous en pensons nous-mmes.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Dites-moi, je vous prie : peut-on aimer quelqu'un
quand on se hait soi-mme ? S'entendre avec autrui
si on n'est pas d'accord avec soi-mme ? Donner du
plaisir  quelqu'un si on est pour soi-mme pnible
et ennuyeux ? Pour l'affirmer je crois qu'il faudrait tre
plus fou que la Folie elle-mme. Eh bien, si l'on me chassait,
loin de pouvoir supporter les autres chacun se prendra lui-mme
en dgot, mprisera ce qui est  lui,
se hara lui-mme. Car la Nature, en bien des cas plus
martre que mre, a grav dans l'esprit des
mortels, surtout des plus senss, le mcontentement
de soi et l'admiration d'autrui. De l vient que tous les
dons, toute l'lgance, tout le charme de la vie
s'altrent et prissent. Car  quoi bon la
beaut, le plus inestimable prsent des dieux immortels,
si elle est contamine par le vice du dgot
de soi ? Et la jeunesse si elle se corrompt au ferment d'une
mlancolie snile ?  
    --- ERASME   
%
 On aime mieux dire du mal de soi-mme que de n'en
point parler.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Nous ne ressentons nos biens et nos maux qu' proportion
de notre amour-propre.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Ce qui fait voir que les hommes connaissent mieux leurs
fautes qu'on ne pense, c'est qu'ils n'ont jamais tort quand on
les entend parler de leur conduite : le mme amour-propre
qui les aveugle d'ordinaire les claire alors, et leur
donne des vues si justes qu'il leur fait supprimer ou dguiser
les moindres choses qui peuvent tre condamnes.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Le premier mouvement de joie que nous avons du bonheur
de nos amis ne vient ni de la bont de notre naturel, ni
de l'amiti que nous avons pour eux ; c'est un effet
de l'amour propre qui nous flatte de l'esprance d'tre
heureux  notre tour, ou de retirer quelque utilit
de leur bonne fortune.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Dans l'adversit de nos meilleurs amis, nous trouvons
toujours quelque chose qui ne nous dplat pas.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 La Rochefoucauld, dans ses Maximes, crit que "dans
l'adversit de nos meilleurs amis nous trouvons toujours
quelque chose qui ne nous dplat pas" ; celui
qui en dsavoue la vrit, ou bien ne la
comprend pas, ou bien ne se connat point.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Voulez-vous qu'on croie du bien de vous ? N'en dites
pas.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 L'amour-propre est  peu prs  l'esprit
ce qu'est la forme  la matire. L'un suppose l'autre.
Tout esprit a donc de l'amour-propre, comme toute portion de matire
a sa forme : de mme aussi que toute portion de matire
est pliable  une forme plus ou moins fine et varie,
suivant qu'elle est plus ou moins fine et dlicate elle-mme,
de mme encore notre amour-propre est-il plus ou moins subtil,
suivant que notre esprit a lui-mme plus ou moins de finesse.  
    --- MARIVAUX   
%
 Il y a autant de vices qui viennent de ce qu'on ne s'estime
pas assez, que de ce qu'on s'estime trop.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Il n'est pas tonnant qu'on ait tant d'antipathie
pour les gens qui s'estiment trop : c'est qu'il n'y a pas
beaucoup de diffrence entre s'estimer beaucoup soi-mme
et mpriser beaucoup les autres.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Je ne sais si c'est un got particulier ; mais
on ne me parait jamais grand, quand on me fait sentir que je suis
petit.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Il est aussi impossible qu'une socit puisse
se former et subsister sans amour-propre, qu'il serait impossible
de faire des enfants sans concupiscence, de songer  se
nourrir sans apptit, etc. C'est l'amour de nous-mme
qui assiste l'amour des autres ; c'est par nos besoins mutuels
que nous sommes utiles au genre humain ; c'est le fondement
de tout commerce ; c'est l'ternel lien des hommes.
Sans lui il n'y aurait pas eu un art invent, ni une socit
de dix personnes forme ; c'est cet amour-propre que
chaque animal a reu de la nature qui nous avertit de respecter
celui des autres. La loi dirige cet amour-propre et la religion
le perfectionne.  
    --- VOLTAIRE   
%
 L'amour-propre et toutes ses branches sont aussi ncessaires
 l'homme que le sang qui coule dans ses veines ;
et ceux qui veulent lui ter ses passions, parce qu'elles
sont dangereuses ressemblent  celui qui voudrait ter
 un homme tout son sang, parce qu'il peut tomber en apoplexie.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Qui s'amourache de soi procure  son amour au moins
cet avantage que d'avoir fort peu de rivaux.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Dites  Mlanthe qu'il a un grand talent.
Il se tient grave, il est distrait, il n'coute pas. Dites-lui
qu'il est grand pote, il vous prte quelque attention.
Ajoutez que non seulement il est grand pote, mais le plus
grand de nos potes, le pote par excellence, il
vous entend, il vous rpond, il remercie, il est content.
Vous devinez.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Un acte de vertu, un sacrifice ou de ses intrts
ou de soi-mme, est le besoin d'une me noble, l'amour-propre
d'un coeur gnreux, et, en quelque sorte, l'gosme
d'un grand caractre.  
    --- CHAMFORT   
%
 Quand on veut plaire dans le monde, il faut se rsoudre
 se laisser apprendre beaucoup de choses qu'on sait par
des gens qui les ignorent.  
    --- CHAMFORT   
%
 C'est par notre amour-propre que l'amour nous sduit ;
h ! comment rsister  un sentiment
qui embellit  nos yeux ce que nous avons, nous rend ce
que nous avons perdu et nous donne ce que nous n'avons pas ?  
    --- CHAMFORT   
%
 Je demandais  M. de T... pourquoi il ngligeait
son talent et paraissait si compltement insensible 
la gloire ; il me rpondit ces propres paroles :
Mon amour-propre a pri dans le naufrage de l'intrt
que je prenais aux hommes.   
    --- CHAMFORT   
%
 Le plus ou moins de finesse qu'on met  satisfaire
les besoins de l'amour-propre, besoins aussi ncessaires
que celui de boire et de manger, indique la classe  laquelle
appartient l'individu.  
    --- STENDHAL   
%
 S'aimer soi-mme, c'est se lancer dans une belle
histoire d'amour qui durera toute la vie.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Quand il fait l'loge de quelqu'un, il lui semble
qu'il se dnigre un peu.  
    --- Jules RENARD   
%
 Comment se fait-il donc qu'on connaissent toutes les bonnes
actions discrtes ?  
    --- Jules RENARD   
%
 L'amour du drapeau, de la patrie, c'est ce petit soldat
perdu dans les rangs, qui trane un pied, et dont la figure
reluit de cambouis, se croit regard comme s'il tait
colonel  cheval.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je ne suis pas plus bte qu'un autre.
 L'universelle supriorit de l'homme qui n'est
pas plus bte qu'un autre est ce que je connais de plus
crasant.  
    --- Lon BLOY   
%
 Frquentation et arrogance.
 On dsapprend l'arrogance quand on se sait toujours entre
gens de mrite ; tre seul produit l'outrecuidance.
Les jeunes gens sont arrogants, car ils frquentent leurs
pareils, qui tous, n'tant rien, aiment  passer
pour beaucoup de chose.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Si bonne est l'opinion de chacun sur ses mrites
physiques que la premire impression de tout modle
devant les preuves de son portrait est presque invitablement
dsappointement et recul (il va sans dire que nous ne parlons
ici que d'preuves parfaites).
 Quelques-uns ont l'hypocrite pudeur de dissimuler le coup sous
une indiffrente apparence, mais n'en croyez rien. Ils
taient entrs dfiants, hargneux ds
la porte et beaucoup sortiront furibonds.
 [...]
 Trois fois heureux l'oprateur qui tombe sur un client
semblable  mon brave Philippe Gille (sans s !)  -  ce
mandarin lettr, toujours de si belle humeur. A
peine ai-je eu le temps de lui soumettre sa premire preuve
que, mme sans regarder la seconde, l'excellent homme s'crie :
  -  Parfait ! Et comme tu as bien rendu mon bon
regard  -  doux  -  loyal  -  et intelligent !  
    --- NADAR   
%
 Nous abritons un ange que nous choquons sans cesse. Nous
devons tre gardiens de cet ange.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Le moi est hassable... mais il s'agit de celui des
autres.  
    --- Paul VALERY   
%
 Je voudrais le dire maladroitement, aussi gauchement que
je le pense : la difficult n'est pas d'aimer son
prochain comme soi-mme, c'est de s'aimer soi-mme
assez pour que la stricte observation du prcepte ne fasse
pas tort au prochain. Pardonner les offenses ne serait qu'une
disposition de l'me assez naturelle, si nous pouvions nous
pardonner aussi facilement d'avoir t un imbcile.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 On dit qu'il y a des hommes qui sont assez contents d'eux-mmes,
mais je n'en ai point vu. Il n'y a pas que les sots qui aient
besoin d'loges, et renouvels souvent. Je sais
que le succs donne une espce d'assurance. Mais
mme dans le plein succs, le sentiment le plus ordinaire
est une dtresse, par la ncessit de le
soutenir. Il est pnible de dplaire ; il est
dlicieux de plaire ; mais quel est l'homme ou la
femme qui soient si srs de plaire par leurs ressources
seulement ? Les plus assurs s'entourent de politesse
et de parures, et se fortifient de leurs amis. L'abus des socits
oisives et le dgot de penser  soi jettent
presque tout le monde dans la recherche des flatteries, mme
payes ; par ce moyen on arrive  une espce
d'assurance. Mais cela ce n'est pas l'amour de soi, c'est la vanit.
Personne n'en est exempt que je sache, en ce sens que tout loge
plat un petit moment. Je trouve quelque chose de touchant
dans la vanit ; c'est navement demander secours
aux autres. Mais cette parure ne tient gure. La vanit
est vanit.  
    --- ALAIN   
%
 J'ai pens souvent  ce musicien qui, aprs
quelques oeuvres de grande beaut, ne trouva plus rien
de bon ; sans doute mit-il tout son gnie 
se condamner ; il mourut fou. Peut-tre est-il sage
de prendre un peu de vanit, mais sans s'y donner, comme
on prend le soleil  sa porte.  
    --- ALAIN   
%
 Nul ne se choisit lui-mme. Nul n'a choisi non plus
ses parents ; mais la sagesse commune dit bien qu'il faut
aimer ses parents. Par le mme chemin je dirais bien qu'il
faut s'aimer soi-mme, chose difficile et belle. En ceux
que l'on dit gostes je n'ai jamais remarqu
qu'ils fussent contents d'eux-mmes ; mais plutt
ils font sommation aux autres de les rendre contents d'eux-mmes.
Faites attention que, sous le gouvernement goste,
ce sont toujours les passions tristes qui gouvernent. Pensez ici
 un grand qui s'ennuie. Mais quelle vertu, en revanche,
en ceux qui se plaisent avec eux-mmes ! Ils rchauffent
le monde humain autour d'eux. Comme le beau feu ; il brlerait
aussi bien seul, mais on s'y chauffe.  
    --- ALAIN   
%
 On ne peut pas dire que l'envieux s'aime lui-mme ;
au contraire, il est triste en face de lui-mme ; il
voudrait tre autre. Ambition exactement vaine, c'est--dire
sans substance, sans pouvoir, sans espoir. Aussi l'envie est peut-tre
un dsespoir. Car vais-je envier une facilit de
mon voisin qui le fait avancer dans les mathmatiques ?
Envier cela, qui est de lui, non de moi ? Qu'en ferais-je ?
Toute ma mathmatique  moi, il faut qu'elle sorte
de moi, que je la tire de moi. Je n'ai jamais  moi que
ce que je dveloppe de moi. Ce genre de courage et ce genre
d'exprience est le vritable amour de soi.  
    --- ALAIN   
%
 Le grand art est de savoir parler de soi sur un ton impersonnel.
(Le secret des moralistes).  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le mgalomane est un homme qui dit tout haut ce
que chacun pense de soi tout bas.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'homme est n d'abord orgueilleux et l'amour-propre
toujours bant est plus affam que le ventre. Un
militaire ne se trouve-t-il pas assez pay de risques mortels
par une mdaille de laiton ? Chaque fois que vous
portez atteinte au prestige de la richesse, vous rehaussez d'autant
le pauvre  ses propres yeux. Sa pauvret lui fait
moins honte, il l'endure, et telle est sa folie qu'il finirait
peut-tre par l'aimer. Or, la socit a besoin
pour sa machinerie de pauvres qui aient de l'amour-propre. L'humiliation
lui en rabat un bien plus grand nombre que la faim et de meilleure
espce, de celle qui rue aux brancards, mais tire jusqu'au
dernier souffle. Ils tirent comme leurs pareils meurent 
la guerre, non tant par got de mourir que pour ne pas rougir
devant les copains, ou encore pour embter l'adjudant. Si
vous ne les tenez pas en haleine, talonns par le propritaire,
l'picier, le concierge, sous la perptuelle menace
du dshonneur attach  la condition de clochard,
de vagabond, ils ne cesseront peut-tre pas de travailler,
mais ils travailleront moins, ou ils voudront travailler 
leur manire, ils ne respecteront plus les machines. Un
nageur fatigu qui sent sous lui un fond de cinq cents
mtres tire sa coupe avec plus d'ardeur que s'il gratigne
des orteils une plage de sable fin. Et remarquez vous-mme
qu'au temps o les mthodes de l'conomie
librale avaient leur entire valeur ducative,
leur pleine efficacit, avant la dplorable invention
des syndicats, le vritable ouvrier, l'ouvrier form
par vos soins, restait si profondment convaincu d'avoir
 racheter chaque jour par son travail le dshonneur
de sa pauvret que, vieux ou malade, il fuyait avec une
gale horreur l'hospice ou l'hpital, moins par attachement
 la libert que par honte  -  honte de
"ne pouvoir plus se suffire" comme il disait dans son admirable
langage.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Le comble de la suffisance intellectuelle est de croire
qu'on peut apprendre quelque chose en s'coutant monologuer.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 A partir du moment o le plaisir des autres
nous fait plaisir, les bons sentiments deviennent suspects.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Dommage que l'admiration de soi  -  qui aide 
vivre  -  ne dbouche que sur le mpris
des autres  -  qui assombrit l'existence.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le besoin d'entendre affirmer par d'autres tout le bien
qu'on pense de soi trahit le faible crdit qu'on accorde
 sa propre opinion.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Ne vous tonnez pas que les autres animaux aient
 leur disposition tout ce qui est indispensable 
la vie du corps, non seulement la nourriture et la boisson, mais
le gte, et qu'ils n'aient pas besoin de chaussures, de
tapis, d'habits, tandis que nous, nous en avons besoin. Car il
et t nuisible de crer de pareils
besoins chez des tres qui n'ont pas leur fin en eux-mmes,
mais sont ns pour servir.  
    --- EPICTETE   
%
 Il plut si violemment que tous les porcs furent propres
et tous les hommes crotts.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Celui-l travaillait  un systme
de l'histoire de la nature o il avait class les
animaux d'aprs la forme de leurs excrments. Il
avait tabli trois ordres : les cylindriques, les
sphriques, ceux qui ont la forme de gteaux.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 A la manire des Mtamorphoses d'Ovide,
une chauve-souris pourrait tre considre
comme une souris qui, poursuivie par une autre trop libidineuse,
pria les dieux d'avoir des ailes ; ailes qui lui furent accordes.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Le chien est l'animal le plus vigilant, bien qu'il dorme
toute la journe.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Quel est ce bel et noble animal qui traverse la plaine
haletant de fatigue, les yeux gars par la frayeur,
et poursuivi par vingt autres animaux, suivis de quelques hommes
qui les ont dresss  cet horrible mange ?
c'est un pauvre cerf, qu'une meute va forcer. Elle va le faire
passer devant le chasseur ; il pourrait le tuer du coup,
s'il voulait, et terminer son agonie ; mais non, ce serait
abrger ses plaisirs. C'en est fait,... il est aux abois,
l'approche de la mort lui arrache des larmes... Il demande grce,
point de piti, on va l'gorger ; mais avec
la mme prcision qu'un matre d'htel
met  dcouper une volaille rtie, on le dpce
vivant. Hommes, vous avez invent des manires de
tuer les animaux proportionnes  la dlicatesse
de votre palais. Vous tes plus froces que moi.
 Oui, moi qui ai tu, voulez-vous que je vous dise une
chose : je n'ai jamais pu voir souffrir de sang-froid un
tre anim, quel qu'il ft. La mort ne me semble
rien, soit que je la regarde comme servant de transition 
une autre vie, soit qu'elle doive amener un anantissement
complet ; mais j'ai horreur de la souffrance, plus encore
pour les autres que pour moi, parce que je me suppose plus de
force qu'eux pour la supporter. La vue de la souffrance me torture,
lorsqu'elle est le rsultat d'un accident de nature ;
elle m'indigne, quand elle est impose par une crature
 une autre, quelle qu'elle soit, et je m'indigne plus
encore en voyant un agneau gorg par un boucher
qu'un homme dvor par un tigre. Honte soit au premier
philosophe qui dclara du haut de sa science que l'animal
tait un mcanisme, pour donner ainsi le droit 
l'homme de le torturer  son plaisir, comme un enfant s'amuse
 faire crier les ressorts d'une pendule !  
    --- Pierre Franois LACENAIRE   
%
 Frdrick Lematre me contait hier
qu'il entrait un jour dans un bouge, auberge de rouliers pour
y passer la nuit. Il a demand en entrant : Y a-t-il
des puces ici ? L'hte a rpondu gravement :
- Non, Monsieur. Les poux les mangent.  
    --- Victor HUGO   
%
 La perdrix aime les pois, mais pas ceux qui l'accompagnent
dans la casserole.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 L'lphant se laisse caresser. Le pou, non.  
    --- Le Comte de LAUTREAMONT   
%
 Voici de bien jolis traits de l'amour des btes.
Vallette et Rachilde n'ont pas seulement comme animaux la chatte
qu'ils ont sauve de l'eau il y a deux ou trois ans. Rachilde
lve galement sur des branches de mimosa
deux coccinelles. Mlle Vallette a un escargot. Ils ont encore,
dans leur salle  manger, une simple mouche fort bien apprivoise,
que les fentres ouvertes ne font pas du tout partir, qui
vient manger dans la main. Que de choses mystrieuses cela
voque. Une simple mouche, s'apprivoiser ainsi, rester
ainsi  demeure, venir ainsi manger tout comme une bte
domestique. Nous le disions ensemble ce matin, Vallette et moi.
A connatre ces choses, on arrive  ne plus
oser marcher de peur de tuer quelque chose. Je lui disais qu'
la campagne, j'ai vu quelquefois la route barre d'un large
ruban de fourmis qui traversaient, prenant mes prcautions
pour n'en craser aucune. De mme pour les limaces,
dans les sentiers des prs. Hlas ! les voitures,
les paysans ?   
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il est communment admis que le ct
"Art" des corridas en sauve le ct monstrueux.
 Je connais l'argument : il avait dj cours
au temps du roi Salomon alors que le sacrificateur prcipitait
dans la gueule embrase de Moloch des enfants hurlant d'pouvante.
La vrit est qu'on parle d'art plus facilement
qu'on n'en fait, et qu'il est plus facile d'en faire avec le martyre
des btes qu'avec les sept notes de la gamme, les sept couleurs
de l'arc-en-ciel, les vingt-cinq lettres de l'alphabet ou le contenu
d'un baquet de glaise.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 - Moi qui adore la plupart des btes, j'ai toujours
profess une ardente rpulsion pour le chien, que
je considre comme l'animal le plus abject de la cration.
 Le chien est le type de l'animal larbin, sans fiert,
sans dignit, sans personnalit.
 ... Une dame pleurarde et sentimenteuse interrompit ma diatribe :
  -  Oh ! le bon regard humide des bons toutous !
larmoya la personne. Comme a vous console de la mchancet
des hommes !
 Il n'en fallut pas plus pour me mettre hors de moi.
 Les bons toutous ! Ah ! ils sont chouettes, les bons
toutous !
 Le chien est aimant et fidle, dit-on, mais quel mrite
 s'attacher au premier venu uniquement parce qu'il s'intitule
votre matre, beau ou laid, drle ou rasant, bon ou
mauvais ?
 On a vu des chiens, dit-on encore, se faire tuer en dfendant
leur matre contre un bandit.
 Parfaitement, mais le mme chien aurait pu tre aussi
bien tu en attaquant l'honnte homme pour le compte
du bandit, si ce bandit avait t son matre
et si l'honnte homme avait dtenu l'indispensable
revolver.
 Le chien est un pitre qui fait le jacques pendant des heures,
pour avoir du susucre.
 C'est un lche qui tranglerait un bb
sur le moindre signe de sa fripouille de patron.
 Dans tout chien, il y a un fauve, mais un fauve idiot qui, sans
l'excusable besoin d'une proie personnelle, fait du mal pour la
quelconque lubie d'un tiers.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 [...] on dit toujours : Lent comme un escargot !
C'est bte ! L'escargot ne marche-t-il pas ventre 
terre ?  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Il ne faut pas vouloir la mort du pcheur, ft-il
 la ligne.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Le manque de fiert du chien, sa bassesse et sa
peur l'ont fait choisir par l'homme, entre tous les autres animaux,
pour lui tre "fidle", c'est--dire servile,
pour lui permettre d'exercer sans contrle sa tyrannie et
pour le dfendre par ses cris. Ses cris,  l'approche
du danger, avertissent l'homme et dmontrent le peu de
courage du chien. Le chien ne dfend pas l'homme :
il l'appelle  son secours.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Les animaux sont les tres qui n'ont pas plus d'esprit
que de moyens. En quoi ils sont justes et mesurs et toujours
dignes dans leurs actes ( l'exception de ceux qui ont
quelque ressemblance avec l'homme et qui paraissent agits,
importuns, lubriques, curieux).  
    --- Paul VALERY   
%
 Au Zoo.  -  Toutes ces btes ont une tenue
dcente, hormis les singes. On sent que l'homme n'est pas
loin.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Si le chien est le plus mpris des animaux,
c'est que l'homme se connat trop bien pour pouvoir apprcier
un compagnon qui lui est si fidle.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le cafard est universel. Mme les poux doivent le
connatre. Aucun moyen de s'en prmunir.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Chat n. Automate doux et indestructible fourni par la
Nature pour prendre des coups de pied quand quelque chose ne va
pas dans le cercle familial.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Singe n. Animal arboricole qui se sent galement
trs  l'aise dans les arbres gnalogiques.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Qui aime un chat aime tous les chats.
 Qui aime son chien n'aime pas les autres.  
    --- Roland TOPOR   
%
 La corrida  visage humain : les poseurs de
pansements interviennent aprs les banderilleros, et avec
quelle adresse !
 Le Mercurochrome ajoute  la couleur locale.  
    --- Roland TOPOR   
%
 La navette qui a explos avec sept hommes dedans :
si 'avait t sept singes, les expriences
seraient interdites.  
    --- COLUCHE   
%
 Si tu veux que les chiots de ta chienne soient bien traits,
ne les donne pas, vends-les.  
    --- Frdric DARD   
%
 Les hamsters ne connaissent pas leur bonheur qui bnficient
des nouveaux mdicaments aux effets miraculeux cinq annes
avant les hommes.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Alexandre le Grand voulant btir une ville pour
servir de monument  sa gloire, l'architecte Dinostrate
lui fit voir comment il pourrait la placer sur le mont Athos.
"Ce lieu, dit-il, prsente une situation trs forte ;
la montagne pourrait se tailler de manire  donner
 cette ville une forme humaine, ce qui la rendrait une
merveille digne de la puissance du fondateur." Alexandre lui ayant
demand : "De quoi vivront les habitants ?  -  Je
n'y ai pas pens", rpond navement l'architecte.
Alexandre se mit  rire ; et laissant l cette
montagne, il btit Alexandrie, o les habitants devaient
se plaire par la beaut du pays et les avantages que lui
procure le voisinage de la mer et du Nil.  
    --- MACHIAVEL   
%
 C'est d'une organisation dlicate de dsquilibres
que l'quilibre tire son charme. Un visage parfait le dmontre
lorsqu'on le ddouble et qu'on le reforme de ses deux cts
gauches. Il devient grotesque. Les architectes le savaient jadis
et l'on constate, en Grce,  Versailles, 
Venise,  Amsterdam, de quelles lignes asymtriques
est faite la beaut de leurs difices. Le fil 
plomb tue cette beaut presque humaine.
 On connat la platitude, l'ennui mortel de nos immeubles
o l'homme se renonce.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 L'architecture actuelle s'occupe de la maison, de la maison
ordinaire et courante pour hommes normaux et courants. Elle laisse
tomber les palais. Voil un signe des temps.  
    --- LE CORBUSIER   
%
 Pour nous, chez qui tous les chefs-d'oeuvre n'ont d'autre
destination que d'tre exposs aux regards d'un petit
nombre d'hommes riches et d'tre emprisonns et cachs
dans les maisons des grands...  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On peut peindre tout un visage (avec des traits) dans
un espace qui n'est pas plus large qu'un ongle. Pour le dcrire
avec des phrases il faudrait une page entire et encore
on ne parviendrait pas  en donner une ide exacte.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il faut des monuments aux cits de l'homme ;
autrement o serait la diffrence entre la ville
et la fourmilire ?  
    --- Victor HUGO   
%
 Rembrandt n'aimait pas qu'on regardt sa peinture
de prs. Il repoussait les gens du coude et disait :
Un tableau n'est pas fait pour tre flair.  
    --- Victor HUGO   
%
 Quand j'ai fait un beau tableau, je n'ai pas crit
une pense. C'est ce qu'ils disent. Qu'ils sont simples !
Ils tent  la peinture tous ses avantages.  
    --- Eugne DELACROIX   
%
 Il importe en peinture, que le portrait ressemble au modle,
mais non pas le modle au portrait.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 L'art serait, malgr la plus parfaite explication,
de rserver encore de la surprise.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ralisme n. Art de dpeindre la nature telle
qu'elle est vue par les crapauds. Charme qui ressort d'un paysage
peint par une taupe, ou d'une histoire crite par un asticot.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Une thorie d'art aide  la critique, non
 la cration.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Dans les arts, les thories ne valent pas grand'chose...
Mais c'est une calomnie. La vrit est qu'elles
n'ont point de valeur universelle. Ce sont des thories
pour un. Utiles  un. Faites  lui, et pour lui,
et par lui. Il manque,  la critique, qui les dtruit
facilement, la connaissance des besoins et des penchants de l'individu ;
et il manque  la thorie mme de dclarer
qu'elle n'est pas vraie en gnral, mais vraie pour
X dont elle est l'instrument.
 On critique un outil sans savoir qu'il sert  un homme
auquel il manque un doigt, ou bien qui en a six.  
    --- Paul VALERY   
%
 Nous avons contract cette curieuse habitude de
tenir pour mdiocre tout artiste qui ne commence par choquer
et par tre suffisamment injuri ou moqu.
Qui ne nous heurte ou ne nous fait hausser les paules
est imperceptible. On en conclut qu'il faut choquer et l'on s'y
consacre. Une bonne tude de l'art moderne devrait mettre
en vidence les solutions trouves de cinq ans en
cinq ans au problme du choc, depuis deux ou trois quarts
de sicle...  
    --- Paul VALERY   
%
 Il y a un utile et un inutile en art. La majorit
du public ne ressent pas cela, envisageant l'art comme une distraction.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 "Ce que le public te reproche, cultive-le, c'est toi."
 Enfoncez-vous bien cette ide dans la tte. Il faudrait
crire ce conseil comme une rclame.
 En effet le public aime  reconnatre. Il dteste
qu'on le drange. La surprise le choque. Le pire sort d'une
oeuvre c'est qu'on ne lui reproche rien  -  qu'on n'oblige
pas son auteur  une attitude d'opposition.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Beaucoup de gens estiment avoir vu un tableau quand ils
en ont vu une "superbe" reproduction en couleurs. Nous savons
fort bien que la photographie d'une personne n'est pas la personne
elle-mme, mais nous croyons "voir" des peintures ou des
sculptures en feuilletant les luxueux albums qui leur sont consacrs.  
    --- Jean-Franois REVEL  
%
 Le muse imaginaire n'est, en somme, que le muse
des gens sans imagination.  
    --- A propos du muse   
%
 Ne l'oublions pas : tout art est aussi un commerce
ou doit pouvoir l'tre, sans quoi nous aboutissons 
un art de type sovitique ou nazi, reposant tout entier
sur les commandes officielles, avec les cataclysmes esthtiques
que l'on connat. La littrature a conquis sa libert
en devenant un commerce, car, mme au plus haut niveau,
il vaut mieux tre Balzac, et vivre, ft-ce mal, de
livres achets par les lecteurs, que Racine ou Boileau,
si grands soient-ils, tributaires de la cassette du prince.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 ... il n'y a point d'absurdits si insupportables
qui ne trouvent des approbateurs. Quiconque a dessein de piper
le monde, est assur de trouver des personnes qui seront
bien aises d'tre pipes ; et les plus ridicules
sottises rencontrent toujours des esprits auxquels elles sont
proportionnes. Aprs que l'on voit tant de gens
infatus des folies de l'Astrologie judiciaire, et que
des personnes graves traitent cette matire srieusement,
on ne doit plus s'tonner de rien. Il y a une constellation
dans le ciel qu'il a plu  quelques personnes de nommer
balance, et qui ressemble  une balance comme 
un moulin  vent. La balance est le symbole de la justice :
donc ceux qui natrons sous cette constellation seront justes
et quitables. Il y a trois autres signes dans le Zodiaque,
qu'on nomme l'un Blier, l'autre Taureau, l'autre Capricorne,
et qu'on et pu aussi bien appeler Elphant, Crocodile,
et Rhinocros : le Blier, le Taureau et le
Capricorne sont des animaux qui ruminent : donc ceux qui
prennent mdecine, lorsque la lune est sous ces constellations,
sont en danger de la revomir. Quelques extravagants que soient
ces raisonnements, il se trouve des personnes qui les dbitent,
et d'autres qui s'en laissent persuader.  
    --- ARNAULD &#38; NICOLE   
%
 L'enttement pour l'astrologie est une orgueilleuse
extravagance. Nous croyons que nos actions sont assez importantes
pour mriter d'tre crites dans le grand-livre
du Ciel. Et il n'y a pas jusqu'au plus misrable artisan
qui ne croie que les corps immenses et lumineux qui roulent sur
sa tte ne sont faits que pour annoncer  l'Univers
l'heure o il sortira de sa boutique.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Prludes de la science.  -  Croyez-vous
donc que les sciences se seraient formes et seraient devenues
grandes si les magiciens, les alchimistes, les astrologues et
les sorcires ne les avaient pas prcdes,
eux qui durent crer tout d'abord, par leurs promesses
et leurs engagements trompeurs, la soif, la faim et le got
des puissances caches et dfendues ? Si l'on
n'avait pas d promettre infiniment plus qu'on ne pourra
jamais tenir pour que quelque chose puisse s'accomplir dans le
domaine de la connaissance ?  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Dans le journal du jour, votre horoscope vous met en garde
(vous et les quelques trois cents millions de personnes qui sont
ns sous le mme signe) contre l'ventualit
d'un accident. Et a ne rate pas, vous glissez et vous
faites une chute. Tant crie-t-on Nol qu'il vient !...L'astrologie,
ce n'est pas si creux que a, en dfinitive...
 Mais est-ce bien sr ? Pourriez-vous jurer que vous
seriez tomb si vous n'aviez pas lu cette prdiction ?
Ou si vous tiez entirement convaincu de la parfaite
inanit de l'astrologie ? Aprs coup, il n'est
videmment pas possible, hlas ! de rpondre
 la question.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Athes : Quelle raison ont-ils de dire qu'on
ne peut ressusciter ? Quel est le plus difficile, de natre
ou de ressusciter, que ce qui n'a jamais t soit,
ou ce qui a t soit encore ? Est-il plus difficile
de venir en tre que d'y revenir ? La coutume nous
rend l'un facile, le manque de coutume rend l'autre impossible :
populaire faon de juger !
 Pourquoi une vierge ne peut-elle enfanter ? Une poule ne
fait-elle pas des oeufs sans coq ? Quoi les distingue par
d'avec les autres ? Et qui nous a dit que la poule n'y peut
former ce germe aussi bien que le coq ?  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Quand un homme me vient dire qu'il ne croit rien et que
la religion est une chimre, il me fait l une fort
mauvaise confidence, car je dois avoir sans doute beaucoup de
jalousie d'un avantage terrible qu'il a sur moi. Comment !
il peut corrompre ma femme et ma fille sans remords, pendant que
j'en serois dtourn par la crainte de l'enfer !
La partie n'est pas gale. Qu'il ne croie rien, j'y consens,
mais qu'il s'en aille vivre dans un autre pays, avec ceux qui
lui ressemblent, ou, tout au moins, qu'il se cache et qu'il ne
vienne point insulter  ma crdulit.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Les athes sont pour la plupart des savants hardis
et gars qui raisonnent mal, et qui, ne pouvant
comprendre la cration, l'origine du mal, et d'autres difficults,
ont recours  l'hypothse de l'ternit
des choses et de la ncessit.  
    --- VOLTAIRE   
%
 S'il y a des athes,  qui doit-on s'en
prendre, sinon aux tyrans mercenaires des mes, qui, en
nous rvoltant contre leurs fourberies, forcent quelques
esprits faibles  nier le Dieu que ces monstres dshonorent ?  
    --- VOLTAIRE   
%
 L'athisme est le vice de quelques gens d'esprit,
et la superstition le vice des sots ; mais les fripons, que
sont-ils ? des fripons.  
    --- VOLTAIRE  
%
 C'est un homme si profondment ulcr
des crimes dont il a t tmoin qu'il en
rend la religion chrtienne responsable, en oubliant qu'elle
les condamne. Point de miracle qui ne soit pour lui un objet de
mpris et d'horreur ; point de prophtie qu'il
ne compare  celles de Nostradamus. Il va mme jusqu'
comparer Jsus-Christ  don Quichotte, et saint
Pierre  Sancho-Pansa : et ce qui est le plus dplorable,
c'est qu'il crivait ces blasphmes contre Jsus-Christ
entre les bras de la mort, dans un temps o les plus dissimuls
n'osent mentir, et o les plus intrpides tremblent.
 [...]
 On a imprim plusieurs abrgs de son livre ;
mais heureusement ceux qui ont en main l'autorit les ont
supprims autant qu'ils l'ont pu.   *
    --- A propos de l'abb   
%
 Je crois en Dieu, quoique je vive trs bien avec
les athes. Je me suis aperu que les charmes de
l'ordre les captivaient malgr qu'ils en eussent ;
qu'ils taient enthousiastes du beau et du bon, et qu'ils
ne pouvaient, quand ils avaient du got, ni supporter un
mauvais livre, ni entendre patiemment un mauvais concert, ni souffrir
dans leur cabinet un mauvais tableau, ni faire une mauvaise action.  
    --- Denis DIDEROT   
%
 Je ne sais comment il arrive qu'il est impossible de former
un systme du Monde sans tre d'abord accus
d'athisme : Descartes, Newton, Gassendi, Malebranche.
En quoi on ne fait autre chose que prouver l'athisme et
lui donner des forces, en faisant croire que l'athisme
est si naturel que tous les systmes, quelque diffrents
qu'ils soient, y tendent toujours.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Nos fautes sont des dettes contractes ici et payables
ailleurs. L'athisme n'est autre chose qu'un essai de dclaration
d'insolvabilit.  
    --- Victor HUGO   
%
 Lorsqu'ils rencontrent un homme qui pense librement, les
croyants font le mme vacarme que les poules dcouvrant,
parmi leurs poussins, un caneton qui va vers l'eau. Ils ne songent
pas que des gens vivent aussi srement dans cet lment
qu'eux-mmes sur la terre ferme.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Les libres penseurs qui se convertissent me font l'effet
de ces hommes chastes qui mprisent la femme jusqu'
ce qu'ils se fassent engluer par la premire vieille peau
venue.  
    --- Jules RENARD   
%
 Libre penseur. Penseur suffirait.  
    --- Jules RENARD   
%
 A chaque sou, le mendiant remercie Dieu par un
signe de croix, mais il se dtourne, par ce temps de libres
penseurs qui courent les rues et qui se mlent d'tre
charitables.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je suis un incroyant. Je ne serai jamais un impie.  
    --- Andr GIDE   
%
 Se passer de Dieu... Je veux dire : se passer de
l'ide de Dieu, de la croyance en une Providence attentive,
tutlaire et rmunratrice... n'y parvient
pas qui veut.  
    --- Andr GIDE  
%
 La gravit maussade et froide avec laquelle ils
parlent du Nant me rend l'ide de Dieu sduisante
au possible.
 Leurs arguments dcolors tombent  plat
- et quand ils cherchent  convaincre, ils en sont pour
leurs frais, car la dmonstration qu'ils font de la non-existence
de Dieu leur donne aussitt l'air de nier l'vidence.
 Ne pas croire en Dieu, c'est repousser une hypothse ravissante.
 Nier Dieu, c'est croire en soi - comme crdulit,
je n'en vois pas de pire !
 Nier Dieu, c'est se priver de l'unique intrt que
peut avoir la mort.
 Et, pour tout dire enfin, l'athe n'est  mes yeux
qu'un fanatique sans passion, sans haine, sans amour - sans ironie
d'ailleurs - et, partant, sans excuse.
 Et, s'il faut en conclure, que faut-il en conclure ?
 Les tmoignages accumuls de la prsence
au Ciel du Divin Crateur sont loin d'tre probants.
 Mais, d'autre part - assurment - la "preuve du contraire"
est inimaginable.
 Or donc, prcisment, il n'en faut pas conclure.
 Il faut laisser  Dieu le bnfice du doute.  
    --- A propos des athes   
%
 Ce qu'on a appel "libert de conscience",
au long de l'Histoire, c'est la libert, pour les insatisfaits
du culte officiel massivement majoritaire dans un certain pays,
de pratiquer une religion diffrente, gnralement
simple version lgrement dviante du culte
officiel,  proprement parler : une hrsie.
 Il n'a jamais t question de libert de
conscience pour les non-croyants. Quand le protestantisme version
Calvin se fut impos  Genve comme religion
dominante, le simple soupon d'athisme vous conduisait
au bcher plus srement que la persistance dans la
religion catholique, devenue  son tour "hrsie".
 Aujourd'hui encore, surtout hors de France, ne pas croire en
une version quelconque de Dieu est proprement impensable. L'athe
est regard avec une certaine rpugnance, comme
une espce de monstruosit, d'bauche humaine
inacheve  qui il manque une facult essentielle.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 L'athe qui irait proclamant que l'inexistence
de Dieu est dmontre serait en contradiction avec
lui-mme : il ferait acte de foi, cette foi ft-elle
ngative. En effet, ayant admis que la question mme
de l'existence d'un Dieu se situe hors du domaine des questions
"permises" et n'a donc pas  tre pose puisqu'on
ne pourrait y rpondre, dans un sens ou dans l'autre, que
par des affirmations indmontrables, il la pose quand mme
et y rpond premptoirement. "Non" est tout aussi
tmraire que "Oui".
 L'athe cohrent se garde bien d'accepter la discussion
sur ce terrain. Une fois pour toutes, il ignore Dieu et le problme
de son existence, il se conduit en tout sans tenir compte de ces
chimres.
 L'agnosticisme est un raisonnement.
 L'athisme est un comportement.
 L'un dcoule de l'autre.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Le vritable et authentique athe est celui
qui croit fermement et dur comme fer que Dieu lui-mme ne
croit pas en Lui.  
    --- Pierre DAC   
%
 Pendant des sicles des esprits se sont battus
et ont risqu leur vie pour se librer de Dieu.
Et nous, au milieu du XX<SUP>e</SUP>, nous regrettons les chanes qu'Il
reprsentait et ne savons que faire d'une libert
pour laquelle nous n'avons fait aucun sacrifice, que nous n'avons
pas conquise. Nous sommes les hritiers ingrats de l'athisme
hroque, les pigones de la rvolte,
une masse de rebelles qui dplorent secrtement
la disparition des "superstitions", des "prjugs"
et des anciennes "terreurs".  
    --- Emil CIORAN   
%
 Dionisius le fils eust sur ce propos bonne grace. On l'advertit
que l'un de ses Syracusains avoit cach dans terre un thresor.
Il luy manda de le luy apporter, ce qu'il fit, s'en reservant
 la desrobbe quelque partie, avec laquelle il
s'en alla en une autre ville, o, ayant perdu cet appetit
de thesaurizer, il se mit  vivre plus liberallement. Ce
qu'entendant Dionysius luy fit rendre le demeurant de son thresor,
disant que puis qu'il avoit appris  en savoir
user, il le luy rendoit volontiers.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 L'avare dpense plus mort en un seul jour, qu'il
ne faisait vivant en dix annes ; et son hritier
plus en dix mois, qu'il n'a su faire lui-mme en toute sa
vie.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Pour tre avare, il ne faut que la paresse, l'inaction.
C'est pour cela que l'avarice est contagieuse.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le prodigue et l'avare aboutissent aux mmes haillons.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le ddain de l'argent est frquent surtout
chez ceux qui n'en ont pas. Disons les choses comme elles sont :
il est agrable d'en avoir pour les commodits qu'il
procure, d'abord, et plus encore pour l'impression de scurit
qu'il dgage et qui tranquillise. Et je crois bien que
l'inexplicable Avarice rencontre son explication dans le dveloppement
pouss  l'excs de ce sentiment de bien-tre.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Et, si j'tais le gouvernement, comme dit ma concierge,
c'est sur les signes extrieurs de feinte pauvret
que je taxerais impitoyablement les personnes qui ne dpensent
pas leurs revenus.
 Je sais des gens qui possdent sept ou huit cent mille
livres de rentes et qui n'en dpensent pas le quart. Je
les considre d'abord comme des imbciles et un
peu comme des malhonntes gens aussi. Le chque sans
provision est une opration bancaire prvue au Code
d'Instruction Criminelle, et c'est justice qu'il soit svrement
puni. Je serais volontiers partisan d'une identique svrit
 l'gard des provisions sans chques. L'homme
qui thsaurise brise la cadence de la vie en interrompant
la circulation montaire. Il n'en a pas le droit.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Il vaut mieux tre l'hritier d'un homme
conome que celui d'un homme riche.  
    --- Frdric DARD   
%
 Le Pre Buffier a dfini la beaut :
l'assemblage de ce qui est le plus commun. Quand sa dfinition
est explique, elle est excellente, parce qu'elle rend
raison d'une chose trs obscure, parce que c'est une chose
de got.
 Le Pre Buffier dit que les beaux yeux sont ceux dont
il y en a un plus grand nombre de la mme faon ;
de mme, la bouche, le nez, etc. Ce n'est pas qu'il n'y
ait un beaucoup plus grand nombre de vilains nez que de beaux
nez ; mais que les vilains sont de bien diffrentes
espces ; mais chaque espce de vilains est
en beaucoup moindre nombre que l'espce des beaux. C'est
comme si, dans une foule de cent hommes, il y a dix hommes habills
de vert, et que les quatre-vingt-dix restants soient habills
chacun d'une couleur particulire : c'est le vert
qui domine.
 Enfin, il me parot que la difformit n'a point
de bornes. Les grotesques de Callot peuvent tre varis
 l'infini. Mais la rgularit dans les traits
est entre certaines limites.
 Ce principe du Pre Buffier est excellent pour expliquer
comment une beaut franoise est horrible 
la Chine, et une chinoise, horrible en France.
 Enfin, il est excellent peut-tre pour expliquer toutes
les beauts de got, mme dans les ouvrages
d'esprit. Mais il faudra penser l-dessus.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Les hommes ne paroissent jamais plus outrs que
lorsqu'ils mprisent, ou lorsqu'ils admirent : il
semble qu'il n'y ait point de milieu entre l'excellent et le dtestable.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 L'exclamation "c'est beau !" et son effet. C'est
de tous les mots le plus indtermin et le mieux
entendu.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ni tous les rossignols ne chantent galement bien,
ni toutes les roses ne sentent galement bon.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Dans un ouvrage, quel qu'il soit, la symtrie apparente
ou cache est le fondement visible ou secret du plaisir
que nous prouvons. C'est elle qui donne une base aux mouvements
qu'excitent les varits, les contrastes.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Une chose rpute belle qui ennuie les esprits
d'lite n'est point belle.
 Principes : le beau n'est jamais ennuyeux, le mauvais n'est
jamais amusant.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le got est la qualit fondamentale qui rsume
toutes les autres qualits. C'est le nec plus ultra de
l'intelligence. Ce n'est que par lui seul que le gnie
est la sant suprme et l'quilibre de toutes
les facults.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Il tait si laid que, lorsqu'il faisait des grimaces,
il l'tait moins  
    --- Jules RENARD   
%
 Ce qui nous parat de mauvais got, c'est
ce que nous ne sommes pas en humeur de goter. Un quart
d'heure plus tard ou plus tt, et s'tait savoureux.  
    --- Jules RENARD   
%
 A son dernier cours, ou  l'avant-dernier,
Valry a donn cette dfinition du Beau :
"Le Beau, c'est le rare." On reconnat bien l le
prcieux, le fabricant de posie qu'est Valry.
Sa dfinition est aussi sotte que fausse, et que nfaste
 propager. Le rare, c'est le fabriqu, le manir,
le compliqu, le tortur, l'artificiel dans toute
son acception. Quand on sait que les pomes de Mallarm,
sous leur vocabulaire quintessenci, ont pour sujet (en
clair) les motifs les plus plats et ainsi ne sont rares que par
leurs chinoiseries de mots et de syllabes, cela en dit long sur
ce qu'entend et propose la dfinition de Valry.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les ingnieurs font de l'architecture, car ils
emploient le calcul issu des lois de la nature, et leurs oeuvres
nous font sentir l'HARMONIE. Il y a donc une esthtique
de l'ingnieur, puisqu'il faut, en calculant, qualifier
certains termes de l'quation, et c'est le got qui
intervient. Or, lorsqu'on manie le calcul, on est dans un tat
d'esprit pur et, dans cet tat d'esprit le got prend
des chemins srs.  
    --- LE CORBUSIER   
%
 Tout art et toute recherche, de mme que toute action
et toute dlibration rflchie, tendent,
semble-t-il, vers quelque bien. Aussi a-t-on eu parfaitement raison
de dfinir le bien : ce  quoi on tend en toutes
circonstances.  
    --- ARISTOTE   
%
 Personne, voyant le mal, ne le choisit, mais attir
par l'appt d'un bien vers un mal plus grand que celui-ci,
l'on est pris au pige.  
    --- EPICURE   
%
 Se dire ds l'aurore : je vais rencontrer
un indiscret, un ingrat, un violent, un perfide, un arrogant.
Tous leurs dfauts leur viennent de ce qu'ils ignorent
les biens et les maux. Pour moi, je connais la nature du bien,
c'est l'honnte, et celle du mal, c'est le vil ; je
connais aussi la nature du pcheur : c'est un tre
de mme race que moi, non pas de mme sang ni de mme
pre, mais participant  la raison et ayant une
part de la divinit ; nul d'entre eux ne peut donc
me nuire, car nul ne peut me faire faire une chose vile ;
et je ne puis non plus m'irriter contre un tre de ma race
ni le laisser de ct. Nous sommes ns pour
collaborer, comme les pieds, les mains, les paupires,
ou les deux ranges de dents, celle du haut et celle du
bas. Il est contre nature de s'opposer les uns aux autres :
et c'est s'opposer  eux que de s'irriter ou se dtourner
d'eux.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Ce qui n'est pas nuisible  la cit ne l'est
pas non plus au citoyen. Applique cette rgle 
tout ce qui te parat tre nuisible : "Si cela
ne nuit pas  la cit, cela ne me nuit pas non plus."  
    --- MARC-AURELE   
%
 Dans le Sunday Times de cette semaine je viens de lire
un article de Raymond Mortimer contre Marc Aurle, qui
aurait t un "prig" (pdant), un philistin,
un hypocrite. Evidemment on peut tout dire. Je me suis
foutu en colre et j'ai failli crire une lettre
d'insultes  l'auteur. Puis en pensant  l'empereur,
je me suis calm. Quel besoin aussi de lire des journaux ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le plus grand bien est celui qui nous dlecte avec
tant de force qu'il nous met dans l'impuissance totale de sentir
autre chose, comme le plus grand mal est celui qui va jusqu'
nous priver de tout sentiment. Voila les deux extrmes de
la nature humaine, et ces deux moments sont courts.
 Il n'y a ni extrmes dlices ni extrmes tourments
qui puissent durer toute la vie : le souverain bien et le
souverain mal sont des chimres.  
    --- VOLTAIRE   
%
 La fin du bien est un mal, la fin du mal est un bien.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Une mauvaise action n'est pas plus tt faite qu'elle
devient une bonne action, et voici comment : Elle punit celui
qui l'a faite.
 Elle se retourne contre lui, et le mord.
 Il semble qu'elle lui dise : Ah ! tu m'as voulue injuste.
Eh bien, je suis juste. Je te chtie.  
    --- Victor HUGO   
%
 Comme nous nous affectionnons de plus en plus aux personnes
 qui nous faisons du bien, de mme nous hassons
violemment ceux que nous avons beaucoup offenss.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il est bon qu'il y ait dans le Monde des biens et des
maux : sans cela, on seroit dsespr
de quitter la vie.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Telle est la nature des choses que l'abus est trs
souvent prfrable  la correction, ou, du
moins, que le bien qui est tabli est toujours prfrable
au mieux qui ne l'est pas.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Le malheur de l'humanit, considre
dans l'tat social, c'est que quoiqu'en morale et en politique
on puisse donner comme dfinition que le mal est ce qui
nuit, on ne peut pas dire que le bien est ce qui sert ; car
ce qui sert un moment peut nuire longtemps ou toujours.  
    --- CHAMFORT   
%
 On reproche souvent aux grands de n'avoir pas fait tout
le bien qu'ils eussent pu dispenser  -  Ils pourraient
bien rpondre : songez seulement  tout le
mal que nous eussions pu faire et dont nous nous sommes abstenus.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 On n'est correct qu'en corrigeant.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La taquinerie est la mchancet des bons.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le mieux, c'est le bien d'autrui.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 D'tre mchant, c'est se venger d'avance.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 On ne se lasse point  parler de ce Franklin, dont
l'image se voit sur les pendules. Il admirait le soin que prenait
la Providence pour envoyer aux baleines arctiques, par le Gulf-Stream,
une certaine espce de mduses, appeles
orties-de-mer, dont elles sont friandes. Gageons que les orties-de-mer,
si elles savaient, ne donneraient les marques,  la Providence,
que d'une mdiocre approbation.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Le mieux n'est l'ennemi que du mal.  
    --- Jules RENARD   
%
 Motif de l'attaque.
 On n'attaque pas seulement pour faire du mal  quelqu'un,
pour le vaincre, mais peut-tre aussi pour le seul plaisir
de prendre conscience de sa force.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La mchancet est rare.
 La plupart des hommes sont bien trop occups d'eux-mmes
pour tre mchants.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Entre deux maux, il faut choisir le moindre.
 L-dessus, pas d'incertitude. Les personnes les plus charitables
reconnaissent que le mal du prochain est toujours le moindre et
que c'est bien l qu'il faut choisir. Les moralistes ont
remarqu depuis longtemps qu'on a toujours assez de force
pour supporter les peines d'autrui.  
    --- Lon BLOY   
%
 Faire le bien autour de soi.
 Question de primtre. Moins il est tendu
et plus on se fait de bien  soi-mme.  
    --- Lon BLOY   
%
 Lorsque le mdecin vous recoud la peau du visage,
 la suite de quelque petit accident, il y a, parmi les
accessoires, un verre de rhum propre  ranimer le courage
dfaillant. Or, communment, ce n'est point le patient
qui boit le verre de rhum, mais l'ami spectateur, qui, sans en
tre averti par ses propres penses, tourne au blanc
verdtre et perdrait le sentiment. Ce qui fait voir, contre
le moraliste, que nous n'avons pas toujours assez de force pour
supporter les maux d'autrui.  
    --- ALAIN   
%
 Mais non ; il n'est nullement ncessaire d'tre
mchant pour blesser autrui. Et c'est bien l le
plus tragique : que des tres bons et qui s'aiment
puissent s'endolorir et se navrer avec la meilleure volont
du monde.  
    --- Andr GIDE   
%
 Sans la paresse qui dissuade de pousser la mchancet
trop loin et la concurrence  son paroxysme, notre socit
ne serait pas vivable.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Il y a peu de belles vies en dtail : les
grands hommes ne le sont qu'en gros.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Oh ! qu'il devrait donc bien y avoir,  chaque
biographie de pote, un petit chapitre secret et rserv,
 l'usage des seuls bons esprits, capables de porter la
vrit, toute la vrit, sans la prendre
de travers ni en abuser.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 De nos jours tous les grands hommes ont leurs disciples
et c'est toujours Judas qui rdige la biographie.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Quand on lit le rcit d'une vie "exemplaire" comme
celle de Balzac, on arrive toujours au rcit de la mort.
Ainsi,  quoi bon ?  
    --- Jules RENARD   
%
 Lis toutes les biographies des grands morts, et tu aimeras
la vie.  
    --- Jules RENARD   
%
 J'aime les anecdotes sur la petitesse des grands de ce
monde. J'aime me dire que Shakespeare levait volontiers le coude.
Je me cramponne mme au rcit de cette ultime orgie
avec son ami Ben Jonson. Peut-tre l'histoire est-elle apocryphe,
mais j'espre que non. J'aime l'imaginer sous les traits
d'un braconnier, d'un bon  rien de village, vilipend
par le matre d'cole, cible constante des sermons
du magistrat local. J'aime songer que Cromwell avait une verrue
sur le nez ; cette pense me rconcilie avec
mes propres traits. J'aime savoir qu'il mettait des bonbons sur
les chaises pour voir les dames lgantes abmer
leurs belles robes ; me dire que sa farce idiote le faisait
hurler de rire, comme n'importe quel Dudule de banlieue avec son
pistolet  eau les jours de fte. J'aime lire que
Carlyle balanait des tranches de bacon  la tte
de sa femme et se rendait parfois parfaitement ridicule pour des
contrarits de rien du tout, qui auraient fait
sourire un homme quilibr. Je songe alors 
la cinquantaine de bourdes que je commets par semaine et je me
dis : "Moi aussi, je suis un homme de lettres."  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Voix de la chair : ne pas avoir faim, ne pas avoir
soif, ne pas avoir froid ; celui qui dispose de cela, et
a l'espoir d'en disposer  l'avenir, peut lutter pour le
bonheur.  
    --- EPICURE   
%
 N'essaie pas que ce qui arrive arrive comme tu veux, mais
veux ce qui arrive comme il arrive, et tu couleras des jours heureux.  
    --- EPICTETE   
%
 Mais, dit-on, c'est un malheur d'tre tromp.
Non, ce n'est pas l'tre qui est un trs grand malheur.
Car ceux qui croient que le bonheur de l'homme rside dans
les ralits ont vraiment perdu l'esprit. Il dpend
de l'opinion qu'on a d'elles. L'obscurit et la diversit
des choses humaines sont telles qu'on ne peut rien savoir clairement,
comme l'ont bien dit mes Acadmiciens, les moins orgueilleux
des philosophes. Ou si on peut savoir quelque chose, c'est bien
souvent aux dpens du plaisir de la vie. Enfin, l'me
humaine est ainsi modele qu'on la prend beaucoup plus
par le mensonge que par la vrit. Veut-on une exprience
vidente et claire ? Qu'on aille couter le
sermon  l'glise : s'il est question de choses
srieuses, tout le monde dort, bille, s'ennuie.
Si le braillard, pardon, je voulais dire l'orateur [jeu de mot
en latin : clamator, celui qui pousse des cris, et declamator,
celui qui dclame = l'orateur] commence, comme il est frquent,
par quelque histoire de bonne femme, tout le monde se rveille,
se redresse, est bouche be.
 [...]
 J'ai connu quelqu'un de mon nom qui fit prsent 
sa jeune femme de quelques pierres fausses et la persuada, car
c'tait un beau parleur, non seulement qu'elles taient
vraies et naturelles mais qu'elles avaient une valeur rare, inestimable.
Eh bien, qu'est-ce que cela faisait  la jeune femme, puisqu'elle
n'prouvait pas moins de plaisir  repatre
ses yeux et son esprit de la verroterie et qu'elle gardait cachs
chez elle ces riens comme s'il s'agissait d'un prcieux
trsor ? 
 En attendant le mari vitait une dpense, et profitait
de l'illusion de son pouse qui lui tait tout aussi
reconnaissante que s'il lui avait offert un cadeau coteux.  
    --- ERASME   
%
 Par les dieux immortels, y a-t-il plus heureux que cette
espce d'hommes qu'on appelle vulgairement bouffons, fous,
sots, innocents, les plus beaux noms  mon avis ?
Au premier abord, j'ai peut-tre l'air de dire une chose
folle et absurde ; c'est pourtant rigoureusement vrai. D'abord
ils ignorent la crainte de la mort, qui, par Jupiter, n'est pas
une petite misre. Ils ignorent les remords de conscience.
Ils ne sont pas terrifis par les histoires de revenants.
Ils ne sont pas pouvants par les spectres et les
lmures, ni torturs par la crainte des maux qui
les menacent, ni cartels par l'esprance
des biens  venir. Bref, ils ne sont pas dchirs
par les mille tourments auxquels cette vie est en butte. Ils ignorent
la honte, la crainte, l'ambition, l'envie, l'amour. Enfin, s'ils
parviennent  l'inconscience des btes brutes, ils
ne commettent mme plus de pch, selon les
thologiens.
 Maintenant, sage plein de folie, je voudrais que tu comptes avec
moi tous les soucis qui jour et nuit tourmentent ton esprit, que
tu runisses en un seul tas tous les ennuis de ta vie,
et tu comprendras enfin de combien de misres j'ai affranchi
mes fous. Ajoutez-y que non seulement ils ne font que jubiler,
s'amuser, chantonner, rire, mais de plus ils apportent 
tous, partout o ils vont, le plaisir, le jeu, l'amusement
et le rire, comme si la bienveillance des dieux les avait destins
 gayer la tristesse de la vie humaine. Aussi,
tandis que les gens ont les uns envers les autres des sentiments
divers, tout le monde les reconnat galement pour
des amis, les recherche, les rgale, les choie, les entoure,
les secourt s'il arrive quelque chose, leur permet de dire ou
de faire n'importe quoi impunment. On dsire si
peu leur nuire que mme les btes sauvages s'abstiennent
de leur faire du mal, les sentant d'instinct inoffensifs. Car
ils sont vritablement consacrs aux dieux, en particulier
 moi ; ce n'est donc pas  tort qu'on les
respecte universellement.  
    --- ERASME   
%
 Les biens de la fortune, tous tels qu'ils sont, encores
faut il avoir du sentiment pour les savourer. C'est le jour,
non le posseder, qui nous rend heureux.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 La nature nous rendant toujours malheureux en tous tats,
nos dsirs nous figurent un tat heureux, parce
qu'ils joignent  l'tat o nous sommes les
plaisirs de l'tat o nous ne sommes pas ;
et, quand nous arriverions  ces plaisirs, nous ne serions
pas heureux pour cela, parce que nous aurions d'autres dsirs
conformes  ce nouvel tat.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Le sentiment de la fausset des plaisirs prsents
et l'ignorance de la vanit des plaisirs absents causent
l'inconstance.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Divertissement : Quand je m'y suis mis quelquefois,
 considrer les diverses agitations des hommes,
et les prils et les peines o ils s'exposent, dans
la cour, dans la guerre, d'o naissent tant de querelles,
de passions, d'entreprises hardies et souvent mauvaises, etc.,
j'ai dcouvert que tout le malheur des hommes vient d'une
seule chose qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une
chambre.
 ~
 Mais quand j'ai pens de plus prs, et qu'aprs
avoir trouv la cause de tous nos malheurs, j'ai voulu
en dcouvrir la raison, j'ai trouv qu'il y en a
une bien effective, qui consiste dans le malheur naturel de notre
condition faible et mortelle, et si misrable, que rien
ne peut nous consoler, lorsque nous y pensons de prs.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Le roi est environn de gens qui ne pensent qu'
divertir le roi, et  l'empcher de penser 
lui. Car il est malheureux, tout roi qu'il est, s'il y pense.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Il n'y a que trois sortes de personnes : les unes
qui servent Dieu, l'ayant trouv ; les autres qui
s'emploient  le chercher, ne l'ayant pas trouv ;
les autres qui vivent sans le chercher ni l'avoir trouv.
Les premiers sont raisonnables et heureux ; les derniers
sont fous et malheureux ; ceux du milieu sont malheureux
et raisonnables.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Pourquoi nous faire horreur de notre tre ?
Notre existence n'est point si malheureuse qu'on veut nous le
faire accroire. Regarder l'univers comme un cachot, et tous les
hommes comme des criminels qu'on va excuter, est l'ide
d'un fanatique ; croire que le monde est un lieu de dlices
o l'on ne doit avoir que du plaisir, c'est la rverie
d'un sybarite. Penser que la terre, les hommes et les animaux
sont ce qu'ils doivent tre dans l'ordre de la Providence
est, je crois, d'un homme sage.  
    --- VOLTAIRE   
%
      Un jeune colonel a souvent l'impudence
      De passer en plaisirs un marchal
de France.
      "Etre heureux comme un roi",
dit le peuple hbt :
      Hlas ! pour le bonheur
que fait la majest ?
      En vain sur ses grandeurs un monarque
s'appuie ;
      Il gmit quelquefois, et bien
souvent s'ennuie.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Remarquez bien que la plupart des choses qui nous font
plaisir sont draisonnables.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Le bonheur consiste plus dans une disposition gnrale
de l'esprit et du coeur, qui s'ouvre au bonheur que la nature
de l'Homme peut prter, que dans la multiplicit
de certains moments heureux dans la vie. Il consiste plus dans
une certaine capacit de recevoir ces moments heureux.
Il ne consiste point dans le plaisir, mais dans une capacit
aise de recevoir le plaisir, dans une esprance
bien fonde de le trouver quand on voudra, dans une exprience
que l'on n'a point un certain dgot gnral
pour les choses qui font la flicit des autres.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Si on ne vouloit tre qu'heureux, cela seroit bientt
fait. Mais on veut tre plus heureux que les autres, et
cela est presque toujours difficile, parce que nous croyons les
autres plus heureux qu'ils ne sont.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Comme l'homme vivrait heureux s'il s'occupait aussi peu
des affaires d'autrui que des siennes !  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Une impression agrable, lorsqu'elle est courte,
c'est plaisir ; lorsqu'elle est longue, c'est volupt ;
lorsqu'elle est permanente, c'est le bonheur. Un bonheur caus
par des impressions douces, flatteuses, que rien n'interrompt
ni ne trouble, c'est flicit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 N'est pas heureux qui ne veut l'tre.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Oui, il entre invitablement dans la composition
de tout bonheur parfait l'ide de l'avoir mrit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Les mouvements de l'esprit, quand ils sont seuls, ne mesurent
rien. Les battements du pouls mesurent le temps, les battements
du coeur mesurent la vie ; mais la paix seule et les mouvements
de notre me mesurent le bonheur.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Pour tre tragiques, il faut que les malheurs soient
rares.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le plaisir n'est que le bonheur d'un point du corps. Le
vrai bonheur, le seul bonheur, tout le bonheur est dans le bien-tre
de toute l'me.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ne vous exagrez pas les maux de la vie et n'en
mconnaissez pas les biens, si vous cherchez  vivre
heureux.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Quand on soutient que les gens les moins sensibles sont,
 tout prendre, les plus heureux, je me rappelle le proverbe
indien : "Il vaut mieux tre assis que debout, tre
couch qu'assis ; mais il vaut mieux tre mort
que tout cela."  
    --- CHAMFORT   
%
 Celui qui veut trop faire dpendre son bonheur
de la raison, qui le soumet  l'examen, qui chicane, pour
ainsi dire, ses jouissances, et n'admet que des plaisirs dlicats,
finit par n'en plus avoir. C'est un homme qui,  force
de faire carder son matelas, le voit diminuer, et finit par coucher
sur la dure.  
    --- CHAMFORT   
%
 Je conseillerais  quelqu'un qui veut obtenir une
grce d'un ministre de l'aborder d'un air triste, plutt
que d'un air riant. On n'aime pas  voir plus heureux que
soi.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il est difficile de ne pas s'exagrer le bonheur
dont on ne jouit pas.  
    --- STENDHAL   
%
 A l'individu, dans la mesure o il recherche
son bonheur, il ne faut donner aucun prcepte sur le chemin
qui mne au bonheur : car le bonheur individuel jaillit
selon ses lois propres, inconnues de tous, il ne peut tre
qu'entrav et arrt par des prceptes
qui viennent du dehors.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 HEUREUX. - En parlant d'un homme heureux : "Il est
n coiff." On ne sait pas ce que a signifie,
et l'interlocuteur non plus.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Pour vivre, je ne dis pas heureux (ce but est une illusion
funeste), mais tranquille, il faut se crer en dehors de
l'existence visible, commune et gnrale 
tous, une autre exigence interne et inaccessible  ce qui
rentre dans le domaine du contingent, comme disent les philosophes.
Heureux les gens qui ont pass leurs jours  piquer
des insectes sur des feuilles de lige ou  contempler
avec une loupe les mdailles rouilles des empereurs
romains ! Quand il se mle  cela un peu de
posie ou d'entrain, on doit remercier le ciel de vous
avoir fait ainsi natre.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 On ne devrait vivre que pour le plaisir. Rien ne vieillit
comme le bonheur.  
    --- Oscar WILDE   
%
 [...] un homme qui sait se rendre heureux avec une simple
illusion est infiniment plus malin que celui qui se dsespre
avec la ralit.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Chacun trouve son plaisir o il le prend.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le vrai bonheur serait de se souvenir du prsent.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il ne suffit pas d'tre heureux : il faut encore
que les autres ne le soient pas.  
    --- Jules RENARD   
%
 La gloire d'hier ne compte plus ; celle d'aujourd'hui
est trop fade, et je ne dsire que celle de demain.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le bonheur que les autres vous croient ajoute 
notre dtresse de savoir que nous ne sommes pas heureux.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le bonheur ne rend pas bon. C'est une remarque qu'on fait
sur le bonheur des autres.  
    --- Jules RENARD   
%
 J'ai toujours vu les gens heureux, mais qui le sont 
trop grands frais, envier le petit bonheur limit, dans
un coin.  
    --- Jules RENARD   
%
 Etre heureux, c'est tre envi. Or,
il y a toujours quelqu'un qui nous envie. Il s'agit de le connatre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le bonheur, c'est d'tre heureux ; ce n'est
pas de faire croire aux autres qu'on l'est.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il faut tre discret quand on parle de son bonheur,
et l'avouer comme si l'on se confessait d'un vol.  
    --- Jules RENARD   
%
 A quelque chose malheur est bon.
 Le malheur des autres, cela va sans dire. Il n'y a mme
que cela de bon. Il est assez difficile de se figurer une chose
heureuse arrivant  un voisin de campagne par exemple,
et dont on puisse tirer parti. La preuve, c'est que le bonheur
des uns ne fait pas le bonheur des autres, comme le dit fort exactement
un autre Lieu Commun presque identique.  
    --- Lon BLOY   
%
 Bonheur n. Agrable sensation qui nat de
la contemplation de la misre d'autrui.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Il vient un ge o le bonheur semble se retirer
de la vie, comme ces lacs qu'un t trop long rtrcit
entre leurs rives.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Le bonheur se serait peut-tre d'avoir de l'argent,
une valise avec cinq ou six livres et ses vtements, et
de vivre tantt ici, tantt ailleurs, en changeant
sans cesse de gens, de paysages, d'ides, sans aucun attachement,
et en prenant des notes partout et surtout. On mourrait un jour
ou l'autre, o l'on pourrait. Le moindre sentiment, la
moindre affection, la moindre chose qu'on possde est une
chane.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Quand on pense  des choses de ce genre :
le mariage, la guerre, la prison, les estropis ns,
les tordus, les contrefaits, les idiots, les fous, les syphilitiques,
on sent le prix du bonheur d'y avoir chapp - jusqu'ici,
du moins.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Toute rvolution prtend travailler pour
le bien universel et veut propager sa doctrine dans le monde entier.
En 1792, toute l'Europe tait contre la Rvolution
franaise. Aujourd'hui, toute l'Europe est contre la Rvolution
russe. Il n'y a pas  s'chauffer. Il faut seulement
se mfier des gens qui veulent le bonheur de l'humanit,
d'o qu'ils soient. Les juges de l'Inquisition eux aussi,
voulaient faire le bonheur de leurs victimes.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 C'est une constatation que sont obligs de faire
quelquefois certains hommes : que de sots ont facilement
ce qu'ils n'ont pas.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il arrive chaque jour entre la place de l'Etoile
et la place de la Concorde un nombre d'accidents qui ne varie
gure. Donc chaque accident arriv  autrui
est un accident vit par vous. 
 Le nombre des maladies et des larmes est quilibr
de la mme faon - et chaque fois qu'un homme meurt,
ce n'est pas vous.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Ds longtemps j'avais dcel chez
mes amis les plus intimes comme un secret espoir de me voir malheureux
dans mon propre intrt.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Vos amis qui vous prdisent des malheurs en arrivent
bien vite  vous les souhaiter - et ils les provoqueraient
au besoin pour conserver votre confiance.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Il y a assez de gens qui s'occupent des malheureux, des
disgracis, des dshrits, pour que
je dfende un peu le bonheur, la grce et la beaut.
 Il n'y a pas que des malheureux.
 Il n'y a pas que des gens laids.
 Or, sous le prtexte magnifique de favoriser les gens
malheureux, vous risquez de faire du mal  ceux qui ne
le sont pas. C'est trs grave.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Vous avez trouv le bonheur, dites-vous. Prenez
garde ! Car c'est l'oasis, et Pgase ne va pas plus
loin vous porter.  
    --- Andr GIDE   
%
 Non s'efforcer vers le plaisir mais trouver son plaisir
dans l'effort mme, c'est le secret de mon bonheur.  
    --- Andr GIDE   
%
 Le besoin qu'a Pascal de dsesprer l'homme
et de saper ses joies,  seule fin de prcipiter
sa conversion, cette systmatique dprciation
du jeu, de l'art ("quelle vanit que la peinture..."),
de tout ce qui distrait l'homme de la ncessit
de la mort - me parat beaucoup plus vain que le plaisir
mme ; et combien me parat plus sage la boutade
de Hebel : "Que peut faire de mieux le rat pris au pige ?
- C'est de manger le lard."  
    --- Andr GIDE   
%
 On dit communment que tous les hommes poursuivent
le bonheur. Je dirais plutt qu'ils le dsirent,
et encore en paroles, d'aprs l'opinion d'autrui. Car le
bonheur n'est pas quelque chose que l'on poursuit, mais quelque
chose que l'on a. Hors de cette possession il n'est qu'un mot.
Mais il est ordinaire que l'on attache beaucoup de prix aux objets
et trop peu de prix  soi. Aussi l'un voudrait se rjouir
de la richesse, l'autre de la musique, l'autre des sciences. Mais
c'est le commerant qui aime la richesse, et le musicien
la musique, et le savant la science. En acte, comme Aristote disait
si bien. En sorte qu'il n'est point de chose qui plaise, si on
la reoit, et qu'il n'en est presque point qui ne plaise,
si on la fait, mme de donner et recevoir des coups. Ainsi
toutes les peines peuvent faire partie du bonheur, si seulement
on les cherche en vue d'une action rgle et difficile,
comme de dompter un cheval. Un jardin ne plat pas si on
ne l'a pas fait. Une femme ne plat pas, si on ne l'a conquise.
Mme le pouvoir ennuie celui qui l'a reu sans peine.
Le gymnaste a du bonheur  sauter, et le coureur 
courir ; le spectateur n'a que du plaisir.  
    --- ALAIN   
%
 Il est proverbial que c'est dans le malheur qu'on apprend
 connatre ses amis. Ce n'est point qu'un malheureux
loigne par les services qu'il attend ; les hommes
aiment  rendre service ; seulement ils n'aiment point
les visages malheureux. C'est en ces passages que l'amuseur connat
les amertumes de son mtier.  
    --- ALAIN   
%
 Il n'y a pas de bonheur au monde si l'on attend au lieu
de faire, et ce qui plat sans peine ne plat pas
longtemps. Faire ce qu'on veut, ce n'est qu'une ombre. Etre ce
qu'on veut, ombre encore. Mais il faut vouloir ce qu'on fait.
Il n'est pas un mtier qui ne fasse regretter de l'avoir
choisi, car lorsqu'on le choisissait on le voyait autre ;
aussi le monde humain est rempli de plaintes. N'employez point
la volont  bien choisir, mais  faire que
tout choix soit bon.  
    --- ALAIN   
%
 Les sages d'autrefois cherchaient le bonheur ; non
pas le bonheur du voisin, mais leur bonheur propre. Les sages
d'aujourd'hui s'accordent  enseigner que le bonheur propre
n'est pas une noble chose  chercher, les uns s'exerant
 dire que la vertu mprise le bonheur, et cela
n'est pas difficile  dire ; les autres enseignant
que le commun bonheur est la vraie source du bonheur propre, ce
qui est sans doute l'opinion la plus creuse de toutes, car il
n'y a point d'occupation plus vaine que de verser du bonheur dans
les gens autour comme dans des outres perces ; j'ai
observ que ceux qui s'ennuient d'eux-mmes, on ne
peut point les amuser ;  et au contraire,  ceux qui
ne mendient point, c'est  ceux-l que l'on peut
donner quelque chose, par exemple la musique  celui qui
s'est fait musicien. Bref il ne sert point de semer dans le sable ;
et je crois avoir compris, en y pensant assez, la clbre
parabole du semeur, qui juge incapables de recevoir ceux qui manquent
de tout. Qui est puissant et heureux par soi sera donc heureux
et puissant par les autres encore en plus.  
    --- ALAIN   
%
 Au lieu de prtendre avec le pessimisme qu'il n'y
a pas de plaisir sans mlange, il faudrait plutt
s'exprimer ainsi : tous les plaisirs enveloppent leur douleur,
c'est--dire une possibilit de conscience qui les
empoisonnera, les rendra fragiles, dfiants, souponneux ;
 peine avons-nous commenc de les vivres qu'ils
projettent dj une ombre d'eux-mmes, infiniment
lgre et fugitive, et cette ombre est comme leur
conscience lmentaire. Pour tre parfaitement
heureux il faudrait ne rien savoir de son bonheur ; mais
y a-t-il jamais eu un seul sentiment humain, si pur soit-il, que
n'effleurt quelque rflexion imperceptible ?
Voil la vraie maldiction, la Nmsis
dont parle Schelling et qui, en nous proposant le savoir, trouble
le clair miroir de l'innocence. Le drame antique a exprim
par de profonds symboles cette pudeur d'un bonheur qui craint
d'veiller la jalousie des dieux... Prendre conscience
de son plaisir, c'est s'apercevoir qu'il n'est qu'un pauvre plaisir
sans lendemain, qu'il nous laisse ternellement inquiets,
dsirants, famliques. La conscience ne se borne
donc pas  faire du plaisir un objet : elle en manifeste
l'insuffisance, elle apporte avec soi le premier doute qui, lentement,
sournoisement, va miner notre bonheur.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Dans toutes les espces animales et chez l'homme,
la rcompense ne s'obtient que par l'action. Le bonheur
ne vous tombe qu'exceptionnellement tout prpar
dans les bras. Il faut aller  sa rencontre, il faut tre
motiv  le dcouvrir,  tel point
qu'il perd de son acuit s'il vous est donn sans
tre dsir. La pulsion primitive est indispensable,
celle de la recherche du plaisir, de l'quilibre biologique.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Il est plus que temps de mettre au rancart les contes
de bonne femme qui voudraient nous faire croire que la chance,
le bonheur et la satisfaction sont tout ce qu'il convient de dsirer
dans l'existence. Il y a trop longtemps que l'on nous dit -et
que nous croyons navement - que la poursuite du bonheur
dbouche sur le bonheur.
 [...]
 La littrature mondiale aurait d suffire 
veiller nos soupons. Dsastre, tragdie,
catastrophe, crime, pch, dmence, danger
- voil la matire premire de toutes les
grandes crations littraires. L'Enfer de Dante
est beaucoup plus ingnieux que son Paradis. Il en va de
mme du Paradis perdu de Milton,  ct
duquel son Paradis retrouv est assez insipide. Le premier
Faust nous tire des larmes, le second des billements.
 Inutile de nous raconter des histoires : que serions-nous,
et o en serions-nous, sans notre malheur ? J'espre
que l'on me passera la vulgarit de l'expression car elle
est littralement vraie : nous en avons salement besoin.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Comme le lecteur le sait probablement dj,
la devise officieuse du puritanisme est : "Fais ce que tu
voudras,  condition de n'en tirer aucun plaisir." Et il
existe effectivement des gens qui jugent indcent de prendre
plaisir  quoi que ce soit dans un monde tel que celui
o nous vivons aujourd'hui. Et, certes, il devient difficile
de jouir ne serait-ce que d'un verre d'eau  l'instant
o l'on sait qu'un demi-million de civils innocents sont
en train de mourir de soif dans la moiti occidentale de
Beyrouth. Mais,  supposer mme que le bonheur mondial
soit pour demain, les pessimistes calvinistes auraient encore
des raisons d'esprer. Ils pourraient toujours avoir recours
 la recette de Laing en reprochant  leurs interlocuteurs
innocemment heureux : "Comment oses-tu t'amuser alors que
le Christ est mort sur la croix pour ton salut ? Tu crois
qu'il s'amusait, lui ? " Le reste n'est plus que silence
gn.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Les hommes recherchent furieusement le plaisir, mais ne
se croiraient pas complets, dignes de vivre, s'ils ne payaient
leur tribut  la souffrance. Donc il faut souffrir. La
plupart s'en tirent fort bien avec les ennuis quotidiens. Pour
celle-ci, c'est le mnage, la queue, la vaisselle, le retour
d'ge, pour celui-ci, le bureau, le manque de tabac, la
brivet des vacances, le mal de dents. D'autres
supplient quelques bonnes mes de leur taper dessus, se
nourrissent d'ennuis prsums, et ne sont pleinement
satisfait que lorsque le monde entier semble acharner 
les perdre. Comme s'il tait ncessaire de lever
le petit doigt pour avancer un tel rsultat. Mais il en
est qui ont lu quelque peu, qui ont une vague ide de la
souffrance "potique", et pour ceux-l quelques
subtilits s'imposent. Ils trouveront  qui parler,
et souffrance  leur mesure, en se jetant  corps
perdu dans les femmes. L, c'est gagner d'avance. Ils sautent
sur cette possibilit de tragique avec frnsie.
On s'assure quelques jours de profond chagrin. Il ne peut se faire
qu'un scnario bien conditionn ne droule
pas irrvocablement sa bobine jusqu'au terme de l'histoire.
Quel plaisir de se donner des airs de Christ parce qu'elle n'est
pas venue au rendez-vous ! De rentrer pleurer entre nos quatre
murs familiers qui en perdent leurs fades couleurs. Est-ce beau !
Est-ce assez "humain".  
    --- Georges PERROS   
%
 Le paradis n'tait pas supportable, sinon le premier
homme s'en serait accommod ; ce monde ne l'est pas
davantage, puisqu'on y regrette le paradis ou l'on en escompte
un autre. Que faire ? o aller ? Ne faisons rien
et n'allons nulle part, tout simplement.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'"homme" - je veux dire je, tu, il, nous tous - croit
vouloir le bonheur. Il croit cela parce qu'il ne l'a pas. Il en
rve comme l'assoiff rve d'oasis. Il se connat
fort mal lui-mme. En fait, ce qu'il veut, peut-tre
pas consciemment, mais en tous cas ce qu'il recherche, ce vers
quoi toute sa conduite tend perdument, c'est exactement
le contraire. Il veut risquer et vaincre, il veut avoir peur et
dominer sa peur, il veut tre mieux que son voisin ou avoir
plus que lui, il veut tre le premier, il veut dominer,
il veut sduire, il veut, en un mot, non pas une vie harmonieuse,
mais une vie excitante, passionnante. Il croit vouloir le bonheur
mais il veut l'aventure qui, se raconte-t-il, dbouchera
sur le bonheur. Il se raconte des histoires.
 Et tous ceux qui se sont terriblement battus, quel qu'ait t
leur combat, croyaient se battre pour l'aprs, pour la
victoire et ses fruits. Ils ne savaient pas, ils ne voulaient
pas savoir, qu'ils se battaient pour se battre. Pour le combat.
Les Guynemer et les Robespierre, les Napolon et les Jeanne
d'Arc, les Vincent de Paul et les Hitler, les conqurants
et les martyrs... Leur moteur est leur temprament mme,
leur bilan caractriel, leur dvorant besoin d'activit
ou de dvouement. La "cause" n'est qu'affaire de circonstances.
Ils se seraient tout aussi bien battus ou sacrifis pour
n'importe quoi d'autre, et avec la mme conviction.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Tout ce qui m'intresse, soit a fait grossir,
soit c'est immoral !  
    --- COLUCHE   
%
 La majeure partie de nos ennuis provient de la complexit
de notre nature et de la longvit de l'espce.
Mon chien qui ignore superbement l'angoisse mtaphysique,
la TVA, Andr Comte-Spongieux et la formation permanente,
coule des jours paisibles et profite sans se poser de vaines questions
de tout ce que la vie peut lui apporter : un rayon de soleil,
un bout de ctelette, un morceau de sucre, la chienne du
tripier. Un homme disposant de possibilits identiques
se proccupe de la matit de son bronzage, du degr
de cuisson de la viande, de la valeur calorique du sucre et de
la moralit de sa partenaire. C'est l'intelligence qui,
scrtant plus d'arrire-penses que
de penses, dnature les joies simples qui n'ont
nul besoin d'analyse.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le bonheur c'est aussi souvent de ne plus faire certaines
choses qu'on croyait indispensables.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Si l'on te rapporte qu'un tel dit du mal de toi, ne te
dfends pas contre ses propos, mais rponds :
"C'est qu'il ignorait mes autres dfauts ; sans quoi
il ne se serait pas born  ceux-l."  
    --- EPICTETE   
%
 L'on me dit tant de mal de cet homme, et j'y en vois si
peu, que je commence  souponner qu'il n'ait un
mrite importun qui teigne celui des autres.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La calomnie est comme la gupe qui vous importune,
et contre laquelle il ne faut faire aucun mouvement, 
moins qu'on ne soit sr de la tuer, sans quoi elle revient
 la charge, plus furieuse que jamais.  
    --- CHAMFORT   
%
 Ne montrez pas le revers et l'exergue  ceux qui
n'auront pas vu la mdaille. C'est  dire ne parlez
pas des dfauts des gens de bien (et surtout de vos amis)
 ceux qui ne connaissent ni leur visage, ni leur vie,
ni leur mrite.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Calomnie. - Si l'on trouve la trace d'une suspicion vraiment
infamante, il ne faut jamais en chercher la source chez ses ennemis
loyaux et simples ; car, si ceux-ci inventaient sur notre
compte une pareille chose, tant nos ennemis, ils ne trouveraient
pas crance. Mais ceux  qui nous avons t
le plus utiles pendant un certain temps et qui, pour une raison
quelconque, peuvent tre secrtement certains de
ne plus rien obtenir de nous, - ceux-l sont capables de
mettre une infamie en circulation : ils trouvent crance,
d'une part parce que l'on admet qu'ils n'inventeraient rien qui
pourrait leur nuire personnellement, d'autre part puisqu'ils ont
appris  nous connatre de plus prs. - Pour
se consoler, celui qui est ainsi calomni peut se dire :
les calomnies sont des maladies des autres qui clatent
sur ton propre corps ; elles dmontrent que la socit
est un seul organisme (moral), de sorte que tu peux entreprendre
sur toi la cure qui profitera aux autres.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 On s'attaque  ta vie prive ? 
 C'est que l'on ne trouve rien  redire  tes ouvrages.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Diseur de bons mots, mauvais caractre.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Ne pouvoir supporter tous les mauvais caractres
dont le monde est plein n'est pas un fort bon caractre :
il faut dans le commerce des pices d'or, et de la monnaie.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Dans la socit, c'est la raison qui plie
la premire. Les plus sages sont souvent mens par
le plus fou et le plus bizarre : l'on tudie son faible,
son humeur, ses caprices, l'on s'y accommode ; l'on vite
de le heurter, tout le monde lui cde ; la moindre
srnit qui parat sur son visage
lui attire des loges : on lui tient compte de n'tre
pas toujours insupportable. Il est craint, mnag,
obi, quelquefois aim.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 "Diseurs de bons mots, mauvais caractre" :
je le dirais, s'il n'avait t dit. Ceux qui nuisent
 la rputation ou  la fortune des autres,
plutt que de perdre un bon mot, mritent une peine
infamante ; cela n'a pas t dit, et je l'ose
dire.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Le caractre est form de nos ides
et de nos sentiments : or il est trs prouv
qu'on ne se donne ni sentiments ni ides ; donc notre
caractre ne peut dpendre de nous.
 S'il en dpendait, il n'y a personne qui ne ft
parfait.
 Nous ne pouvons nous donner des gots, des talents ;
pourquoi nous donnerions-nous des qualits ?
 Quand on ne rflchit pas, on se croit le matre
de tout ; quand on y rflchit, on voit qu'on
n'est matre de rien.  
    --- VOLTAIRE   
%
 J'ai toujours trouv que les personnes prtendument
excrables gagnaient  tre connues de prs,
alors que les bonnes gens, elles, y perdaient.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Dans les grandes choses, les hommes se montrent comme
il leur convient de se montrer ; dans les petites, ils se
montrent comme ils sont.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il faut savoir faire les sottises que nous demande notre
caractre.  
    --- CHAMFORT   
%
 Quiconque n'a pas de caractre n'est pas un homme,
c'est une chose.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il faut des vertus qui fassent aimer et des dfauts
qui fassent craindre. Probablement ce sont les dfauts
qui vous manquent.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Nous sommes tous plus ou moins chos, et nous rptons
malgr nous les vertus, les dfauts, les mouvements
et le caractre des autres, j'entends de ceux avec qui
nous vivons.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Les hommes comme moi sont impossibles jusqu' ce
qu'ils soient ncessaires.  
    --- Victor HUGO   
%
 Homme de caractre. - Un homme parat avoir
du caractre beaucoup plus souvent parce qu'il suit toujours
son temprament que parce qu'il suit toujours ses principes.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Une fois la dcision prise, rester sourd aux meilleures
objections : preuve de caractre. Donc  l'occasion,
vouloir tre stupide...  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Un homme de caractre n'a pas bon caractre.  
    --- Jules RENARD   
%
 La vie est ce que notre caractre veut qu'elle
soit. Nous la faonnons, comme un escargot sa coquille.  
    --- Jules RENARD   
%
 Nous sommes loin de nous douter des services que pourraient
nous rendre nos dfauts - si nous savions les mettre en
oeuvre.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Le meilleur moyen pour apprendre  se connatre,
c'est de chercher  comprendre autrui.  
    --- Andr GIDE   
%
 C'est selon l'ordre des affections que le caractre
se forme ; c'est dans le cercle de la famille et des amitis
qu'il se fixe ; par les jugements ; cela se voit ;
cela saute aux yeux. On se demande si l'effet des reproches, et
mme leur fin, n'est pas de nous rappeler  notre
caractre, et de nous mettre en demeure de faire exactement
ce mlange de bien et de mal que l'on attend de nous. Votre
jeu est de mentir, et je vous le rappelle en annonant
que je ne vais pas croire un mot de ce que vous direz. Mais l'autre,
par sa manire de dire le vrai comme si c'tait
faux, me somme  son tour d'tre dfiant.
On fuit le brutal ; cela attire les coups, et en quelque
faon les aspire, par ce vide promptement fait. Il est
presque impossible que celui qui est rput paresseux
s'lance pour rendre service, car l'espace lui manque ;
tout est ferm autour de lui ; nul n'attend rien de
lui. Il ne trouve point passage. Il se heurte, il importune, dans
le moment o il devrait servir. "Toujours le mme,
dit-on de lui ; les autres ne sont rien pour lui." Il le
croit, il se le prouve, par la peur de se l'entendre dire.  
    --- ALAIN   
%
 Avoir du caractre n'est point le mme qu'avoir
un caractre. Mais le double sens du mot doit nous avertir.
Avoir du caractre, c'est accepter sa propre apparence
et s'en faire une arme. Comme de bgayer, ou d'avoir la
vue basse, ou d'un grand nez faire commandement ; aussi bien
d'un petit. On fait autorit d'une voix forte, mais d'une
voix faible aussi, d'un nasillement. Un boiteux peut tre
premptoire ; on attend qu'il le soit. Le ridicule
n'est que l'absence d'une pense derrire ces signes
imprieux. Toutefois si l'on se trouvait pourvu d'quilibre,
et de bel aspect, sans aucun ridicule, il ne faudrait pas encore
dsesprer. Socrate usait indiscrtement
de ce nez camus ; le beau Platon dut chercher d'autres moyens.
Un orateur ne cache point ses dfauts ; il les jette
devant lui. J'ai souvenir d'un avocat sifflotant, et tout 
fait ridicule ; mais il tait redout. Ses
adversaires se moquaient de lui, et, par cela mme, l'admiraient.
On ne cite gure d'hommes puissants et libres qui n'aient
conserv et compos ces mouvements de nature, de
faon  s'ouvrir d'abord un chemin parmi les sots.
Il n'y a qu'affectation au monde ; et cela est ridicule si
l'on imite ; puissant au contraire, et respect, et
redout, celui qui affecte selon sa nature. "Il t'est naturel
d'tre simple, disait quelqu'un, et tu affectes d'tre
simple. C'est trs fort."  
    --- ALAIN   
%
 On n'est soi qu'en mobilisant tous ses travers, qu'en
se solidarisant avec ses faiblesses, qu'en suivant sa "pente".
Ds qu'on cherche son "chemin", et qu'on s'impose quelque
modle noble, on se sabote, on s'gare...  
    --- Emil CIORAN  
%
 Dans notre socit, on dit que quelqu'un
a du caractre lorsqu'il accorde plus d'importance 
ses propres opinions qu' celles d'autrui.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Il est prfrable d'avoir de trs
gros dfauts que de toutes petites qualits.  
    --- Frdric DARD   
%
 Ce systme de la ncessit et de
la fatalit a t invent de nos jours
par Leibniz,  ce qu'il dit, sous le nom de  raison suffisante ;
il est pourtant fort ancien : ce n'est pas d'aujourd'hui
qu'il n'y a point d'effet sans cause, et que souvent la plus petite
cause produit les plus grands effets.
 ...
 Mais il me semble qu'on abuse trangement de la vrit
de ce principe. On en conclut qu'il n'y a si petit atome dont
le mouvement n'ait influ dans l'arrangement actuel du
monde entier ; qu'il n'y a si petit accident, soit parmi
les hommes, soit parmi les animaux, qui ne soit un chanon
essentiel de la grande chane du destin.
 ...
 Tous les vnements sont produits les uns par les
autres, je l'avoue ; si le pass est accouch
du prsent, le prsent accouche du futur ;
tout a des pres, mais tout n'a pas toujours d'enfants.
Il en est ici prcisment comme d'un arbre gnalogique :
chaque maison remonte, comme on sait,  Adam, mais dans
la famille il y a bien des gens qui sont morts sans laisser de
postrit.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Nous devons croire que tout a une cause, comme l'araigne
tisse sa toile afin d'attraper des mouches, et le fait bien avant
de savoir qu'en ce monde il existe des mouches.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Ce n'est pas parce qu'il y a une rose sur le rosier que
l'oiseau s'y pose : c'est parce qu'il y a des pucerons.  
    --- Jules RENARD   
%
 Nous ne pouvons infrer les vnements
de l'avenir des vnements prsents.
 La croyance au rapport de cause  effet est la superstition.  
    --- Ludwig WITTGENSTEIN   
%
 Quand on dit que les mmes causes produisent les
mmes effets, on ne dit rien. Car les mmes choses
ne se reproduisent jamais  -  et d'ailleurs on ne peut
jamais connatre toutes les causes.  
    --- Paul VALERY   
%
 Cause  -  Si l'on dit que le coup de mer a ruin
une jete. Tout ici est homo  -  Coup  -  et
l'emploi du verbe actif comme l'ide de ruine ou de dsordre
 -  qui est relative  notre ordre. Et l'on nglige
la modification rciproque de la mer. On ne dit pas :
la jete a vomi ses pierres sur la mer, a transform,
dissip, l'nergie de 1a lame.
 Mais quoi qu'on fasse, c'est toujours un homme qui observe.  
    --- Paul VALERY   
%
 La science, il est vrai, ne progresse qu'en remplaant
partout le pourquoi par le comment ; mais, si recul
qu'il soit, un point reste toujours o les deux interrogations
se rejoignent et se confondent. Obtenir l'homme... des milliards
de sicles n'y auraient pu suffire, par la seule contribution
du hasard. Si antifinaliste que l'on soit, que l'on puisse tre,
on se heurte l  de l'inadmissible,  de
l'impensable ; et l'esprit ne peut s'en tirer qu'il n'admette
une propension, une pente, qui favorise le ttonnant, confus
et inconscient acheminement de la matire vers la vie,
vers la conscience ; puis,  travers l'homme, vers
Dieu.  
    --- Andr GIDE  
%
 Etant philosophe, vous devez savoir ce que l'on
entend par principe de raison suffisante. Malheureusement, pour
tout ce qui le concerne directement, l'homme y fait toujours exception ;
dans notre vie relle, je veux dire notre vie personnelle,
comme dans notre vie historique et publique, ne se produit jamais
que ce qui n'a pas de raison valable.  
    --- Le Principe de Raison   
%
 Les querelles ne dureraient pas longtemps, si le tort
n'tait que d'un ct.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Il n'y a nulle certitude, ds qu'il est physiquement
ou moralement possible que la chose soit autrement. Quoi !
Il faut une dmonstration pour oser assurer que la surface
d'une sphre est gale  quatre fois l'aire
de son grand cercle, et il n'en faudra pas pour arracher la vie
 un citoyen par un supplice affreux !  
    --- VOLTAIRE   
%
 EVIDENCE. - Vous aveugle, quand elle ne crve
pas les yeux.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 L'amour de la vrit n'est pas le besoin
de certitude et il est bien imprudent de confondre l'un avec l'autre.  
    --- Andr GIDE   
%
 Je prfre donner du "Monseigneur" au chef
de la branche bonapartiste plutt qu' l'vque.
 Dame ! Je sais que l'empereur a exist, alors que
pour Dieu, je doute toujours.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Mylord Marlborough tant  la tranche
avec un de ses amis et un de ses neveux, un coup de canon fit
sauter la cervelle  cet ami et en recouvrit le visage
du jeune homme, qui recula avec effroi. Marlborough lui dit intrpidement :
"Eh ! quoi monsieur, vous paraissez tonn ?
- Oui, dit le jeune homme en s'essuyant la figure, je le suis
qu'un homme qui a autant de cervelle restt expos
gratuitement  un danger inutile."  
    --- CHAMFORT   
%
 J'ai vu, monsieur, sur une table de boucher, des cervelles
pareilles  la vtre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y a des cases dans le cerveau, avec inscriptions :
A tudier au jour favorable.  -  A n'y penser jamais.
 -  Inutile  approfondir.  -  Contenu
non examin.  -  Affaire sans issue.  -  Trsor
connu et qui ne pourrait tre attaqu que dans une
seconde existence.  -  Urgent.  -  Dangereux.
 -  Dlicat.  -  Impossible.  -  Abandonn.
 -  Rserv.  -  A d'autres !
 -  Mon fort.  -  Difficile, etc.   
    --- Paul VALERY   
%
 Un philosophe disait : vous aurez beau explorer le
cerveau, vous n'y verrez nulle pense. Vous visiterez cette
machine, vous y verrez des roues, des leviers, des pignons, des
mouvements  -  pas la pense.
 On peut lui rpondre : visitez la pense,
mme la vtre  -  et vous n'y verrez pas trace
de  -  pense. Vous y verrez des images, des sensations
aussi closes, aussi positives, aussi impntrables
qu'un morceau de fer, des rsonances, des chocs et des
dclenchements,  -   -  des engrenages comme
dans la machine, et des hasards comme dans la rue.
 Cette pense insaisissable, serait-elle une illusion d'optique,
tenant  un certain point d'o l'on se voit ?  
    --- Paul VALERY   
%
 LE JEU DES CIRCONSTANCES
 A Lou vivait un homme du nom de Che. Il avait deux fils. L'un
aimait l'tude, l'autre aimait le mtier des armes.
Celui qui tait port, aux tudes offrit
ces services au prince de Ts'i. Ce dernier accepta et le fit prcepteur
de tous ses fils. Celui qui tait habile au maniement des
armes s'adressa au roi de Tch'ou et offrit ses services. Le roi
s'en rjouit et en fit son gnral. Grce
aux revenus des deux frres, toute la famille s'enrichit
et, par leur rang, ils faisaient honneur  leurs parents.
 Che avait un voisin qui s'appelait Mong. Ce dernier avait aussi
deux fils qui taient galement l'un un lettr,
l'autre un soldat et ils vivaient dans une grande pauvret.
Mong fut pris du dsir de possder autant que la
famille Che. C'est pourquoi il s'adressa  Che en s'enqurant
des moyens d'une si rapide ascension. Les deux fils de Che lui
contrent tout conformment  la vrit.
 Sur quoi, un des fils de Mong fit une dmarche 
Ts'in pour offrir ses services comme lettr au roi de ce
pays. Le roi de Ts'in dit : "Par les temps qui courent, les
princes mettent toutes leurs forces dans la guerre. Leur intrt
se porte tout entier sur les armes et sur les approvisionnements.
Si je cherchais  gouverner mon pays au moyen de l'amour
et de la justice, ce serait l prendre la voie la plus
approprie pour trouver la ruine et la mort" Cela dit,
il fit chtier le solliciteur, puis le relcha peu
aprs.
 L'autre fils se rendit  Wei pour offrir ses services
au prince de la rgion. Ce dernier s'exprima ainsi :
"Mon pays est faible, il est entour par de grands Etats
et j'aide les petits Etats : je suis ainsi la voie
de la paix. Si je voulais me fier  la force de mes armes,
je n'aurais pas  attendre longtemps pour consommer ma
ruine. D'autre part, si je laisse partir cet homme indemne, il
s'adressera au prince d'un autre royaume et me causera bien des
ennuis" Sur quoi, il fit couper les pieds du solliciteur et on
le transporta  Lou.
 L, le pre Mong et ses fils se frappaient la poitrine
et accablaient de reproches le pre Che. Ce dernier finit
par dire : "Quand les circonstances sont favorables, on russit.
Dans le cas contraire, c'est la ruine. La voie que vous avez prise
tait la mme que la ntre, cependant l'issue
en est diffrente. Cela provient de ce que vous n'avez
pas trouv le moment favorable, et non pas que vous l'avez
manqu de votre propre chef. En outre, il n'existe pas
dans le monde de principe qui soit valable en toutes circonstances,
pas un acte qui soit mauvais dans tous les cas. Ce qui fut jadis
en usage est peut-tre rejet aujourd'hui. Ce qu'on
rejette aujourd'hui sera peut-tre en usage plus tard. L'usage
et le non-usage ne suivent pas de rgle fixe. Comment exploiter
une occasion, trouver le moment opportun, se plier aux circonstances,
voil ce qui ne dpend d'aucune recette. Il s'agit
ici d'une certaine habilet. Si vous n'avez pas cette habilet,
auriez-vous l'immense savoir de K'ong K'iou et l'adresse d'un
Liu Chang, o que vous alliez, vous chouerez."  
    --- LIE-TSEU   
%
 Les occasions sont indiffrentes, l'usage qu'on
en fait ne l'est pas. Comment conserver, avec le calme et l'quilibre,
une attention sans abandon et sans nonchalance ? En imitant
les joueurs de ds : les cailloux sont indiffrents,
les ds aussi ; comment saurais-je ce qui va tomber ?
Profiter avec rflexion et selon les rgles des
points tombs, voil quelle est mon affaire. Ainsi,
dans la vie, voici l'essentiel de ce que tu as  faire :
divise et distingue bien les choses ; dis : les choses
extrieures ne dpendent pas de moi ; ma volont
dpend de moi. O chercher le bien et le mal ?
En moi- mme, dans ce qui est mien. Quant aux choses qui
te sont trangres, ne prononce jamais 
leur propos les noms de bien et de mal, d'utilit et de
dommage, ni rien de pareil.  
    --- EPICTETE   
%
  Chaque homme vise aux mmes buts, qui sont les
honneurs et la richesse ; mais ils emploient pour les atteindre
des moyens varis : l'un la prudence, l'autre la fougue ;
l'un la violence, l'autre l'astuce ; celui-ci la patience,
cet autre la promptitude ; et toutes ces mthodes
sont bonnes en soi. Et l'on voit encore de deux prudents l'un
russir et l'autre chouer ; et  l'inverse
deux homme galement prospres qui emploient des
moyens opposs. Tout s'explique par les seules circonstances
qui conviennent ou non  leurs procds.
De l rsulte ce que j'ai dit prcdemment :
des faons de faire diffrentes produisent un mme
effet, et de deux conduites toutes pareilles l'une atteint son
but, l'autre fait fiasco.
 ...
 Si tu savais changer de nature quand changent les circonstances,
ta fortune ne changerait point.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Deux choses s'opposent  ce que nous puissions
changer : d'abord nous ne pouvons pas rsister au
penchant de notre nature ; ensuite un homme  qui
une certaine faon d'agir a toujours parfaitement russi,
n'admettra jamais qu'il doit agir autrement. C'est de l
que viennent pour nous les ingalits de la fortune :
les temps changent et nous ne voulons pas changer.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Les sots qui marchent dans le chemin de la fortune prennent
toujours les routes battues. Un prcepteur du Roi est-il
devenu premier ministre ? Tous les petits ecclsiastiques
veulent tre prcepteurs du Roi, pour tre
premiers ministres. Les gens d'esprit se font des routes particulires :
ils ont des chemins cachs, nouveaux ; ils marchent
l o personne n'a encore t. Le
monde est nouveau.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 L'homme est dou de talents que n'veillent
jamais que des circonstances fortuites.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 L'Ecluse, celui qui a t  la tte
des Varits amusantes, racontait que, tout jeune
et sans fortune, il arriva  Lunville, o
il obtint la place de dentiste du roi Stanislas, prcisment
le jour o le roi perdit sa dernire dent.  
    --- CHAMFORT   
%
 Les hros ont leurs accs de crainte, les
poltrons des instants de bravoure, et les femmes vertueuses leurs
instants de faiblesse.
 C'est un grand art que de savoir juger et saisir ces moments.  
    --- STENDHAL   
%
 Si j'eusse t  mme de fournir
la carrire de ce qu'on appelle honnte homme, j'eusse
t bonapartiste sous Bonaparte, carliste sous Charles
X, et philippiste aujourd'hui, et cela consciencieusement sans
penser tre girouette. Mais pourquoi ? direz-vous ;
parce que j'ai toujours pens que dans les commotions politiques
le mal tait toujours au-dessus du bien, parce qu'une rvolution
ne profite qu' quelques intrigants, et qu'il y a toujours
beaucoup de victimes, parce que les hommes sont toujours les hommes,
et qu'ils ne peuvent trouver leur bonheur que dans le fond de
leur coeur et nullement dans la chimre d'une libert
politique. Il est beau certes le principe de la libert
et de l'galit ; mais prouvez-moi qu'elles
ont rgn un seul jour, je dis un seul jour sur
la terre, et je vous excuserai de courir aprs. Vous qui
me stigmatisez du nom de sclrat, dites-moi si
cette chimre, si longtemps poursuivie et jamais atteinte,
vaut le sang qu'elle a dj cot.  
    --- Pierre Franois LACENAIRE   
%
 Le bon champ. - Tout refus et toute ngation tmoignent
d'un manque de fcondit : au fond, si nous
tions un bon champ de labour, nous ne devrions rien laisser
prir sans l'utiliser et nous verrions en toute chose,
dans les vnements et dans les hommes, de l'utile
fumier, de la pluie et du soleil.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les circonstances font plus de la moiti du gnie.
Un maon de village en figure de ttard, velu et
jet au hasard des batailles : ce qui sort de la fournaise,
une espce de lion au mufle tonnant, c'est Klber.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Quand tourne le vent on accuse les girouettes.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Soi.
 Nous ne connaissons de nous-mmes que celui que les circonstances
nous ont donn  connatre (j'ignorais bien
des choses de moi). Le reste est induction, probabilit :
Robespierre n'avait jamais imagin qu'il guillotinerait
 ce point ; ni tel autre, qu'il aimerait 
la folie.  
    --- Paul VALERY   
%
 Trahir, qu'on dit, c'est vite dit. Faut encore saisir
l'occasion. C'est comme d'ouvrir une fentre dans une prison,
trahir. Tout le monde en a envie, mais c'est rare qu'on puisse.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 Un nomm Hamard assassine une vieille femme dans
sa cave. Il met la main sur le magot : 1.200.000 francs en
espces, pas moins. Personne ne le souponne. Au
lieu de se tenir tranquille, il se lance dans la grande vie, dpense
fastueusement : automobile de luxe, deux chauffeurs, 40.000
francs  une fille ici, 50.000 francs  une autre
l, le reste  l'avenant. Il se fait si bien remarquer
qu'on le pince et le voil maintenant avec le bagne ou
la guillotine en perspective.
 Dire que c'est toujours  de pareils imbciles
que tombent de si belles occasions !  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je ne crois pas avoir rat une seule occasion d'tre
triste. (Ma vocation d'homme.)  
    --- Emil CIORAN   
%
 "Qu'ai-je fait de ma vie ? ..." Pour ce qui me concerne,
c'est une faon trs optimiste de poser la question.
Peut-tre conviendrait-il plutt de me demander ce
que la vie a fait de moi. Je me suis, en effet, rarement drob
aux tentations qui s'offraient de part et d'autre de mon chemin,
si bien qu'en me donnant l'illusion de mener mon existence 
ma guise, je n'ai fait que la plier aux sollicitations des circonstances.
De grandes liberts m'ont rduit en esclavage. Je
me suis beaucoup abandonn en route...  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Nous savons dire : "Cicero dit ainsi ;
voil les meurs de Platon ; ce sont les mots mesmes
d'Aristote." Mais nous, que disons nous nous mesmes ? que
jugeons nous ? que faisons-nous ? Autant en diroit bien
un perroquet.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Je n'aime point  citer ; c'est d'ordinaire
une besogne pineuse : on nglige ce qui prcde
et ce qui suit l'endroit qu'on cite, et on s'expose  mille
querelles.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Il est des esprits voyageurs qui aiment  parcourir
les livres et en rapportent le souvenir de tout ce qu'ils ont
lu. Ceux-l doivent, comme Bayle, composer des dictionnaires,
des recueils, etc.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ce mot qui finirait trs bien un chapitre le commence
mal. C'est que, par sa nature, il est la dernire et non
pas la premire expression de la pense. A
sa place, il est beau. Hors de sa place, il a de la recherche
et de l'affectation. C'est, pour le dire en passant, ce qui dans
les citations fait paratre ridicules en les isolant et
en les dplaant, des expressions qui taient
trs belles dans le lieu o leur auteur les avait
mises. Un chapiteau, un ornement doit terminer et non commencer
un difice.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 J'aime les hommes plus ou moins, selon que j'en tire plus
ou moins de notes.  
    --- Jules RENARD   
%
 Achille et Don Quichotte sont, Dieu merci, assez connus,
pour que nous nous dispensions de lire Homre et Cervants.  
    --- Jules RENARD   
%
 "Livresque", c'est un reproche que l'on me fait souvent ;
j'y donne prise par cette habitude que j'ai de citer toujours
ceux  qui ma pense s'apparente. On croit que j'ai
pris d'eux cette pense ; c'est faux, cette pense
est venue  moi d'elle-mme ; mais j'ai plaisir,
et plus elle est hardie,  penser qu'elle habita dj
d'autres esprits.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il est aussi naturel  celui qui emprunte 
autrui sa pense d'en cacher la source, qu' celui
qui retrouve en autrui sa pense, de proclamer cette rencontre.  
    --- Andr GIDE   
%
 Je me reproche de n'avoir pas, au jour le jour, transcrit
sur un carnet spcial les phrases glanes au cours
de mes lectures, qui mritaient de retenir l'attention,
dont je voudrais me souvenir pour pouvoir les citer au besoin ;  
    --- Andr GIDE   
%
 Citation n. Rptition errone d'une
dclaration d'autrui. Extrait repris avec des erreurs.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Tous les hommes de valeur : crivains, savants,
artistes, devraient publier chaque anne non pas un livre
d'eux, mais un livre de penses, de penses des
autres qu'ils auraient choisies et qui seraient annuellement un
portrait d'eux cent fois plus ressemblant qu'aucun autre.
 Car citer les penses des autres, c'est souvent regretter
de ne pas les avoir eues soi-mme et c'est en prendre un
peu la responsabilit !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Bribes, penses fugitives, dites-vous. Peut-on
les appeler fugitives lorsqu'il s'agit d'obsessions, donc de penses
dont le propre est justement de ne pas fuir ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Quiconque nous cite de mmoire est un saboteur
qu'il faudrait traduire en justice. Une citation estropie
quivaut  une trahison, une injure, un prjudice
d'autant plus grave qu'on a voulu nous rendre service.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Se mfier des penseurs dont l'esprit ne fonctionne
qu' partir d'une citation.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Un auteur trop souvent cit, on finit par ne plus
avoir envie de le lire. Son nom est profan  force
de circuler. On prfre lire quelqu'un de moins
connu et mme de moindre talent, ne serait-ce que parce
qu'il n'appartient pas  tous.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Montrer de la colre ou de la haine dans ses paroles
ou dans ses traits est inutile, est dangereux, imprudent, ridicule,
vulgaire. On ne doit donc tmoigner de colre ou
de haine que par des actes. La seconde manire russira
d'autant plus srement qu'on se sera mieux gard
de la premire. Les animaux  sang froid sont les
seuls venimeux.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 La colre est la forme commune des passions dans
leur paroxysme ; de toutes, mme de la peur. Et c'est
l qu'on peut voir comment l'homme arrive vite 
oublier son intrt prudemment calcul, et
mme sa propre conservation. Il est ordinaire qu'une colre,
mme ne de petites causes, nous porte  des
actes extravagants, comme de frapper, de briser, et mme
d'injurier des choses. Et j'ose dire que le plus profond de la
colre est la colre d'tre en colre,
et de savoir qu'on s'y jettera, et de la sentir monter en soi
comme une tempte physique. Le mot irritation en son double
sens, explique assez cela, si l'on y pense avec suite. L'enfant
crie de plus en plus fort principalement parce qu'il s'irrite
de crier, comme d'autres s'irritent de tousser.  
    --- ALAIN   
%
 Quand nous en avons par-dessus la tte, nous allons
jusqu' leur reprocher cette facilit avec laquelle
nous les avons eues - dont nous avions t pourtant
si fier !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Courses de taureaux.
 Qu'on tue quelqu'un parce qu'il est en colre, c'est bien ;
mais qu'on mette en colre quelqu'un pour le tuer, cela
est absolument criminel.  
    --- Andr GIDE   
%
 Aprs une bonne querelle, on se sent plus lger
et plus gnreux qu'avant.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Ne croyez pas (hors des cas trs rares) 
l'improvisation : tout ce qui est bien a d tre
prvu et rflchi. Dmosthne
mditait ses harangues et faisait provision d'exordes ;
M. de Talleyrand prvoyait  l'avance ses bons mots,
que la circonstance lui tirait ensuite  l'impromptu ;
si Bonaparte, dans les revues, savait nommer chaque soldat par
son nom, c'est qu'il s'tait couch la veille en
tudiant  fond ce qu'on appelle les Cadres de l'arme.
 Tout est comdie, et toute comdie a eu sa rptition.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 La comdie a un grand avantage sur la tragdie :
c'est de peindre les caractres ; la tragdie
ne peint que les passions.  
    --- STENDHAL   
%
 Le terrorisme et le communisme, combins et se
prtant un mutuel appui, ne sont autre chose que l'antique
attentat contre les personnes et contre les proprits.
Quand on plonge au plus profond de ces thories, quand
on creuse le fond des choses, on descend mme au-del
de Marat et du pre Duchesne, et il se trouve que le communisme
s'appelle Cartouche et que le terrorisme s'appelle Mandrin.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le Socialisme s'est constitu en parti, en religion ;
a codifi ses formules, promulgu son vangile.
Il a plac sur le lit de Procuste le matelas de thories
filandreuses card par Marx, et invite l'humanit
 s'y tendre. Les Socialistes scientifiques, pleins
d'eux-mmes et le nez coll aux pages moisies du
Capital, s'tonnent que l'humanit ne rponde
point  leur appel et ne se hte point, au sortir
du rgiment, de s'engouffrer dans leur caserne. Leur science...
cochonne de science ! Autant, n'est-ce pas ? n'en pas
parler. Leurs thories ne mritent pas la discussion.
Leurs pontifes sont au-dessous de l'insulte. On ne peut cependant
s'empcher de considrer comme monstrueux, dans ce
pays de France qui vit clore, et qui voit clore
tous les jours, tant d'ides hautes et simples, l'accaparement
d'une partie de l'intelligence populaire par les doctrines du
collectivisme. Ces doctrines ne sont pas seulement imbciles ;
elles sont infmes. Si elles taient ralisables,
elles mneraient directement, ainsi que l'a dmontr
Herbert Spencer,  une nouvelle forme d'esclavage, plus
hideuse que toute celles qui firent jusqu'ici gmir l'humanit.  
    --- Georges DARIEN   
%
 La bassesse du socialisme, c'est de poursuivre, non pas
le plus grand bien, mais le moindre mal.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Tout le monde sait que la terre, chose bizarre, produit
dix fois moins lorsque ceux qui la travaillent n'ont aucun droit
sur elle.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 "Plutt rouge que mort", disent les pacifistes allemands,
qui semblent oublier qu'un homard n'est jamais aussi rouge que
lorsqu'il est mort.
 Mais renoncer  sa libert, faire taire sa conscience,
tricher avec soi-mme pour sauver sa vie, c'est cela, la
perdre.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Les anticommunistes sont terriblement dsoeuvrs.  
    --- Roland TOPOR   
%
 La piti est souvent un sentiment de nos propres
maux dans les maux d'autrui. C'est une habile prvoyance
des malheurs o nous pouvons tomber ; nous donnons
du secours aux autres pour les engager  nous en donner
en de semblables occasions ; et ces services que nous leur
rendons sont  proprement parler des biens que nous nous
faisons  nous-mme par avance.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Si Malherbe imposait l'aumne aux autres, il ne
parat pas avoir prch d'exemple. Quand un
pauvre lui demandait quelque charit en disant : "Je
prierai Dieu pour vous".
 "Eh ! rpondait-il, comment voulez-vous que Dieu
fasse attention  vos prires ? Vous n'avez
pas sur lui grand crdit. Regardez dans quel tat
il vous laisse."  
    --- Lordan LARCHEY   
%
 L'anecdote raconte aujourd'hui par D'Arnaud. "D'o
venez-vous, mesdemoiselles ?  -  Maman, nous venons
de voir guillotiner ; ah mon Dieu, que ce pauvre bourreau
a eu de peine." Cet horrible dplacement de la piti
peint un sicle o tout est renvers.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'indiffrence donne un faux air de supriorit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il est certain que l'attention que nous donnons aux maux
d'autrui nous fait oublier les ntres. C'est mme
un fait dont la cause est physique.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Voudrais-je prtendre par-l que je n'aie
jamais rencontr d'hommes bons et vertueux et que je me
sois cru suprieur aux autres ? Non sans doute ;
j'ai rencontr souvent des hommes qui avaient de rares
et prcieuses qualits, des hommes honntes
et dlicats, des hommes attachs  leurs
devoirs et pratiquant la vertu, ce que vous appelez la vertu vous
autres du moins. Quant  moi, je ne connais qu'une seule
vertu, mais elle vaut toutes les autres, c'est la sensibilit.
Or, combien peu d'hommes la possdent ! combien peu
d'hommes compatissent aux misres d'autrui autrement qu'en
thorie et dans de beaux livres ! chez la plupart,
quelle duret, quelle indiffrence pour tous les
maux qui ne les touchent pas ! combien en est-il qui n'ont
d'autre aumne  donner  celui qui leur tend
la main, que ces mots jets du haut de leur morgue stoque :
Travaille, paresseux ! Il ne faut pas encourager le vice
et l'oisivet, disent-ils pour excuse. Vice tant que vous
voudrez ; si le vice ne devait pas manger, seriez-vous bien
certains de dner aujourd'hui, riches si froids et si orgueilleux,
qui ne savez mme pas placer un bienfait sans humilier et
qui le faites mme  dessein pour montrer une supriorit
que vous ne devez qu' votre or ?  
    --- Pierre Franois LACENAIRE   
%
  Ce qui adoucit encore beaucoup d'horreurs et d'inhumanits
dans l'histoire, auxquelles l'on voudrait  peine ajouter
foi, c'est cette considration que l'ordonnateur et l'excuteur
sont des personnages diffrents : le premier n'a pas
la vue du fait, ni par consquent la forte impression sur
l'imagination, le second obit  un suprieur
et se sent irresponsable. La plupart des princes et des chefs
militaires font aisment, par manque d'imagination, l'effet
d'hommes cruels et durs sans l'tre.
 ...
 La souffrance d'autrui est chose qui doit s'apprendre :
et jamais elle ne peut tre apprise pleinement.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les compatissants.
 Les natures compatissantes,  chaque instant prtes
 secourir dans l'infortune, sont rarement en mme
temps les conjouissantes : dans le bonheur d'autrui, elles
n'ont que faire, sont superflues, ne se sentent pas en possession
de leur supriorit et montrent pour cela facilement
du dpit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Explication de la joie maligne. - La joie maligne que
l'on prouve en face du mal d'autrui provient du fait que
chacun se sent mal  l'aise sous bien des rapports, qu'il
prouve, lui aussi, souci, jalousie, douleur et qu'il ne
les ignore pas : le dommage qui touche l'autre fait de lui
son gal, il rconcilie sa jalousie. - S'il a des
raisons momentanes pour tre heureux lui-mme,
il n'en accumule pas moins les malheurs du prochain, dans sa mmoire,
comme un capital pour le faire valoir ds que sur lui aussi
le malheur se met  fondre : c'est l galement
une faon d'avoir une "joie maligne".  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Pourquoi les mendiants survivent. - La plus grande dispensatrice
d'aumnes, c'est la lchet.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Pour que la charit puisse tre pratique,
il faut que quelques-uns acceptent de ne pas la faire, ou ne soient
pas en tat de la faire. C'est une vertu rserve
 quelques-uns ; la morale, au contraire, par dfinition,
doit tre commune  tous, accessible  tous.
On ne saurait donc voir dans le sacrifice, le dvouement
inter-individuel, le type de l'acte moral.  
    --- Emile DURKHEIM   
%
 Que la Compassion humanitaire aille contre la Nature en
assurant la survie du rat peut amener l'homme de science
 abhorrer ses vertus faciles. L'conomiste peut
la dnoncer parce qu'elle lve l'imprvoyant
au mme niveau que le prvoyant et prive ainsi la
vie de son incitation au travail la plus puissante, parce que
la plus sordide. Mais, aux yeux du penseur, le vritable
tort que cause cette compassion motionnelle, c'est de
limiter la connaissance et de nous empcher par l
de rsoudre ne serait-ce qu'un seul problme social.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Le crime le plus horrible des riches envers les pauvres
est de s'tre arrog le droit de leur distribuer
la justice et l'assistance, de leur faire la charit. Ce
sont les misrables qui paient eux-mmes, avec des
intrts usuraires, les frais de la justice drisoire,
de l'assistance immonde et de la charit dgradante
qu'ils sont assez vils pour qumander et recevoir. Voil
le comble de la lchet, de la drision et
de l'hypocrisie.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Un bienfait n'est jamais perdu.
 Ou, s'il est perdu, il n'est pas perdu pour tout le monde.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Faire la charit, c'est bien. La faire faire par
les autres, c'est mieux.
 On oblige ainsi son prochain, sans se gner soi-mme.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Le miracle de la charit, ce fut de la faire faire
par les pauvres. Cela s'appelle : mutualit.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Une fourreuse du passage Dauphine, une soixantaine d'annes,
 qui j'ai souvent parl  cause de ses chiens,
s'est jete  la Seine il y a quelques jours. Inconsolable
de la mort d'un fils il y a une dizaine d'annes. Pertes
d'argent. Mauvaises affaires. Mari toujours dehors. Le "Flau"
me parlait de cela ce soir dans mon bureau. Je me suis mis 
clater de rire. Scandalise de cela. Me traitant
de monstre, homme abominable. Je n'en riais que plus fort. C'est
vrai,  la fin. Faut-il que je me dsole parce que
cette femme s'est jete  l'eau ? Je m'en fiche
compltement. Va-t-il falloir aussi que je m'attendrisse
sur les tuberculeux, les goitreux, les borgnes, les bancals, les
gens qui n'ont qu'un testicule, tous les mal btis d'une
faon ou d'une autre. C'est agaant,  la
fin. Je m'en fiche compltement. Toutes ces jrmiades
 la mode d'aujourd'hui ! C'est comme l'affaire des
timbres antituberculeux. Des timbres antituberculeux ? Quel
franais ! J'attends qu'on vienne m'en offrir dans
la rue. Car c'est devenu maintenant une sorte de qute.
Je crois bien que je m'offrirai ce plaisir de rpondre
que je m'en fiche compltement.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les journaux, ce matin, annoncent que Gandhi a t
assassin par un indou [sic]. C'est bien fait. Cela lui
apprendra  s'occuper du bonheur des autres. C'est une
rflexion, de ce genre que Marquet, l'ancien maire de Bordeaux,
a fait dans son procs en Cour de Justice : "Si
je ne m'tais pas occup de sauver la vie 
58 Bordelais que les Allemands voulaient fusiller, je ne serais
pas ici." "Jsus, a-t-il ajout, a fait la mme
exprience il y a longtemps."  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Tout homme est sensible quand il est spectateur. Tout
homme est insensible quand il agit. Cela explique assez les tours
et retours des choses humaines, pourvu qu'on y pense. Toutefois,
on n'y peut presque point penser. Car ds que j'imagine
le crime d'un autre, je l'imagine en spectateur ; il me semble
que le criminel a le coeur dchir pour toujours.
Et il l'aurait s'il tait spectateur. On a plus d'une fois
remarqu qu'au thtre ce ne sont pas toujours
les plus tendres et les plus scrupuleux qui font voir des sentiments
humains et mme des larmes. Mais la rsolution inflexible,
la prcaution, la dcision, la vitesse de l'homme
qui agit sont incomprhensible pour celui qui le regarde.
D'o ces crimes de la guerre qui passent toute mesure,
et qui ne rvlent rien sur la nature de ceux qui
les commettent. Coeurs secs, ou irritables, ou sensibles, dans
la vie ordinaire, c'est tout un ds que l'action les emporte.
Et le remords, chez les meilleurs, est certainement volontaire
et tout abstrait ; ce genre de remords ne mord point du tout.
Un chasseur, souvent, est un ami des btes ; mais,
s'il est bon tireur, les perdrix ne doivent pas compter sur cet
amour-l.  
    --- ALAIN   
%
 Certaines contradictions de l'histoire moderne se sont
claires  mes yeux ds que j'ai
bien voulu tenir compte d'un fait qui d'ailleurs crve
les yeux : l'homme de ce temps a le coeur dur et la tripe
sensible. Comme aprs le Dluge la terre appartiendra
peut-tre demain aux monstres mous.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Les gens du peuple ont un mot trs profond lorsqu'ils
s'encouragent  la sympathie. "Mettons-nous  sa
place", disent-ils. On ne se met aisment qu' la
place de ses gaux. A un certain degr d'infriorit,
relle ou imaginaire, cette substitution n'est plus possible.
Les dlicats du XVIIe sicle ne se mettaient nullement
 la place des ngres dont la traite enrichissait
leurs familles.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Mfions-nous des entranements de la sensibilit !
On commence par plaindre les assassins et par un enchanement
fatal on finit par s'apitoyer sur les victimes...  
    --- Andr FROSSARD   
%
 La compassion n'engage  rien, d'o sa frquence.
Nul n'est jamais mort ici-bas de la souffrance d'autrui. Quant
 celui qui a prtendu mourir pour nous, il n'est
pas mort : il a t mis  mort.  
    --- Emil CIORAN   
%
 "Celui qui est enclin  la luxure est compatissant
et misricordieux ; ceux qui sont enclins 
la puret ne le sont pas." (Saint Jean Climaque.)
 Pour dnoncer avec une telle nettet et une telle
vigueur, non pas les mensonges, mais l'essence mme de la
morale chrtienne, et de toute morale, il y fallait un
saint, ni plus ni moins.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Laissez donc les autres tels qu'ils sont, et ils vous
en seront reconnaissants. Voulez-vous  tout prix leur
bonheur ? Ils se vengeront.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La promotion des grands sentiments engraisse les crapules.  
    --- Roland TOPOR   
%
 On a toujours la possibilit de se dfendre
contre la haine, la mdisance, la jalousie. On ne peut
rien contre les bons sentiments. Ils paralysent les forces vives
comme la glu colle les pattes des mouches trop aventureuses. Allez
donc dire leur fait aux dames patronnesses, aux confits en dvotion,
aux maniaques de l'altruisme, aux professionnels de la charit !
Tous ces gens-l pataugent dans le miel de la solidarit
humaine. Ils sont inattaquables jusqu'au moment o l'on
dcouvre que leur charit a commenc par
eux-mmes.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Louis XI, la Brinvilliers se confessaient ds qu'ils
avaient commis un grand crime, et se confessaient souvent, comme
les gourmands prennent mdecine pour avoir plus d'apptit.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Confession. - On oublie sa faute quand on l'a confesse
 un autre, mais d'ordinaire l'autre ne l'oublie pas.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
  Le fait qu'on se confesse de plus en plus  la
radio et de moins en moins dans les glises semble indiquer
que la publicit est plus prcieuse que le pardon...  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 La confession la plus vraie est celle que nous faisons
indirectement, en parlant des autres.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On m'a rapport qu'un jour Malraux interrogea un
vieux prtre, pour savoir ce qu'il retenait de toute une
vie de confesseur, quelle leon il tirait de cette longue
familiarit avec le secret des mes... Le vieux prtre
lui rpondit : "Je vous dirai deux choses : la
premire, c'est que les gens sont beaucoup plus malheureux
qu'on ne le croit ; la seconde, c'est qu'il n'y a pas de
grandes personnes." C'est beau, non ? Le secret, c'est qu'il
n'y a pas de secret. Nous sommes ces petits enfants gostes
et malheureux, pleins de peur et de colre...  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 On peut  force de confiance mettre quelqu'un dans
l'impossibilit de nous tromper.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Contre les familiers.
 Les gens qui nous donnent leur pleine confiance croient par l
avoir un droit sur la ntre. C'est une erreur de raisonnement ;
des dons ne sauraient donner un droit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les grands chefs qui se fient  leurs propres dcisions,
et qui se jurent, en quelque sorte, de ne s'tre point tromps,
ont, ce me semble, une grande vertu pour raliser les hommes
dont ils se servent. Car il est merveilleux de voir comme nous
sommes incertains de nous-mmes et dplacs
aisment jusque dans notre intrieur par les changements
d'opinion sur nous. Un homme ferme et mme inbranlable
dans son jugement sur nous nous donne force et consistance. Il
est trs rare que l'on trahisse celui qui fait toute confiance ;
mais au rebours la dfiance est une excuse et presque une
raison  la tromperie.  
    --- ALAIN   
%
 Etre comme il faut.
 Rgle sans exception. Les hommes dont il ne faut pas ne
peuvent jamais tre comme il faut. Par consquent,
exclusion, limination immdiate et sans passe-droit
de tous les gens suprieurs. Un homme comme il faut doit
tre, avant tout, un homme comme tout le monde. Plus on
est semblable  tout le monde, plus on est comme il faut.
C'est le sacre de la multitude.
 Etre habill comme il faut, parler comme il faut,
manger comme il faut, marcher comme il faut, vivre comme il faut,
j'ai entendu cela toute ma vie.  
    --- Lon BLOY   
%
 N'tre pas le premier venu.
 Le plus haut titre aux yeux du Bourgeois, c'est de n'tre
pas le premier venu. Il vous accablerait de son mpris,
si vous lui disiez que Napolon tait le premier
venu. Le soixante-dix-huitime, si vous voulez, mais pas
le premier, jamais de la vie. Le dernier non plus. L'Evangile
dit que les derniers seront les premiers, et le Bourgeois s'en
souvient.
 Ce qu'il dteste par-dessus tout, c'est qu'on soit le
premier ou le dernier n'importe o, n'importe comment et
n'importe quand. Il faut tre dans le tas, rsolument
et pour toujours.  
    --- Lon BLOY   
%
 Je ne suis pas le premier venu, moi ! comme disait
le prtentieux jeune homme qui, invit 
dner en ville, arrivait lorsque tout le monde tait
 table depuis un bon quart d'heure.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Les extrmes se touchent.
 Tous les bourgeois vous diront qu'il n'y a pas l'paisseur
d'un cheveu entre les extrmes. C'est pour cela qu'ils en
ont horreur et  qu'ils prconisent la mdiocrit,
le juste milieu, la bonne moyenne, le fil  couper le beurre,
estimant, dans leur sagesse, que les taupes n'ont pas besoin de
l'oculiste et que les crapauds sont moins exposs aux coups
de soleil que les licornes ou les alrions.  
    --- Lon BLOY   
%
 Les extrmes se touchent, les dgueulasses !  
    --- Frdric DARD   
%
 La princesse de Portugal tant promise 
Charles II, il envoya une flotte pour la chercher. On lui manda
qu'elle toit prte  s'embarquer et qu'on
l'avoit fait raser. Il dit qu'il n'avoit que faire de cela et
qu'il n'aimoit point le c... ras. Les ministres, qui craignoit
qu'il ne la renvoyt ou qu'il n'en et du dgot,
ordonnrent  l'amiral d'attendre jusqu'
ce que son poil ft revenu, et on fit la supputation combien
chaque poil cotoit  la nation.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Un joli mot que Rgnier m'a racont cette
aprs-midi, de M. Nisard, notre ambassadeur  Rome.
 Dans un groupe, on parlait d'un absent.
  -  C'est un imbcile, dit l'un,
  -  C'est un sot, dit un autre.
  -  C'est un con, dit un troisime.
  -  Vous exagrez, dit M. Nisard. Il n'en a ni
l'agrment, ni la profondeur.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Le mois de l'anne o le politicien dit
le moins de conneries, c'est le mois de fvrier, parce
qu'il n'y a que vingt-huit jours.  
    --- COLUCHE   
%
 De conin, qui signifiait lapin en vieux franais,
mais dsignait galement le sexe fminin,
ne demeure que le con. On a remplac lapin par chatte.
Le sexe est devenu carnivore.  
    --- Roland TOPOR   
%
 Gardons-nous de donner la parole aux cons. Ils ne veulent
jamais la rendre.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 N'veillez pas le con qui dort, c'est toujours
a de pris.  
    --- Frdric DARD   
%
 Chacun de nous est le seul tre au monde qui ne
soit pas toujours une mcanique.  
    --- Paul VALERY   
%
 La conscience est soutenue par le corps, et vacille et
se tient sur la pression tremblante du sang comme la coquille
d'oeuf sur un jet d'eau.  
    --- Paul VALERY   
%
 La mauvaise conscience est rare ; si rare qu'elle
est, en somme,  peine une exprience psychologique ;
la mauvaise conscience est plutt une limite mtempirique*,
et le consciencieux n'atteint cette limite que dans la tangence
de l'instant, tangence aussitt interrompue par la complaisance
de la bonne conscience... C'est pourquoi la crise aigu du
remords est insparable de la tension tragique. En dehors
de Boris Godounov et de Macbeth, tout le monde a en gnral
bonne conscience. Personne ne se reconnat de torts, cela
est assez connu, ni ne s'estime le moins du monde coupable ;
chacun est convaincu de son bon droit, et de l'injustice des autres
 son gard. Mchants ou non, les gostes
sont en gnral bien contents, trs satisfaits
de ce qu'ils font, et ils jouissent le plus souvent d'un excellent
sommeil ; ils ne regrettent jamais leurs mesquineries...
Malgr son caractre ambigu, la mauvaise conscience,
conscience honteuse d'elle-mme, est une exaltation de la
conscience en gnral.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique,
nous sommes programms depuis l'oeuf fcond
pour cette seule fin, et toute structure vivante n'a pas d'autre
raison d'tre, que d'tre. Mais pour tre elle
n'a pas d'autres moyens  utiliser que le programme gntique
de son espce. Or, ce programme gntique
chez l'Homme aboutit  un systme nerveux, instrument
de ses rapports avec l'environnement inanim et anim,
instrument de ses rapports sociaux, de ses rapports avec les autres
individus de la mme espce peuplant la niche o
il va natre et se dvelopper. Ds lors, il
se trouvera soumis entirement  l'organisation
de cette dernire. Mais cette niche ne pntrera
et ne se fixera dans son systme nerveux que suivant les
caractristiques structurales de celui-ci. Or, ce systme
nerveux rpond d'abord aux ncessits urgentes,
qui permettent le maintien de la structure d'ensemble de l'organisme.
Ce faisant, il rpond  ce que nous appelons les
pulsions, le principe de plaisir, la recherche de l'quilibre
biologique, encore que la notion d'quilibre soit une notion
qui demande  tre prcise. Il permet
ensuite, du fait de ses possibilits de mmorisation,
donc d'apprentissage, de connatre ce qui est favorable
ou non  l'expression de ces pulsions, compte tenu du code
impos par la structure sociale qui le gratifie, suivant
ses actes, par une promotion hirarchique. Les motivations
pulsionnelles, transformes par le contrle social
qui rsulte de l'apprentissage des automatismes socio-culturels,
contrle social qui fournit une expression nouvelle 
la gratification, au plaisir, seront enfin  l'origine
aussi de la mise en jeu de l'imaginaire. Imaginaire, fonction
spcifiquement humaine qui permet  l'Homme contrairement
aux autres espces animales, d'ajouter de l'information,
de transformer le monde qui l'entoure. Imaginaire, seul mcanisme
de fuite, d'vitement de l'alination environnementale,
sociologique en particulier, utilis aussi bien par le
drogu, le psychotique, que par le crateur artistique
ou scientifique. Imaginaire dont l'antagonisme fonctionnel avec
les automatismes et les pulsions, phnomnes inconscients,
est sans doute  l'origine du phnomne de
conscience.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Il est bien difficile de dcider  quel
stade de l'volution on peut dceler un dbut
de conscience de soi. Peut-tre en trouve-t-on une indication
dans la capacit de se reconnatre dans un miroir.
Et cette capacit, on ne la voit apparatre qu'
un certain niveau de complexit dans l'volution
des primates. Quand elle est combine avec le pouvoir de
former des images de la "ralit", de les recombiner,
de se former ainsi par l'imagination une reprsentation
de mondes possibles, la conscience de soi donne  l'tre
humain le pouvoir de reconnatre l'existence d'un pass,
d'un avant sa propre vie. Elle lui permet aussi d'imaginer des
lendemains, d'inventer un avenir qui contient sa propre mort et
mme un aprs sa mort. Elle lui permet de s'arracher
 l'actuel pour crer un possible.  
    --- Franois JACOB   
%
 L'Univers roulait ses sphres, roulait, roulait,
la vie naissait et mourrait, naissait et mourait, et nul ne s'en
doutait, nul capable de s'en douter n'existait, et la matire
diffuse se condensait, les volcans surgissaient, les torrents
bondissaient, les herbes fleurissaient, se fanaient, fleurissaient
de nouveau, les btes naissaient, grandissaient et mourraient,
et a ne gnait personne, n'angoissait personne.
 Il a fallu que survienne cette saloperie : la conscience.
Et maintenant il y a quelqu'un pour contempler l'Univers, il y
a quelqu'un qui sait qu'il est l, qu'il vit, qu'il vit
trs provisoirement, et qu'il va mourir : moi. La
conscience est l, je ne peux pas faire qu'elle n'y soit
pas, je ne peux pas faire comme si elle n'y tait pas,
je ne peux pas  redevenir singe, ou chien, ou limace, ou caillou...
La conscience est l, c'est  dire l'angoisse, en
pleine gueule.
 Heureux les croyants, ils ont rponse  a.
Ils ont rponse  tout. Ils ont leur morphine.
 Heureux les croyants, mais je prfre mon angoisse
et ses yeux grands ouverts.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 "La souffrance est l'unique cause de la conscience" (Dostoevski).
Les hommes se partagent en deux catgories : ceux
qui ont compris cela, et les autres.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La lucidit : avoir des sensations 
la troisime personne.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Tout ce qui nous gne nous permet de nous dfinir.
Sans infirmits, point de conscience de soi.  
    --- Emil CIORAN  
%
 Un homme possdait un arbre dessch.
Le pre de son voisin dit : "Un arbre sec est de mauvaise
augure." L'autre l'abattit bien vite. Alors le pre du
voisin le pria de lui cder le bois comme combustible.
L'homme, alors, s'irrita et dit : "Le pre du voisin
n'avait pas d'autres intentions, quand il m'a conseill,
que d'avoir du bois  brler. C'est pourquoi il m'a
pouss  l'abattre. Mon voisin est un danger. Que
faire maintenant ?"   
    --- Un conseil intress :
   
%
 Certains s'imaginent que les princes qui ont une rputation
de sagesse la doivent seulement  leurs conseillers, non
 leurs qualits naturelles, mais ils se trompent.
Car voici une rgle infaillible : un prince qui manque
de sagesse ne sera jamais sagement conseill, 
moins qu'il ne s'en remette compltement au choix du hasard,
et que le hasard dsigne un sage second. En ce cas, on
pourrait bien voquer la sagesse du prince, mais elle serait
de courte dure, car ce gouverneur lui ravirait son Etat.
S'il coute les conseils de plusieurs, ce mme seigneur
dpourvu de sagesse recevra toujours des avis contradictoires,
et de lui-mme ne saura point les mettre en accord ;
en fait, chaque conseiller pensera seulement  son intrt
personnel, et lui ne saura ni les juger, ni les corriger. Les
choses ne peuvent aller autrement, car les hommes finiront toujours
par mal te servir, si aucune ncessit ne les oblige
au bien. C'est pourquoi je conclus que les bons conseils, d'o
qu'ils viennent, procdent toujours de la sagesse du prince,
et non la sagesse du prince de ces bons conseils.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Le chemin est long par les prceptes et court par
les exemples.  
    --- Franois des RUES   
%
 Les vieillards aiment  donner de bons prceptes,
pour se consoler de n'tre plus en tat de donner
de mauvais exemples.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 On ne donne rien si libralement que ses conseils.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Il est vrai que la plupart de ces hommes extraordinaires
que les autres vont consulter comme des oracles, et qui pntrent
si vivement dans l'avenir sur les intrts qui leur
sont indiffrents, deviennent presque toujours aveugles
sur ceux qui leur importent davantage. Ils sont en cela plus malheureux
que les autres, qu'ils ne sauraient se conduire ni par leur raison
ni par celle de leurs amis.  
    --- Cardinal de RETZ   
%
 Le conseil, si ncessaire pour les affaires, est
quelquefois dans la socit nuisible  qui
le donne, et inutile  celui  qui il est donn.
Sur les moeurs, vous faites remarquer des dfauts ou que
l'on n'avoue pas, ou que l'on estime des vertus ; sur les
ouvrages, vous rayez les endroits qui paraissent admirables 
leur auteur, o il se complat davantage, o
il croit s'tre surpass lui-mme. Vous perdez
ainsi la confiance de vos amis, sans les avoir rendus meilleurs
ni plus habiles.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il y a dans les meilleurs conseils de quoi dplaire ;
ils viennent d'ailleurs que de notre esprit, c'est assez pour
tre rejets d'abord par prsomption et par
humeur, et suivis seulement par ncessit, ou par
rflexion.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il y avait un vieil tudiant de quinzime
anne appel Lequeux. Ce pauvre diable avait du
coeur et de l'esprit ; il et pu avoir de l'avenir ;
il le noya dans le vin. Il mourut  trente-six ans. Quelque
temps avant sa mort, il donnait, dans le caf o
il passait ses journes, des conseils aux jeunes gens,
de bons conseils de travail et de persvrance,
et il ajoutait tristement :  -  Je suis un cadran
d'horloge sur la faade d'une maison qui montre l'heure
 tout le monde, except  celui qui est
dans la maison.  
    --- Victor HUGO   
%
 Quand un homme est plac en haut, regardez ce qui
est autour de lui. Il y a deux sortes d'hommes puissants, et il
n'y en a que deux : ceux qui s'entourent de gens qui leur
sont suprieurs, et ceux qui s'entourent de gens qui leur
sont infrieurs. Le got du grand et le got
du mdiocre ; la haute et la basse nature. Les premiers
trouvent difficilement qui vaille mieux qu'eux ; les derniers
trouvent difficilement qui vaille moins. Cependant, comme c'est
un instinct qui les guide, les uns et les autres russissent
galement  se procurer ce qu'ils cherchent, les
uns des gnies, les autres des laquais.  
    --- Victor HUGO   
%
 Un mchant peut donner un bon avis ; une chandelle
pue, mais claire.  
    --- Victor HUGO   
%
 Lorsque Milan [= Napolon] voulut rtablir
la religion en France, il gardait encore quelques mnagements
avec les gens clairs dont il avait voulu fortifier
son gouvernement. Il fit donc venir Volney dans son cabinet et
lui dit que le peuple franais lui demandait la religion,
qu'il croyait devoir  son bonheur de la lui rendre.
 " Mais, citoyen consul, si vous coutez le peuple il vous
demandera aussi un Bourbon."
 L-dessus, Milan se mit dans une colre pouvantable,
appela ses gens, le fit mettre dehors de chez lui, lui donna mme
des coups de pied,  ce qu'on dit et lui dfendit
de plus revenir chez lui. Voil bien le ridicule du demandeur
de conseils dvelopp.  
    --- STENDHAL   
%
 Il y a des gens qui donnent un conseil comme on donne
un coup de poing. On en saigne un peu, et on riposte en ne le
suivant pas.  
    --- Jules RENARD   
%
 On ne demande conseil que pour raconter ses ennuis.  
    --- Jules RENARD   
%
 On est si heureux de donner un conseil  quelqu'un
qu'il peut arriver, aprs tout, qu'on le lui donne dans
son intrt.  
    --- Jules RENARD   
%
 Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes,
si seulement tout le monde suivait nos conseils. Je me demande
si Jrusalem aurait t la cit impeccable
qu'on nous dcrit si, au lieu de s'occuper  balayer
devant sa pauvre petite porte, chaque citoyen tait sorti
dans la rue pour adresser  tous les autres habitants de
l'endroit d'loquents sermons sur le chapitre de l'hygine
et du systme sanitaire.  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Ne conseiller personne, ne rien rvler,
indiquer  personne. Pourquoi hter et favoriser
le dveloppement d'autrui ?  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les maximes gnrales sont surtout bonnes
contre les peines et les erreurs du voisin. Mais contre une fureur
d'amour tromp ou d'ambition, ou d'envie, que pourrait
une maxime ? Autant vaudrait, contre la fivre, lire
l'ordonnance du mdecin.  
    --- ALAIN   
%
 Ma mre me disait : "Si tu sors dans la rue,
fais bien attention qu'il ne t'arrive rien." Mais s'il ne t'arrive
rien, c'est ce qui peut arriver de pire quand t'es mme.  
    --- COLUCHE   
%
 Trop de choses se font en ce bas monde sans qu'on me demande
mon avis.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Une des choses qui fait que l'on trouve si peu de gens
qui paraissent raisonnables et agrables dans la conversation,
c'est qu'il n'y a presque personne qui ne pense plutt 
ce qu'il veut dire qu' rpondre prcisment
 ce qu'on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants
se contentent de montrer seulement une mine attentive, au mme
temps que l'on voit dans leurs yeux et dans leur esprit un garement
pour ce qu'on leur dit, et une prcipitation pour retourner
 ce qu'ils veulent dire ; au lieu de considrer
que c'est un mauvais moyen de plaire aux autres ou de les persuader,
que de chercher si fort  se plaire  soi-mme,
et que bien couter et bien rpondre est une des
plus grandes perfections qu'on puisse avoir dans la conversation.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 L'esprit de la conversation consiste bien moins 
en montrer beaucoup qu' en faire trouver aux autres :
celui qui sort de votre entretien content de soi et de son esprit,
l'est de vous parfaitement. Les hommes n'aiment point 
vous admirer, ils veulent plaire ; ils cherchent moins 
tre instruits, et mme rjouis, qu'
tre gots et applaudis ; et le plaisir
le plus dlicat est de faire celui d'autrui.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 C'est une grande misre que de n'avoir pas assez
d'esprit pour bien parler, ni assez de jugement pour se taire.
Voil le principe de toute impertinence.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Sans une grande roideur et une continuelle attention 
toutes ses paroles, on est expos  dire en moins
d'une heure le oui et le non sur une mme chose ou sur une
mme personne, dtermin seulement par un
esprit de socit et de commerce qui entrane
naturellement  ne pas contredire celui-ci et celui-l
qui en parlent diffremment.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Les inconvnients dans lesquels on a coutume de
tomber dans les conversations sont sentis de presque tout le monde.
Je dirai seulement que nous devons nous mettre dans l'esprit trois
choses :
 La premire, que nous parlons devant des gens qui ont
de la vanit, tout comme nous, et que la leur souffre 
mesure que la ntre se satisfait ;
 La seconde, qu'il y a peu de vrits assez importantes
pour qu'il vaille la peine de mortifier quelqu'un et le reprendre
pour ne les avoir pas connues ;
 Et enfin, que tout homme qui s'empare de toutes les conversations
est un sot ou un homme qui seroit heureux de l'tre.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Le bavard est celui qui parle plus qu'il ne pense. Celui
qui pense beaucoup et qui parle beaucoup ne passe point pour un
bavard.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ecumer son esprit, l'cumer tous les jours.
C'est une opration qui se fait  Paris facilement
par la conversation, et qui se fait comme l'autre par une sorte
d'bullition que produit  coup sr le commerce
des gens d'esprit. Ecumer son esprit, c'est purer
son got.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il ne faut jamais couter. Ecouter est une
marque d'indiffrence vis--vis de vos auditeurs.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Quand au sceptique "pourquoi ?" le "parce que" crdule
a rpondu, la discussion est close.  
    --- Jules RENARD   
%
 Faire tous les frais de la conversation, c'est encore
le meilleur moyen de ne pas s'apercevoir que les autres sont des
imbciles.  
    --- Jules RENARD   
%
 Quand on commet une indiscrtion, l'on se croit
quitte en recommandant  la personne d'tre... plus
discrte qu'on ne l'a t soi-mme.  
    --- Jules RENARD   
%
 Aujourd'hui on ne sait plus parler, parce qu'on ne sait
plus couter. Rien ne sert de parler bien : il faut
parler vite, afin d'arriver avant la rponse, on n'arrive
jamais. On peut dire n'importe quoi n'importe comment : c'est
toujours coup. La conversation est un jeu de scateur,
o chacun taille la voix du voisin aussitt qu'elle
pousse.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il faut, pour soutenir une conversation en socit,
savoir une foule de choses inutiles. Il faut se tenir au courant.
Je ne sais pas courir. Reste donc chez toi.  
    --- Jules RENARD   
%
 Chaque fois que je viens de parler un peu trop longtemps
 quelqu'un, je suis comme un homme qui s'est gris
et qui, tout honteux, ne sait o se fourrer.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je n'aime  parler qu'avec les gens plus grands
que moi et dont la bouche me dpasse, parce qu'ainsi les
odeurs montent.  
    --- Jules RENARD   
%
 A la fin d'une longue discussion, nous arrivmes
 conclure qu'au fond il n'y a rien de plus particulier
qu'une ide gnrale.  
    --- Jules RENARD   
%
  -  Comment vous portez-vous ? dis-je.
  -  Oh ! je vais mieux.
  -  Vous avez donc t malade ?
 Et voil qu'il faut avoir l'air de s'intresser
 la sant d'une personne qui se porte bien, quand
on serait  peine touch par la nouvelle de sa mort.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les discussions les plus passionnes, il faudrait
toujours les terminer par ces mots : "Et puis, nous allons
bientt mourir."  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y a des gens qui retirent volontiers ce qu'ils ont
dit, comme on retire une pe du ventre de son adversaire.  
    --- Jules RENARD   
%
 Quand un homme ne parle que de ce qu'il sait, il a toujours
l'air plus savant que nous.  
    --- Jules RENARD   
%
 La conversation doit tout aborder mais ne rien approfondir.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Conversation n. Foire o chacun propose ses petits
articles mentaux, chaque exposant tant trop proccup
par l'arrangement de ses propres marchandises pour s'intresser
 celles de ses voisins.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Raseur n. Personne qui vous parle quand vous souhaitez
qu'elle coute.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 On parle bien plus volontiers de ce qu'on ignore. Car
c'est  quoi l'on pense. Le travail de l'esprit se porte
l, et ne peut se porter que l.  
    --- Paul VALERY   
%
 Quand il parlait, il ne levait jamais un bras ni un doigt :
il avait tu la marionnette.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le meilleur moyen pour amener autrui  "partager"
votre conviction, n'est pas toujours de proclamer celle-ci.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il faut en prendre son parti : plutt que de
demeurer renfrogn, consentir  dbiter quelques
banalits, quelques btises. Et puis cela met l'autre
 son aise.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il y a une forte raison de ne pas dire au premier arrivant
ce qui vient  l'esprit, c'est qu'on ne le pense point ;
aussi n'y a-t-il rien de plus trompeur que cette sincrit
de premier mouvement. Il faut plus de prcautions dans
le jeu des paroles, d'o dpend souvent l'avenir
des autres et de soi. Il n'y a rien de plus commun que de s'obstiner
sur ce que l'on a dit par fantaisie ; mais quand on saurait
pardonner  soi-mme, et, mieux encore faire oublier
ce qui fut mal dit et mal pens, on ne saurait toujours
pas l'effacer dans la mmoire de l'autre ; car on
dit trop que les hommes croient aisment ce qui les flatte ;
mais je dirais bien qu'ils croient plus aisment encore
ce qui les blesse.  
    --- ALAIN   
%
 La conversation n'est fconde qu'entre esprits
attachs  consolider leurs perplexits.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Si on ne dit pas ce qu'on pense au moment o on
le pense, on ne pensera plus ce qu'on dit au moment o
on le dira.  
    --- Frdric DARD   
%
 Dans la conversation, sois optimiste, indulgent, paradoxal
et cruel. Si tu as de l'esprit, sois froce, impitoyable.
Un "mot", c'est sacr. Tu dois le faire contre ta soeur,
contre ta femme, s'il le faut  -  pourvu que le mot soit
drle. On n'a pas le droit de garder pour soi un mot drle.
Il y a des mots mortels. Tant pis ! Les mots qui sont mortels
font vivre du moins ceux qui les font.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Comme de nombreux bgues, j'ai toujours beaucoup
aim la nuit. Le temps ralenti s'y accorde  notre
discours, lorsque nous hsitons ou en tire une acclration
qui ne semble due qu' notre dbit prcipit.
D'ailleurs,  partir de 4 heures du matin, tout le monde
bgaie.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Le courageux a du courage et le brave aime  le
montrer.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Nul ne brave mieux le danger que celui qui le ddaigne ;
nul ne le ddaigne mieux que celui qui l'ignore. Dans les
temps de crise, ceux-l surtout font la force d'une nation
qui ne croient pas  ses prils.  
    --- Victor HUGO   
%
 Les hommes qui ne se battent pas en duel croient que les
hommes qui se battent au duel  mort sont courageux.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Il faut avoir le courage de prfrer l'homme
intelligent  l'homme trs gentil.  
    --- Jules RENARD   
%
 N'coutant que son courage, qui ne lui disait rien,
il se garda d'intervenir.  
    --- Jules RENARD   
%
 On ne se refait pas. C'est un mot de phnix dcourag.
Les joueurs le disent aussi quelquefois, mais sans conviction.  
    --- Lon BLOY   
%
 Il n'est pas de vertus humaines que je prise autant ou
aussi peu, suivant les cas, que le courage.
 "Le vrai courage, disait Napolon, c'est celui de trois
heures du matin." Il voulait dire par l, sans doute, que
le courage auquel il accordait estime tait celui d'o
toute griserie, toute vanit, toute mulation fussent
exclues. Un courage sans tmoins, sans complices ;
un courage  froid et  jeun.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce matin, dans les journaux, cette nouvelle : "Hier
en Mditerrane, un btiment ptrolier
a sombr dans la tempte. Son capitaine, sur le pont,
s'est englouti avec lui." Celui-l, pour le coup, un simple
imbcile.
 La mort de Pguy, par exemple, telle qu'on l'a raconte,
restant debout devant les balles, alors que tous ses hommes 1ui
criaient : "Couchez-vous, lieutenant, couchez-vous !"
et restant debout, droit comme un i. Que veut-on que me fasse
la mort de cet homme ? Il et mieux servi son pays
en se conservant vivant. Son acte est imbcile. "L'hrosme",
est souvent cela.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 C'est un stoque des grandes circonstances, que dsemparent
facilement les petits tracas de la vie courante.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Un peu plus tard, et quand j'tais remont
aux batteries, le capitaine fut bless  la tte,
et revint aprs un petit mois d'hpital. "Je fus
bless, me dit-il, par ma btise. Je sors au matin
de mon abri, portant ma cuvette. Il y avait un tir sur la batterie
 ct ; quelques clats volaient
jusqu' moi ; je remportai ma cuvette ; mais
alors je me dis que je subissais la volont de l'ennemi,
ce qui est se reconnatre vaincu. Je sortis de nouveau,
portant ma cuvette, et c'est alors que j'eus ce coup sur la tte.
Vous qui crivez sur le courage, retenez cela."  
    --- ALAIN   
%
 La peur est ce qui gronde dans le courage ; la peur
est ce qui pousse le courage au del du but. Car l'homme
ne pense qu' cette victoire sur soi poltron, et ne la
voit jamais gagne, puisque l'homme peut avoir peur de
ses propres actions,  seulement y penser, et mme
de son propre courage. C'est pourquoi il n'coute point
conseil. Je le vois plutt qui tient conseil entre les parties
de lui-mme, mditant contre les conspirateurs et
les tratres, qui lui sont intimes et quelquefois impudemment.
Qui n'a pas palp sa propre peur, en vue de la dmasquer,
de la traner nue, de l'injurier ?  
    --- ALAIN   
%
 Qu'il est difficile d'tre courageux sans se faire
mchant !  
    --- ALAIN   
%
 Alors comme a, ce voyou de Tom a reu la
Victoria Cross. Il s'est prcipit sous une pluie
de projectiles pour sauver le drapeau en lambeaux. Qui l'aurait
cru ? On aurait pourtant jur que le troquet du village
tait le but suprme de toutes ses ambitions. Le
hasard vient trouver Tom et nous le dcouvrons. Pour Harry,
le sort s'est montr moins clment. Harry a toujours
t un vaurien. Il buvait et on dit mme qu'il
battait sa femme. Qu'on l'enterre, bon dbarras, il n'tait
bon  rien. En sommes-nous bien srs ?  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 On dirait qu'on peut toujours trouver pour n'importe quel
homme une sorte de chose pour laquelle il est prt 
mourir et tout de suite et bien content encore. Seulement son
occasion ne se prsente pas toujours de mourir joliment,
l'occasion qui lui plairait. Alors il s'en va mourir comme il
peut, quelque part... Il reste l l'homme sur la terre
avec l'air d'un couillon en plus et d'un lche pour tout
le monde, pas convaincu seulement, voil tout. C'est seulement
en apparence la lchet.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 La lchet rend subtil.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'homme se distingue de l'animal en ceci qu'il est dou
d'arrire-penses. Ayez confiance en lui :
on peut exiger  l'intrieur ce que l'on ne voit
pas  la devanture. Quand Guillaumet en dtresse
dans la cordillre des Andes dclare : "Ce
que j'ai fait, une bte ne l'aurait pas fait", nous le croyons
d'autant plus que ses actes sont chargs de sens et de
prix. La signification est un des privilges de l'espce.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Je suis frapp de voir  quel point le moindre
risque physique ou naturel devient une excuse. ("Je ne suis pas
venu, la mto annonait du verglas...")
A quel point nous laissons se dvelopper une sorte
de peur collective de tout ce qui pourrait tre une menace
ou mme un changement. Le moindre excs de pluie
ou de neige, de vent, de froid ou de chaleur, provoque une sorte
de raction apeure qu'entretiennent les mdias.
Certes les catastrophes font de bons titres, mais certains jours
la dramatisation est abusive pour 40 centimtres de monte
des rivires ou 6 degrs de temprature en
trop ou en moins ! Elle habitue le public  l'ide
qu'il est normal de ne plus rien supporter.
 Je m'en inquite parce que la lchet physique
prcde la lchet morale et y conduit.
Mettre sur le mme plan le brouillard qui bloque une autoroute
un jour de dpart en vacances scolaires et l'vocation
de la droute de juin 40 entrane  l'esprit
de droute.  
    --- Jean-Franois DENIAU   
%
 Ce qui m'tonne le plus dans le courage humain
est celui que l'on pourrait appeler du dernier message.
 Sans remonter aux sicles passs, au cours de ce
XX<SUP>e</SUP> sicle seulement, combien d'hommes et de femmes, que
rien ne prparait  l'hrosme, sont
morts hroquement. C'est un mystre. Les cas
de supplications, panique, gmissements sont extrmement
peu nombreux. Non, au contraire, face au peloton ou  l'excution
de masse, les vieillards relvent la tte, les impotents
se dressent, les jeunes mrissent, les hsitants
s'affirment, les sceptiques s'assurent, les agnostiques crient
leur foi. Des mots admirables jaillissent alors que leurs auteurs
ne peuvent mme pas tre ports par le sentiment
que leur dernier cri sera connu et leur survivra.
 L'un des plus bouleversants est sans doute celui de ce jeune
communiste fusill par les nazis et tombant en criant :
"Vive le peuple allemand !" Mais combien d'autres, partout,
en tous temps, dans les guerres civiles en Amrique latine,
dans les rvolutions chinoises, dans les guerres europennes,
ont eu  coeur, alors qu'ils savaient que c'tait
fini, la beaut du dernier mot, ou seulement du dernier
instant. Le plus souvent en silence.  
    --- Jean-Franois DENIAU   
%
 Les loix de la conscience, que nous disons naistre de
nature, naissent de la coustume ; chacun ayant en veneration
interne les opinions et moeurs approuves et receus
autour de luy, ne s'en peut desprendre sans remors, ny s'y appliquer
sans applaudissement.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 On dit de tel usage qu'il est grec, romain ou barbare,
et moi je dis qu'il est humain, et que les hommes s'en avisent
et l'inventent partout o ils en ont besoin.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Une fois n'est pas coutume.
 Formule d'absolution  l'usage des bourgeois. Tout va
bien si la coutume n'est pas implante. L'essentiel c'est
de ne tuer son pre qu'une fois.  
    --- Lon BLOY   
%
 Ne pas : - Dfinir ce qui est connu :
un bavardage. Obscurcir ce qui est clair : barbouillage.
Mettre en question ce qui est en fait : mauvaise foi, ignorance.
Rendre abstrait ce qui est palpable : charlatanisme. Et offrir
des difficults qui ne s'offrent pas elles-mmes
ou n'ont qu'une vaine apparence : chicane.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 QUELQUES AVIS QUI, ETANT SAGES, SONT FORCEMENT
DE NOMBRE LIMITE
 Dis ce que tu penses.
 Paye ce que tu dois.
 Ne vends pas plus cher que a ne vaut.
 Mfie-toi des conseils, mais suis les bons exemples.
 Laisse la cl sur le buffet si tu ne veux pas qu'on te
vole.
 Ne perds jamais de vue que le bon beurre est la base de la bonne
cuisine, et souviens-toi que faire le malin est le propre de tout
imbcile.
 Enfin  -  uti, non abuti, nous recommande la sagesse
antique  -  , use de tout, mais n'abuse de rien. Bois
 -  sans excs ; fume  -  sans excs ;
aime  -  sans excs ; et que, toujours, la
bonne qualit de l'objet dtermine ton choix et
le fixe. Mieux vaut boire trop de bon vin qu'un petit peu de mauvais
et pratiquer l'amour avec deux belles filles qu'avec une seule
vieille femme en ruine. L'agrment y trouve son compte,
et l'conomie animale plus encore.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Dcalogue n. Ensemble de commandements, au nombre
de dix  -  chiffre suffisant si l'on veut s'en tenir 
une stricte observance, mais toutefois lgrement
insuffisant si l'on prfre avoir l'embarras du
choix. Voici l'dition rvise du Dcalogue,
strictement ajuste  ce mridien :
 
 Tu n'adoreras pas un autre Dieu que moi :
 Cela revient trop cher d'en clbrer plus d'un.
 
 Ne feras ni d'images ni de statues sacres,
 Car les marchands du temple ont l'exclusivit.
 
 N'utiliseras pas en vain le nom de Dieu,
 Attends le bon moment o a fait son effet
 
 Tu ne travailleras pas la journe du Sabbat,
 Ce jour est consacr aux matchs de football.
 
 En bon fils garderas chez toi tes vieux parents ;
 Ca vient en dduction de ta dclaration.
 
 Jamais tu ne tueras, ni ne seras complice ;
 D'ailleurs tu jetteras la facture du boucher.
 
 Tu n'embrasseras pas la femme de ton voisin,
 Sauf si la tienne a succomb  ses caresses.
 
 Tu ne voleras pas. Le vol est pernicieux ;
 La carambouille dans les affaires est bien plus sre.
 
 Tu n'apporteras jamais de faux tmoignages ;
 Fais-toi seulement l'cho des racontars publics.
 
 Enfin tu cesseras de convoiter en vain
 Ce que par bec et ongles tu n'as pu obtenir.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Je parlerais tout  fait autrement aux jeunes lionceaux
ds qu'ils commencent  aiguiser leurs griffes sur
les manuels de morale, sur les catchismes, sur toutes
coutumes, sur tous barreaux. Je leur dirais : n'ayez peur
de rien ; faites ce que vous voulez. N'acceptez aucun esclavage,
ni chane dore, ni chane fleurie. Seulement,
mes amis, soyez rois en vous-mmes. N'abdiquez pas. Soyez
matres des dsirs et de la colre aussi bien
que de la peur. Exercez-vous  rappeler la colre
comme un berger rappelle son chien. Soyez rois sur vos dsirs.
Si vous avez peur, marchez tranquillement  ce qui vous
fait peur. Si vous tes paresseux, donnez-vous une tche.
Si vous tes indolent, pliez-vous aux jeux athltiques.
Si vous tes impatient, donnez-vous des pelotons de ficelle
 dmler. Si le ragot est brl,
donnez-vous le luxe royal de le manger de bon apptit.
Si la tristesse vous prend, dcrtez la joie en
vous-mme. Si l'insomnie vous retourne comme une carpe sur
l'herbe, exercez-vous  rester immobile, et  dormir
au commandement. Aprs cela, mes bons amis, puisque vous
serez rois en vous, agissez royalement, et faites ce qui vous
semblera bon.  
    --- ALAIN   
%
 Conseils pour la route :
 Pars de zro.
 Mets tout  plat.
 Rejette toute tradition.
 Mprise tout rituel
 Ne respecte aucun tabou.
 Tiens tout symbole pour ce qu'il est : du vent
 Pisse sur le sacr.
 N'coute aucune parole "rvle".
 Fuis ceux qui ont la vrit par la foi.
 Crache  la gueule des charlatans du "merveilleux".
 Ris de tout, pleure de tout, mais selon ton humeur.
 Eduque ta raison, tu n'as rien d'autre.
 N'admets pour provisoirement acceptable que ce que ta raison
estime dment dmontr.
 Laisse de ct les questions sans rponse.
 Fuis la mtaphysique.
 Ne te conduis pas en fonction d'une morale transcendante.
 Mais que ta morale soit faite des rgles ncessaires
 la vie de chacun dans une socit harmonieuse
et fraternelle.
 ... Sauf, bien sr, si les hommes noirs prennent le pouvoir
et rallument les bchers. Dans ce cas, mon fils, fais semblant !  
    --- Franois CAVANNA   
%
 A l'gard de la proprit,
de l'amour, de la fortune et du succs, j'applique "la
rgle des Dudu" : rien n'est d, rien n'est
durable.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Combattre les objections, ce n'est souvent dtruire
que des fantmes. On n'claire rien par l ;
seulement on rend muets ceux qui obscurcissent.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Toute bonne objection claircit la matire
qui est en doute ; celle qui l'obscurcit est mauvaise, elle
fait perdre l'objet de vue.  -  Mais celle qui montre
l'objet en dtruisant le systme est la seule bonne.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Tout critique de profession, homme mdiocre par
nature.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On critique les morts pour les beauts et les vivants
pour les dfauts.  
    --- Victor HUGO   
%
 On est stupfait de la quantit de critique
que peut contenir un imbcile.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il faut, selon moi, compter au nombre des plus grandes
dcouvertes faites tout rcemment par la raison
humaine l'art de juger les livres sans les avoir lus.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Il n'est pas de genres infrieurs ; il n'est
que des productions rates et le bouffon qui divertit prime
le tragique qui n'meut pas.
 Exiger simplement et strictement des choses les qualits
qu'elles ont la prtention d'avoir : tout le sens
critique tient l-dedans.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Un jour, dans un club littraire, je prenais le
caf avec un romancier qui se trouvait tre un garon
athltique, aux larges paules. Un autre membre
se joignit  nous et dit au romancier : "Je viens
de terminer votre dernier livre et je vais vous dire franchement
ce que j'en pense." Et mon ami de rpondre du tac au tac :
"Je vous prviens en toute honntet que si
vous le faites, je vous casse la figure." Eh bien, nous n'avons
jamais su ce qu'il en pensait franchement.  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Tout commentaire d'une oeuvre est mauvais ou inutile,
car tout ce qui n'est pas direct est nul.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Qu'est donc affirmer et qu'est-ce que nier ? Qu'est-ce
que construire (puisqu'on nous rebat les oreilles de la ncessit
d'tre "constructifs", efficaces, voire "efficients") et
dtruire ? Que faut-il entendre exactement par ngation ?
Dans quels cas peut-on parler d'ouvrage ngatif, d'esprit
ngatif, de propos ngatif ?
 Ces expressions sont couramment employes pour dsigner
deux oprations opposes :
 1. Dtruire quelque chose de positif ;
 2. Dcrire quelque chose de ngatif.
 La pense conservatrice a naturellement intrt
 confondre la seconde opration avec la premire,
autrement dit  postuler ce qui est prcisment
en question,  savoir le caractre positif des conceptions
vises par la critique.
 Or, dans l'ordre intellectuel, dtruire quelque chose
de positif par la seule critique est impossible : il y faut
d'autres moyens, tels que la censure, ou ces formes indirectes
de censure que sont le protectionnisme de l'enseignement officiel,
les pressions exerces sur les maisons d'dition,
sur les revues et les journaux, le discrdit moral jet
sur la "mentalit" du critiqueur, sur ses mobiles supposs
et remplaant la discussion des preuves ; bref, les
freins mis  l'information.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Le vray champ et subject de l'imposture sont les choses
inconnus. D'autant qu'en premier lieu l'estranget
mesme donne credit ; et puis, n'estant point subjectes 
nos discours ordinaires, elles nous ostent le moyen de les combattre.
A cette cause, dict Platon, est-il bien plus ais de satisfaire
parlant de la nature des Dieux que de la nature des hommes, par
ce que l'ignorance des auditeurs preste une belle et large carrire
et toute libert au maniement d'une matire cache.
 Il advient de l qu'il n'est rien creu si fermement que
ce qu'on sait le moins, ny gens si asseurez que ceux qui
nous content des fables, comme Alchimistes, Prognostiqueurs, Judiciaires,
Chiromantiens, Medecins, "id genus omne".  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Ce qui nous fait croire si facilement que les autres ont
des dfauts, c'est la facilit que l'on a de croire
ce qu'on souhaite.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Crdulit. Plus difficile  dissuader
qu' persuader, et plus facile  tromper qu'
dtromper.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'homme peut croire l'impossible mais jamais il ne pourra
croire  l'improbable.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Ne combattez l'opinion de personne ; songez que,
si l'on voulait dissuader les gens de toutes les absurdits
auxquelles ils croient, on n'en aurait pas fini, quand on atteindrait
l'ge de Mathusalem.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 Il est [...] possible que la ruine des croyances idalistes
soit destine  suivre la ruine des croyances surnaturelles,
et qu'un abaissement rel du moral de l'humanit
date du jour o elle a vu la ralit des
choses. A force de chimres, on avait russi
 obtenir du bon gorille un effort moral surprenant ;
tes les chimres, une partie de l'nergie
factice qu'elles veillaient disparatra. Mme
la gloire, comme force de traction, suppose  quelques
gards l'immortalit, le fruit n'en devant d'ordinaire
tre touch qu'aprs la mort. Supprimez l'alcool
au travailleur dont il fait la force, mais ne lui demandez plus
la mme somme de travail.  
    --- Ernest RENAN   
%
 On se persuade de tout et l'on croit ce que l'on veut
croire. Puis on appelle "ralit suprieure"
cette construction de l'esprit. Comment ne serait-elle pas suprieure
 tout, ds qu'on y croit ? Et comment y pourrait-on
croire, sinon en la croyant suprieure  tout... ?
 Et si "la perle de grand prix" pour la possession de laquelle
un homme laisse tous ses biens, se dcouvre une perle fausse ?...
 - Qu'importe ? Si celui qui la possde ne le sait
pas.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ces ides dont on croit d'abord ne point pouvoir
se passer. D'o grand danger d'installer son confort moral
sur des ides fausses. Contrlons, vrifions
d'abord. Nagure le soleil tournait autour de la terre ;
celle-ci, point fixe, demeurait le centre du monde, foyer d'attention
du bon Dieu... Et puis non ! C'est la terre qui tourne. Mais
alors, tout chavire ! Tout est perdu !... Pourtant rien
n'est chang que la croyance. L'homme doit apprendre 
s'en passer. De l'une, puis de l'autre, il se dlivre.
Se passer de la Providence : l'homme est sevr.
 Nous n'en sommes pas l. Nous n'en sommes pas encore l.
Cet tat d'athisme complet, il faut beaucoup de
vertu pour y atteindre ; plus encore pour s'y maintenir.
Le "croyant" n'y verra sans doute qu'invite  la licence.
S'il en allait ainsi : vive Dieu ! Vive le sacr
mensonge qui prserverait l'humanit de la fail1ite,
du dsastre. Mais l'homme ne peut-il apprendre 
exiger de soi, par vertu, ce qu'il croit exig par Dieu ?
Il faudrait bien pourtant qu'il y parvienne ; que quelques-uns,
du moins, d'abord ; faute de quoi la partie serait perdue.
Elle ne sera gagne, cette trange partie que voici
que nous jouons sur terre (sans le vouloir, sans le savoir, et
souvent  coeur dfendant), que si c'est 
la vertu que l'ide de Dieu, en se retirant, cde
la place ; que si c'est la vertu de l'homme, sa dignit,
qui remplace et supplante Dieu. Dieu n'est plus qu'en vertu de
l'homme. Et eritis sicut dei. (C'est ainsi que je veux comprendre
cette vieille parole du Tentateur - lequel, ainsi que Dieu, n'a
d'existence qu'en notre esprit - et voir dans cette offre, qu'on
nous a dite fallacieuse, une possibilit de salut.)   
    --- Andr GIDE   
%
 Le conteur, qui veut faire paratre des choses absentes,
y russit bien mieux par le frisson de la peur que par
une suite raisonnable de causes et d'effets ; les membres
sanglants d'un homme tombant par la chemine dans la pole
 frire, cela se passe de preuves, par l'pouvante ;
tout se trouve li dans l'imagination par l'impression
forte, ds que l'exprience relle est impossible,
ou n'est point faite. Ce qui est indiffrent n'est jamais
cru, si vraisemblable qu'il soit ; ce qui touche violemment
est toujours cru, et l'absurde est bien loin d'y faire obstacle,
puisque l'absurde lui-mme pouvante.  
    --- ALAIN   
%
 Croire est agrable. C'est une ivresse dont il
faut se priver. Ou alors dites adieu  libert,
 justice,  paix. Il est naturel et il est dlicieux
de croire que la rpublique nous donnera tous ces biens ;
ou, si la rpublique ne peut, on veut croire que coopration,
socialisme, communisme ou quelque autre constitution nous permettra
quelque jour de nous fier au jugement d'autrui, enfin de dormir
les yeux ouverts comme font les btes. Mais non. La fonction
de penser ne se dlgue point. Ds que la
tte humaine reprend son antique mouvement de haut en bas,
pour dire oui, aussitt les tyrans reviennent.  
    --- ALAIN   
%
 O allons-nous si les gens commencent 
croire vraiment ce qu'on leur dit  -  et qui est fait
pour n'tre pas cru ! Qui sait si, au lieu du mensonge,
il ne faudra pas finir par leur dire un jour la vrit ?  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Toute croyance rend insolent ; nouvellement acquise,
elle avive les mauvais instincts ; ceux qui ne la partagent
pas font figure de vaincus et d'incapables, ne mritant
que piti et mpris. Observez les nophytes
en politique et surtout en religion, tous ceux qui ont russi
 intresser Dieu  leurs combines, les convertis,
les nouveaux riches de l'Absolu. Confrontez leur impertinence
avec la modestie et les bonnes manires de ceux qui sont
en train de perdre leur foi et leurs convictions...  
    --- Emil CIORAN   
%
 N'a de convictions que celui qui n'a rien approfondi.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La croyance en la fortune est une marque d'orgueil et,
de ce fait, est antiscientifique. Les dieux ont les yeux fixs
sur moi. Ils me veulent du bien... ou bien ils me veulent du mal ;
en tout cas, je ne passe pas inaperu.  
    --- Alfred SAUVY  
%
 Ds qu'on ne cerne pas bien les causes d'une maladie,
on a tendance  invoquer la logique de dsquilibre,
c'est  dire les facteurs psychosociaux. Les maladies dans
lesquelles l'intervention de tels facteurs est postule
ont le plus souvent une tiologie inconnue ou mal tablie
et les possibilits d'intervention thrapeutique
sont habituellement limites voire inexistantes. Face 
une telle incertitude, le modle de causalit linaire
dans lequel il suffit qu'un vnement en prcde
un autre pour qu'il en soit une cause possible devient prpondrant.
Le caractre spectaculaire de la cause postule
suffit  la rendre crdible, surtout si sa possibilit
d'intervention est entretenue par la culture ambiante. A
partir du moment o la croyance s'est tablie, elle
s'entretient d'elle-mme par l'attention slective
accorde aux autres cas venant renforcer la possibilit
d'intervention des facteurs psychiques. La croyance est antinomique
du sens critique.  
    --- Croyance et maladie :
   
%
 Ce qui m'intresse rtrospectivement, dans
ma msaventure gurdjieffienne, c'est l'exprience
que je fis sur mon propre cas de l'aptitude des hommes 
se persuader de la vrit de n'importe quelle thorie,
de btir dans leur tte un attirail justificatif de
n'importe quel systme, ft-ce le plus extravagant,
sans que l'intelligence et la culture puissent entraver cette
intoxication idologique.  
    --- Jean-Franois REVEL  
%
 On possde [...] de Csar des lettres 
Cicron, et sa correspondance avec ses amis sur ses affaires
domestiques. Il y employait, pour les choses tout  fait
secrtes, une espce de chiffre (les lettres tant
disposes de manire  ne pouvoir jamais
former un mot), et qui consistait, je le dis pour ceux qui voudront
les dchiffrer,  changer le rang des lettres, 
crire la quatrime pour la premire, comme
le d pour l'a, et ainsi des autres.  
    --- Le chiffre de Jules   
%
 Accroissement de l'intressant.
 Au fur et  mesure que sa culture s'accrot, tout
devient intressant pour l'homme, il sait rapidement trouver
le ct instructif d'une chose et saisir le point
o elle peut combler une lacune de sa pense ou
confirmer une de ses ides. Ainsi disparait de jour en
jour l'ennui, ainsi aussi l'excitabilit excessive du coeur.
Il finit par circuler parmi les hommes comme un naturaliste parmi
les plantes, et par s'observer lui-mme comme un phnomne
qui n'excite fortement que son instinct de connatre.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Aux nouveaux riches :
 Quand on vous reproche une faute de franais, rpondez
que c'est un latinisme.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 On a trop rduit la connaissance de la langue 
la simple mmoire. Faire de l'orthographe le signe de la
culture, signe des temps et de sottise.  
    --- Paul VALERY   
%
 Quand on dit d'une femme qu'elle est cultive,
je m'imagine qu'il lui pousse de la scarole entre les jambes et
du persil dans les oreilles.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Elle m'avait dit un jour : 
 - Chri, est-ce que tu savais qu'oroscope, idrogne,
ipocrite et arpie ne sont pas dans le dictionnaire ?  
    --- Sacha GUITRY   
%
 D'abord, l'homme que l'on dit cultiv est celui
qui a le temps de le devenir, celui que sa vie professionnelle
laisse suffisamment disponible, ou dont la vie professionnelle
est elle-mme inscrite dans la culture. Dans une socit
marchande, tre cultiv, c'est dj
appartenir  la partie favorise de la socit
qui peut se permettre de le devenir. Accorder  ceux qui
n'ont pas cette chance une participation  la culture,
c'est en quelque sorte leur permettre une ascension sociale. C'est
un moyen de les gratifier narcissiquement, d'amliorer
leur standing, d'enrichir l'image qu'ils peuvent donner d'eux-mmes
aux autres.  
    --- Henri LABORIT   
%
 En matire de culture, je fais mon march
tout seul. Je suis le terrain, je sais ce qui pousse.  
    --- Roland TOPOR   
%
 La culture, c'est comme l'amour. Il faut y aller 
petits coups au dbut pour bien en jouir plus tard. Du
reste, "est-il vraiment indispensable d'tre cultiv
quand il suffit de fermer sa gueule pour briller en socit",
dit judicieusement La Rochefoucauld, qui ajoute : "La culture
et l'intelligence, c'est comme les parachutes. Quand on n'en a
pas, on s'crase."  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Et puis quoi, qu'importe la culture ? Quand il a
crit Hamlet, Molire avait-il lu Rostand ?
Non.  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Ce qu'on nomme culture consiste, pour une partie des intellectuels,
 perscuter l'autre partie. Dans les socits
totalitaires, cette perscution est institutionnalise,
elle fait corps avec l'Etat. Dans les socits
ouvertes, si elle est diffuse, elle n'est pas pour autant absente.
Les intellectuels s'y organisent fort adroitement pour reconstituer
l'ostracisme. Le "politiquement correct" qui a svi aux
Etats-Unis  partir du milieu des annes
quatre-vingt en est un effroyable chantillon.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Il n'y a pas de culture, il n'y a que des gens cultivs.
Il n'y a pas plus de culture en gnral, hors les
individus, qu'il n'y a d'art du piano dans l'abstrait, en l'absence
de pianistes. Une culture meurt quand disparaissent ceux qui l'incarnent,
non comme institution officielle, mais dans l'originalit
unique de leur propre sensibilit, de leur propre intelligence.
Le reste n'est que colportage.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Regards neufs, vieux trous de serrure.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 La science restera toujours la satisfaction du plus haut
dsir de notre nature, la curiosit ; elle
fournira  l'homme le seul moyen qu'il ait pour amliorer
son sort. Elle prserve de l'erreur plutt qu'elle
ne donne la vrit ; mais c'est dj
quelque chose d'tre sr de n'tre pas dupe.  
    --- Ernest RENAN   
%
 On faisait reproche  quelqu'un, devant moi, pour
sa curiosit. Je me rcriai : "Etre curieux ?
Ne blmez pas ! C'est une qualit. La curiosit
est un ct de l'intelligence. Il n'y a que les sots,
les niais, les cerveaux inertes, qui ne sont pas curieux. Il faut
tre curieux le plus possible. Se mler de ce qui
ne vous regarde pas, couter aux portes, regarder aux fentres
pour voir ce qui se passe chez les gens, suivre d'autres dans
la rue pour couter ce qu'ils disent, lire les lettres
qui tranent, faire parler telle personne sur telle autre,
provoquer les confidences, lire au travers des enveloppes, faire
semblant de dormir dans une runion pour amener les autres
 parler plus librement, payer des domestiques pour savoir
des histoires sur leurs matres, pier, couter,
regarder, fouiller, surprendre, dcouvrir, avec l'air de
l'homme le plus indiffrent,  -  le comble de l'adresse
en cette matire !  -  c'est ainsi qu'on
apprend quelque chose dans la vie. Les gens qui ne sont pas curieux
sont des sots. La curiosit, c'est le besoin de savoir.
Celui qui n'est pas curieux n'apprendra jamais rien."   
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il faut en convenir : un bon accident, un petit scandale,
une mort, chez des gens que nous connaissons, dans le cercle de
nos relations, chez l'un ou l'autre de nos collgues, si
nous sommes employs, c'est une diversion agrable.
Multipliez cela  l'chelle du public : vous
avez les crimes, les grands accidents de chemin de fer, les scandales
politiques ou financiers, sur les rcits et descriptions
desquels tout le monde se jette.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Cher Monsieur, vous tes parfaitement "dnu
d'intrt"  -  Mais pas votre squelette  -  ni
votre foie, ni lui-mme votre cerveau  -  Et ni
votre air bte et ni ces yeux tard venus  -  et
toutes vos ides. Que ne puis-je seulement connatre
le mcanisme d'un sot ?  
    --- Paul VALERY   
%
 Paratre toujours heureux.  -  Lorsque la
philosophie tait affaire d'mulation publique,
dans la Grce du troisime sicle, il y avait
nombre de philosophes que rendait heureux l'arrire-pense
du dpit que devait exciter leur bonheur, chez ceux qui
vivaient selon d'autres principes et y trouvaient leur tourment :
ils pensaient rfuter ceux-ci avec le bonheur, mieux qu'avec
toute autre chose, et ils croyaient que, pour atteindre ce but,
il leur suffisait de paratre toujours heureux ; mais
cette attitude devait,  la longue, les rendre vritablement
heureux ! Ce fut par exemple le sort des cyniques.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Cynique n. Grossier personnage dont la vision dforme
voit les choses comme elles sont, et non comme elles devraient
tre. De l l'ancienne coutume scythe d'arracher
les yeux d'un cynique pour amliorer sa perspective.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Si l'on veut savoir ce qu'il est facile ou difficile de
 persuader  un peuple, il faut faire cette distinction :
l'entreprise dont tu as  le persuader prsente
au premier abord soit un profit soit une perte, et parat
ou lche ou magnanime. Lui apparat-elle comme magnanime
et profitable, rien de plus ais que de le persuader mme
si la ruine de la rpublique se cache sous cette apparence.
Rien de si difficile au contraire s'il y voit lchet
ou perte possible, quand bien mme le salut rel
de l'Etat en dpendrait. Ce que je dis l
est appuy sur mille exemples tirs de l'histoire
des Romains et de celle des Barbares, pris chez les anciens et
chez les modernes.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Isocrate, ce grand ennemi de la dmocratie, donne
la prfrence  la monarchie "parce que (dit-il)
les meilleurs y commandent" : et il ajoute : "rien n'est
plus fcheux pour ceux qui excellent que de vivre sans dignits
et d'tre cachs dans la foule !" O le
mprisable lettr !
 [...] Voici une de ses observations qui est digne d'tre
recueillie : "Rien de ce qui se fait par hasard (dit-il)
n'est durable ni solide." Il est cependant possible qu'un peuple
recouvre par hasard sa libert et qu'il la conserve par
une volont forte et par la prudence. Le hasard est alors
d'accord avec le temps, c'est  dire avec les moeurs et
le caractre d'un sicle.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le suffrage universel ne sera lgitime que quand
tous auront cette part d'intelligence sans laquelle on ne mrite
pas le titre d'homme, et si, avant ce temps, il doit tre
conserv, c'est uniquement comme pouvant servir puissamment
 l'avancer. La stupidit n'a pas le droit de gouverner
le monde. Comment, je vous prie, confier les destines
de l'humanit  des malheureux, ouverts par leur
ignorance  toutes les captations du charlatanisme, ayant
 peine le droit de compter pour des personnes morales ?
Etat dplorable que celui o, pour obtenir
les suffrages d'une multitude omnipotente, il ne s'agit pas d'tre
vrai, savant, habile, vertueux, mais d'avoir un nom ou d'tre
un audacieux charlatan !  
    --- Ernest RENAN   
%
 Je le dis avec timidit et avec la certitude que
ceux qui liront ces pages ne me prendront pas pour un sditieux,
je le dis comme critique pur, en me posant devant les rvolutions
du prsent comme nous sommes devant les rvolutions
de Rome, par exemple, comme on sera dans cinq cents ans vis--vis
des ntres : l'insurrection triomphante est parfois
un meilleur critrium du parti qui a raison que la majorit
numrique. Car la majorit est souvent forme
ou du moins appuye de gens fort nuls, inertes, soucieux
de leur seul repos, qui ne mritent pas d'tre compts
dans l'humanit ; au lieu qu'une opinion capable de
soulever les masses, et surtout de les faire triompher, tmoigne
par l de sa force. Le scrutin de la bataille en vaut bien
un autre ; car,  celui-l, on ne compte que
les forces vives, ou plutt on soupse l'nergie
que l'opinion prte  ses partisans : excellent
critrium ! On ne se bat pas pour la mort ; ce
qui passionne le plus est le plus vivant et le plus vrai.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Voter quivaut toujours  jouer des jeux
tels que les checs ou le jacquet avec, en prime, une petite
nuance morale ; on joue avec le bien et le mal, avec des
questions morales. Il va de soi que les paris font partie du jeu.
Le caractre de ceux qui votent n'entre pas en ligne de
compte : d'aventure, je place mon vote selon ce que j'estime
juste, mais le triomphe de la cause juste ne revt pas une
importance vitale  mes yeux et je suis tout dispos
 l'abandonner  la majorit. De ce fait,
son caractre obligatoire n'excde jamais le terrain
de l'opportunit. Qui plus est, voter pour ce qui est juste
ne revient pas  faire avancer la cause de la justice.
Tout au plus est-ce exprimer faiblement,  l'intention
des hommes, notre dsir de la voir triompher. Un homme
sage ne consentira pas  l'abandonner aux alas
du hasard, pas plus qu'il ne se satisfera de ce qu'elle l'emporte
par l'intermdiaire de la majorit.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Le plus grand nombre est bte, il est vnal,
il est haineux. C'est le plus grand nombre qui est tout. Voil
la dmocratie, celle que nous avons, du moins. Et toute
autre forme de rgime ne vaut probablement pas mieux, pour
d'autres raisons ? La sagesse : supporter, sans participer.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les six millions de voix refroidirent Pcuchet
 l'encontre du Peuple, et Bouvard et lui tudirent
la question du suffrage universel.
 Appartenant  tout le monde, il ne peut avoir d'intelligence.
Un ambitieux le mnera toujours, les autres obiront
comme un troupeau, les lecteurs n'tant pas mme
contraints de savoir lire : c'est pourquoi, suivant Pcuchet,
il y avait eu tant de fraudes dans l'lection prsidentielle.
 "Aucune, reprit Bouvard ; je crois plutt 
la sottise du Peuple. Pense  tous ceux qui achtent
la Revalescire, la pommade Dupuytren, l'eau des chtelaines,
etc. Ces nigauds forment la masse lectorale, et nous subissons
leur volont. Pourquoi ne peut-on se faire, avec des lapins,
trois mille livres de rente ? C'est qu'une agglomration
trop nombreuse est une cause de mort. De mme, par le fait
seul de la foule, les germes de btise qu'elle contient
se dveloppent et il en rsulte des effets incalculables.

 - Ton scepticisme m'pouvante !" dit Pcuchet.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 La dmocratie ne rgnera que le jour o
mille culs-de-jatte persuaderont le reste des hommes de se couper
les jambes. Car c'est au profit d'un petit nombre qu'elle tend,
 -  d'un vilain petit nombre.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 La dmocratie est l'tat naturel des citoyens
aptes  tout. Ds qu'ils sont en nombre, ils s'agglomrent
et forment une dmocratie. Le mcanisme du suffrage
universel leur convient  merveille, parce qu'il est logique
que ces citoyens interchangeables finissent par s'en remettre
au vote pour dcider ce qu'ils seront chacun. Ils pourraient
aussi bien employer le procd de la courte paille.
Il n'y a pas de dmocratie populaire, une vritable
dmocratie du peuple est inconcevable. L'homme du peuple,
n'tant pas apte  tout, ne saurait parler que de
ce qu'il connat, il comprend parfaitement que l'lection
favorise les bavards. Qui bavarde sur le chantier est un fainant.
Laiss  lui-mme, l'homme du peuple aurait
la mme conception du pouvoir que l'aristocrate  -  auquel
il ressemble d'ailleurs par tant de traits  -  ,
le pouvoir est  qui le prend,  qui se sent la
force de le prendre.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 On ne peut pas trop se fier  Jean-Jacques Rousseau.
Il est le pre de la dmocratie moderne, c'est vrai,
mais il ne s'est jamais beaucoup souci de ses enfants.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Ce serait une erreur de croire que les abstentionnistes
ne votent pas : ils font simplement baisser le niveau de
la majorit, donc ils favorisent le plus fort et votent
tout de mme  leur faon.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Avec la proportionnelle, le pouvoir se trouve 
la merci de ces "petits groupes charnires" qui font chanter
les grandes formations et qui finissent par avoir dix fois plus
d'importance que le corps lectoral ne leur en a accord.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Je ne puis pardonner  Descartes : il aurait
bien voulu, dans toute sa philosophie, pouvoir se passer de Dieu ;
mais il n'a pu s'empcher de lui faire donner une chiquenaude,
pour mettre le monde en mouvement ; aprs cela, il
n'a plus que faire de Dieu.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Cartsien adj. Relatif  Descartes, philosophe
rput, auteur de la clbre proposition
Cogito ergo sum  -  par laquelle il se plaisait 
penser qu'il avait dmontr la ralit
de l'existence humaine. La proposition peut tre cependant
amliore de la manire suivante : Cogito
cogito ergo cogito sum  -  "Je pense que je pense, donc
je pense que je suis" ; une approche plus pousse
vers la certitude que tout ce qui n'a jamais t
crit jusque-l dans toute la philosophie.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 J'aime Descartes  cause de la puret simple
et grandiose de son tre, de la fermet de sa pense,
de l'impression gnrale d'honntet
et d'ordre qui parat dans toute sa dmarche..  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce serait un puissant briseur de mythes, l'auteur qui
parviendrait  dfaire le lien tabli entre
l'adjectif "cartsien" et la notion de rationalit,
qui nous dlivrerait de l'usage habituel de "cartsien"
comme synonyme de "mthodique" et de "logiquement cohrent".
Une grave erreur historique serait ainsi efface et, d'autre
part, on verrait disparatre un tic de langage bien superflu
 -  l'invocation du patronage cartsien 
propos de toute dmarche impliquant apparemment quelque
suite dans les ides.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Je n'ignore pas cette croyance fort rpandue :
les affaires de ce monde sont gouvernes par la fortune
et par Dieu ; les hommes ne peuvent rien y changer, si grande
soit leur sagesse ; il n'existe mme aucune sorte de
remde ; par consquent il est tout 
fait inutile de suer sang et eau  vouloir les corriger,
et il vaut mieux s'abandonner au sort. Opinion qui a gagn
du poids en notre temps,  cause des grands bouleversements
auxquels on assiste chaque jour, et que nul n'aurait jamais pu
prvoir. Si bien qu'en y rflchissant moi-mme,
il m'arrive parfois de l'accepter. Cependant, comme notre libre
arbitre ne peut disparatre, j'en viens  croire
que la fortune est matresse de la moiti de nos
actions, mais qu'elle nous abandonne  peu prs
l'autre moiti.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Les rivires sont des chemins qui marchent, et
qui portent o l'on veut aller.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Nous ne parlons gure de Pascal que pour nous gausser
de la sottise de ses annotateurs. Par exemple, Ernest Havet sur :
Les rivires sont des chemins qui marchent. "Oui, mais
 condition qu'ils aillent o l'on veut aller.".  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Ou le monde subsiste par sa propre nature, par ses lois
physiques, ou un Etre suprme l'a form suivant ses
lois suprmes : dans l'un et l'autre cas, ces lois
sont immuables ; dans l'un et l'autre cas, tout est ncessaire ;
les corps graves tendent vers le centre de la terre, sans pouvoir
tendre  se reposer en l'air. Les poiriers ne peuvent jamais
donner d'ananas. L'instinct d'un pagneul ne peut tre
l'instinct d'une autruche. Tout est arrang, engendr,
limit.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Il est contradictoire que ce qui fut hier n'ait pas t,
que ce qui est aujourd'hui ne soit pas ; il est aussi contradictoire
que ce qui doit tre puisse ne pas devoir tre.
 Si tu pouvais dranger la destine d'une mouche,
il n'y aurait nulle raison qui pt t'empcher de faire
le destin de toutes les autres mouches, de tous les autres animaux,
de tous les hommes, de toute la nature ; tu te trouverais
au bout du compte plus puissant que Dieu.  
    --- VOLTAIRE  
%
 Il y a des gens qui vous disent : "Ne croyez pas au
fatalisme ; car alors tout vous paraissant invitable,
vous ne travaillerez  rien, vous croupirez dans l'indiffrence,
vous n'aimerez ni les richesses, ni les honneurs, ni les louanges ;
vous ne voudrez rien acqurir, vous vous croirez sans mrite
comme sans pouvoir ; aucun talent ne sera cultiv,
tout prira par l'apathie."
 Ne craignez rien, messieurs, nous aurons toujours des passions
et des prjugs, puisque c'est notre destine
d'tre soumis aux prjugs et aux passions ;
nous saurons bien qu'il ne dpend pas plus de nous d'avoir
beaucoup de mrite et de grands talents que d'avoir les
cheveux bien plants et la main belle ; nous serons
convaincus qu'il ne faut tirer vanit de rien, et cependant
nous aurons toujours de la vanit.  
    --- Sur le raisonnement paresseux   
%
 Il faut tre caillou dans le torrent, garder ses
veines et rouler sans tre dissous (ni dissolu).  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 De certaines destines ont deux noms. Le premier
est comme la prface de l'autre. On est Poquelin avant
d'tre Molire, Arouet avant d'tre Voltaire,
et Bonaparte avant d'tre Napolon. Cela tient 
ce que ces hommes ont deux aspects, valet de chambre et gnie,
courtisan et roi, soldat rpublicain et empereur.  
    --- Victor HUGO   
%
 La prtention, ultime consolation. - Si l'on s'arrange
pour voir dans un insuccs, dans son insuffisance intellectuelle
ou sa maladie le sort auquel on tait prdestin,
l'preuve que l'on doit subir, ou le chtiment mystrieux
d'une faute antrieure, on se rend par l son propre
tre plus intressant et l'on s'lve
par la pense au-dessus de ses semblables. Le pcheur
orgueilleux est une figure connue dans toutes les sectes religieuses.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le fataliste. - Il faut que tu croies  la fatalit
- la science peut t'y forcer. Ce qui natra alors de cette
croyance - la lchet et la rsignation ou
la grandeur et la droiture - tmoignera du terrain o
cette semence fut jete ; mais non point de la semence
elle-mme, car d'elle toutes choses peuvent sortir.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Dans ma jeunesse, la question qui me proccupait
au premier chef tait la suivante : "Quel genre d'homme
vais-je dcider d'tre ?" A dix-neuf
ans, c'est une question que l'on se pose. A trente-neuf,
on dit : "Si seulement le destin n'avait pas fait de moi
l'homme que je suis."  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Destine n. Justification du Tyran pour ses crimes,
excuse de l'imbcile pour ses checs.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Ce qu'on appelle la destine physiologique n'est
souvent qu'une mauvaise hygine. Ce qu'on appelle la destine
psychologique n'est souvent qu'une mauvaise ducation.
Ce qu'on appelle la fatalit n'est le plus souvent qu'incurie
politique et lgret. S'il est une leon
que l'ge apporte  celui qui lit et rflchit,
c'est que les possibilits de l'homme, dans le bien, sont
infinies ; alors que ses possibilits dans le vice
et dans le mal sont assez courtes ; c'est que sa responsabilit
est entire et reste entire.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Le fatalisme est une disposition  croire que tout
ce qui arrivera dans le monde est crit ou prdit,
de faon que, quand nous le saurions, nos efforts ne feraient
pas manquer la prdiction, mais au contraire, par dtour
imprvu, la raliseraient. Cette doctrine est souvent
prsente thologiquement, l'avenir ne pouvant
pas tre cach  un Dieu trs clairvoyant ;
il est vrai que cette belle conclusion enchane Dieu aussitt ;
sa puissance rclame contre la prvoyance. Mais
nous avons jug ces jeux de paroles. Bien loin qu'ils fondent
jamais quelque croyance, ils ne sont supports que parce
qu'ils mettent en argument d'apparence ce qui est dj
l'objet d'une croyance ferme, et mieux fonde que sur des
mots. Le fatalisme ne drive pas de la thologie ;
je dirais plutt qu'il la fonde. Selon le naf polythisme,
le destin est au-dessus des dieux.  
    --- ALAIN   
%
 Ces temps de destruction mcanique ont offert des
exemples tragiques de cette dtermination par les causes
sur lesquels des millions d'hommes ont rflchi
invitablement. Un peu moins de poudre dans la charge,
l'obus allait moins loin, j'tais mort. L'accident le plus
ordinaire donne lieu a des remarques du mme genre ;
si ce passant avait trbuch, cette ardoise ne l'aurait
point tu. Ainsi se forme l'ide dterministe
populaire, moins rigoureuse que la scientifique, mais tout aussi
raisonnable. Seulement l'ide fataliste s'y mle,
on voit bien pourquoi,  cause des actions et des passions
qui sont toujours mles aux vnements
que l'on remarque. On conclut que cet homme devait mourir l,
et que c'tait sa destine, ramenant ainsi en scne
cette opinion de sauvage que les prcautions ne servent
 rien contre le dieu, ni contre le mauvais sort. Cette
confusion est cause que les hommes peu instruits acceptent volontiers
l'ide dterministe ; elle rpond au
fatalisme, superstition bien forte et bien naturelle comme on
l'a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Je vois des gens, qui, avec assez de moyens, ne sont arrivs
qu' une maigre et petite place. Mais que voulaient-ils ?
Leur franc parler ? Ils l'ont. Ne point flatter ? Ils
n'ont point flatt et ne flattent point. Pouvoir par le
jugement, par le conseil, par le refus ? Ils peuvent. Il
n'a point d'argent ? Mais n'a-t-il pas toujours mpris
l'argent ? L'argent va  ceux qui l'honorent. Trouvez-moi
seulement un homme qui ait voulu s'enrichir et qui ne l'ait point
pu. Je dis qui ait voulu. Esprer ce n'est pas vouloir.
Le pote espre cent mille francs ; il ne sait
de qui ni comment ; il ne fait pas le moindre petit mouvement
vers ces cent mille francs ; aussi ne les a-t-il point. Mais
il veut faire de beaux vers. Aussi les fait-il. Beaux selon sa
nature, comme le crocodile fait ses cailles et l'oiseau
ses plumes. On peut appeler aussi destine cette puissance
intrieure qui finit par trouver passage ; mais il
n'y a de commun que le nom entre cette vie si bien arme
et compose, et cette tuile de hasard qui tua Pyrrhus.
Ce que m'exprimait un sage, disant que la prdestination
de Calvin ne ressemblait pas mal  la libert elle-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Je n'ai pas prsente  l'esprit la dfinition
du Fataliste par Tolsto - j'ignore mme si cette question
existe dans son oeuvre, mais elle en mane du moins, et
je croirais volontiers que, tre fataliste, ce n'est pas
tellement croire en Dieu. C'est bien plutt, je pense, une
sorte de lassitude, une forme du dilettantisme et un manque presque
total de volont. C'est une espce de renoncement
que l'on veut croire momentan et, tandis que la confiance
en soi somnole, c'est une rsignation passive et presque
souriante en prsence d'une volont suprieure
- que l'on suppose bienfaisante, que les uns appellent la volont
du Destin, d'autres la volont de Dieu, et qui n'est, somme
toute, en gnral que la volont des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Que pense la toile sur laquelle on est en train de peindre
un chef-d'oeuvre ? "On me salit. On me brutalise. On me cache."
Ainsi l'homme boude son beau destin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 De tous les problmes qui nous embrouillent, celui
du destin et du libre arbitre est le plus obscur. Quoi ?
la chose est crite  l'avance et nous pouvons l'crire,
nous pouvons en changer la fin ? La vrit
est diffrente. Le temps n'est pas. Il est notre pliure.
Ce que nous croyons excuter  la suite, s'excute
d'un bloc. Le temps nous le dvide. Notre oeuvre est dj
faite. Il ne nous reste pas moins  la dcouvrir.
C'est cette participation passive qui tonne. Et il y a
de quoi. Elle laisse le public incrdule. Je dcide
et je ne dcide pas. J'obis et je dirige. C'est
un grand mystre.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Alors, Ulrich se souhaita d'tre un homme sans qualits.
Mais les choses ne sont pas tellement diffrentes chez
les autres hommes. Au fond, il en est peu qui sachent encore,
dans le milieu de leur vie, comment ils ont bien pu en arriver
 ce qu'ils sont,  leurs distractions, leur conception
du monde, leur femme, leur caractre, leur profession et
leurs succs ; mais ils ont le sentiment de n'y plus
pouvoir changer grand-chose. On pourrait mme prtendre
qu'ils ont t tromps, car on n'arrive jamais
 trouver une raison suffisante pour que les choses aient
tourn comme elles l'ont fait ; elles auraient aussi
bien pu tourner autrement ; les vnements
n'ont t que rarement l'manation des hommes,
la plupart du temps ils ont dpendu de toutes sortes de
circonstances, de l'humeur, de la vie et de la mort d'autres hommes,
ils leur sont simplement tombs dessus  un moment
donn. Dans leur jeunesse, la vie tait encore devant
eux comme un matin inpuisable, de toutes parts dbordante
de possibilits et de vide, et  midi dj
voici quelque chose devant vous qui est en droit d'tre
dsormais votre vie, et c'est aussi surprenant que le jour
o un homme est assis l tout  coup, avec
qui l'on a correspondu pendant vingt ans sans le connatre,
et qu'on s'tait figur tout diffrent. Mais
le plus trange est encore que la plupart des hommes ne
s'en aperoivent pas ; ils adoptent l'homme qui est
venu  eux, dont la vie s'est acclimate en eux,
les vnements de sa vie leur semblent dsormais
l'expression de leurs qualits, son destin est leur mrite
ou leur malchance. Il leur est arriv ce qui arrive aux
mouches avec le papier tue-mouches : quelque chose s'est
accroch  eux, ici agrippant un poil, l
entravant leurs mouvements, quelque chose les a lentement emmaillots
jusqu' ce qu'ils soient ensevelis dans une housse paisse
qui ne correspond plus que de trs loin  leur forme
primitive. Ds lors, ils ne pensent plus qu'obscurment
 cette jeunesse o il y avait eu en eux une force
de rsistance : cette autre force qui tiraille et
siffle, qui ne veut pas rester en place et dclenche une
tempte de tentatives d'vasion sans but ; l'esprit
moqueur de la jeunesse, son refus de l'ordre tabli, sa
disponibilit  toute espce d'hrosme,
au sacrifice comme au crime, son ardente gravit et son
inconstance, tout cela n'est que tentatives d'vasion.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Puissance sans victoires. - La connaissance la plus forte
(celle de l'absolue non-libert de la volont humaine)
est pourtant celle qui aboutit aux rsultats les plus pauvres :
car elle a toujours eu l'adversaire le plus fort, la vanit
humaine.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le "dterministe" nous jure que si l'on savait
tout, l'on saurait aussi dduire et prdire la conduite
de chacun en toute circonstance, ce qui est assez vident.
Le malheur veut que "tout savoir" n'ait aucun sens.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le "dterminisme" est la seule manire de
se reprsenter le monde. Et l'indterminisme, la
seule manire d'y exister.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le dterminisme auquel il semble bien que notre
esprit, non plus que notre corps, ne puisse chapper est
si subtil, rpond  des causes si diverses, si multiples
et si tnues, qu'il parat enfantin de chercher 
les dnombrer, et plus encore  les rduire.
Et je consens que l'homme ne soit jamais libre ; mais le
plus simple et le plus honnte est de faire comme s'il l'tait.
On risque moins, ainsi, de se blouser qu'en cherchant sans cesse
 reconnatre dans tous ses gestes une grossire
motivation et influence de sa race, de son hrdit
et de l'poque et du climat.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce grand precepte est souvent allegu en Platon :
"Fay ton faict et te cognoy." Chascun de ces deux membres enveloppe
generallement tout nostre devoir, et semblablement enveloppe son
campagnon. Qui auroit  faire son faict, verroit que sa
premiere leon, c'est cognoistre ce qu'il est et ce qui
luy est propre. Et qui se cognoist, ne prend plus l'estranger
faict pour le sien ; s'ayme et se cultive avant toute autre
chose ; refuse les occupations superflues et les penses
et propositions inutiles.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nos devoirs  -  ce sont les droits que les autres
ont sur nous.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Devoirs absolus.  -  Tous les hommes qui sentent
qu'il leur faut les paroles et les intonations les plus violentes,
les attitudes et les gestes les plus loquents, pour pouvoir
agir, les politiciens rvolutionnaires, les socialistes,
les prdicateurs, avec ou sans christianisme, tous ceux
qui veulent viter les demi-succs : tous ceux-l
parlent de "devoirs", et toujours de devoirs qui ont un caractre
absolu  -  autrement ils n'auraient point droit 
leur pathos dmesur : ils le savent fort bien.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Si tu veux tre sr de toujours faire ton
devoir, fais ce qui t'es dsagrable.  
    --- Jules RENARD   
%
 Au-dessus du devoir, il y a le bonheur.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Le devoir est une chose triste, laide, invente
pour abtir et duper les hommes. Rien que le mot est disgracieux.
Il veille la contrainte, l'ennui. Il n'y a que les sots
pour le prendre au srieux. Regardez la figure niaise d'un
homme qui se flicite d'accomplir son devoir. Voyez comme
sont peu aimables les femmes qui n'ont jamais oubli leur
devoir. Rappelez-vous toutes les phrases hypocrites et creuses
avec lesquelles on clbre le devoir. Il en est
du devoir comme de la vertu : chose et mot, c'est hassable.
Le plaisir est bien autrement important. Il ne faut jamais hsiter
 le faire passer avant. La vie est si courte, si rapide !
Serons-nous encore l demain ? Il faut dtester
tout ce qui, sous une forme ou une autre, s'oppose au plaisir.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'impossibilit o je suis de prouver que
Dieu n'est pas me dcouvre son existence.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La religion est vraie, ou elle est fausse : si elle
n'est qu'une vaine fiction, voil, si l'on veut, soixante
annes perdues pour l'homme de bien, pour le chartreux
ou le solitaire : ils ne courent pas un autre risque. Mais
si elle est fonde sur la vrit mme,
c'est alors un pouvantable malheur pour l'homme vicieux :
l'ide seule des maux qu'il se prpare me trouble
l'imagination ; la pense est trop faible pour les
concevoir, et les paroles trop vaines pour les exprimer. Certes,
en supposant mme dans le monde moins de certitude qu'il
ne s'en trouve en effet sur la vrit de la religion,
il n'y a point pour l'homme un meilleur parti que la vertu.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Mystre de la Grce. On voit dans la mme
chaire Dieu tendre la main au pcheur le plus endurci et
rprouver le juste pour quelques fautes.  
    --- MONTESQUIEU  
%
 Je ne voudrais pas avoir affaire  un prince athe,
qui trouverait son intrt  me faire piler
dans un mortier : je suis bien sr que je serais pil.
Je ne voudrais pas, si j'tais souverain, avoir affaire
 des courtisans athes, dont l'intrt
serait de m'empoisonner : il me faudrait prendre au hasard
du contre-poison tous les jours. Il est donc absolument ncessaire
pour les princes et pour les peuples, que l'ide d'un Etre
suprme, crateur, gouverneur, rmunrateur
et vengeur, soit profondment grave dans les esprits.  
    --- Ncessit pratique de l'existence   
%
 Le grand objet, le grand intrt, ce me semble,
n'est pas d'argumenter en mtaphysique, mais de peser s'il
faut, pour le bien commun de nous autres animaux misrables
et pensants, admettre un Dieu rmunrateur et vengeur,
qui nous serve  la fois de frein et de consolation, ou
de rejeter cette ide en nous abandonnant  nos
calamits sans esprances, et  nos crimes
sans remords.  
    --- Ncessit pratique de l'existence  
%
 Ds que les hommes vcurent en socit,
ils durent s'apercevoir que plusieurs coupables chappaient
 la svrit des lois. Ils punissaient
les crimes publics : il fallut tablir un frein pour
les crimes secrets ; la religion seule pouvait tre
ce frein.  
    --- Insuffisance de la justice  
%
 Nous sommes des tres intelligents ; or des
tres intelligents ne peuvent avoir t forms
par un tre brut, aveugle, insensible : il y a certainement
quelques diffrences entre les ides de Newton et
des crottes de mulet. L'intelligence de Newton venait donc d'une
autre intelligence.  
    --- Le suprieur ne peut  
%
 Quand nous voyons une belle machine, nous disons qu'il
y a un bon machiniste, et que, ce machiniste a un excellent entendement.
Le monde est assurment une machine admirable : donc
il y a dans le monde une admirable intelligence, quelque part
o elle soit. Cet argument est vieux et n'en est pas plus
mauvais.  
    --- Argument d'intention : Toute  
%
 ... Spinosa lui-mme admet cette intelligence, c'est
la base de son systme. Vous ne l'avez pas lu et il faut
le lire. Pourquoi voulez-vous aller plus loin que lui, et plonger
par un sot orgueil votre faible raison dans un abme o
Spinosa n'a pas os descendre ?  
    --- Argument d'autorit :
   
%
 L'erreur n'tait pas d'adorer un morceau de bois
ou de marbre, mais d'adorer une fausse divinit reprsente
par ce bois et ce marbre. La diffrence entre eux et nous
n'est pas qu'ils eussent des images et que nous n'en ayons point :
la diffrence est que leurs images figuraient des tres
fantastiques dans une religion fausse, et que la ntre figurent
des tres rels dans une religion vritable.  
    --- Sur les idoltres :
   
%
 Il y a des gens dont il ne faut pas dire qu'ils craignent
Dieu, mais bien qu'ils en ont peur.  
    --- Denis DIDEROT   
%
 Le Dieu des chrtiens est un pre qui fait
grand cas de ses pommes, et fort peu de ses enfants.  
    --- Denis DIDEROT   
%
 A propos des choses de ce bas monde, qui vont de
mal en pis, M... disait : "J'ai lu quelque part, qu'en politique
il n'y avait rien de si malheureux pour les peuples que les rgnes
trop longs. J'entends dire que Dieu est ternel ;
tout est dit."  
    --- CHAMFORT   
%
 La Fontaine, entendant plaindre le sort des damns
au milieu du feu de l'Enfer, dit : "Je me flatte qu'ils s'y
accoutument, et qu' la fin, ils sont l comme le
poisson dans l'eau."  
    --- CHAMFORT   
%
 M. Arago avait une anecdote favorite. Quand Laplace eut
publi sa Mcanique cleste, disait-il, l'empereur
le fit venir. L'empereur tait furieux. "  -  Comment,
s'cria-t-il en apercevant Laplace, vous fait tout le systme
du monde, vous donnez les lois de toute la cration et
dans tout votre livre vous ne parlez pas une seule fois de l'existence
de Dieu !  -  Sire, rpondit Laplace, je n'avais
pas besoin de cette hypothse."  
    --- Victor HUGO   
%
 L'Eternel a cr le monde tel qu'il
est : il montrerait beaucoup de sagesse si, pendant le temps
strictement ncessaire pour briser d'un coup de marteau
la tte d'une femme, il oubliait sa majest sidrale,
afin de nous rvler les mystres au milieu
desquels notre existence touffe, comme un poisson au fond
d'une barque.  
    --- Le Comte de LAUTREAMONT   
%
 "Est-il vrai que le bon Dieu est prsent partout ?
demanda une petite fille  sa mre : mais je
trouve cela inconvenant."  -  Une indication pour les
philosophes !  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Luttes nouvelles.  -  Aprs la mort de
Bouddha, l'on montra encore pendant des sicles son ombre
dans une caverne,  -  une ombre norme et pouvantable.
Dieu est mort : mais,  la faon dont sont
faits les hommes, il y aura peut-tre encore pendant des
milliers d'annes des cavernes o l'on montrera
son ombre.  -  Et nous  -  il nous faut encore
vaincre son ombre !  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Si Dieu avait voulu devenir un objet d'amour, il aurait
d commencer par renoncer  rendre la justice :
 -  un juge, et mme un juge clment, n'est
pas un objet d'amour.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Dieu est le seul tre qui, pour rgner, n'ait
mme pas besoin d'exister.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Quand le bon Dieu, sortant enfin de son antique routine,
se rsolut  mettre un peu d'ordre dans le chaos,
il s'occupa d'abord de sparer la Lumire des Tnbres.
 Les mmoires de l'poque sont assez chiches de
dtails sur la faon dont s'opra cette division.
 Les ecclsiastiques prtendent que le Crateur
n'eut qu' prononcer les mots Fiat lux et que la lumire
fut ; mais pour tout homme un peu vers dans la pratique
des sciences physiques, il est clair que les choses ne s'accomplirent
pas aussi facilement.
 Quoi qu'il en soit, l'opration laissa fort  dsirer.
 La science actuelle, qui a dj construit des appareils
photographiques infiniment plus parfaits que l'oeil humain, est
en train de reconnatre le peu de conscience ou tout au
moins l'trange ignorance dont Dieu fit preuve en cette
occasion.
 Dieu,  qui nous reconnaissons, d'ailleurs, une foule
d'autres mrites, a agi, dans tout cela, comme un enfant.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Dieu, celui que tout le monde connat, de nom.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je croirai  tout ce qu'on voudra, mais la justice
de ce monde ne me donne pas une rassurante ide de la justice
dans l'autre. Dieu, je le crains, fera encore des btises :
il accueillera les mchants au Paradis et foutra les bons
dans l'Enfer.
 Un chat qui dort vingt heures sur vingt-quatre, c'est peut-tre
ce que Dieu a fait de plus russi.
 Oui, Dieu existe, mais il n'y entend rien, pas plus que nous.
 Ah ! il l'a, lui, le divin sourire !
 C'est  nous de rparer ses injustices ! Nous
sommes plus que des dieux.
 J'ignore s'il existe, mais il vaudrait mieux, pour son honneur,
qu'il n'existt point.  
    --- Jules RENARD   
%
 Dieu, modeste, n'ose pas se vanter d'avoir cr
le monde.  
    --- Jules RENARD   
%
 Trs attaqu, Dieu se dfend par
le mpris, en ne rpondant pas.  
    --- Jules RENARD   
%
 On raconte que Dieu a cr l'homme 
son image. Il nous a donn l une faible ide
de ses charmes. Toutes fois que je rencontre N... qui est bas
de ventre, court-jamb, avec une tte piriforme et
des aubergines pour mains, j'ai envie de lui dire : Est-ce
que vous n'avez pas honte de reprsenter la divinit
de cette faon-l ?  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 C'est encore adorer ses Dieux que de leur jeter des pierres.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Que m'importe que Dieu n'existe pas ! Dieu donne
 l'homme de la divinit.  
    --- Antoine de SAINT-EXUPERY   
%
 Il est bon de laisser croire  l'enfant que Dieu
le voit, car il doit agir comme sous le regard de Dieu et faire
de cela sa conscience.  
    --- Andr GIDE   
%
 L'homme vaut-il la peine de dranger un Dieu pour
le "crer" ?  
    --- Paul VALERY   
%
 EX NIHILO : Dieu a tout fait de rien. Mais le rien
perce.  
    --- Paul VALERY   
%
 Je me disais en descendant qu'il n'est dcidment
pas drle d'tre n  cette poque,
bien que toutes aient d se valoir et avoir leurs vnements
embtants. Etre n Adam, par exemple, Adam avec Eve.
Il est vrai qu'ils devaient tre assomms par le
Seigneur, avec ses observations  chaque instant :
"Vous abmez le jardin. Marchez dans les alles.
Faites attention aux fleurs, etc., etc." Pas moyen d'tre
tranquilles.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Non seulement Dieu n'existe pas, mais essayez d'avoir
un plombier pendant le week-end !  
    --- Woody ALLEN   
%
 Je ne puis me satisfaire du nihilisme absolu de Roger
Martin du Gard. Je ne m'en carte pas, ne le repousse pas,
mais prtends passer outre, le traverser. C'est par-del,
que je veux reconstruire. Il me parait monstrueux que l'homme
ait besoin de l'ide de Dieu pour se sentir d'aplomb sur
terre ; qu'il soit forc de consentir  des
absurdits pour difier quoi que ce soit de solide ;
qu'il se reconnaisse incapable d'exiger de lui-mme ce qu'obtenaient
artificiellement de lui des convictions religieuses, de sorte
qu'il laisse aller tout  nant sitt qu'on
dpeuple son ciel.  
    --- Andr GIDE   
%
 L'infini n'existe pas. L'univers est fini quoique illimit.
Il n'y a pas de place pour Dieu.  
    --- Raymond QUENEAU  
%
 Tout au long de l'Origine des espces, Darwin insiste
sur les imperfections de structure et de fonction du monde vivant.
Il ne cesse de souligner les bizarreries, les solutions tranges
qu'un Dieu raisonnable n'aurait jamais utilises. Et l'un
des meilleurs arguments contre la perfection vient de l'extinction
des espces. On peut estimer  plusieurs millions
le nombre des espces animales vivant actuellement. Mais
le nombre des espces qui ont disparu aprs avoir
peupl la terre  une poque ou une autre
doit, d'aprs un calcul de G.G. Simpson, s'lever
 quelques cinq cents millions au moins.  
    --- Contre l'argument d'intention :
   
%
 Si Dieu nous avait vraiment fait  son image, il
y aurait moins de chirurgiens esthtiques.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Dieu voit tout, entend tout, confond tout.  
    --- Roland TOPOR   
%
 Que Dieu existe ou non n'a aucune importance. Il ne s'ensuit
aucune influence sur notre conduite.
 Dieu, par dfinition, est inconnaissable. Sa nature et,
 plus forte raison, ses desseins, ne nous sont pas accessibles.
Si vraiment il existe et nous a voulus tels que nous sommes, c'est--dire
incapables de le concevoir tout en tant torturs
par la question de son existence et par celle de nos fins dernires,
laissons-lui le soin de grer tout cela. Il l'a cr ?
Qu'il s'en dmerde !  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Si vraiment ce monde o nous sommes a t
cr, cr par quelqu'un qu'il est
convenu d'appeler Dieu, alors tout se passe comme si ce personnage
dou du pouvoir de crer (par dfinition)
tait un arrir mental incohrent
et brouillon, un impulsif  tendances sadiques, un caractriel
infantile... En somme, un enfant dieu dbile et dangereux
qu'on aurait isol dans un coin lointain d'univers pour
qu'il fiche la paix au monde en faisant joujou sur son tas de
sable  arracher les pattes des mouches. Les mouches, c'est
nous.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Dieu ne recevra jamais le prix Nobel de la paix.  
    --- Jos ARTUR   
%
  "Mon Dieu, soyez humain" est l'invocation la plus bte
du monde.  
    --- Jos ARTUR   
%
 Dieu a cr l'homme  son image,
et la gonzesse  l'ide qu'il s'en faisait, a
peut paratre dgueulasse, mais a partait
d'un bon sentiment.  
    --- COLUCHE   
%
 Il m'arrive d'prouver une sorte de stupeur 
l'ide qu'il ait pu exister des "fous de Dieu", qui lui
ont tout sacrifi,  commencer par leur raison.
Souvent il me semble entrevoir comment on peut se dtruire
pour lui dans un lan morbide, dans une dsagrgation
de l'me et du corps. D'o l'aspiration immatrielle
 la mort. Il y a quelque chose de pourri dans l'ide
de Dieu !  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il tombe sous le sens que Dieu tait une solution,
et qu'on n'en trouvera jamais une aussi satisfaisante.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Qu'adviendra-t-il de l'humanit si, dans un sicle
ou dans un millnaire, l'homme s'avisait avec certitude
que Dieu n'existe pas ? Les religions  -  et les
guerres qu'elles ont suscites  -  deviendraient
sans objet, la moiti de la littrature n'aurait
plus aucun sens, des centaines de partitions seraient prives
de leur substance, des milliers de tableaux deviendraient ridicules,
les trois quarts de la morale s'crouleraient tandis que
des dizaines de milliers de professionnels de la gnuflexion
se retrouveraient  la rue. On conserverait la foi pour
moins que cela.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Si Dieu n'existe pas, je plains ceux qui, pour conqurir
l-haut un paradis hypothtique, ont transform
ici-bas leur vie en un enfer de contraintes et de renoncements.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Si l'homme est vraiment ce que le crateur a fait
de mieux, a ne vaut pas la peine de s'agenouiller devant
lui.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Je ne puis pas encore m'expliquer aujourd'hui, 
cinquante-deux ans, la disposition au malheur que me donne le
dimanche. Cela est au point que je suis gai et content ;
au bout de deux cents pas dans la rue, je m'aperois que
les boutiques sont fermes : "Ah ! c'est dimanche",
me dis-je.
 A l'instant toute disposition intrieure au bonheur
s'envole.
 Est-ce envie pour l'air content des ouvriers ou des bourgeois
endimanchs ?
 J'ai beau me dire : "Mais je perds ainsi cinquante-deux
dimanches par an et peut-tre dix ftes." La chose
est plus forte que moi. Je n'ai de ressource qu'un travail obstin.  
    --- STENDHAL   
%
 L'oisivet pse aux races laborieuses. Ce
fut un coup de matre de l'instinct anglais de faire du
dimanche une journe si sainte et si ennuyeuse, que l'Anglais
en vient,  son insu,  dsirer le retour
des jours de semaine et de travail.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Je sais pourquoi je dteste le dimanche :
c'est parce que des gens , occups  rien, se permettent
d'tre oisifs comme moi.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le dimanche est ennuyeux parce qu'il est dimanche pour
tout le monde.  
    --- Georges PERROS   
%
 Pourquoi donc pense-t-on plus respectueusement du philosophe
que du bel esprit ? Ne serait-ce pas que le philosophe, ou
bien l'homme au systme, nous proposant une connaissance
expresse de nous-mmes, nous fait penser que nous sommes
difficiles  comprendre, et par l importants ;
au lieu que le philosophe qui fait un pome ou une ode
semble ne nous exposer  nos propres yeux que pour nous
divertir : ce dessein-l ne nous fait pas tant d'honneur.  
    --- MARIVAUX   
%
 L'exception vient toujours de la raison de la rgle.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La rgle nous dlivre des fantaisies, des
tourments de l'incertitude.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Les rgles sont utiles aux talents et nuisibles
aux gnies.  
    --- Victor HUGO   
%
 EXCEPTION. - Dites qu'elle confirme la rgle. Ne
vous risquez pas  expliquer comment.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Un systme, c'est une pope sur
les choses. Il serait aussi absurde qu'un systme renfermt
le dernier mot de la ralit qu'il le serait qu'une
pope puist le cercle entier de
la beaut. Une pope est d'autant plus parfaite
qu'elle correspond mieux  toute l'humanit, et
pourtant, aprs la plus parfaite pope,
le thme est encore nouveau et peut prter 
d'infinies variations, selon le caractre individuel du
pote, son sicle ou la nation  laquelle
il appartient.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Si une doctrine est vraie, il ne faut pas la craindre ;
si elle est fausse, encore moins, car elle tombera d'elle-mme.
Ceux qui parlent de doctrines dangereuses devraient toujours ajouter
dangereuses pour moi.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Qui veut de la cohrence ? Les imbciles
et les doctrinaires, les ennuyeux qui poussent leurs principes
jusqu' la fin amre de l'action, jusqu'
la reductio ad absurdum de leur mise en pratique. Pas moi.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Les gens qui veulent suivre des rgles m'amusent,
car il n'y a dans la vie que de l'exceptionnel.  
    --- Jules RENARD   
%
 On attaque les principes au nom de l'homme. Mais l'homme
est tel  cause des principes qui l'ont form. Ainsi
chaque libration est destructive.  
    --- Antoine de SAINT-EXUPERY   
%
 Un homme comptent est un homme qui se trompe selon
les rgles.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce n'est pas l'Utopie qui est dangereuse, car elle est
indispensable  l'volution. C'est le dogmatisme,
que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, leurs prrogatives
et leur dominance.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Il y a de grandes perturbations dans le monde, qui sont
dues  la coexistence de "vrits", d'idaux,
de valeur comparable, et difficiles  distinguer.
 Les dbats les plus violents ont toujours eu lieu entre
des doctrines ou des dogmes trs peu diffrents.
 Lutte plus aigre et plus aigu entre orthodoxes et hrtiques
qu'entre l'orthodoxe et le paen.
 Le degr de prcision d'une dispute en accrot
la violence et l'acharnement. On se bat plus furieusement pour
une lointaine dcimale.  
    --- Paul VALERY   
%
 Avoir un systme borne son horizon ; n'en
avoir pas est impossible. Le mieux est d'en possder plusieurs.  
    --- Raymond QUENEAU   
%
 Ce n'est pas seulement l'intrt qui fait
s'entre-tuer les hommes. C'est aussi le dogmatisme. Rien n'est
aussi dangereux que la certitude d'avoir raison. Rien ne cause
autant de destruction que l'obsession d'une vrit
considre comme absolue. Tous les crimes de l'histoire
sont des consquences de quelque fanatisme. Tous les massacres
ont t accomplis par vertu, au nom de la religion
vraie, du nationalisme lgitime, de la politique idoine,
de l'idologie juste ; bref au nom du combat contre
la vrit de l'autre, du combat contre Satan.  
    --- Franois JACOB   
%
 Il devrait tre bien clair aujourd'hui qu'on n'expliquera
pas l'univers dans tous ses dtails par une seule formule
ou par une seule thorie. Et pourtant le cerveau humain
a un tel besoin d'unit et de cohrence que toute
thorie de quelque importance risque d'tre utilise
de manire abusive et de draper vers le mythe.  
    --- Franois JACOB   
%
 Les idaux ont de curieuses qualits, entre
autres celle de se transformer brusquement en absurdit
quand on essaie de s'y conformer strictement.  
    --- Robert MUSIL   
%
 L'orgueil philosophique est le plus stupide de tous. Si
un jour par miracle la tolrance s'instaure parmi les hommes,
les philosophes seront les seuls  ne pas en vouloir et
 ne pas en bnficier. C'est qu'une vision
du monde ne peut pas s'accorder avec une autre vision, ni l'admettre,
encore moins la justifier. Etre philosophe, c'est croire
que vous tes le seul  l'tre, que personne
d'autre ne peut avoir cette qualit. Seuls les fondateurs
de religions ont une mentalit pareille. Construire un
systme, c'est de la religion en plus bte.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Toute douleur est facile  mpriser :
celle dont la peine est intense est d'une brve dure,
celle qui dure dans la chair s'accompagne d'une faible peine.  
    --- EPICURE   
%
 Malgr les admirables services qu'ont rendus l'ther
et le chloroforme, il me semble qu'au point de vue de la philosophie
spiritualiste, la mme fltrissure morale s'applique
 toutes les inventions modernes qui tendent  diminuer
la libert humaine et l'indispensable douleur. Ce n'est
pas sans une certaine admiration que j'entendis une fois le paradoxe
d'un officier qui me racontait l'opration cruelle pratique
sur un gnral franais  El-Aghouat,
et dont celui-ci mourut malgr le chloroforme. Ce gnral
tait un homme trs brave, et mme quelque
chose de plus, une de ces mes  qui s'applique naturellement
le terme : chevaleresque. "Ce n'tait pas, me disait-il,
du chloroforme qu'il lui fallait, mais les regards de toute l'arme
et la musique des rgiments. Ainsi peut-tre il et
t sauv !" Le chirurgien n'tait
pas de l'avis de cet officier ; mais l'aumnier aurait
sans doute admir ces sentiments.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Souffrir est une faiblesse, lorsqu'on peut s'en empcher
et faire quelque chose de mieux.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Sagesse dans la douleur.  -  Dans la douleur il
y a autant de sagesse que dans le plaisir : tous deux sont
au premier chef des forces conservatrices de l'espce.
S'il n'en tait pas ainsi de la douleur, il y a longtemps
qu'elle aurait disparu ; qu'elle fasse mal, ce n'est pas
l un argument contre elle, c'est au contraire son essence.
J'entends dans la douleur le commandement du capitaine de vaisseau :
"Amenez les voiles !" L'intrpide navigateur "homme"
doit s'tre exerc  disposer les voiles de
mille manires, autrement il en serait trop vite fait de
lui, et l'ocan bientt l'engloutirait. Il faut aussi
que nous sachions vivre avec une nergie rduite :
aussitt que la douleur donne son signal de sret,
il est temps de rduire cette nergie,  -  quelque
grand danger, une tempte se prpare et nous agissons
prudemment en nous "gonflant" aussi peu que possible.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Nous nous avouons ceci, quand un tre qui nous est
cher est malade, et que la mort est toute prte, nous souffrons
d'avance des gestes qu'il faudra faire pour montrer notre douleur,
mais nous ne pensons pas  l'tre qui nous est cher.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il faut gmir, mais en cadence.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les grandes douleurs sont muettes.
 Essayez de vous reprsenter un fabricant de tubes en caoutchouc,
un constructeur de ressorts  boudin pour les sommiers
lastiques, un gommeur de papier  lettres, un agent
voyer de premire classe ou bien un architecte vrificateur
poussant des cris effroyables et dgainant le lyrisme d'un
Sophocle pour dplorer le trpas d'une personne
de sa famille !  
    --- Lon BLOY   
%
 On dirait que la douleur donne  certaines mes
une espce de conscience.
 C'est comme aux hutres le citron.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Si tu pleures de joie, ne sche pas tes larmes :
tu les voles  la douleur.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 La plus grande partie du corps ne parle que pour souffrir.
Tout organe qui se fait connatre est dj
suspect de dsordre. Silence bienheureux des machines qui
marchent bien.  
    --- Paul VALERY   
%
 La douleur est toujours question et le plaisir, rponse.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce vers, de Vigny, je crois, me revenait tantt :
      J'aime la majest des souffrances
humaines.
 O a-t-il vu des souffrances humaines avoir de la majest ?
A ajouter  ce que j'ai dit des choses qu'on crit
parce que cela fait bien.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Progrs. Est-il bon d'accoucher  l'amricaine
(sommeil et forceps) et ce progrs qui consiste 
souffrir moins n'est-il pas, comme la machine, le symptme
d'un univers o l'homme puis substitue
d'autres forces  la sienne, vite les secousses
d'un systme nerveux affaibli ?  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Je tire de la douleur un bnfice :
elle me rappelle sans cesse  l'ordre. Les longs temps
o je ne pensais  aucune chose, ne laissant naviguer
en moi que les mots : chaise, lampe, porte, ou autres objets
sur quoi se promenaient mes yeux, ces longs temps de nant
n'existent plus. La douleur me harcle et je dois penser
pour m'en distraire. C'est  l'inverse de Descartes. Je
suis, donc je pense. Sans la douleur je n'tais pas.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 En ce qui concerne la douleur, je ne puis me convaincre
qu'elle lve, et les hommes que j'ai vus souffrir
m'ont toujours paru enferms dans leur douleur et non point
ouverts sur des vues cosmiques. Si la douleur lve,
je voudrais savoir vers quoi.  
    --- Henri LABORIT   
%
 D'abord, ne pas interprter, ni justifier. La douleur
est un fait, et ne veut rien dire. Elle n'a pas de sens, pas de
valeur, pas d'excuses. Mme atroce, elle est insignifiante
(et cela est le plus atroce peut-tre, qu'elle ne signifie
rien) ; mme lgre, elle est insense.
Quoi de plus bte qu'une rage de dents ? Le rel
se reconnat l, qui se contente d'exister. "Pourquoi ?",
demande-t-on devant celui qui souffre. Mais il n'y a pas de rponse
(on souffre toujours pour rien), ni mme, en vrit,
de question. Le corps hurle, mais n'interroge pas. On parle pourtant
des leons de la douleur, et chacun, qui l'a vcue,
y reconnat quelque chose de son exprience. Mais
ces leons sont toutes ngatives, ou critiques :
la douleur n'apprend rien, qu'en annulant ce qu'on croyait savoir.
Sa leon est une anti-leon : tout discours
doit cesser, devant elle, qui parait ridicule, insupportable ou
lche. Non pas tout discours, pourtant. Et cela fait un
sacr tri. Combien de livres supportent la proximit
immdiate de l'horreur ?  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Ne dsespre pas : si tout le monde
t'abandonne, tu pourras toujours compter sur tes douleurs.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le doute sage et vraiment philosophique (s'il existait)
consisterait donc  teindre (ou plutt 
voiler) les lumires qui nous blouissent, pour
juger par un autre organe de l'esprit que celui de sa vue.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Douter, c'est sortir d'une erreur, et souvent d'une vrit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Douter ne signifie rien d'autre que d'tre vigilant,
sinon cela peut tre dangereux.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Le doute est un hommage rendu  l'espoir. Ce n'est
pas un hommage volontaire. L'espoir ne consentirait pas 
n'tre qu'un hommage.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Quand un homme doute au sujet de ses propres entreprises,
il craint toujours trois choses ensemble, les autres hommes, la
ncessit extrieure, et lui-mme.
Or c'est de lui mme qu'il doit s'assurer d'abord ;
car, qui doute s'il sautera le foss, par ce seul doute
il y tombe. Vouloir sans croire que l'on saura vouloir, sans se
faire  soi-mme un grand serment, sans prendre,
comme dit Descartes, la rsolution de ne jamais manquer
de libre arbitre, ce n'est point vouloir. Qui se prvoit
lui-mme faible et inconstant, il l'est dj.
C'est se battre en vaincu. Quand on voit qu'un homme qui entreprend
quelque chose doute dj de russir avant
d'avoir essay, on dit qu'il n'a pas la foi. Ainsi l'usage
commun nous rappelle que la foi habite aussi cette terre, et que
le plus humble travail l'enferme toute. Encore plus sublime sans
promesse ; au fond, toujours sans promesse. Car le parti
de croire en soi n'enferme pas que tous les chemins s'ouvriront
par la foi ; mais il est sr seulement que tous les
chemins seront ferms et tous les bonheurs retranchs
si vous n'avez pas d'abord la foi.  
    --- ALAIN   
%
 La foi ne peut aller sans l'esprance. Quand les
grimpeurs observent de loin la montagne, tout est obstacle ;
c'est en avanant qu'ils trouvent des passages. Mais ils
n'avanceraient point s'ils n'espraient pas de leur propre
foi. En revanche, qui romprait sa propre esprance, toute
de foi, romprait sa foi aussi. Essayer avec l'ide que
la route est barre, ce n'est pas essayer. Dcider
d'avance que les choses feront obstacle au vouloir, ce n'est pas
vouloir. Aussi voit-on que les inventeurs, explorateurs, rformateurs
sont des hommes qui ne croient pas  ce barrage imaginaire
que fait la montagne de loin ; mais plutt ils ont
le sentiment juste, et finalement vrifi, mais
seulement pour ceux qui osent, que la varit des
choses, qui est indiffrente, n'est ni pour nous ni contre
nous, d'o vient que l'on trouve toujours occasion et place
pour le pied. Et cette vertu, d'essayer aussitt et devant
soi, est bien l'esprance.  
    --- ALAIN   
%
 La libert intellectuelle, ou Sagesse, c'est le
doute. Cela n'est pas bien compris, communment. Mais pourquoi ?
Parce que nous prenons comme douteurs des gens qui pensent par
jeu, sans tnacit, sans suite ; des paresseux
enfin. Il faut bien se garder de cette confusion. Douter, c'est
examiner, c'est dmonter et remonter les ides comme
des rouages, sans prvention et sans prcipitation,
contre la puissance de croire qui est formidable en chacun de
nous.  
    --- ALAIN   
%
 Le principe du vrai courage, c'est le doute. L'ide
de secouer une pense  laquelle on se fiait est
une ide brave. Tout inventeur a mis en doute ce dont personne
ne doutait. C'tait l'impit essentielle.  
    --- ALAIN   
%
 Le professeur de philosophie qui doute professionnellement
de l'existence de cette table ne tient pas particulirement
compte dans sa vie des consquences d'une tel ngation.
Le coeur n'y est pas, et cette mfiance n'est pas vritablement
convaincue : c'est en classe seulement que les tables sont
douteuses, et pour les besoins d'une leon sur l'idalisme,
mais non pas le soir quand le philosophe se met  table
pour souper.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Voici la drogue sous vos yeux : un peu de confiture
verte, gros comme une noix, singulirement odorante, 
ce point qu'elle soulve une certaine rpulsion
et des vellits de nauses, comme le ferait,
du reste, toute odeur fine et mme agrable, porte
 son maximum de force et pour ainsi dire de densit.
Qu'il me soit permis de remarquer, en passant, que cette proposition
peut tre inverse, et que le parfum le plus rpugnant,
le plus rvoltant, deviendrait peut-tre plaisir
s'il tait rduit  son minimum de quantit
et d'expansion. - Voil donc le bonheur ! il remplit
la capacit d'une petite cuiller ! le bonheur avec
toutes ses ivresses, toutes ses folies, tous ses enfantillages !
Vous pouvez avaler sans crainte ; on n'en meurt pas. Vos
organes physiques n'en recevront aucune atteinte. Plus tard peut-tre
un trop frquent appel au sortilge diminuera-t-il
la force de votre volont, peut-tre serez-vous moins
homme que vous ne l'tes aujourd'hui ; mais le chtiment
est si lointain, et le dsastre futur d'une nature si difficile
 dfinir ! Que risquez-vous ? demain
un peu de fatigue nerveuse. Ne risquez-vous pas tous les jours
de plus grands chtiments pour de moindres rcompenses ?
Ainsi, c'est dit : vous avez mme, pour lui donner
plus de force et d'expansion, dlay votre dose
d'extrait gras dans une tasse de caf noir ; vous
avez pris soin d'avoir l'estomac libre, reculant vers neuf ou
dix heures du soir le repas substantiel, pour livrer au poison
toute libert d'action ; tout au plus dans une heure
prendrez-vous une lgre soupe. Vous tes
maintenant suffisamment lest pour un long et singulier
voyage. La vapeur a siffl, la voiture est oriente,
et vous avez sur les voyageurs ordinaires ce curieux privilge
d'ignorer o vous allez. Vous l'avez voulu ; vive
la fatalit !  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Si encore, au prix de sa dignit, de son honntet
et de son libre arbitre, l'homme pouvait tirer du haschisch de
grands bnfices spirituels, en faire une espce
de machine  penser, un instrument fcond ?
C'est une question que j'ai souvent entendue poser, et j'y rponds.
D'abord, comme je l'ai longuement expliqu, le haschisch
ne rvle  l'individu rien que l'individu
lui-mme. Il est vrai que cet individu est pour ainsi dire
cub et pouss  l'extrme, et comme
il est galement certain que la mmoire des impressions
survit  l'orgie, l'esprance de ces utilitaires,
ne parat pas au premier aspect tout  fait dnue
de raison. Mais je les prierai d'observer que les penses,
dont ils comptent tirer un si grand parti, ne sont pas rellement
aussi belles qu'elles le paraissent sous leur travestissement
momentan et recouvertes d'oripeaux magiques. Elles tiennent
de la terre plutt que du ciel, et doivent une grande partie
de leur beaut  l'agitation nerveuse, 
l'avidit avec laquelle l'esprit se jette sur elles. Ensuite,
cette esprance est un cercle vicieux : admettons
un instant que le haschisch donne, ou du moins augmente le gnie,
ils oublient qu'il est de la nature du haschisch de diminuer la
volont, et qu'ainsi il accorde d'un ct
ce qu'il retire de l'autre, c'est--dire l'imagination
sans la facult d'en profiter. Enfin il faut songer, en
supposant un homme assez adroit et assez vigoureux pour se soustraire
 cette alternative,  un autre danger, fatal, terrible,
qui est celui de toutes les accoutumances. Toutes se transforment
bientt en ncessits. Celui qui aura recours
 un poison pour penser ne pourra bientt plus penser
sans poison.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 N'attendez pas de moi que je trahisse. Naturellement l'opium
reste unique et son euphorie suprieure  celle
de la sant. Je lui dois mes heures parfaites. Il est dommage
qu'au lieu de perfectionner la dsintoxication, la mdecine
n'essaye pas de rendre l'opium inoffensif.
 Mais l, nous retombons sur le problme du progrs.
La souffrance est-elle une rgle ou un lyrisme ?
 Il me semble que, sur une terre si vieille, si ride,
si repltre, o tant de compromis svissent
et de conventions risibles, l'opium liminable adoucirait
les moeurs et causerait plus de bien que la fivre d'agir
ne fait de mal.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 L'opium permet de donner forme  l'informe ;
il empche, hlas ! de communiquer ce privilge
 autrui. Quitte  perdre le sommeil, je guetterai
le moment unique d'une dsintoxication o cette
facult fonctionnera encore un peu et concidera,
par mgarde, avec le retour du pouvoir communicatif.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 L'opium dgage l'esprit. Jamais il ne rend spirituel.
Il ploie l'esprit. Il ne le met pas en pointe.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 L'opium nous dsocialise et nous loigne
de la communaut. Du reste la communaut se venge.
La perscution des fumeurs est une dfense instinctive
de la socit contre un geste antisocial.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Les Europens qui fument de l'opium me font penser
aux Chinois qui portent des chapeaux melon.  
    --- Sacha GUITRY /L'Esprit /   
%
 Axiome : les maux qu'engendre la littrature
ne peuvent tre guris que par la littrature.
 Corollaire : Un volume erron se rfute, non
par une brochure accessible  tous, sommaire ou primaire,
du genre "bon pour le peuple", mais par un autre volume allant
 la racine du flau, ou par une longue srie
d'actions fortement penses et solidement dduites.
 N'oublions jamais que ce sont les encyclopdistes qui
ont prpar la Rvolution. Ces erreurs meurtrires
ne pouvaient tre dtruites que par un corps de doctrine
approfondie, que par une propagande intellectuelle de niveau suprieur.
Dans toute affection du systme nerveux central, il faut
soigner le cerveau et la moelle, non les nerfs.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Il n'est pas de contact plus agrable, ni plus
chaud et roboratif que celui d'un officier de carrire,
et je donnerais la conversation de dix acadmiciens pour
celle d'un gnral Mercier, d'un Marchand ou d'un
Baratier.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Vous distinguerez d'emble le libral 
la crainte qu'il a d'tre tax de ractionnaire.
Est-il rien de plus beau, de plus net, de plus harmonieux, de
plus efficace aussi, je vous le demande, que de s'affirmer en
raction contre la sottise et le mal, ceux-ci eussent-ils
pour eux le nombre et la force ? Comment le corps humain
sort-il de la maladie ? Par la raction. C'est cette
raction que cherche le mdecin hardi et intelligent,
tant que les sources de la vie ne sont point taries, tant que
le grand ressort n'est pas bris. Il en est de mme
en politique.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Conservateur n. Politicien qui affectionne les maux existants,
qu'il ne faut pas confondre avec le Libral qui souhaite
les remplacer par d'autres.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 La vie systmatique, qui ne gne en rien
la libert individuelle, n'existe encore nulle part et
pour aucun peuple  la surface du globe. L'hygine
du genre humain n'est pas encore cre. Un jour
on comprendra que tous les lments dont le globe
se compose, toutes les productions qu'il engendre, toutes les
effluves [sic] qu'il rayonne, toutes les forces qu'il dgage
doivent se mettre en quilibre avec la vie humaine et que
le secret de la vie est l tout entier. C'est ce que l'avenir
saura et verra.  
    --- Victor HUGO   
%
 Si, par amour des bois, un homme s'y promne pendant
la moiti de la journe, il risque fort de passer
pour un fainant. Si, au contraire, il emploie toutes ses
journes  spculer,  raser les bois
et  rendre la terre chauve avant son heure, on le tiendra
en haute estime, on verra en lui un homme industrieux et entreprenant.
Est-ce donc qu'une ville ne porte d'intrt 
ses forts que pour les faire abattre ?  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 En permettant l'homme, la nature a commis beaucoup plus
qu'une erreur de calcul : un attentat contre elle-mme.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La fort, partout on la rase, cette inutile, cette
grande feignasse. Tiens, les Brsiliens : la fameuse
fort vierge amazonienne, "le poumon du monde", eh bien,
ils sont en train de la supprimer. Et tu sais pourquoi ?
Pour cultiver massivement de la canne  sucre. Mais du
sucre, on a dj trop, on sait pas quoi en faire,
on en crve, du sucre ! Oui, mais les Brsiliens,
eux, ils en font de l'alcool. Pas de l'alcool pour boire, non,
de l'alcool pour remplacer l'essence dans les voitures. Alors,
l, je m'incline. Prfrer la fort
 la bagnole, faudrait tre maso, fou dingue dans
sa tte. Et o ils iront avec leurs voitures, les
Brsiliens ? Oh, ils iront  l'htel
de la Fort, au camping des Trois Acajous Gants,
dont les noms romantiques leur diront que, l, autrefois,
 ce qu'on dit, il y avait une fort.
 On la tolre encore un peu, la fort, pour la hacher
en pte  papier ou la laminer en simili-massif.
Le jour o la civilisation n'aura plus besoin de papier
ni de maquiller le plastique en faux bois, adieu le dernier arbre !
 Oh, et puis, hein, qu'est-ce qu'on en a  foutre, de la
fort ? Une grande dalle de ciment d'un ple
 l'autre, peinte en vert, si tu veux, pour nos rallyes
et nos Tours de France, un peu d'eau sale pour nos planches 
voile, des parasols pour picoler  l'ombre... Le bonheur.  
    --- Franois CAVANNA  
%
 Le dictionnaire nous dit que l'cologie est l'tude
des rapports existants entre les tres vivants et leur milieu
(en gros, a doit tre a, j'cris
en voltige, pas de dico sous la main). Mais c'tait avant
la survenue du "mouvement cologique". Depuis, le mot "cologie"
a pris de l'ampleur et de l'ambition. Je crois pouvoir le dfinir
en disant qu'il exprime l'inquitude d'UN tre vivant
(l'homme civilis) devant la dgradation acclre
de son propre milieu d'existence. Je pense que cette dfinition
est suffisamment gnrale pour mettre tout le monde
d'accord.
 Si maintenant on veut un peu affiner, par exemple poser les questions
du "pourquoi", du "comment" et du "qu'est-ce qu'il faut faire ?",
a diverge tout de suite.  
    --- Dfinition :
     
%
 L'illusion cologique est un consolationnisme comme
tous les systmes fonds sur la donne de
base que l'homme veut avant tout vivre heureux dans un monde heureux
et harmonieux. C'est le principe, proclam et allant de
soi, de toutes les utopies sociales, que ce soit les innombrables
varits du socialisme, de l'anarchie, du communisme...
De l'cologie. Toutes entrevoient les lendemains radieux
dans un avenir  porte de main, il suffit d'en
mettre un bon coup, par la rvolution ou par l'ducation
des masses, pour que le bon sens et l'altruisme prennent enfin
les commandes.
 Ce ne sont que des aide--vivre, des, comme je disais,
consolationnismes, des, si vous prfrez, euphorisants,
qui, d'abord, rejettent le pessimisme insupportable et le remplacent
par l'agrable espoir, ensuite placent cet espoir au bout
d'un effort  accomplir, c'est  dire dbouchent
sur l'action. Espoir et action, c'est tout ce que demandent nos
petites machineries intimes pour tuer l'angoisse ou, du moins,
l'oublier. Toute utopie, tout systme "gnreux"
a pour but - non avou, mais bien rel - de faire
oublier l'angoisse dite "existentielle"  ceux dont le
psychisme n'est pas suffisamment polaris sur cette autre
illusion : l'ambition personnelle, le dsir de "russir
sa vie", dans quelque domaine que ce soit et quelles que soient
les motivations intimes, qui ne sont que des justifications modules
par le hasard (hasard de la distribution des gnes ou hasards
des circonstances de la vie...) Dvouement, vengeance,
arrivisme, volont de puissance, art, cupidit,
asctisme pieux...ceux que l'une ou l'autre de ces passions
anime n'ont pas besoin de consolationnisme. Leur drogue apaisante-stimulante,
il la scrte eux-mme.
 L'cologie, comme toutes les utopies sociales, est une
religion. Une religion sans dieu, mais une religion n'a pas forcment
besoin d'un dieu. La foi suffit. Et aussi le dogme.  
    --- Dfinition :
     
%
  "Ah, vous tes colo ?" Succs
de rire assur. En France , en tout cas. Ailleurs, je ne
sais pas. Parait qu'en Allemagne les Verts sont pris au srieux.
Les Allemands n'ont aucun sens de l'humour.  
    --- Dfinition :
     
%
 On ne doit pas plus rgler les habits, du riche
que les haillons du pauvre. Tous deux, galement citoyens,
doivent tre galement libres. Chacun s'habille,
se nourrit, se loge, comme il peut. Si vous dfendez au
riche de manger des gelinottes, vous volez le pauvre, qui entretiendrait
sa famille du gibier qu'il vendrait au riche. Si vous ne voulez
pas que le riche orne sa maison, vous ruinez cent artistes. Le
citoyen qui par son faste humilie le pauvre enrichit le pauvre
par ce mme faste beaucoup plus qu'il ne l'humilie. L'indigence
doit travailler pour l'opulence, afin de s'galer un jour
 elle.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Le luxe est un besoin des grands tats et des grandes
civilisations. Cependant il y a des heures o il ne faut
pas que le peuple le voie. Mais qu'est-ce qu'un luxe qu'on ne
voit pas ? Problme. Une magnificence dans l'ombre,
une profusion dans l'obscurit, un faste qui ne se montre
pas, une splendeur qui ne fait mal aux yeux  personne.
Cela est-il possible ? Il faut y songer pourtant. Quand on
montre le luxe au peuple dans des jours de disette et de dtresse,
son esprit, qui est un esprit d'enfant, franchit tout de suite
une foule de degrs ; il ne se dit pas que ce luxe
le fait vivre, que ce luxe lui est utile, que ce luxe lui est
ncessaire. Il se dit qu'il souffre, et que voil
des gens qui jouissent. Il se demande pourquoi tout cela n'est
pas  lui. Il examine toutes ces choses non avec sa pauvret
qui a besoin de travail et par consquent besoin des riches,
mais avec son envie. Ne croyez pas qu'il conclura de l :
Eh bien ! cela va me donner des semaines de salaire, et de
bonnes journes. Non, il veut, lui aussi, non le travail,
non le salaire, mais du loisir, du plaisir, des voitures, des
chevaux, des laquais, des duchesses. Ce n'est pas du pain qu'il
veut, c'est du luxe. Il tend la main en frmissant
vers toutes ces ralits resplendissantes qui ne
seraient plus que des ombres s'il y touchait. Le jour o
la misre de tous saisit la richesse de quelques-uns, la
nuit se fait, il n'y a plus rien.  
    --- Victor HUGO   
%
 L'impt du luxe. - On achte dans les magasins
les choses ncessaires et les plus indispensables et on
les paye fort cher, car on vous fait payer en mme temps
pour ce qu'il y a d'autre  vendre et qui ne trouve que
rarement acqureur : les objets de luxe et les fantaisies.
C'est ainsi que le luxe met un impt continuel sur les choses
simples qui peuvent se passer de lui.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La guerre et le commerce ne sont que deux moyens diffrents
d'arriver au mme but, celui de possder ce que l'on
dsire. Le commerce n'est autre chose qu'un hommage rendu
 la force du possesseur par l'aspirant  la possession.
C'est une tentative pour obtenir de gr  gr
ce qu'on n'espre plus conqurir par la violence.
Un homme qui serait toujours le plus fort n'aurait jamais l'ide
du commerce. C'est l'exprience qui, en lui prouvant que
la guerre, c'est--dire, l'emploi de sa force contre la
force d'autrui, est expose  diverses rsistances
et  divers checs, le porte  recourir au
commerce, c'est--dire,  un moyen plus doux et
plus sr d'engager l'intrt des autres 
consentir  ce qui convient  son intrt.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Le commerce donne  la proprit
une qualit nouvelle, la circulation. Sans circulation,
la proprit n'est qu'un usufruit. L'autorit
peut toujours influer sur l'usufruit ; car elle peut enlever
la jouissance. Mais la circulation met un obstacle invisible et
invincible  cette action du pouvoir social.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Il y a des gens chez lesquels la simple certitude de les
pouvoir satisfaire fait natre des besoins spontans.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 A la pdagogie normale s'ajoute une pdagogie
incessante et d'une efficacit extraordinaire, et qui est
la publicit. Une industrie base sur le profit
tend  crer  -  par l'ducation
 -  des hommes pour les chewing-gums et non du chewing-gum
pour les hommes. Ainsi de la ncessit pour l'automobile
de crer la valeur "automobile" est n le stupide
petit gigolo de 1926 exclusivement anim dans les bars
par des images et comparaisons de carrosseries. Ainsi, du film,
est ne, dans la pte humaine la plus admirable du
monde, la star vide et stupide entre les stupides. Cet animal
creux, et dont je ne crois mme point qu'elle s'ennuie,
car elle n'est pas ne encore.  
    --- Antoine de SAINT-EXUPERY   
%
 Il faut rappeler aux nations croissantes qu'il n'y a point
d'arbre dans la nature qui, plac dans les meilleures conditions
de lumire, de sol et de terrain, puisse grandir et s'largir
indfiniment.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les dcisions politiques peuvent longtemps galoper,
sans encourir la dure sanction des faits ; mais il n'en est
pas de mme pour l'conomie.  
    --- Alfred SAUVY  
%
 L'opinion croit volontiers que le chmage est un
phnomne moderne, propre aux pays industriels,
et consquence de la mcanisation. Ce qui est nouveau,
ce n'est pas le chmage, c'est son enregistrement, sa rmunration,
sa mise en statistiques et la publicit dont elle fait
l'objet. C'est prcisment parce qu'il est, dans
notre conomie moderne, considr comme un
mal, comme un flau, qu'on en parle.  
    --- Le chmage :
   
%
 La population active a partout fortement augment
dans les pays qui ont eu recours  l'automatisation. En
outre, c'est plutt dans les pays o la production
par tte s'est le plus leve que le nombre
d'emplois a le plus augment. Enfin, nouveau mythe, l'opinion
croit que l'lectronique supprime les manoeuvres, alors
qu'il s'agit surtout des ouvriers qualifis.
 Bien entendu, les emplois ne se multiplient pas ncessairement
dans la branche qui bnficie du progrs.
Un grand nombre d'emplois nouveaux naissent dans les branches
nouvelles, par accroissement de la richesse.  
    --- L'automatisation :
     
%
 Les hommes librs dans certaines branches
par la machine retrouveront du travail tant qu'il y aura de nouveaux
besoins  satisfaire. Si le chmage existe, c'est
parce que les pays industriels ont du mal  assurer l'embotage
des activits et des besoins, essentiels videmment
pour assurer le plein emploi.  
    --- L'automatisation :
    
%
 Depuis la guerre, la stimulation permanente de la demande
fait apparatre peu  peu des besoins qui n'taient
que potentiels, privs et publics.
 Le besoin priv, objecte-t-on, ne peut-il pas tre
limit par le manque de temps pour consommer ? Non :
vers 1800-1810, le voyageur en malle poste acquittait, en une
heure de route, l'quivalent de 10 heures de travail (de
manoeuvre). Aujourd'hui, le voyageur en avion acquitte, en une
heure de vol, environ 40 heures de travail et s'il avait des revenus
plus levs, il voyagerait en 1<SUP>er</SUP> classe et consommerait
60 heures.  
    --- Le besoin :
   
%
 Ce mot exerce une force attractive d'une rare intensit.
La gratuit, c'est non seulement un avantage matriel,
mais une dtente, une rupture des contraintes.
 Mais la gratuit n'est jamais gratuite.
 En rgime capitaliste, si une catgorie sociale
obtient la gratuit ou la semi-gratuit de tel produit
ou service, elle y trouve le plus souvent son compte, au dtriment
des autres. La revendication est donc, sinon lgitime,
du moins logique.
 Si, par contre, il s'agit d'une gratuit gnrale,
par exemple les produits pharmaceutiques, le mtro, il
faut voir o est la contrepartie. L'opration revient,
en gnral,  faire payer le contribuable
au lieu de l'usager.  
    --- La gratuit :
   
%
 Le mythe prend deux formes : 
 a) La croyance selon laquelle la mesure sera gratuite, sans pertes,
ni manque  gagner. Il serait certes possible aujourd'hui
le ne travailler que 15 heures ou mme moins, si nous nous
contentions des consommations de 1900. Mais le mme progrs
technique ne se mange pas deux fois.
 b) La croyance, plus rpandue encore, selon laquelle la
rduction de la dure du travail augmente 
proportion le nombre des emplois. Cette ide rsulte
d'une opration arithmtique simple, qui suppose
implicitement que rien n'est chang dans l'conomie,
en dehors de cette dure, comme si le travail total tait
une masse dtermine que l'on peut partager de diverses
faons.
 Ces sophismes sont si sduisants qu'il est difficile d'y
rsister. Ceux qui les dnoncent passent pour des
attards, ou pour les dfenseurs du camp des propritaires.  
    --- La dure du travail   
%
 L'opinion ignore le plus souvent ou sous-estime l'importance
du commerce extrieur. Exporter, croit-elle volontiers,
c 'est couler au-dehors des excdents ; il
faut exporter, car il est avantageux de vendre. Que la nation
exporte pour pouvoir acqurir des produits indispensables,
laine, coton, jute, cuivre, zinc, ptrole, caoutchouc,
huile, pour ne parler que des matires premires,
n'est pas bien prsent  l'esprit.  
    --- La dure du travail   
%
 A un enfant de maison qui recherche les lettres, non pour
le gaing (car une fin si abjecte est indigne de la grace et faveur
des Muses, et puis elle regarde et depend d'autrui), ny tant pour
les commoditez externes que pour les sienes propres, et pour s'en
enrichir et parer au dedans, ayant plustost envie d'en tirer un
habil'homme qu'un homme savant, je voudrois aussi qu'on
fut soigneux de luy choisir un conducteur qui eust plutost la
teste bien faicte que bien pleine, et qu'on y requit tous les
deux, mais plus les meurs et l'entendement que la science ;  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Enseigner, c'est apprendre deux fois.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Peu d'esprits sont spacieux ; peu mme ont
une place vide et offrent quelque point vacant. Presque tous ont
des capacits troites et occupes par quelque
savoir qui les bouche. Quel supplice de parler  des ttes
pleines, et o rien d'extrieur ne peut entrer !
Il faut qu'un bon esprit, pour jouir de lui mme et en laisser
jouir les autres, se conserve toujours plus grand que ses propres
penses. Et pour cela il faut qu'il donne  celles-ci
une forme ployante, aise  resserrer et 
tendre, propre enfin  en maintenir la flexibilit
naturelle.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On parle de ttes bien faites et on ne parle pas
de coeurs bien faits.
 Les coeurs bien faits sont ceux o toutes les sortes d'affections
sont bien cases et n'ont que leur juste tendue.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Donnez leur la physique d'aujourd'hui, la littrature
et la morale d'autrefois.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Je crains que notre ducation trop soigneuse ne
donne que des fruits nains.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Les matres d'cole sont des jardiniers en
intelligences humaines.  
    --- Victor HUGO   
%
 L'cole est la vraie concurrence du temple.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Je veux de l'rudition, mais une rudition
matrise par le jugement et organise par
le got.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Plus abstraite est la vrit que tu veux
enseigner, plus tu dois en sa faveur sduire les sens.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 L'ducation est une chose admirable, mais il convient
de se rappeler de temps  autre que rien de ce qui vaut
d'tre connu ne saurait s'enseigner.  
    --- Oscar WILDE   
%
 La lecture des classiques - comme l'accordera tout esprit
cultiv - est, telle qu'elle est pratique partout,
un procd monstrueux : elle se fait devant
des jeunes gens qui,  aucun gard, ne sont mrs
pour elle, par des matres dont chaque parole, dont souvent
l'aspect seul met une couche de poussire sur un bon auteur.
Mais voici o rside l'utilit que d'ordinaire
on mconnat - c'est que ces matres parlent
la langue abstraite de la haute culture, lourde et difficile 
comprendre, mais qui est une gymnastique suprieure du
cerveau ; c'est que dans leur langage apparaissent continuellement
des ides, des expressions, des mthodes, des allusions
que les jeunes gens n'entendent presque jamais dans la conversation
de leurs parents et dans la rue. Quand les coliers ne
feraient qu'entendre, leur intelligence subit bon gr mal
gr une formation pralable  une manire
scientifique de concevoir.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 L'instruction publique. - L'instruction, dans les grands
Etats, sera toujours tout au plus mdiocre, par
la mme raison qui fait que, dans les grandes cuisines,
on cuisine tout au plus mdiocrement.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Et puis l'cole obligatoire, c'est trs
joli... Pourtant, ce n'est pas l'cole qui forme l'esprit,
l'intelligence et le coeur. C'est la nature ; c'est le contact
avec la vie ; le commerce libre des deux sexes. L'cole
est un btiment. Tous les btiments sont des prisons.
Ce n'est pas le matre d'cole qui doit tre
le vrai ducateur et le guide du peuple. Le matre
d'cole est un matre. Tous les matres guident
l'homme vers une seule direction : la servitude. Les ducateurs
et les guides de l'enfance, ce sont tous les hommes qui vivent
bien, c'est--dire librement ; et tous les morts qui
ont bien vcu, c'est--dire qui ont librement vcu.  
    --- Georges DARIEN   
%
 L'instruction apprise ne prouve rien, ne rime 
rien, est compltement inutile, pour ne pas dire malfaisante,
et ne fera jamais d'un imbcile un homme intelligent, d'un
cerveau obtus un cerveau actif, et d'un tre sans comprhension
un tre capable de jugement personnel. La seule instruction
qui compte, et qui donne des fruits, c'est celle qu'on se donne
soi-mme car seule elle prouve chez un individu le dsir
de savoir et l'aptitude au savoir. Elle a de plus cet avantage
qu'on s'instruit selon le sens de son esprit, en conformit
avec lui, d'une manire approprie  la nature
de son tre,  ses tendances et  ses gots,
ce qui ajoute encore  l'efficacit de cette instruction.
En ralit, l'enseignement pdagogique est
fait pour les paresseux, pour les esprits sans curiosit,
pour les individus qui resteraient compltement ignares
si on ne leur apprenait pas quelque chose de force, pour ainsi
dire. Il n'y a que l'lite qui compte, et l'lite
ne se constitue pas avec des diplmes. Elle tient 
la nature mme de certains individus, suprieurs
aux autres de naissance, et qui dveloppent cette supriorit
par eux-mmes, sans avoir besoin de l'aide d'aucuns pdagogues,
gens, le plus souvent, fort borns et fort nuisibles.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'instruction gratuite et obligatoire. Pour mieux former
des citoyens modles, bien soumis aux rgles du
rgime et bien crdules aux bourdes qu'on leur sert.
Le bon sens dtruit, remplac par la prtention.
Anes  diplmes qui n'en restent pas moins
des nes, rien ne remplaant l'intelligence et la
curiosit d'esprit natives.
 Disparition de l'esprit de fronde, de l'esprit satirique. Le
gavroche loustic qui dgonflait les baudruches sociales
d'un lazzi, n'existe plus.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Education n. Ce qui rvle, dans
les manires et les faons d'un imbcile,
son manque d'intelligence.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Lyce n. 1/. Ecole antique o l'on
s'entretenait de morale et de philosophie. 2/. Ecole moderne
o l'on discute de football.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 L'enseignement doit tre rsolument retardataire.
Non pas rtrograde, tout au contraire. C'est pour marcher
dans le sens direct qu'il prend du recul ; car, si l'on ne
se place point dans le moment dpass, comment le
dpasser ? Ce serait une folle entreprise, mme
pour un homme dans toute la force, de prendre les connaissances
en leur tat dernier ; il n'aurait point d'lan,
ni aucune esprance raisonnable. Ne voyant que l'insuffisance
partout, il se trouverait, je le parie, dans l'immobilit
pyrrhonienne, c'est--dire que, comprenant tout, il n'affirmerait
rien. Au contraire celui qui accourt des anciens ges est
comme lanc selon le mouvement juste ; il sait vaincre ;
cette exprience fait les esprits vigoureux.  
    --- ALAIN   
%
 Tu ne m'apprends rien si tu ne m'apprends  faire
quelque chose.  
    --- Paul VALERY   
%
 N'hsitez jamais  priver vos mmes
de dessert, surtout s'il n'y en a pas beaucoup et que vous l'aimez !  
    --- Frdric DARD   
%
 Rgle pdagogique fondamentale : la
valeur et la fcondit d'un spcialiste,
sont dfinies par le niveau d'instruction gnrale
 partir duquel la spcialisation a commenc.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 C'est un phnomne classique, observable
dans de nombreux pays, que la dchance des tudes
s'accompagne de l'inflation des diplmes et des titres.
Rien ni personne ne peut plus empcher cela en France.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Seuls les bons professeurs forment les bons autodidactes.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Tout homme nat avec un penchant assez violent pour
la domination, la richesse et les plaisirs, et avec beaucoup de
got pour la paresse ; par consquent tout homme
voudrait avoir l'argent et les femmes ou les filles des autres,
tre leur matre, les assujettir  tous ses
caprices, et ne rien faire, ou du moins ne faire que des choses
trs agrables. Vous voyez bien qu'avec ces belles
dispositions il est aussi impossible que les hommes soient gaux
qu'il est impossible que deux prdicateurs ou deux professeurs
de thologie ne soient pas jaloux l'un de l'autre.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Le genre humain, tel qu'il est, ne peut subsister, 
moins qu'il n'y ait une infinit d'hommes utiles qui ne
possdent rien du tout ; car, certainement, un homme
 son aise ne quittera pas sa terre pour venir labourer
la vtre ; et, si vous avez besoin d'une paire de souliers,
ce ne sera pas un matre des requtes qui vous la
fera. L'galit est donc  la fois la chose
la plus naturelle et en mme temps la plus chimrique.  
    --- VOLTAIRE   
%
 La varit, c'est de l'organisation ;
l'uniformit, c'est du mcanisme. La varit,
c'est la vie ; l'uniformit, c'est la mort.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Esclaves et ouvriers. - Le fait que nous attachons plus
de prix  la satisfaction de notre vanit qu'
tout autre avantage (scurit, emploi, plaisirs
de toute espce) se montre  un degr ridicule
en ceci, que chacun (abstraction faite de raisons politiques)
souhaite l'abolition de l'esclavage et repousse avec horreur l'ide
de mettre des hommes dans cet tat : cependant que
chacun doit se dire que les esclaves ont  tous gards
une existence plus sre et plus heureuse que l'ouvrier moderne,
que le travail servile est peu de chose par rapport au travail
de l'ouvrier. On proteste au nom de la "dignit humaine" :
mais c'est, pour parler plus simplement, cette vanit chrie
qui regarde comme le sort le plus dur de n'tre pas sur
un pied d'galit, d'tre publiquement compt
pour infrieur. - Le cynique pense autrement  ce
sujet, parce qu'il mprise l'honneur ; - et c'est
ainsi que Diogne fut un temps esclave et prcepteur
domestique.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Chemin de l'galit. - Une heure d'ascension
dans les montagnes fait d'un gredin et d'un saint deux cratures
 peu prs semblables. La fatigue est le chemin
le plus court vers l'galit et la fraternit
- et durant le sommeil la libert finit par s'y ajouter.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les hommes naissent gaux. Ds le lendemain,
ils ne le sont plus.  
    --- Jules RENARD   
%
 La loterie plat, parce qu'elle tire l'ingalit
de l'galit ; l'assurance dplait parce
qu'elle fait justement le contraire.  
    --- ALAIN   
%
 Dans une socit d'gaux, l'individu
agit contre l'galit. Dans une socit
d'ingaux, le plus grand nombre travaille contre l'ingalit.  
    --- Paul VALERY   
%
 Rien n'est plus semblable  l'identique que ce
qui est pareil  la mme chose.  
    --- Pierre DAC   
%
 Ds que quelqu'un me parle d'lites, je
sais que je me trouve en prsence d'un crtin.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Malgr certaines affirmations, ce n'est pas la
science qui dtermine la politique, mais la politique qui
dforme la science et en msuse pour y trouver justification
et alibi. Par une singulire quivoque, on cherche
 confondre deux notions pourtant bien distinctes :
l'identit et l'galit. L'une rfre
aux qualits physiques ou mentales des individus ;
l'autre  leurs droits sociaux et juridiques. La premire
relve de la biologie et de l'ducation ; la
seconde de la morale et de la politique. L'galit
n'est pas un concept biologique. On ne dit pas que deux molcules
ou deux cellules sont gales. Ni mme deux animaux ;
comme l'a rappel George Orwell. C'est bien sr l'aspect
social et politique qui est l'enjeu de ce dbat, soit qu'on
veuille fonder l'galit sur l'identit,
soit que, prfrant l'ingalit, on
veuille la justifier par la diversit. Comme si l'galit
n'avait pas t invente prcisment
parce que les tres humains ne sont pas identiques. S'ils
taient tous aussi semblables que des jumeaux univitellins,
la notion d'galit n'aurait aucun intrt.
Ce qui lui donne sa valeur et son importance, c'est la diversit
des individus ; ce sont leurs diffrences dans les
domaines les plus varis. La diversit est l'une
des grandes rgles du jeu biologique.
 ~
 La diversit est une faon de parer au possible.
Elle fonctionne comme une sorte d'assurance sur l'avenir.  
    --- Confusion des ordres :
   
%
 L'gosme intellectuel est peut-tre
l'hrosme de la pense.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 De voir les autres gostes, cela nous stupfie,
comme si nous seuls avions le droit de l'tre et l'ardeur
de vivre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Mais, enfin, pourquoi donc mpriser un homme qui
a de l'gosme plutt qu'un homme qui a du coeur ?  
    --- Jules RENARD   
%
 Il n'y a qu'une faon d'tre un peu moins
goste que les autres : c'est d'avouer son gosme.  
    --- Jules RENARD   
%
 Quand vous me dites que je suis goste, c'est
comme si vous me disiez que je suis bien "moi".  
    --- Jules RENARD   
%
 Le vritable goste accepte mme
que les autres soient heureux, s'ils le sont  cause de
lui.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le vritable goste est celui qui
ne pense qu' lui quand il parle d'un autre.  
    --- Pierre DAC   
%
 Nous sommes  une telle poque d'individualisme
qu'on ne parle plus jamais de disciples ; on parle de voleurs.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 L'enfance des princes est la mme que celle des
autres hommes,  cela prs qu'il est donn
aux princes de dire une infinit de jolies choses avant
que de savoir parler.  
    --- Denis DIDEROT   
%
 Mon voisin Biais, vieux campagnard tourangeau, 76 ans,
peste constamment sur toutes les tuiles que nous vaut la guerre.
Il me disait encore ce soir : "Toutes les misres
du monde nous sont tombes dessus. Tout a, pour
quelques individus qu'on aurait mieux fait d'cheniller
 leur naissance." Je lui ai rpondu : "H !
monsieur Biais, on ne pouvait pas savoir. On les trouvait mignons
comme les autres. Ils disaient si gentiment papa, maman... Ce
qui prouve qu'on ne doit pas faire risette aux nouveau-ns.
On ne sait pas ce qu'ils deviendront."   
    --- Paul LEAUTAUD    
%
 Je n'ai pas eu d'enfants, dont j'ai toujours eu une horreur
sans bornes, leur stupidit, leur cruaut, leur
bruit. "Lorsque l'enfant parat... ", je prends mon chapeau
et je m'en vais. Etre grand-pre quivaut
pour moi  une dchance. Quand cela arrive
 un de mes amis, je romps toutes relations.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Bb n. Crature difforme 
l'ge, au sexe et  la condition indtermins,
hautement remarquable par la violence des sympathies et des antipathies
qu'elle provoque chez les autres, sans exprimer elle-mme
de sentiment ni d'motion.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Un des plus clairs effets de la prsence d'un enfant
dans le mnage est de rendre compltement idiots
de braves parents qui, sans lui, n'eussent peut-tre t
que de simples imbciles.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Ce petit bonhomme aveugle, g de quelques
jours, qui tourne la tte de tous cts en
cherchant on ne sait quoi, ce crne nu, cette calvitie originelle,
ce singe infime qui a sjourn des mois dans une
latrine et qui bientt, oubliant ses origines, crachera
sur les galaxies...  
    --- Emil CIORAN   
%
 J'ai toujours t frapp par le comportement
d'ivrogne des enfants en bas ge : ils bgaient,
titubent, trbuchent, hurlent, passent sans transition
du rire aux larmes et rciproquement, s'endorment d'un
seul coup, se rveillent en sursaut, vomissent, se soulagent
dans leurs vtements ou leurs draps.
 Qu'est-ce que ce serait si, en plus, ils buvaient de l'alcool !  
    --- Roland TOPOR   
%
 L'extrme ennui sert  nous dsennuyer.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Ennui. - Rien n'est si insupportable  l'homme
que d'tre dans un plein repos, sans passions, sans affaire,
sans divertissement, sans application. Il sent alors son nant,
son abandon, son insuffisance, sa dpendance, son impuissance,
son vide. Incontinent il sortira du fond de son me l'ennui,
la noirceur, la tristesse, le chagrin, le dpit, le dsespoir.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 L'ennui est entr dans le monde par la paresse,
elle a beaucoup de part dans la recherche que font les hommes
des plaisirs, du jeu, de la socit ; celui
qui aime le travail a assez de soi-mme.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il me semble que la Nature a travaill pour des
ingrats : nous sommes heureux, et nos discours sont tels
qu'il semble que nous ne le souponnions pas. Cependant,
nous trouvons partout des plaisirs : ils sont attachs
 notre tre, et les peines ne sont que des accidents.
Les objets semblent partout prpars pour notre
plaisir : lorsque le sommeil nous appelle, les tnbres
nous plaisent ; et lorsque nous nous veillons, la
lumire du jour nous ravit. La nature est pare
de mille couleurs ; nos oreilles sont flattes par
les sons ; les mets ont des gots agrables ;
et, comme si ce n'toit pas assez du bonheur de l'existence,
il faut encore que notre machine ait besoin d'tre rpare
sans cesse pour nos plaisirs.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Les princes, dit l'abb de Mongault, s'ennuient
parce qu'on les lve pour ne s'ennuyer jamais.
Toujours de nouveaux amusements. Il faut leur apprendre 
s'ennuyer quelquefois, pour tre gais dans la suite.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 La peur de l'ennui est la seule excuse du travail.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je ne m'embte nulle part, car je trouve que, de
s'embter, c'est s'insulter soi-mme.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il voyait le moins possible de personnes qu'il pouvait
afin de s'pargner le plus possible l'ennui des enterrements.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il faut aussi se plaindre de son sort pour faire valoir
celui des autres.  
    --- Jules RENARD   
%
 La vie est courte, mais on s'ennuie quand mme.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il faut savoir s'embter, pour que la vie ne paraisse
pas trop courte.  
    --- Jules RENARD   
%
 Une grande habilet, c'est de se dire que ce qui
vous ennuie vous duque.  
    --- Andr GIDE   
%
 Je m'amuse tout de mme plus lorsque je m'ennuie
que lorsque je ne m'ennuie pas - parce que lorsque je ne m'ennuie
pas, je pense aux choses qui me sont imposes pour me distraire,
tandis que lorsque je m'ennuie je pense aux choses que je choisis
moi-mme pour me dsennuyer - et a ne trane
pas.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 J'avoue qu'il ne manque pas de malheurs rels,
et que celui qui les attend ne tarde pas  avoir raison ;
mais s'il y pense trop, il trouve de plus un mal certain et immdiat
dans son corps inquiet ; et ce pressentiment aggrave la tristesse
et ainsi se vrifie aussitt ; c'est une porte
d'enfer. Par bonheur la plupart en sont dtourns
par d'autres causes et n'y reviennent que dans la solitude oisive.
Contre quoi ce n'est pas un petit remde de comprendre
que l'on est toujours triste si l'on y consent. Par o
l'on voit que l'apptit de mourir est au fond de toute
tristesse et de toute passion, et que la crainte de mourir n'y
est pas contraire. Il y a plus d'une manire de se tuer,
dont la plus commune est de s'abandonner. La crainte de se tuer,
jointe  l'ide fataliste, est l'image grossie de
toutes nos passions, et souvent leur dernier effet. Ds
que l'on pense, il faut apprendre  ne pas mourir.  
    --- ALAIN   
%
 Les extrmes se rejoignent ; et comme on dsespre
d'tre pauvre et seul, on s'ennuie d'tre trop riche
ou trop heureux ; tout se change en or, et l'on crve
d'indiffrence, comme les hommes pauvres et seuls meurent
d'indigence. Si tout est permis, rien n'est permis. Cette me
neurasthnique par trop grande libert, trop grande
virtuosit, trop grande oisivet, ressemble 
un navigateur qui meurt de soif au milieu de l'ocan. Car
l'abondance avilit : telle est la drision de la concurrence.
L'ennui est donc le dsespoir renvers, le dsespoir
des millionnaires, des acrobates et des humoristes ; c'est
la faon qu'ont les riches d'tre pauvres. Quelle
drision !  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Le seul argument contre l'immortalit est l'ennui.
De l drivent d'ailleurs toutes nos ngations.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il faut  la fois rire, vivre en philosophe, diriger
sa propre maison, et encore nous servir de tout ce qui nous est
propre, et ne jamais cesser de prononcer les formules issues de
la droite philosophie.   
    --- EPICURE   
%
 Nul plaisir n'est en lui-mme un mal ; mais
les causes productrices de certains d'entre eux apportent de surcrot
bien plus de perturbations que de plaisirs.  
    --- EPICURE   
%
 Une autre fois qu'il [Lucullus] soupait tout seul, ses
gens n'avaient apprt qu'une table et moyennement
 souper ; il s'en courroua, et fit appeler
celui de ses serviteurs qui avait charge de cela, lequel lui dit :
"Pour autant, seigneur, que tu n'as envoy semondre personne,
j'ai pens qu'il ne fallait dj faire grand
appareil pour le souper.  -  Comment, lui rpliqua-t-il,
ne savais-tu pas que Lucullus devait aujourd'hui souper chez Lucullus ?"  
    --- PLUTARQUE   
%
 Rien ne rapetisse l'homme comme les petits plaisirs.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Fte de 4000 francs, organise par Musset
aux Frres Provenaux.
 Pour moi, le plus grand reproche que je fais  Musset,
puisqu'il voulait se passer ce caprice d'imagination et s'accorder,
une bonne fois, son idal d'orgie, c'est d'y tre
venu dj ivre et hors d'tat de savourer
la jouissance morale de son dsir accompli. Il convient
de faire mme les choses grossires, en dlicat.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Les Anciens avaient remarqu que de toutes les
coles de philosophie on passait dans celle d'Epicure,
mais qu'une fois dans celle-ci on y restait et qu'on ne passait
point  d'autres. Cela est encore vrai, mme des
modernes ; les vrais picuriens, ceux qui sont alls
une fois au fond, m'ont bien l'air de vivre tels jusqu'au bout
et de mourir tels, sauf les convenances.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Ce que l'on conoit bien s'nonce clairement.
 Ce qu'on mange avec got se digre aisment.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Passer pour un idiot aux yeux d'un imbcile est
une volupt de fin gourmet.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 La perfection du palais buccal est l'apanage des hommes
d'esprit.  
    --- Lon DAUDET   
%
 S'il est vrai qu'Epicure vomissait deux fois par
jour, ce dtail  lui seul nous fournit la clef
de son ataraxie et nous dispense d'en chercher ailleurs les raisons.
Quelle rvolution dans l'organisme, dans "l'me"
mme, quand on dgueule ! On comprend bien alors
qu'on veuille paix, srnit, et qu'on excre
toute sorte de trouble. 
 Il ne devrait y avoir biographie que de nos maux.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Rien n'est plus voluptueux pour un pas-con que d'tre
pris pour un con par un con.  
    --- Frdric DARD   
%
 On supporte toujours facilement une puissance qu'on espre
pouvoir exercer un jour.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'Esprance. - Pandore apporta la bote remplie
de maux et l'ouvrit. C'tait le prsent des dieux
aux hommes, un prsent beau d'apparence et sduisant,
surnomm la "bote  bonheur". Alors sortirent
d'un vol tous les maux, tres vivants ails :
depuis lors ils rdent autour de nous et font tort 
l'homme jour et nuit. Un seul mal n'tait pas encore chapp
de la bote : alors Pandore, suivant la volont
de Zeus, remit le couvercle, et il resta dedans. Pour toujours,
maintenant, l'homme a chez lui la bote  bonheur
et pense merveilles du trsor qu'il possde en elle,
elle est  sa disposition, il cherche  la saisir
quand lui en prend l'envie ; car il ne sait pas que cette
bote apporte par Pandore est la bote des
maux, et tient le mal rest au fond pour la plus grande
des flicits - c'est l'Esprance. Zeus voulait
en effet que l'homme, quelques tortures qu'il endurt des
autres maux, ne rejett cependant point la vie, continut
 se laisser torturer toujours  nouveau. C'est
pourquoi il donne  l'homme l'Esprance : elle
est en vrit le pire des maux, parce qu'elle prolonge
les tortures des hommes.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 L'espoir fait vivre, mais comme sur une corde raide.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce qui irrite dans le dsespoir, c'est son bien-fond,
son vidence, sa "documentation" : c'est du reportage.
Examinez, au contraire, l'espoir, sa gnrosit
dans le faux, sa manie d'affabuler, son refus de l'vnement :
une aberration. une fiction. Et c'est dans cette aberration que
rside la vie, et de cette fiction qu'elle s'alimente.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Tout n'est pas perdu, tant qu'on est mcontent
de soi.  
    --- Emil CIORAN   
%
 A mesure qu'on a plus d'esprit, on trouve qu'il
y a plus d'hommes originaux. Les gens du commun ne trouvent point
de diffrence entre les hommes.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Diffrence entre l'esprit de gomtrie
et l'esprit de finesse.
 En l'un, les principes sont palpables, mais loigns
de l'usage commun ; de sorte qu'on a peine  tourner
la tte de ce ct-l, manque d'habitude :
mais, pour peu qu'on l'y tourne, on voit les principes 
plein ; et il faudrait avoir tout  fait l'esprit
faux pour mal raisonner sur des principes si gros qu'il est presque
impossible qu'ils chappent.
 Mais, dans l'esprit de finesse, les principes sont dans l'usage
commun et devant les yeux de tout le monde. On n'a que faire de
tourner la tte, ni de se faire violence ; il n'est
question que d'avoir bonne vue, mais il faut l'avoir bonne ;
car les principes sont si dlis et en si grand
nombre, qu'il est presque impossible qu'il n'en chappe.
Or, l'omission d'un principe mne  l'erreur ;
ainsi il faut avoir la vue bien nette pour voir tous les principes,
et ensuite l'esprit juste pour ne pas raisonner faussement sur
des principes connus.
 Tous les gomtres seraient donc fins s'ils avaient
la vue bonne, car ils ne raisonnent pas faux sur les principes
qu'ils connaissent ; et les esprits fins seraient gomtres
s'ils pouvaient plier leur vue vers les principes inaccoutums
de gomtrie.  
    --- Blaise PASCAL   
%
  "Esprit de finesse", "esprit de gomtrie",
toutes les sottises qu'ont fait dire ces mots.
 Cela a le vice de toutes les expressions auxquelles il faut commencer
par donner un sens avant d'en considrer l'application.
Mais alors, il est trop tard...  
    --- Paul VALERY   
%
 La mme chose souvent est, dans la bouche d'un homme
d'esprit, une navet ou un bon mot, et dans celle
du sot, une sottise.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Presque tous les esprits errent autour de la chose qu'ils
veulent exprimer, sans aller jusqu' elle, ou sans l'entamer
entire. De l vient peut-tre qu'en matire
d'esprit, on a nomm sublime ce qui n'est que cet excellent
vrai toujours manqu.  
    --- MARIVAUX   
%
 Les grands esprits sont ceux qui dguisent leurs
bornes, qui masquent leur mdiocrit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'esprit minemment faux est celui qui ne sent
jamais qu'il s'gare.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On n'est point un homme d'esprit pour avoir beaucoup d'ides,
comme on n'est pas un bon gnral pour avoir beaucoup
de soldats.  
    --- CHAMFORT   
%
 Veux-tu doubler ton esprit ?  -  Conduis-le
avec ordre.  
    --- STENDHAL   
%
 Le trait d'esprit invente, l'entendement constate.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Je suis sr que le chat ne pense pas ; pourtant,
il a l'air aussi profond que s'il pensait.  
    --- Jules RENARD   
%
 Penser ne suffit pas : il faut penser  quelque
chose.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'esprit est le compagnon hardi de l'hrosme,
de la colre, du repentir et du pardon. Il adoucit les
feux de la haine, et ceux, mmement embrass, de
l'amour. Il prvoit et pare les contrecoups et chocs que
toute action dcisive dchane contre celui
qui vient d'agir, et dont le pire est l' quoi bon. Car
il blague jusqu'au scepticisme, dangereux ds qu'il devient
solennel, et qu'il fleurit en docteurs et en sentences. L'esprit
franais n'est pas seulement un redresseur de torts. Il
est un avertisseur et un guide. Ses flches peuvent carter
de grands maux, ns souvent de l'incomprhension
et de la laideur, plus souvent encore de l'excessif. Elles dissipent
enfin la confusion, qui nat du heurt des concepts et des
systmes, et cre une sorte de nuit mentale, o
les orgueilleux de l'esprit se bousculent et se meurtrissent 
ttons.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Certes, il est beau d'tre intelligent, mais l'intelligence,
sans l'esprit, n'est qu'une chose pesante, pdante et prtentieuse.
L'esprit, c'est la clairvoyance, la lgret,
le sens de la relativit, le don de l'observation, la pntration
profonde des sentiments et des ides. C'est le jeu, l'intuition
rapide, l o l'intelligence cherche et ne fait
qu'un lent travail. Que d'hommes intelligents j'ai vus se montrer
sots par manque d'esprit ! Savoir rire  -  le rire
n'est pas toujours la gaiet  -  savoir se moquer,
des autres et de soi-mme, c'est le don suprme, c'est
la marque de la libert, c'est savoir s'lever au-dessus
de la vie et la railler.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Principe de Carnot = Un sot ne devient pas homme d'esprit
mais un homme d'esprit contient un sot qui tantt se montre,
et parfois l'emporte.
 La sottise serait donc une forme de dgradation plus naturelle.
 Il est plus naturel d'tre bte  -  donc
plus commun, et c'est cette frquence qui fait le prix
de l'tre non bte.  
    --- Paul VALERY   
%
 Socrate n'tait nullement un petit esprit, quoiqu'il
ignort beaucoup de choses que nous savons. Il y a plus
d'esprit  se tromper  la manire de Descartes,
qu' redresser Descartes comme un petit bachelier peut
faire. Et cette grandeur d'esprit se voit encore mieux dans l'erreur,
quand l'erreur est selon l'esprit, non selon les passions. Un
esprit est grand parce qu'il se gouverne plutt que parce
qu'il s'tend.  
    --- ALAIN   
%
 L'esprit ne doit jamais obissance. Une preuve
de gomtrie suffit  le montrer ; car
si vous la croyez sur parole, vous tes un sot ; vous
trahissez l'esprit.  
    --- ALAIN   
%
 Un bon esprit est ncessairement un esprit lent.
Quand je dis une chose pareille, on dresse contre moi vingt exemples
qui veulent prouver le contraire. Mais cela ne me trouble point.
Rien n'est plus facile que d'imiter l'intelligence par la mmoire.
On dresse bien des chiens ; ils comptent correctement, en
ce sens que, quand on leur montre le carton huit et le carton
sept, ils savent aller chercher le carton quinze, et le prsenter
 leur matre avec cet air zl et
important qu'ont les chiens.  
    --- ALAIN   
%
 [...] il ne faut pas vouloir tre trop fin si l'on
veut viter les bvues, ou plutt il faut
l'tre assez pour ne l'tre pas quand on doit avant
tout tre simple.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 On pouvait dire sans crainte d'erreur qu'Ulrich aurait
voulu tre quelque chose comme un seigneur ou un prince
de l'esprit : en vrit, qui ne le souhaite ?
C'est mme si naturel que l'esprit est considr
comme ce qu'il y a de plus lev dans le monde,
le tout puissant souverain. C'est l matire d'enseignement.
Tout ce qui le peut s'orne d'esprit, s'en chamarre. L'esprit,
combin avec autre chose, est ce qu'il y a de plus rpandu
au monde. "L'esprit de fidlit", "l'esprit d'amour",
un "esprit viril", un "esprit cultiv", "le plus grand
esprit de notre temps", "nous voulons sauvegarder l'esprit de
telle ou telle chose", "nous voulons agir dans l'esprit de notre
mouvement" : ah ! le beau son de tout cela jusque dans
les plus basses classes ! Tout le reste,  ct,
le crime quotidien, la cupidit assidue, apparat
alors comme l'inavouable crasse que Dieu enlve aux ongles
de ses orteils.
 Mais quand l'esprit demeure tout seul, substantif nu, glabre
comme un fantme  qui l'on aimerait prter
un suaire, qu'en est-il donc ? On peut lire les potes,
tudier les philosophes, acheter des tableaux, discuter
toute la nuit : mais ce que l'on y gagne, est-ce de l'esprit ?
En admettant mme qu'on en gagne, le possdera-t-on
pour autant ? Cet esprit-l est si troitement
li  la forme fortuite qu'il a prise pour entrer
en scne ! Il passe  travers celui qui aimerait
l'accueillir, ne lui laissant qu'un branlement lger.
Qu'allons-nous faire de tout cet esprit ? On ne cesse d'en
produire en quantits proprement astronomiques sur des
tonnes de papier, de pierre et de toile, on ne cesse pas davantage
d'en ingrer et dans consommer dans une gigantesque dpense
d'nergie nerveuse : qu'en advient-il ensuite ?
Disparat-il comme un mirage ? Se dissout-il en particules ?
Se soustrait-il  la loi terrestre de la conservation de
la matire ? Les parcelles de poussire qui
descendent au fond de nous et lentement s'y immobilisent n'ont
aucun rapport avec la dpense faite. O est-il parti ?
O est-il, qu'est-il ? Peut-tre se formerait-il
autour de ce mot "esprit", si l'on en savait davantage, un cercle
de silence angoiss...  
    --- Robert MUSIL   
%
 La fameuse question spartiate doit tre ici pose.
Pourquoi Sparte n'eut pas de grands hommes. La perfection de la
race empcha l'exaltation de l'individu. Mais cela leur
permit de crer le canon masculin ; et l'ordre dorique.
Par la suppression des malingres, on supprime la varit
rare - fait bien connu en botanique ou du moins en floriculture ;
les plus belles fleurs tant donnes souvent par
les plantes de chtif aspect.  
    --- Andr GIDE  
%
 L'volution ne tire pas ses nouveauts du
nant. Elle travaille sur ce qui existe dj,
soit qu'elle transforme un systme ancien pour lui donner
une fonction nouvelle, soit qu'elle combine plusieurs systmes
pour en chafauder un autre plus complexe. Le processus
de slection naturelle ne ressemble  aucun aspect
du comportement humain. Mais si l'on veut jouer avec une comparaison,
il faut dire que la slection naturelle opre 
la manire non d'un ingnieur, mais d'un bricoleur ;
un bricoleur qui ne sait pas encore ce qu'il va produire, mais
rcupre tout ce qui lui tombe sous la main, les
objets les plus htroclites, bouts de ficelle,
morceaux de bois, vieux cartons pouvant ventuellement
lui fournir des matriaux ; bref, un bricoleur qui
profite de ce qu'il trouve autour de lui pour en tirer quelque
objet utilisable.
 [...]
 Comme l'a soulign Claude Levi-Strauss, les outils du
bricoleur, contrairement  ceux de l'ingnieur,
ne peuvent tre dfinis par aucun programme. Les
matriaux dont il dispose n'ont pas d'affectation prcise.
Chacun d'eux peut servir  des emplois divers. Ces objets
n'ont rien de commun si ce n'est qu'on peut en dire : "a
peut toujours servir." A quoi ? Ca dpend
des circonstances.
 [...]
 L'volution procde comme un bricoleur qui pendant
des millions et des millions d'annes, remanierait lentement
son oeuvre, la retouchant sans cesse, coupant ici, allongeant
l, saisissant toutes les occasions d'ajuster, de transformer,
de crer.  
    --- Evolution et bricolage :
   
%
 Parmi les vnements les plus dramatiques
de l'volution, certains sont lis  des
changements qui avancent la maturit sexuelle 
un stade plus prcoce du dveloppement. Des traits
qui jusque-l caractrisaient l'embryon deviennent
alors ceux de l'adulte, tandis que disparaissent des caractres
qui auparavant appartenaient  l'adulte. Ce processus reprsente
l'un des grands stratagmes de l'volution. Tout
se passe comme si certains animaux pouvaient pour ainsi dire se
dbarrasser de la part terminale de leur vie puis reconstruire
un nouveau cycle fond sur les formes de la larve ou de
l'embryon. C'est trs vraisemblablement un tel mcanisme
qui a donn naissance aux vertbrs 
partir de quelque invertbr marin. C'est ce mme
processus qui semble avoir jou un rle majeur dans
la voie qui a men  l'homme. L'embryon humain se
dveloppe selon un schma de retardement conservant
chez l'adulte une srie de traits qui, chez les autres
primates et les anctres de l'homme, caractrisent
le petit. A cet gard, il est frappant de constater
que les humains ressemblent plus  un bb
chimpanz qu' un chimpanz adulte. Bien
videmment, l'homme ne descend pas des grands singes. Depuis
qu'ont diverg les lignes menant vers l'homme ou
vers les grands singes, chacune a poursuivi sa propre volution
en s'adaptant  des vies diffrentes. Pourtant l'anctre
commun ressemblait plus aux singes qu' l'homme.  
    --- Evolution et bricolage :
   
%
 Si la cration par Dieu ne demande qu'un miracle
initial, l'explication du monde  partir d'un nuage de
gaz rsolument volutionniste exige un miracle par
microseconde.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Dans la recherche commune des arguments, celui qui est
vaincu a gagn davantage,  proportion de ce qu'il
vient d'apprendre.  
    --- EPICURE   
%
 Quand les enfants demandent une explication, qu'on la
leur donne et qu'ils ne l'entendent pas, ils s'en contentent nanmoins
et leur esprit est en repos. Et cependant qu'ont-ils appris ?
Ils ont appris que ce qu'ils ne vouloient plus ignorer est trs
difficile  connotre, et cela mme est un
savoir. Ils attendent, ils patientent, et avec raison.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Comme les crimes ont multipli les lois, les erreurs
ont multipli les explications.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Cette manie qu'ont les sots de vouloir qu'on leur donne
la raison de ce qu'ils ne peuvent comprendre et de se fcher
quand ils ne comprennent pas est un des plus grands obstacles
au progrs.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Les bornes de notre facult d'entendre.  -  On
entend seulement les questions auxquelles on est capable de trouver
une rponse.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Aujourd'hui comme autrefois, expliquer, c'est montrer
comment une chose participe d'une ou de plusieurs autres. On a
dit que les participations dont les mythologies postulent l'existence
violent le principe de contradiction et que, par l, elles
s'opposent  celles qu'impliquent les explications scientifiques.
Poser qu'un homme est un kangourou, que le Soleil est un oiseau,
n'est-ce pas identifier le mme et l'autre ? Mais nous
ne pensons pas d'une autre manire quand nous disons de
la chaleur qu'elle est un mouvement, de la lumire qu'elle
est une vibration de l'ther, etc. Toutes les fois que
nous unissons par un lien interne des termes htrognes,
nous identifions forcment des contraires. Sans doute,
les termes que nous unissons ainsi ne sont pas ceux que rapproche
l'Australien ; nous les choisissons d'aprs d'autres
critres et pour d'autres raisons ; mais la dmarche
mme par laquelle l'esprit les met en rapports ne diffre
pas essentiellement.  
    --- Emile DURKHEIM   
%
 Une explication n'est pas ncessairement une approbation ;
mais le plus souvent on estime inutile de chercher  comprendre
ce que l'on rprouve.  
    --- Andr GIDE   
%
 Le mlange inextricable des sentiments de chacun
et des exigences communes donne occasion  des dissentiments
infinis. Rien de plus naturel que de ne point s'entendre ;
le contraire est toujours surprenant. Je crois que l'on ne s'accorde
sur rien que par mprise, et que toute harmonie des humains
est le fruit heureux d'une erreur.  
    --- Paul VALERY   
%
 Peu d'esprits s'inquitent d'examiner la question
avant de fournir la rponse.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il est peut-tre moins difficile d'expliquer la
vie et la pense par des machines que d'expliquer une machine
par des considrations spirituelles ; plus facile
d'expliquer la pense par la ncessit et
les lois que la presse hydraulique par la spontanit
et la libert  -  ou par l'amour.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les ides expliquent, si l'on veut, claircissent,
mais ne montrent pas. On vous demande ce qu'est le cogito, et
vous vous servez du cogito pour expliquer ? C'est paresseux.
L'acte par excellence, c'est la parabole qui laisse  l'autre
son champ d'intelligence libre. Ce qu'il importe de comprendre,
de faire comprendre, c'est la rgle qui pourra servir 
la solution de mille problmes apparemment trangers
les uns aux autres. Non, la solution d'un de ces problmes.
Socrate savait cela  merveille. C'est si l'on veut la
mthode indirecte, qui ne vexe ni la question ni la rponse,
dtourne leur difficult individuelle pour viser
leur difficult d'espce. Laisse la permission d'tre
inspire. Du mme coup chappe  la
"philosophie",  l'exercice intellectuel.  
    --- Georges PERROS   
%
 Une thorie aussi puissante que celle de Darwin
ne pouvait gure chapper  un usage abusif.
Non seulement l'ide d'adaptation permettait d'expliquer
n'importe quel dtail de structure trouv 
n'importe quel organisme ; mais devant le succs rencontr
par l'ide de slection naturelle pour rendre compte
de l'volution du monde vivant, il devenait tentant de
gnraliser l'argument, de le retailler, d'en faire
le modle universel pour expliquer tout changement survenant
dans le monde. C'est ainsi qu'on a invoqu des systmes
de slection semblables pour dcrire n'importe quel
type d'volution : cosmique, chimique, culturelle,
idologique, sociale, etc. Mais de telles tentatives sont
condamnes au dpart. La slection naturelle
reprsente le rsultat de contraintes spcifiques
imposes  chaque tre vivant. C'est donc
un mcanisme ajust  un niveau particulier
de complexit. A chaque niveau, les rgles
du jeu sont diffrentes. A chaque niveau, il faut
donc trouver de nouveaux principes.  
    --- Franois JACOB   
%
 C'est la comprhension qui fait natre le
besoin d'explication, et  celui qui cherche  expliquer
ou mme qui y parvient il n'est pas besoin de rpter
qu'il doit avant tout comprendre car, s'il l'ignorait, il n'prouverait
mme pas le besoin d'expliquer. Pour comprendre, nous n'avons
besoin que de nous-mmes, c'est pour expliquer que la science
est ncessaire. Que peut m'importer la "comprhension
d'autrui", de M. X. ou Y. ? J'ai la mienne, et elle m'intressera
toujours plus que la sienne. Par contre, ce qui me paratrait
vraiment nouveau, ce que je ne pourrai jamais trouver tout seul,
c'est l'ventuelle explication commune  ces deux
comprhensions.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Le fanatisme est  la superstition ce que le transport
est  la fivre, ce que la rage est  la
colre. Celui qui a des extases, des visions, qui prend
des songes pour des ralits, et ses imaginations
pour des prophties, est un enthousiaste ; celui qui
soutient sa folie par le meurtre, est un fanatique.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Les lois sont encore trs impuissantes contre ces
accs de rage ; c'est comme si vous lisiez un arrt
du conseil  un frntique. Ces gens-l
sont persuads que l'esprit saint qui les pntre
est au-dessus des lois, que leur enthousiasme est la seule loi
qu'ils doivent entendre.
 Que rpondre  un homme qui vous dit qu'il aime
mieux obir  Dieu qu'aux hommes, et qui, en consquence,
est sr de mriter le ciel en vous gorgeant ?  
    --- VOLTAIRE   
%
 Ce sont d'ordinaire les fripons qui conduisent les fanatiques,
et qui mettent le poignard entre leurs mains ; ils ressemblent
 ce Vieux de la Montagne qui faisait, dit-on, goter
les joies du paradis  des imbciles, et qui leur
promettait une ternit de ces plaisirs dont il
leur avait donn un avant-got,  condition
qu'ils iraient assassiner tous ceux qu'il leur nommerait.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Je pense avec vous que le fanatisme est un monstre mille
fois plus dangereux que l'athisme philosophique. Spinosa
n'a pas commis une seule mauvaise action : Chastel et Ravaillac,
tous deux dvots, assassinrent Henri IV.  
    --- VOLTAIRE   
%
 La manie de presque tous les hommes, c'est de se montrer
au-dessus de ce qu'ils sont. La manie des crivains, c'est
de se montrer des hommes d'Etat. En consquence,
tous les grands dveloppements de force extra-judiciaire,
tous les recours aux mesures illgales dans les circonstances
prilleuses, ont t, de sicle en
sicle, raconts avec respect et dcrits
avec complaisance. L'auteur, paisiblement assis  son bureau,
lance de tous cts l'arbitraire, cherche 
mettre dans son style la rapidit qu'il recommande dans
les mesures, se croit, pour un moment, revtu du pouvoir,
parce qu'il en prche l'abus, rchauffe sa vie spculative
de toutes les dmonstrations de force et de puissance dont
il dcore ses phrases, se donne ainsi quelque chose du
plaisir de l'autorit, rpte  tue-tte
les grands mots de salut du peuple, de loi suprme, d'intrt
public, est en admiration de sa profondeur, et s'merveille
de son nergie. Pauvre imbcile ! Il parle
 des hommes qui ne demandent pas mieux que de l'couter,
et qui,  la premire occasion, feront sur lui-mme
l'exprience de sa thorie.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Les disciples aveugles.
 Sans les disciples aveugles, jamais encore l'influence d'un homme
et de son oeuvre n'est devenu grande. Aider au triomphe d'une
ide n'a souvent d'autre sens que : l'associer si
fraternellement  la sottise que le poids de la seconde
emporte aussi la victoire pour la premire.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ennemis de la vrit. - Les convictions
sont des ennemis de la vrit plus dangereux que
les mensonges.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Une conviction est la croyance d'tre, sur un point
quelconque de la connaissance, en possession de la vrit
absolue. Cette croyance suppose donc qu'il y a des vrits
absolues ; en mme temps, que l'on a trouv
les mthodes parfaites pour y parvenir ; enfin que
tout homme qui a des convictions applique ces mthodes
parfaites. Ces trois conditions montrent tout de suite que l'homme
 convictions n'est pas l'homme de la pense scientifique ;
il est devant nous  l'ge de l'innocence thorique,
il est un enfant, quelle que soit sa taille. Mais des sicles
entiers ont vcu dans ces ides naves, et
c'est d'eux qu'ont jailli les plus puissantes sources de force
de l'humanit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 C'est le fanatisme de la libert, seul, qui peut
avoir raison du fanatisme de la servitude et de la superstition.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Le fanatisme n'est sans doute pas autre chose que le sentiment
d'une fatalit effrayante qui se ralise par l'homme.
L'me fataliste, ou si l'on veut prophtique, comme
parle Hegel, est aux coutes ; elle cherche les signes,
elle les appelle ; elle va au devant des signes, elle les
fait surgir par incantation. D'un ct elle mprise,
elle carte, elle fait taire par violence tout ce qui n'est
pas signe ; et le simple bonheur lui est par l plus
directement odieux qu'aucune autre chose. De l'autre, elle s'entrane
elle-mme vers l'tat sibyllin, dclamant
 elle-mme et aux autres. On comprend dj
en quel sens le fatalisme est guerre, et d'abord guerre contre
tout ce qui est raison exploratrice et humaine esprance,
enfin contre toute ferme volont. Tout cela est, pour le
fanatique, l'impit mme, non seulement par
mconnaissance des signes, mais aussi par cette influence
contraire aux signes, que tous les magiciens connaissent. Remarquez
ici que, ce que nous voulons prouver, ils le savent dj ;
c'est qu'un homme raisonnable, oui, un seul homme raisonnable
peut beaucoup dans une assemble de mystiques, et jusqu'
faire taire ces murmures de l'univers, annonciateurs par le sentiment.
Or cela mme, qui est  mes yeux le plus grand bien,
est exactement pour eux l'impit, l'impuret,
le sacrilge. Au fond de toute discussion religieuse on
retrouve ce conflit l ; oui, jusqu' la table
de famille. Et j'ai vu plus d'une sybille barbue dans son fauteuil.
Par l le conflit religieux est reli profondment
au conflit entre guerre et paix. Un fataliste ne peut annoncer
le bonheur et la paix puisqu'on les veut ; il y aurait apparence
qu'on peut vouloir ; c'est pourquoi l'esprance est
rduite  l'esprance du plus grand mal,
dans ces mes enchanes. Par l le
fatalisme est guerre.  
    --- ALAIN   
%
 On parle toujours de "fanatisme aveugle", comme s'il y
avait des fanatismes clairvoyants.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 L'exprience prouve qu'il est beaucoup plus facile
de prendre des otages que de les relcher.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Le seul barrage au fanatisme meurtrier est de vivre dans
une socit pluraliste o le contrepoids
institutionnel d'autres doctrines et d'autres pouvoirs nous empche
toujours d'aller jusqu'au bout des ntres.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Une femme infidle, si elle est connue pour telle
de la personne intresse, n'est qu'infidle :
s'il la croit fidle, elle est perfide.
 On tire ce bien de la perfidie des femmes, qu'elle gurit
de la jalousie.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 A juger de cette femme par sa beaut, sa
jeunesse, sa fiert et ses ddains, il n'y a personne
qui doute que ce ne soit un hros qui doive un jour la
charmer. Son choix est fait : c'est un petit monstre qui
manque d'esprit.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Les femmes sont extrmes : elles sont meilleures
ou pires que les hommes.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il y a peu de femmes si parfaites, qu'elles empchent
un mari de se repentir du moins une fois le jour d'avoir une femme,
ou de trouver heureux celui qui n'en a point.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 On dit communment : "La plus belle femme
du monde ne peut donner que ce qu'elle a" ; ce qui est trs
faux : elle donne prcisment ce qu'on croit
recevoir, puisqu'en ce genre c'est l'imagination qui fait le prix
de ce qu'on reoit.  
    --- CHAMFORT   
%
 M. de Voltaire, tant chez Mme du Chtelet
et mme dans sa chambre, s'amusait avec l'abb Mignot,
encore enfant, et qu'il tenait sur ses genoux. Il se mit 
jaser avec lui et  lui donner des instructions. "Mon ami,
lui dit-il, pour russir avec les hommes, il faut avoir
les femmes pour soi ; pour avoir les femmes pour soi, il
faut les connatre. Vous saurez donc que toutes les femmes
sont fausses et catins... - Comment, toutes les femmes !
Que dites-vous l, monsieur ? " dit Mme du Chtelet
en colre. "Madame, dit M. de Voltaire, il ne faut pas
tromper l'enfance."  
    --- CHAMFORT   
%
 Il en est de la femme comme de l'hostie consacre :
pour le croyant, c'est Dieu mme ; pour l'incrdule,
ce n'est que du pain sans levain.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Pense d'avril  -  Ce qui fait la beaut
d'un rosier fait la laideur d'une femme, avoir beaucoup de boutons.  
    --- Victor HUGO   
%
 Les Toscans ont ce proverbe : les cornes sont comme
les dents ; elles font mal quand elles poussent, mais on
mange avec.
 Ils ont cette prire :
   -  Mon Dieu, faites que je ne prenne pas femme. Si
je prends femme, faites que je ne sois pas cocu. Si je suis cocu,
faites que je ne le sache pas. Si je le sais, faites que je m'en
f...  
    --- Victor HUGO   
%
 Il n'y a que deux endroits o l'on paye pour avoir
le droit de dpenser, les latrines publiques et les femmes.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Une maladie des hommes. - Contre la maladie des hommes
qui consiste  se mpriser, le remde le
plus sr est qu'ils soient aims d'une femme habile.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les femmes deviennent par amour tout  fait ce
qu'elles sont dans l'ide des hommes dont elles sont aimes.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 JEUNE FILLE. - Articuler ce mot timidement. Toutes les
jeunes filles sont ples et frles, toujours pures.
Eviter pour elles toute espce de livres, les visites
dans les muses, les thtres et surtout le
Jardin des Plantes, ct singes.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Les femmes le savent bien que les hommes ne sont pas si
btes qu'on croit  -  qu'ils le sont davantage.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Battre les femmes avec une fleur, eh, pourquoi faire ?
Ca ne leur ferait pas du tout de mal.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Les femmes d'ge ont une espce de naturel
dans l'abandon, et de savoir-faire qui insensiblement engagent.
On dirait ces livres de chevet qui d'eux-mmes s'ouvrent,
et nous dcouvrent leurs bons endroits.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Appelons la femme un bel animal sans fourrure dont la
peau est trs recherche.  
    --- Jules RENARD   
%
 Dites  une femme deux ou trois mots qu'elle ne
comprenne pas, d'aspect profond. Ils la droutent, l'inquitent,
la rendent anxieuse, la forcent  rflchir
et vous la ramnent consciente de son infriorit,
sans dfense. Car le reste est jeu d'enfant.
 Il n'est, bien entendu, pas ncessaire que vous les compreniez
vous-mme.  
    --- Jules RENARD   
%
 Si jamais une femme me fait mourir, ce sera de rire.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je ne m'en cache pas, j'adore les jeunes femmes un peu
fortes, mais je les prfre normes et voici
la raison :
 J'ai un faible pour la peau humaine lorsqu'elle est tendue sur
le corps d'une jolie femme ; or j'ai remarqu que
les grosses personnes offrent infiniment plus de peau que les
maigres. Voil.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Jeune homme, qui voulez tre un grand pote,
gardez-vous du paradoxe en amour ; laissez les coliers
ivres de leur premire pipe chanter  tue-tte
les louanges de la femme grasse ; abandonnez ces mensonges
aux nophytes de l'cole pseudo-romantique. Si la
femme grasse est parfois un charmant caprice, la femme maigre
est un puits de volupts tnbreuses !  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Il y a des gens qui rougissent d'avoir aim une
femme, le jour qu'ils s'aperoivent qu'elle est bte.
Ceux-l sont des aliborons vaniteux, faits pour brouter
les chardons les plus impurs de la cration, ou les faveurs
d'un bas-bleu. La btise est souvent l'ornement de la beaut ;
c'est elle qui donne aux yeux cette limpidit morne des
tangs noirtres, et ce calme huileux des mers tropicales.
La btise est toujours la conservation de la beaut ;
elle loigne les rides ; c'est un cosmtique
divin qui prserve nos idoles des morsures que la pense
garde pour nous, vilains savants que nous sommes !  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Lune de miel.
  -  Dis-moi, ma chrie,  quel moment t'es-tu
aperue, pour la premire fois, que tu m'aimais ?
  -  C'est quand je me suis sentie toute chagrine chaque
fois qu'on te traitait d'idiot devant moi, rpondit-elle
en souriant.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Les femmes ont des tas de dfauts, mais, Dieu merci,
elles ont toutes une vertu qui les sauve : pas une d'entre
elles n'est sans dfaut.  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 La prtention des hommes  une grande supriorit
sur les femmes est simplement grotesque. Leur immense vanit
les empche de voir que cette supriorit
consiste  placer un carcan au cou d'un tre qui
leur met  son tour des menottes aux poignets ; aprs
quoi ils n'ont plus qu' tourner en rond, ensemble, au
bout d'une chane bnie par l'glise, dans
l'ornire qu'a creuse la tradition.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Une dame disait un jour devant moi, d'elle-mme,
comme la chose la plus naturelle du monde :
  -  Je ne pense jamais, cela me fatigue ;  -  ou,
si je pense, je ne pense  rien.
 Comme dit Hugo : ceci est grand jusqu'au sublime.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 La femme ne voit jamais ce que l'on fait pour elle ;
elle ne voit que ce qu'on ne fait pas.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 L'homme est le seul mle qui batte sa femelle. Il
est donc le plus brutal des mles,  moins que, de
toutes les femelles, la femme ne soit la plus insupportable  -  hypothse
trs soutenable, en somme.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Il faut bien l'avouer, le soin de la parure est chez la
femme beaucoup plus fort que celui de se vtir ; outre
qu'il n'y a que trois choses de son corps qu'elle aime 
masquer, ses pieds, ses mains et son visage ; et si, comme
elles font de leurs paules, elles dcouvraient
leur pense, nous apprendrions que l'on peut se vtir
trs bien avec des gants, deux ou trois bracelets, une
paire de bottines  hauts talons, et un grand, grand chapeau
 plumes.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Il n'est point d'homme qui soit tout  fait indiffrent
aux raffinements et aux grces de la parure chez la femme
qui lui tient le bras ; signe qu'il est heureux de l'approbation
des autres ; vanit certainement. Or j'ai fait une
remarque qui tonnera les hommes tout  fait jeunes ;
c'est que la femme, mme la plus lgante
et la plus attentive aux modes, ne fait jamais attention au vtement
d'un homme qui lui plat. Il n'y aurait donc point de vanit
du tout dans l'amour fminin ? C'est trop dire. Mais
enfin ne soyez pas dupe de ceci que les femmes sont plus pares
et ornes que les hommes, et n'allez pas en conclure que
ce sont les femmes qui tiennent aux ornements extrieurs ;
si cela tait, on verrait les hommes en dentelles, en soie,
en chapeaux  plume. Et c'est la vanit des hommes
qui explique la parure des femmes.  
    --- ALAIN   
%
 La plus belle fille du monde ne peut donner que ce qu'elle
a...
  -  Mieux vaut souvent qu'elle le garde !  
    --- Paul VALERY   
%
 Il n'est pas gai pour un amant de perdre le mari de sa
matresse. Il est oblig d'entendre un pangyrique
presque lyrique du dfunt, recouvrant soudain toutes les
qualits les plus exemplaires, aprs tous les quolibets
et les injures dont on le couvrait de son vivant.  
    --- Paul LEAUTAUD    
%
 Je finirai par croire que les femmes qui viennent vous
chercher vous jouent plus de tours que les femmes auxquelles on
a d faire une longue cour avant de les obtenir, comme ayant
moins de prix pour elle (vanit) dans le premier cas que
dans le second.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 J'ai vu des maris houspills, j'en ai vu de ridiculiss,
j'en ai vu de tromps avec la plus belle ardeur, et une
ingniosit, une adresse qui touchaient 
l'esprit. Mon bon coeur me faisait les plaindre. Je ne les plains
plus. Le jour qu'ils meurent, quelle rparation leur est
faite ! Il n'est pas de qualits, de mrites,
de talents que leurs pouses en larmes ne leur dcouvrent
soudain, pas d'loges qu'elles n'en fassent, de regrets
qu'elles n'expriment, avec cet accent de sincrit
qui n'appartient qu'aux femmes. On consentirait  tre
cocu pour entendre dire un pareil bien de soi.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il est curieux que ce soit toujours la femme qui "accorde
ses faveurs"  l'homme. Ce n'est pourtant qu'un change
de bons procds ?  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Une femme ne trouve jamais trs intelligent l'homme
qui l'aime.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 J'imagine un cocu disant : 
 - Ce qui m'exaspre, c'est de penser que ce monsieur sait
maintenant de quoi je me contentais !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Elles croient volontiers que parce qu'elles ont fait le
contraire de ce qu'on leur demandait, elles ont pris une initiative.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Il y a celles qui vous disent qu'elles ne sont pas 
vendre, et qui n'accepteraient pas un centime de vous ! 
 Ce sont gnralement celles-l qui vous
ruinent.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 De temps  autre, elles ont douze ans. Mais qu'un
vnement grave se produise - et crac ! elles
en ont huit.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 C'en est encore une, celle-l, tenez, qui prend
l'enttement pour de la volont, qui confond excentrique
avec original et susceptible avec sensible - encore une, tenez,
qui reste convaincue que la contradiction tient lieu de caractre
- et qui croit volontiers que faire des faons c'est avoir
des manires.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Tu as un charme irrsistible - en ton absence -
et tu laisses un souvenir que ton retour efface.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Une femme, une vraie femme, c'est une femme avant tout
qui n'est pas fministe.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Il y a des femmes qui se jettent  votre cou comme
elles se lanceraient  la tte d'un cheval - pour
vous faire croire que vous tes emball.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Elle s'est donne  moi - et c'est elle
qui m'a eu.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Je n'aime pas les femmes qui font l'enfant - 
l'exception, bien entendu, des femmes enceintes de neuf mois.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Quand une femme a des moments agrables, on n'ose
plus bouger. Ces instants devraient tre prcds
par le roulement de tambour qui annonce le numro-clou
dans les cirques.  
    --- Georges PERROS   
%
 Toutes les femmes sont fatales ; on commence par
leur devoir la vie, elles finissent par causer notre perte.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Les femmes seront les gales des hommes le jour
o elles accepteront d'tre chauves et de trouver
a distingu.  
    --- COLUCHE   
%
 Les femmes sont plus franchement mammifres que
les hommes.  
    --- Roland TOPOR   
%
 Il existe trois catgories de femmes : les
putes, les salopes et les emmerdeuses. Les putes couchent avec
tout le monde, les salopes couchent avec tout le monde sauf avec
toi, les emmerdeuses ne couchent qu'avec toi.  
    --- Frdric DARD   
%
 Il me suffira ici de poser en principe ce qui doit tre
reconnu par tous : tous les hommes naissent ignorants des
causes des choses, et tous ont envie de rechercher ce qui leur
est utile, ce dont ils ont conscience.
 D'o il suit, en premier lieu, que les hommes se croient
libres parce qu'ils ont conscience de leurs volitions et de leur
apptit, et qu'ils ne pensent pas, mme en rve,
aux causes qui les disposent  dsirer et 
vouloir, parce qu'ils les ignorent.
 Il suit, en second lieu, que les hommes agissent toujours en
vue d'une fin, c'est--dire en vue de l'utile qu'ils dsirent ;
d'o il rsulte qu'ils ne cherchent jamais 
savoir que les causes finales des choses une fois acheves,
et que, ds qu'ils en ont connaissance, ils trouvent le
repos, car alors ils n'ont plus aucune raison de douter. S'ils
ne peuvent avoir connaissance de ces causes par autrui, il ne
leur reste qu' se retourner vers eux-mmes et 
rflchir aux fins qui les dterminent d'habitude
 des actions semblables, et  juger ainsi ncessairement,
d'aprs leur naturel propre, celui d'autrui. En outre,
ils trouvent en eux-mmes et hors d'eux-mmes un grand
nombre de moyens qui leur servent excellemment  se procurer
ce qui leur est utile, comme par exemple, les yeux pour voir,
les dents pour mcher, les herbes et les animaux pour s'alimenter,
le soleil pour s'clairer, la mer pour nourrir les poissons,
etc., ils finissent donc par considrer toutes les choses
naturelles comme des moyens pour leur utilit propre. Et
comme ils savent que ces moyens, ils les ont trouvs, mais
ne les ont pas agencs eux-mmes, ils y ont vu une
raison de croire qu'il y a quelqu'un d'autre qui a agenc
ces moyens  leur usage. Car, ayant considr
les choses comme des moyens, ils ne pouvaient pas croire qu'elles
se fussent faites elles-mmes ; mais, pensant aux moyens
qu'ils ont l'habitude d'agencer pour eux-mmes, ils ont
d conclure qu'il y a un ou plusieurs matres de la
Nature, dous de la libert humaine qui ont pris
soin de tout pour eux et qui ont tout fait pour leur convenance.
Or, comme ils n'ont jamais eu aucun renseignement sur le naturel
de ces tres, ils ont d en juger d'aprs le
leur, et ils ont ainsi admis que les Dieux disposent tout 
l'usage des hommes, pour se les attacher et tre grandement
honors par eux. D'o il rsulta que chacun
d'eux, suivant son naturel propre, inventa des moyens divers de
rendre un culte  Dieu, afin que Dieu l'aimt plus
que tous les autres et mt la Nature entire au service
de son aveugle dsir et de son insatiable avidit.
Ainsi, ce prjug est devenu superstition et a plong
de profondes racines dans les esprits ; ce qui fut une raison
pour chacun de chercher de toutes ses forces  comprendre
les causes finales de toutes choses et  les expliquer.
Mais en voulant montrer que la Nature ne fait rien en vain (c'est--dire
qui ne soit  l'usage des hommes), ils semblent avoir uniquement
montr que la Nature et les Dieux dlirent aussi
bien que les hommes. Voyez, je vous prie, o cela conduit !
Parmi tant d'avantages qu'offre la Nature, ils ont d trouver
un nombre non ngligeable d'inconvnients, comme
les temptes, les tremblements de terre, les maladies, etc.,
et ils ont admis que ces vnements avaient pour
origine l'irritation des Dieux devant les offenses que leur avaient
faites les hommes ou les fautes commises dans leur culte ;
et quoique l'exprience s'inscrivt chaque jour en
faux contre cette croyance et montrt par d'infinis exemples
que les avantages et les inconvnients choient
indistinctement aux pieux et aux impies, ils n'ont cependant renonc
 ce prjug invtr :
il leur a t, en effet, plus facile de classer
ce fait au rayon des choses inconnues, dont ils ignoraient l'usage,
et de garder ainsi leur tat actuel et inn d'ignorance,
que de ruiner toute cette construction et d'en inventer une nouvelle.
Ils ont donc pris pour certain que les jugements de Dieux dpassent
de trs loin la porte de l'intelligence humaine ;
et cette seule raison , certes, et suffi pour que la vrit
demeurt  jamais cache au genre humain,
si la Mathmatique, qui s'occupe non des fins, mais seulement
des essences et des proprits des figures, n'avait
montr aux hommes une autre rgle de vrit.  
    --- Baruch SPINOZA   
%
 Il parat qu'il faut tre forcen pour
nier que les estomacs soient faits pour digrer, les yeux
pour voir, les oreilles pour entendre. D'un autre ct,
il faut avoir un trange amour des causes finales pour
assurer que la pierre a t forme pour btir
des maisons, et que les vers  soie sont ns 
la Chine afin que nous ayons du satin en Europe.
 [...]
 Je crois qu'on peut aisment claircir cette difficult.
Quand les effets sont invariablement les mmes en tout lieu
et en tout temps, quand ces effets uniformes sont indpendants
des tres auxquels ils appartiennent, alors il y a visiblement
une cause finale.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Je sais bien que plusieurs philosophes, et surtout Lucrce,
ont ni les causes finales ; et je sais que Lucrce,
quoique peu chti, est un trs grand pote
dans ses descriptions et dans sa morale ; mais en philosophie,
il me parat, je l'avoue, fort au-dessous d'un portier de
collge et d'un bedeau de paroisse. Affirmer que ni l'oeil
n'est fait pour voir, ni l'oreille pour entendre, ni l'estomac
pour digrer, n'est-ce pas l la plus norme
absurdit, la plus rvoltante folie qui soit jamais
tombe dans l'esprit humain ? Tout douteur que je
suis, cette dmence me parait vidente et je le
dis.
 Pour moi, je ne vois dans la nature comme dans les arts, que
des causes finales ; et je crois un pommier fait pour porter
des pommes comme je crois une montre faite pour marquer l'heure.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Si une horloge n'est pas faite pour montrer l'heure, j'avouerai
alors que les causes finales sont des chimres ; et
je trouverai fort bon qu'on m'appelle cause-finalier, c'est--dire
un imbcile.  
    --- VOLTAIRE   
%
 L'esprit trouve des mystres parce qu'il cherche
d'instinct un but et une utilit  toute chose.
Il semble qu'il lui soit interdit de concevoir les choses telles
quelles  -  tout au moins telles qu'elles se montrent.  
    --- Paul VALERY   
%
 L'on s'insinue auprs de tous les hommes, ou en
les flattant dans les passions qui occupent leur me, ou
en compatissant aux infirmits qui affligent leur corps ;
en cela seul consistent les soins que l'on peut leur rendre :
de l vient que celui qui se porte bien, et qui dsire
peu de choses, est moins facile  gouverner.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Les louanges d'un sot ne devraient pas me flatter, et
cependant me flattent presque autant que celles d'un homme d'esprit :
un sot, dans le moment qu'il me loue, devient homme d'esprit ;
l'homme d'esprit qui me loue n'est qu'un juge quitable.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Nous croyons le faux qui nous flatte. Vous feriez aisment
accroire que le blanc est noir  celui qui a des cheveux
blancs.  
    --- Victor HUGO   
%
 Aussi infailliblement que le chat se met  ronronner
quand on lui caresse le dos, aussi srement on voit une
douce extase se peindre sur la figure de l'homme qu'on loue, surtout
quand la louange porte sur le domaine de ses prtentions,
et quand mme elle serait un mensonge palpable.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 Sterne, dans son Voyage sentimental, raconte qu'il voulut,
une soire, essayer jusqu'o on pouvait louer quelqu'un
sans cesser de lui plaire. Il fit l'preuve sur trois personnes
qui n'taient pas sans mrite ; il commena
par les couter, ce qui est une flatterie trs agrable ;
ensuite il en redemanda ; et enfin il les reconnus suprieurs
comme ils voulaient l'tre, sans restriction, disant par
exemple au diplomate : "J'ai entendu souvent parler de politique
extrieure ; mais je ne souponnais mme
pas cette solidit de doctrine, cette profondeur de vues,
cette connaissance des hommes que vous venez de me montrer." Naturellement
ces loges furent savours ; il essaya de les
forcer ; mais plus il exagrait, plus l'autre y trouvait
de plaisir. Le flatteur reut en change quelques
compliments qu'il n'attendait point, qu'il s'effora de
mpriser, mais qui trouvrent tout de mme
asile au plus profond de son coeur. Bref, pour avoir t
trois fois flatteur dans cette soire, et impudemment flatteur,
il se fit trois amis, trois vrais et fidles amis, qui
ne l'oublirent jamais et lui rendirent mille services
sans qu'il le demandt. Voil de ces terribles histoires,
dont le sel est bien anglais ; cette froide plaisanterie
glace comme une douche, et laisse une trace brlante. Leurs
clowns grands et petits sont comme leurs pices ;
quand on en a got, tout le reste parat fade.  
    --- ALAIN   
%
 Or l'histoire du dluge tant la chose la
plus miraculeuse dont on ait jamais entendu parler, il serait
insens de l'expliquer : ce sont des mystres
qu'on croit par la foi ; et la foi consiste  croire
ce que la raison ne croit pas, ce qui est encore un miracle.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Repoussez l'incrdulit : vous me ferez
plaisir.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 La foi sera toujours en raison inverse de la vigueur de
l'esprit et de la culture intellectuelle. Elle est l derrire
l'humanit attendant ses moments de dfaillance,
pour la recevoir dans ses bras et prtendre ensuite que
c'est l'humanit qui s'est donne  elle.
Pour nous, nous ne plierons pas ; nous tiendrons ferme comme
Ajax contre les dieux ; s'ils prtendent nous faire
flchir en nous frappant, ils se trompent. Honte aux timides
qui ont peur ! Honte surtout aux lches qui exploitent
nos misres et attendent pour nous vaincre que le malheur
nous ait dj  moiti vaincus.  
    --- Ernest RENAN   
%
 A vrai dire, la foi n'a pas encore russi
 dplacer de vraies montagnes, quoique cela ait
t affirm par je ne sais plus qui ;
mais elle sait placer des montagnes o il n'y en a point.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Foi n. Croyance sans preuve dans ce qui est affirm
par quelqu'un qui parle sans savoir, ou qui pense sans comparer.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Le dbat religieux n'est plus entre religions,
mais entre ceux qui croient que croire a une valeur quelconque,
et les autres.  
    --- Paul VALERY   
%
 La bonne foi est une vertu essentiellement laque,
que remplace la foi tout court.  
    --- Andr GIDE   
%
 La foi comporte un certain aveuglement o se complat
l'me croyante ; quand elle chappe aux entraves
de la raison, il lui semble qu'elle bat son plein. Elle n'est
que dvergonde.  
    --- Andr GIDE   
%
 La Foi soulve des montagnes ; oui :
des montagnes d'absurdits. Je n'oppose pas  la
Foi le doute ; mais l'affirmation : ce qui ne saurait
tre n'est pas.  
    --- Andr GIDE   
%
 Et si la foi n'tait qu'une forme trs particulire
de l'alination mentale ?   
    --- Philippe BOUVARD   
%
 On appelle "mauvaise foi" les convictions d'autrui qu'on
ne partage pas...  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Il semble que la foi du charbonnier soit un peu moins
vive depuis la dcouverte du ptrole.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Qu'est-ce que la foi ?... Ce qui permet 
l'intelligence de vivre au-dessus de ses moyens.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 D'aprs certains savants travaux, la montagne des
Dix commandements ne se trouverait plus sur le Sina :
ce n'est plus la foi, c'est le doute, maintenant, qui dplace
les montagnes.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Il devrait tre entendu une fois pour toutes parmi
les fidles que toutes les reliques sont authentiques,
qu'il suffit en tout cas qu'on ait pri devant elles pour
qu'elles le deviennent.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 La foi, c'est prier un doute pour qu'il protge
des ralits.  
    --- Frdric DARD   
%
 La bonne foi n'tant pas la vertu la plus rpandue
chez l'homme, c'est frquemment  propos de l'accessoire
que l'on vous fait un procs, pour mieux luder
l'essentiel.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Ce qui distingue notre langue des langues anciennes et
modernes, c'est l'ordre et la construction de la phrase. Cet ordre
doit toujours tre direct et ncessairement clair.
Le franais nomme d'abord le sujet du discours, ensuite
le verbe qui est l'action, et enfin l'objet de cette action :
voil la logique naturelle  tous les hommes ;
voil ce qui constitue le sens commun. Or cet ordre, si
favorable, si ncessaire au raisonnement, est presque toujours
contraire aux sensations, qui nomment le premier l'objet qui frappe
le premier. C'est pourquoi tous les peuples, abandonnant l'ordre
direct, ont eu recours aux tournures plus ou moins hardies, selon
que leurs sensations ou l'harmonie des mots l'exigeaient ;
et l'inversion a prvalu sur la terre, parce que l'homme
est plus imprieusement gouvern par les passions
que par la raison.
 Le franais, par un privilge unique, est seul
rest fidle  l'ordre direct, comme s'il
tait tout raison, et on a beau par les mouvements les
plus varis et toutes les ressources du style, dguiser
cet ordre, il faut toujours qu'il existe ; et c'est en vain
que les passions nous bouleversent et nous sollicitent de suivre
l'ordre des sensations : la syntaxe franaise est
incorruptible. C'est de l que rsulte cette admirable
clart, base ternelle de notre langue. Ce qui n'est
pas clair n'est pas franais ; ce qui n'est pas clair
est encore anglais, italien, grec ou latin.  
    --- RIVAROL   
%
 Le franais ne veut exprimer que des choses claires ;
or les lois les plus importantes, celles qui tiennent aux transformations
de la vie, ne sont pas claires : on les voit dans une sorte
de demi-jour. C'est ainsi qu'aprs avoir aperu
la premire les vrits de ce qu'on appelle
maintenant le darwinisme la France a t la dernire
 s'y rallier. On voyait bien tout cela, mais cela sortait
des habitudes ordinaires de la langue et du moule des phrases
bien faites. La France a ainsi pass  ct
de prcieuses vrits, non sans les voir,
mais en les jetant au panier, comme inutiles ou impossibles 
exprimer.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Clart du franais. 
 Qui sait si cette clart n'est point due  la diversit
des races en prsence sur notre sol. Une population mle
formerait pour s'entendre un langage moyen. Inverse de Babel.
Chez nous Latins et Germains et Celtes.  
    --- Paul VALERY   
%
 J'aime passionnment la langue franaise,
je crois tout ce que la grammaire me dit, et je savoure les exceptions,
les irrgularits de notre langue.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je lis de moins en moins l'anglais et l'allemand ;
ce sont des langues qui mettent trop de flou dans mon esprit  -  qui
n'en a vraiment pas besoin.
 Et puis j'ai plus que l'impression, la certitude, qu'on ne peut
formuler qu'en franais, et qu'en tout autre langue on
se laisse aller au charme et  la dbauche de l'approximation.
 Le franais est la langue non gniale par excellence.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La preuve que, pour parler avec Rivarol, la probit
dfinit la langue franaise, c'est que le subjonctif
y abonde plus que dans d'autres. Le franais ou le respect
de l'incertitude.  
    --- Emil CIORAN   
%
  -  Vous parlez un franais trs
chti !
  -  Qui aime bien chtie bien !  
    --- Frdric DARD   
%
 [...] c'est une plaisante nation que la ntre ;
sa vanit n'est pas faite comme celle des autres peuples :
ceux-ci sont vains tout naturellement, ils n'y cherchent point
de subtilit, ils estiment tout ce qui se fait chez eux
cent fois plus que tout ce qui se fait partout ailleurs ;
ils n'ont point de bagatelles qui ne soient au-dessus de ce que
nous avons de plus beau ; ils en parlent avec un respect
qu'ils n'osent exprimer, de peur de le gter ; et ils
croient avoir raison ; ou si quelquefois ils ne le croient
point, ils n'ont garde de le dire, car o serait l'honneur
de la patrie ? et voil ce qu'on appelle une vanit
franche ; voil comme la nature nous la donne de la
premire main, et mme comme le bon sens serait vain
si jamais le bon sens pouvait l'tre.
 Mais nous autres Franais, il faut que nous touchions
 tout, et nous avons chang tout cela. Vraiment
nous y entendons bien plus de finesse, nous sommes bien autrement
dlis sur l'amour-propre : estimer ce qui
se fait chez nous ? eh ! o en serait-on, s'il
fallait louer ses compatriotes ? ils seraient trop glorieux,
et nous trop humilis ; non, non, il ne faut pas donner
cet avantage-l  ceux avec qui nous vivons tous
les jours, et qu'on peut rencontrer partout. Louons les trangers,
 la bonne heure, ils ne sont pas l pour en devenir
vains ; et au surplus nous ne les estimons pas plus pour
cela, nous saurons bien les mpriser quand nous serons
chez eux, mais pour ceux de notre pays, myrmidons que tout cela.  
    --- MARIVAUX   
%
 M... disait,  propos de sottises ministrielles
et ridicules : "Sans le gouvernement, on ne rirait plus en
France."  
    --- CHAMFORT   
%
 Un homme d'esprit me disait un jour : que le gouvernement
de France tait une monarchie absolue tempre
par des chansons.  
    --- CHAMFORT   
%
 La France serait-elle si bien la France, si elle n'avait
pour exalter sa personnalit l'antithse de l'Angleterre ?  
    --- Ernest RENAN   
%
 Plutt qu'une race et mme qu'une nation,
la France est une ide.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Que reprsente la France, pour les Franais ?
Aux yeux des gens graves qui possdent, et qui rflchissent
profondment et pompeusement, c'est un poids ncessaire
 l'quilibre europen ;  pour les autres,
c'est un hexagone.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Guillotine n. Machine qui,  juste titre, fait
hausser les paules  un franais. Dans son
magistral ouvrage, Voies Divergentes de l'Evolution Raciale,
le docte Professeur Brayfugle argue sur l'importance de ce mouvement
 -  le haussement d'paules  -  chez
les franais, du fait qu'ils descendent probablement des
tortues et qu'il s'agit simplement d'une survivance de l'habitude
de rtracter la tte dans la carapace. C'est avec
rpugnance que je m'carte d'une autorit
si minente, mais selon mon opinion (abondamment dveloppe
et argumente dans mon ouvrage intitul Emotions
Hrditaires - lib. II, c. XI), le haussement d'paules
est une piste trop tnue pour aboutir  une thorie
aussi catgorique, d'autant plus que le geste tait
inconnu avant la Rvolution. Je ne doute pas un seul instant
qu'il doive son origine  la terreur inspire par
la guillotine pendant la priode de l'activit de
cet instrument.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Le mouvement de population et de l'migration est
biologique ; nul n'y peut rien. Supposons une infiltration
d'trangers par centaines de mille, et d'trangers
qui restent trangers, le problme silsien
peut se poser en Champagne. Ainsi la guerre se montre, mais elle
est moins effet que cause ; c'est parce qu'elle se montrait
d'abord que les difficults s'lvent. Si
les penses taient occupes de bonne entente,
d'association, d'changes fructueux, et non point de guerre,
le fleuve humain coulerait lentement du continent vers nos rivages,
comme il l'a toujours fait, et les Franais ne craindraient
nullement de devenir Allemands par cette force du nombre, videmment
invincible ; au contraire les immigrants allemands deviendraient
Franais. La France a toujours d sa nature propre
 de tels mlanges ; et je crois que toujours
la gographie vaincra l'histoire.  
    --- ALAIN   
%
 A chaque rglement nouveau qu'on impose
 la France, chaque citoyen franais s'inquite
de savoir non point comment le suivre, mais comment l'luder.
J'en reviens toujours  ceci : on parle de dfaut
d'organisation ; c'est dfaut de conscience qu'il
faut dire.  
    --- Andr GIDE   
%
 Qu'est-ce que la France, je vous le demande ? Un
coq sur un fumier. Otez le fumier, le coq meurt. C'est ce
qui arrive lorsqu'on pousse la sottise jusqu' confondre
tas de fumier et tas d'ordures.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Un coq sur un tas de fumier a satisfait, un moment, l'image
que Jean Cocteau se faisait de la France. Ce fumier fcond,
que nos hommes de gouvernement ont trop souvent tendance 
prendre pour une pourriture (sic), c'est le bienfaisant dsordre.
Le coq est le pote lui-mme. Les vertus du dsordre
engendrent spontanment celles du pote : l'artisanat
ou industrie dsinvolte, l'invention, la trouvaille et
la contradiction qui constitue la forme la plus haute de la cration.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Seuls les peuples querelleurs, indiscrets, jaloux, rouspteurs,
ont une histoire intressante : celle de la France
l'est au suprme degr. Fertile en vnements
et, plus encore, en crivains pour les commenter, elle
est la providence de l'amateur de Mmoires.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Les Franais ont tous les dfauts, sauf
un : ils ne sont pas obsquieux. Ils l'ont assez dmontr
pendant l'Occupation ; je n'en ai vu aucun qui, dans la rue
ou ailleurs, se soit aplati devant l'occupant ou qui ait pris
un air servile (la Collaboration est tout autre chose ; les
collaborateurs se sont vendus : cela est diffrent).
C'est l o les Franais ont une nette supriorit
sur les Allemands, lesquels ds qu'ils sont battus, deviennent
rampants. Mais mme en dehors de la dfaite, ils
sont toujours  plat ventre devant un suprieur
hirarchique : leur obissance est 
base de lchet civile et non de consentement 
l'ordre.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le got des Franais pour le droit est bien
connu ; c'est probablement le seul pays o l'on entende
parler d'un "droit  l'erreur", bien que personne ne s'y
trompe jamais.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 En France, les procs finissent toujours par celui
de la Justice.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Les Franais ces derniers temps, sont de plus en
plus cartsiens : ils doutent de tout.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 A ceux qui remarquent que la France est vingt fois
moins peuple que la Chine, je rponds que le rayonnement
d'un pays est moins li au nombre des vivants qu'
la qualit des morts.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Ah ! que Freud est gnant ! et qu'on ft
bien arriv sans lui  dcouvrir son Amrique !
Il me semble que ce dont je lui doive tre le plus reconnaissant,
c'est d'avoir habitu les lecteurs  entendre traiter
certains sujets sans avoir  se rcrier ni 
rougir. Ce qu'il nous apporte surtout c'est de l'audace ;
ou plus exactement, il carte de nous certaine fausse et
gnante pudeur.
 Mais que de choses absurdes chez cet imbcile de gnie !  
    --- Andr GIDE   
%
 J'ai lu de ce mme M. Freud, il y a quelques
annes, un travail sur Le Rire. C'est fort incomplet. Il
manque une sorte importante du Rire. Celui dont on est pris 
la lecture de ces pauvrets prtentieuses, lesquelles
naturellement,  notre poque de jobardise, ont
trouv des adeptes hommes et femmes, heureux de se distinguer
en "glosant" sur cette "nouveaut".  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 J'ai trop t nourri de la lecture de Freud,
qui d'ailleurs a t assassin beaucoup plus
par ses disciples que par ses dtracteurs, pour le rejeter
entirement, comme on a tendance  le faire en cette
fin du XX<SUP>e</SUP> sicle. Je n'en professe pas moins qu'il faut
avoir un champ de vision d'une troitesse de corridor et
une insensibilit daltonienne aux couleurs de la vie pour
se condamner  la portion congrue et  la morne
pitance de la seule et unique sexualit comme source, thme
et vecteur exclusifs des riches et innombrables passions humaines.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
  Gaspiller ton patrimoine te porte tort. Et il n'y a chose
au monde qui se consume elle-mme plus vite que la gnrosit :
pendant que tu l'emploies, tu perds la facult de l'employer,
tu deviens pauvre et mprisable, ou, pour chapper
 la pauvret, rapace et dtestable. Or un
prince doit viter par-dessus tout d'inspirer la haine
et le mpris : deux malheurs auxquels la libralit
conduit invitablement. Il y a donc plus de sagesse 
accepter l'appellation de lsineur, qui engendre un mauvais
renom sans haine, qu' ambitionner celle de libral,
qu'accompagne ncessairement celle de rapace, qui engendre
un mauvais renom avec haine.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Rendre. - Hsiode conseille de rendre au voisin
qui nous a aids, ds que nous le pouvons, et, si
possible, en une plus large mesure. Car le voisin prend grand
plaisir  voir sa bienveillance de jadis lui rapporter
des intrts ; mais celui qui rend a, lui aussi,
son plaisir, en ce sens qu'il rachte par un petit excdent
qu'il donne  son tour la petite humiliation qu'il a d
subir jadis en se laissant aider.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Mettre un peu d'argent de ct.
 En mettant un peu d'argent de ct, vous prparez
votre avenir et vous donnez aux pauvres un exemple infiniment
plus prcieux que toutes les aumnes.
 Croyez-moi, fussiez-vous trs riche, il faut mettre un
peu d'argent de ct. Si vous rencontrez un misreux,
un mourant de faim  que sauverait le don de quelque monnaie, il
se peut, le coeur de l'homme tant fragile, que vous vous
sentiez mu. Prenez garde, c'est le moment de l'preuve,
c'est l'heure de la tentation redoutable. Soyez gnreux
et refusez avec nergie. Souvenez-vous que le premier de
tous vos devoirs est de mettre de l'argent de ct
et que l'ombre de Benjamin Franklin vous regarde.  
    --- Lon BLOY   
%
 Avoir un coeur d'or.
 Quel privilge ! Plus de palpitations, plus d'motions,
plus d'amour bte, plus d'entranements irrflchis.
On est tranquille Baptiste et heureux comme les cochons. Cessation
des phnomnes absurdes. On ne se ronge plus le
coeur, le coeur ne saigne plus. On n'a plus un coeur d'airain,
ni un coeur de pierre, encore moins un coeur de lion, mais un
bel organe rutilant conode et creux tout en or et parfaitement
insensible. C'est le privilge inestimable du vrai Bourgeois.
 Le plus bel loge qu'on puisse faire de lui, c'est qu'il
a un coeur d'or. Les propritaires, les huissiers, les
usuriers ont presque toujours un coeur d'or et cela ce voit tellement !
Si vous essayez de les troubler, de les impressionner, de les
mouvoir d'une faon quelconque, vous perdrez vos
peines. Le coeur d'or vous mettra du plomb dans la tte,
du plomb dans les jambes et vous aurez bientt une mine
de plomb.  
    --- Lon BLOY   
%
 On a vol au Louvre L'Indiffrent de Watteau,
cette merveille. C'est bien fait (en quelque sorte). On a mis
comme gardiens des mutils, des amputs, des individus,
somme toute, qui n'ont pas toute la validit ncessaire
pour ces fonctions. La piti, la gnrosit,
etc., etc., c'est trs joli, mais les merveilles du Louvre ?
C'est tout de mme d'une autre importance.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 On a ou on n'a pas le coeur sur la main. 
 Mais, en ralit, ce qu'on entend par avoir du
coeur, c'est avoir une faiblesse des glandes lacrymales en mme
temps qu'une lgre paralysie du cervelet.
 Mais, pour la plupart des gens, avoir du coeur, c'est sauver
un papillon qui allait se brler  la lampe, alors
qu'on vient de tuer une douzaine de mouches. Avoir du coeur, c'est
porter longtemps le deuil de son oncle, c'est faire soigner sa
bonne par son propre mdecin et c'est pleurer abondamment
en prsence d'un malheur au lieu d'en conjurer les effets.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Appelons donc hommes de gnie ceux qui font vite
ce que nous faisons lentement.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Je n'ai aucune foi dans l'esprit des enfants annonant
un homme suprieur. Dans un genre moins sujet 
illusions, car enfin les monuments restent, tous les mauvais peintres
que j'ai connus ont fait des choses tonnantes vers huit
ou dix ans et annonant le gnie.
 Hlas ! rien n'annonce le gnie, peut-tre
l'opinitret est-elle un signe.  
    --- STENDHAL   
%
 La chute des grands hommes rend les mdiocres et
les petits importants. Quand le soleil dcline 
l'horizon, le moindre caillou fait une grande ombre et se croit
quelque chose.  
    --- Victor HUGO   
%
 L'homme fort dit : je suis. Et il a raison. Il est.
L'homme mdiocre dit galement : je suis. Et
lui aussi a raison. Il suit.  
    --- Victor HUGO   
%
 Tous les grands hommes sont de grands travailleurs, infatigables
non seulement  inventer, mais encore  rejeter,
passer au crible, modifier, arranger.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Qu'est-ce que le gnie ? - Avoir un but lev
et vouloir les moyens d'y parvenir.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Illusion des esprits suprieurs. - Les esprits
suprieurs ont de la peine  se dlivrer
d'une illusion : ils se figurent qu'ils veillent
la jalousie des mdiocres et qu'ils sont considrs
comme des exceptions. Mais en ralit on les considre
comme quelque chose de superflu, dont on ne serait pas priv
si cela n'existait pas.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ce n'est pas l'amour seul o la familiarit
est exclusive de l'admiration. "M. Descartes, disaient ces
bonnes gens : un grand homme ? Lui que nous avons connu
tout petit."  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Le gnie est moins rare aujourd'hui qu'au temps
de M. Ingres. Il y a mille peintres, et plus, qui jouent du violon.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Les plus grands hommes sont des hommes qui ont os
se fier  leurs jugements propres,  -  et pareillement
les plus sots.  
    --- Paul VALERY   
%
 Je ne puis penser que la "Nature" tait inconnue
avant Rousseau ; ni la mthode avant Descartes ;
ni l'exprience avant Bacon ; ni tout ce qui est vident
avant quelqu'un.  -  
 Mais quelqu'un a battu le tambour.  
    --- Paul VALERY   
%
 L'homme de gnie est celui qui m'en donne.  
    --- Paul VALERY   
%
 La socit nomme dpravation le gnie
des sens et le condamne parce que les sens relvent de
la cour d'assises. Le gnie relve de la cour des
miracles. La socit le laisse vivre. Elle ne le
prend pas au srieux.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Le gnie est l'extrme pointe du sens pratique.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Chacun des miracles du gnie humain, et mme
dans l'algbre, offre cet aspect paradoxal qui fait dire,
aprs le succs, qu'on aurait pu et qu'on aurait
d le prvoir, mais enfin qu'on ne l'a point prvu ;
comme on voit que Fermat, en ses recherches sur les maxima et
minima, tenait la drive au bout de la plume, et
s'en servait, sans savoir encore ce que c'tait. D'un autre
ct, il faut bien convenir que ce succs
tonnant ne pouvait s'offrir qu' un Fermat, et
qu'il avait d auparavant comprendre bien des choses, sans
quoi il ne serait pas arriv  ce rsultat
pour lui incomprhensible.  
    --- ALAIN   
%
 Cette espce de malaise lorsqu'on essaie d'imaginer
la vie quotidienne des grands esprits... Vers deux heures de l'aprs-midi,
que pouvait bien faire Socrate ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'opportunit des novateurs ne consiste pas 
tre en harmonie avec l'volution matrielle,
mais avec les hommes. Les institutions et les esprits ont toujours
du retard sur la technique. Par suite, celui qui serait 
la hauteur de celle-ci et en prvoirait correctement les
consquences n'aurait aucune chance d'tre entendu.
 Tout l'art du grand homme, du gnie, consiste 
savoir trahir ; entre le pilori et le panthon, la
zone est troite.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 Le calembour reprsente l'unique point de jonction
entre un imbcile et un gnie.  
    --- Frdric DARD   
%
 Il [Caligula] avait sans cesse  la bouche ce mot
d'une tragdie : "Qu'on me hasse pourvu qu'on
me craigne"*.  
    --- SUETONE   
%
 Les hommes sages savent se faire toujours un mrite
de ce que la ncessit les contraint de faire.  
    --- MACHIAVEL   
%
 * Les finances sont presque partout mal administres,
moins par l'incapacit de ceux qui les grent, que
par l'incertitude o ils sont s'ils les greront
longtemps.
 * Que peut entreprendre de grand un homme, qui craint 
chaque instant qu'on ne lui demande ses comptes ? Quelle
apparence qu'il travaille pour son successeur ?
 * Presque tous les projets utiles sont d'une lente excution.
La gurison est longue, le palliatif s'applique en un moment.
 Quel est le ministre qui fera planter tous les bords de nos mers
de bois propres  la construction des vaisseaux ?
Cette plantation ne sera utile que dans un sicle ou dans
un sicle et demi.
 * Au lieu de travailler pour le bien de l'Etat, le ministre
des finances travaille pour sa gloire.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Il faut que les lois empchent la constitution de
vieillir, parce que la constitution ne se rajeunit jamais.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Plus on corrompt, plus la corruption cote, et elle
ne rend point  proportion de l'achat.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 La raison pourquoi la plupart des gouvernements de la
Terre sont despotiques, c'est que cela se fait tout seul. Mais,
pour des gouvernements modrs, il faut combiner,
temprer les puissances ; savoir ce qu'on donne 
l'un, ce qui reste  l'autre ; enfin il faut un systme,
c'est--dire une convention de plusieurs et une discussion
d'intrts. Le gouvernement despotique est uniforme
partout : il saute aux yeux.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 La rpublique est le seul remde aux maux
de la monarchie, et la monarchie le seul remde aux maux
de la rpublique.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Lorsqu'on vante le despotisme, l'on croit toujours n'avoir
de rapports qu'avec le despote ; mais on en a d'invitables
avec tous les agents subalternes. Il ne s'agit plus d'attribuer
 un seul homme des facults distingues
et une quit  toute preuve. Il
faut supposer l'existence de cent ou deux cent mille cratures
angliques, au-dessus de toutes les faiblesses et de tous
les vices de l'humanit.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Longtemps encore l'humanit aura besoin qu'on lui
fasse du bien malgr elle. Gouverner pour le progrs,
c'est gouverner de droit divin.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Je disais hier  Ch. Dupin :  -  M.
Guizot est personnellement incorruptible et il gouverne par la
corruption. Il me fait l'effet d'une femme honnte qui tiendrait
un bordel.  
    --- Victor HUGO   
%
 C'est de tout coeur que je souscris  la maxime
selon laquelle "le meilleur des gouvernements est celui qui gouverne
le moins", maxime que j'aimerais voir suivie d'effet de manire
plus rapide et plus systmatique. Si on pousse le raisonnement
 l'extrme, on finit par en arriver  l'ide
suivante,  laquelle je crois aussi, que "le meilleur des
gouvernements est celui qui ne gouverne pas du tout". D'ailleurs,
lorsque les hommes y seront prts, ils connatront
une telle forme de gouvernement.  
    --- Henry D. THOREAU  
%
 J'appelle ploutocratie un tat de socit
o la richesse est le nerf principal des choses, o
l'on ne peut rien faire sans tre riche, o l'objet
principal de l'ambition est de devenir riche, o la capacit
et la moralit s'valuent gnralement
(et avec plus ou moins de justesse) par la fortune, de telle sorte,
par exemple, que le meilleur critrium pour prendre l'lite
de la nation soit le cens<SUP>*</SUP>.  
    --- Dfinition originale du terme   
%
  M. de Faverges dclara son dvouement pour
Chambord. "Les abeilles prouvent la monarchie."
 "Mais les fourmilires la Rpublique !" Du
reste, le mdecin n'y tenait plus.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 FONDS SECRETS. - Sommes incalculables avec lesquelles
les ministres achtent les consciences. S'indigner contre.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Fonte de la civilisation. - La civilisation est ne
comme une cloche,  l'intrieur d'un moule de matire
plus grossire, plus commune : fausset, violence,
extension illimite de tous les individus, de tous les
peuples, formaient ce moule. Est-il temps de l'ter aujourd'hui ?
La coule s'est-elle fige, les bons instincts utiles,
les habitudes de la conscience noble sont-ils devenus si assurs
et si gnraux qu'on n'ait plus besoin d'aucun emprunt
 la mtaphysique et aux erreurs des religions,
d'aucunes durets ni violences comme des plus puissants
liens entre homme et homme, peuple et peuple ? - Pour rpondre
 cette question, aucun signe de tte d'un dieu ne
peut nous servir : c'est notre propre discernement qui doit
en dcider. Le gouvernement de la terre en somme doit tre
pris en main par l'homme lui-mme, c'est son "omniscience"
qui doit veiller d'un oeil pntrant sur la destine
ultrieure de la civilisation.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Si les locomotives taient conduites comme l'Etat,
le machiniste aurait une femme sur les genoux.  
    --- ALAIN   
%
 J'ai trouv une dfinition du "Suffrage
universel" : Le vote d'un intrigant, d'une canaille ou d'un
imbcile a son effet. Le vote d'un honnte homme,
ayant des ides et du jugement dsintress,
n'en a aucun.
 Je ne suis, pas peu fier de n'avoir jamais t
dupe dans ce domaine et de n'avoir jamais vot. Je dis
jamais, mme quand j'tais jeune homme et que j'aurais
pu tre fier de cette affaire.
 J'ai perdu toute estime pour la dmocratie telle que nous
la voyons. C'est le rgne des partis, des faiseurs de politique,
des bavards, des sots, des profiteurs, tel qu'on l'a vu ds
la Rvolution franaise avec les clubs. Pour le
reste, pas de diffrence avec la monarchie. Un ministre
comme Poincar passe les traits qu'il lui plat
(exemple : le trait secret avec la Pologne, qui nous
cotera peut-tre cher un jour). II n'est tenu de
mettre au courant que le prsident de la Rpublique,
qui gnralement n'en peut mais. Le jour qu'il faut
payer, on paie, sans que personne soit responsable.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 A dire vrai, les devoirs envers l'Etat sont
ceux que j'ai mis le plus de temps et eu le plus de mal 
apprendre. Je suis rest longtemps  leur gard
dans cette confiance nave de l'enfant qui s'imagine que
son chocolat du matin arrive tout chaud quotidiennement sur sa
table, en vertu de quelque ncessit cosmique. Il
est bon, pour l'ducation de l'enfant, que, par quelque
perturbation familiale, son chocolat, de temps  autre,
soit renvers. La peur de ne plus avoir de chocolat du
tout est salutaire.  
    --- Andr GIDE   
%
 La contradiction de l'anarchie : le culte de l'individu,
mais une fois panoui, celui qui peut tre lumire
pour les hommes, il ne peut jouer aucun rle (son talent
oratoire seul entre comme critre, car c'est le seul moyen
d'empire sur la force). Et il n'est point de roi pour imposer,
au besoin, un Vauban bgue mais gnial.  
    --- Antoine de SAINT-EXUPERY   
%
 Les dmocraties ne peuvent pas plus se passer d'tre
hypocrites que les dictatures d'tre cyniques.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 On ne doit jamais laisser se produire un dsordre
pour viter une guerre ; car on ne l'vite
jamais, on la retarde  son dsavantage.  
    --- MACHIAVEL   
%
 Les Anciens ont dit que les hommes s'affligeaient du mal
et se lassaient du bien, et que ces deux contraires amenaient
les mmes rsultats. En effet, toutes les fois que
les hommes sont privs de combattre par ncessit,
ils combattent par ambition. Cette passion est si puissante qu'elle
ne les abandonne jamais,  quelque rang qu'ils soient levs.
La raison, la voici : la nature a cr l'homme
tel qu'il peut dsirer tout sans pouvoir tout obtenir ;
ainsi le dsir tant toujours suprieur 
la facult d'acqurir, il obtient le mcontentement
de celui qu'il dpossde pour n'avoir lui-mme
que petit contentement de sa conqute. De l nat
la diversit de la Fortune humaine. Partags entre
la cupidit de conqurir davantage et la peur de
perdre leur conqute, les citoyens passent des inimitis
aux guerres, et des guerres il s'ensuit la ruine de leur pays
et le triomphe d'un autre.  
    --- MACHIAVEL  
%
 Il n'y a pas d'opinion plus fausse que celle qui veut que
l'argent soit le nerf de la guerre. Elle a t formule
par Quinte-Curce,  l'occasion de la guerre d'Antipater,
roi de Macdoine, contre Lacdmone. Il raconte
que par dfaut d'argent, le roi de Sparte fut oblig
de livrer bataille et fut vaincu ; que, s'il et pu
diffrer de quelques jours, la nouvelle de la mort d'Alexandre
serait arrive et qu'il et t vainqueur
sans coup frir : mais manquant d'argent, et craignant
que son arme, faute de paye, ne l'abandonnt, il
fut oblig de hasard la bataille, et c'est l-dessus
que l'historien se fonde pour crire que l'argent est le
nerf de la guerre.
 [...]
 Ce n'est pas l'or, ce sont les bons soldats qui sont le nerf
de la guerre. L'or ne fait pas trouver de bonnes troupes, mais
les bonnes troupes font trouver de l'or. Si les Romains avaient
voulu faire la guerre avec de l'or plus qu'avec du fer, tous les
trsors de l'univers ne leur auraient pas suffi, 
en juger par la grandeur de leurs entreprises et par les difficults
qu'ils y rencontrrent ; mais l'usage qu'ils faisaient
du fer les empchait de manquer d'or : les peuples
qui les redoutaient leur apportaient leurs richesses jusque dans
leur camp.  
    --- Le nerf de la  
%
 Toutes les fois que plusieurs potentats se liguent contre
un seul, en dpit de la supriorit de tant
de forces runies, il faut toujours miser plutt
sur l'isol, tout faible qu'il est, que sur les coaliss,
tout puissants qu'ils sont. En effet, sans parler des avantages
sans nombre que lui vaudra le fait qu'il est seul et non "multiple",
il pourra toujours, avec un peu d'adresse, dmembrer ce
grand corps, et, de gaillard qu'il tait, le rendre dbile.  
    --- Des coalitions :
    
%
 La religion naturelle a mille fois empch
des citoyens de commettre des crimes. Une me bien ne
n'en a pas la volont ; une me tendre s'en
effraye ; elle se reprsente un Dieu juste et vengeur.
Mais la religion artificielle encourage  toutes les cruauts
qu'on exerce de compagnie, conjurations, sditions, brigandages,
embuscades, surprises de villes, pillages, meurtres. Chacun marche
gaiement au crime sous la bannire de son saint.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Ce qu'il y a de pis, c'est que la guerre est un flau
invitable.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Le clbre Montesquieu, qui passait pour
humain, a pourtant dit qu'il est juste de porter le fer et la
flamme chez ses voisins, dans la crainte qu'ils ne fassent trop
bien leurs affaires. Si c'est l l'esprit des lois, c'est
celui des lois de Borgia et de Machiavel. Si malheureusement il
a dit vrai, il faut crire contre cette vrit,
quoiqu'elle soit prouve par les faits.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Il n'est pas vrai que la guerre soit toujours un mal.
A de certaines poques de l'espce humaine,
elle est dans la nature de l'homme. Elle favorise alors le dveloppement
de ses plus belles et de ses plus grandes facults. Elle
lui ouvre un trsor de prcieuses jouissances. Elle
le forme  la grandeur d'me,  l'adresse,
au sang-froid, au courage, au mpris de la mort, sans lequel
il ne peut jamais se rpondre qu'il ne commettra pas toutes
les lchets et bientt tous les crimes. La
guerre lui enseigne des dvouements hroques
et lui fait contracter des amitis sublimes. Elle l'unit
de liens plus troits, d'une part,  sa patrie,
et de l'autre,  ses compagnons d'armes. Elle fait succder
 de nobles entreprises de nobles loisirs. Mais tous ces
avantages de la guerre tiennent  une condition indispensable,
c'est qu'elle soit le rsultat naturel de la situation
et de l'esprit national des peuples.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Les journaux anglais racontent qu'il est arriv
du continent  Hull plusieurs millions de boisseaux d'ossements
humains. Ces ossements, mls d'ossements de chevaux,
ont t ramasss sur les champs de bataille
d'Austerlitz, de Leipsick, d'Ina, de Friedland, d'Eylau,
de Waterloo. On les a transports dans le Yorckshire, o
on les a broys et mis en poudre, et de l envoys
 Duncaster o on les vend comme engrais.
 Ainsi, dernier rsidu des victoires de l'empereur :
engraisser des vaches anglaises.  
    --- Victor HUGO   
%
 Tous les gouvernements ont de tout temps viol
tous les droits,  commencer par le droit des gens. Les
canons s'appelaient l'ultima ratio. Qui a force a droit, voil
quelle tait la maxime ; les petits tats dvors
par les grands ; les poules manges par les renards,
1es renards mangs par les loups, les loups mangs
par les lions, voil quelle tait la pratique. Ce
qui est une nouveaut, c'est le respect du droit. Ceci
est l'honneur de la civilisation du XIX<SUP>e</SUP> sicle de vouloir
que le faible soit respect par le fort, et que la morale
ternelle soit au-dessus des piques et des mousquets.  
    --- Victor HUGO   
%
 D'ordinaire les empires conqurants meurent d'indigestion.  
    --- Victor HUGO   
%
 HOSTILITES. - Les hostilits sont comme
les hutres, on les ouvre. "Les hostilits sont ouvertes."
Il semble qu'il n'y a plus qu' se mettre  table.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Bismarck, un jour qu'il avait bu, a prononc un
mot que la Prusse a recueilli, qu'elle a pris au srieux
et dont elle prira.
  -  La Force, a-t-il dit, prime le Droit.
 C'est l une vrit d'une heure, une vrit
momentane, et toute vrit qui n'est pas
ternelle n'est pas une vrit du tout.
 La Force prime si peu le Droit qu'en aucun cas elle ne l'engendre
et que le Droit, lui, au contraire, finit toujours par engendrer
la Force, qui en devient le mur de soutnement.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Il y a encore des sots qui coupent encore dans les phrases
sur l'arme, le drapeau, la patrie. Ces ides sont
aussi malfaisantes que les ides religieuses. Je ne sais
pas si le mtier d'officier n'est pas encore plus bas que
celui de prtre ou de magistrat. Alors que tout tre
aspire  la libert, se faire volontairement esclave,
machine  obir. Le besoin de dominer est aussi
bas que le besoin d'tre domin.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 La socit, qui a besoin d'individus dociles
et relativement honntes, maintient les hommes, en temps
de paix, sous un rseau de lois qui les rendent 
peu prs vertueux. Vienne la guerre : elle largit
les mailles de ce rseau et laisse les hommes livrs
 leurs plus bas et plus cruels instincts, que, par besoin
social encore, elle qualifie d'hrosme. En un mot,
ce qui, en temps de paix, est un dlit et un crime, devient
alors un acte de bravoure et de patriotisme.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les scandales qui se rvlent en ce moment
me donnent une jouissance intense. Enfin, il n'y a pas au monde
que les imbciles, je parle des deux cts,
qui se font trouer la peau. Il y a aussi les malins qui emplissent
leurs poches. Quel beau pamphlet on pourrait crire, cinglant,
moqueur, joyeux, pitoyable, mprisant, comique, semblable
 un grand clat de rire, sur tout cela. D'un ct
les imbciles, les hros, comme ou dit, le malheureux
troupeau, parti ivre de grandes phrases, saoul de mensonges,
pour tuer et se faire tuer, leurs veuves plus ou moins plonges
dans le chagrin. De l'autre, les grands coquins faisant superbement
leurs affaires, tout en criant : La patrie avant tout, gloire
aux hros. Ah ! il faudrait un grand talent, quel
beau morceau ce serait. Pour moi, je jubile. Mieux, je jouis intellectuellement
de cet admirable spectacle social. Je n'aime pas la btise,
l'imbcillit servile, la jocrisserie. J'apprcie
bien autrement les malins qui ont su faire leurs affaires, que
les mille pauvres diables qui n'ont su que mourir pour de prtendus
grands mots. Au moins, il y aura eu dans cette histoire quelques
individus intelligents.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 On a dbaptis l'eau de Cologne, devenue
Eau de Louvain, les chiens de berger allemands, devenus des bergers
alsaciens, la rue de Berlin, devenue rue de Lige, et les
propritaires de la rue Richard-Wagner l'ont mue
en rue Albric-Magnard. J'espre bien qu'
la paix on dbaptisera la rue de la Victoire.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'apothose de la guerre continue dans les journaux
avec tous les dithyrambes  propos du Marchal Foch.
Les hommes sont serviles incurablement. Ils ont besoin d'admirer
et de se courber. Le "chef" en quelque domaine que ce soit, surtout
dans le domaine militaire, est pour eux d'une essence suprieure
 la leur et ils vont, dans cette vnration,
jusqu'au sacrifice. Ces discours, ce cortge, cette apothose
sur des milliers de morts, ces anciens combattants fiers de s'exhiber
et avides de saluer la dpouille de leur chef, il n'y a
pas  dire, il y a l une idoltrie digne
des peuplades les plus sauvages. La vraie civilisation est encore
loin, si elle vient jamais.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je ne sais pourquoi, je me suis rappel un mot
qu'on a prt  Clemenceau quand il a pris
en main les affaires de la guerre : "La guerre est une affaire
trop srieuse pour qu'on la confie  des militaires."
Evidemment, cela ressemble  une boutade, peut passer
pour un paradoxe. Pourtant, il semble bien qu'il y ait l
l'expression d'un grand bon sens, d'un jugement clairvoyant 
l'gard des capacits intellectuelles du monde des
officiers en gnral. Si on prend un garon
de vingt ans qui choisit la carrire militaire, qui entre
aux Ecoles par lesquelles il faut passer pour devenir officier,
on peut bien dire que ce qui l'attire, ce qui lui plat,
ce qui dcide de son choix, c'est l'uniforme, c'est le
sabre au ct, c'est le prestige, c'est l'ide
d'autorit sur d'autres, le got du commandement,
la prsance qu'il y voit dans la socit,
toutes raisons assez enfantines, somme toute, et qui relvent
trs peu de l'intelligence vraie, critique et profonde.
Un  attrait de gloriole, pour tout dire. Ce n'est pas la vie militaire
qui l'lvera au-dessus de tout cela. Au contraire.
Il est connu que le monde des officiers, dans son ensemble, est
compos de bien pauvres bonshommes au point de vue intellectuel.
Si on renonce aux considrations de btise civique
et patriotique, ce ne sont jamais eux qui concourent 
la grandeur spirituelle (la seule qui compte, en dfinitive)
d'aucun pays. Je pose en fait qu'un homme vritablement
intelligent ne s'avise pas de vouloir tre officier ou prtre.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Albert Dauzat rappelle, dans La Volont, en parlant
du dernier volume des Mmoires de Poincar, ce que
disait frquemment le comte Albert de Mun : qu'il
faudrait une bonne guerre pour purifier et moraliser la France.
 La guerre purificatrice et moralisatrice !
 Sottise qui n'est pas neuve. Voir Joseph de Maistre.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 C'est Fernand Vandrem qui a eu l'ide,
 -  dont on parle  -  de donner la croix
de guerre  la Tour Eiffel. On est renseign sur
l'esprit d'un homme aprs ce trait.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Celui qui parle de la paix a plus d'avenir que celui qui
parle de la guerre. Car la guerre n'est qu'un tat passager.
On la fait pour arriver  la paix, tandis qu'on ne fait
pas la paix pour rcolter la guerre.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'existence des voisins est la seule dfense des
nations contre une perptuelle guerre civile.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ceux qui exposent leur vie jugent peut-tre qu'ils
donnent assez. Examinons ceux qui n'exposent point leur vie. Beaucoup
se sont enrichis, soit  fabriquer pour la guerre, soit
 acheter et revendre mille denres ncessaires
qui sont demandes  tout prix. J'admets qu'ils
suivent les prix ; les affaires ont leur logique, hors de
laquelle elles ne sont mme plus de mauvaises affaires.
Bon. Mais, la fortune faite, ne va-t-il pas se trouver quelque
bon citoyen qui dira : "J'ai gagn deux ou dix millions ;
or j'estime qu'ils ne sont pas  moi. En cette tourmente
o tant de nobles hommes sont morts, c'est assez pour moi
d'avoir vcu ; c'est trop d'avoir bien vcu ;
je refuse une fortune ne du malheur public ; tout
ce que j'ai amass est  la patrie ; qu'elle
en use comme elle voudra ; et je sais que, donnant ces millions,
je donne encore bien moins que le premier fantassin venu" ?
Aucun citoyen n'a parl ainsi. Aucune runion d'enrichis
n'a donn  l'Etat deux ou trois cent millions.
Or si la patrie tait rellement aime plus
que la vie, on connatrait ce genre d'hrosme,
et mme, puisque celui qui donne sa vie devait la donner,
les hros du coffre-fort donneraient encore moins que leur
d.  
    --- ALAIN   
%
 Je veux dire ici quelque chose que l'on ne discutera point ;
c'est qu'il faut se dfier beaucoup des opinions et des
sentiments de l'lite au sujet de la guerre. Pourquoi ?
Parce que l'lite trouve trop d'avantages dans cet ordre
resserr que la guerre impose. Qu'un banquier, un chef
d'industrie, et mme un inventeur ambitieux y trouvent occasion
de dominer, cela est connu. Mais il faut dire que tous ceux qui
exercent un pouvoir retrouvent en cet tat violent l'importance
et la majest, idoles presque oublies aux temps
heureux de la paix. Le jeu de la force a des suites effrayantes ;
le simple citoyen en fait le compte, et considre comme
vident pour tous que la guerre est le plus grand des maux ;
d'o il conclut trop vite que tout homme,  toute
place, s'efforce contre la guerre, et que, donc, si la guerre
vient, c'est qu'on ne pouvait y chapper. Ide funeste,
qui frappe de strilit tous les sentiments pacifiques.  
    --- ALAIN   
%
 Mes rflexions n'iront donc point contre ce principe
que me rappelait une femme cultive, comme nous discutions
assez vivement sur la guerre et sur la paix. "L'honneur, disait-elle,
est plus prcieux que la vie." Sur quoi je fis cette remarque
cruelle, mais juste,  ce qu'il me semble : "Vous
choisissez, lui dis-je, prsentement entre votre honneur
et la vie des autres." Cette pense irrite au premier moment ;
je la crois pourtant capable d'apaiser, chez ceux qui ne mettent
point leur vie au jeu. Je compte ici, pour apaiser l'honneur,
sur l'honneur mme.  
    --- ALAIN   
%
 Il y a un certain esprit religieux, qui n'est pas le meilleur,
et qui s'accorde avec la guerre par le dessous, comme on peut
voir chez bon nombre d'officiers que je prends pour sincres.
D'abord cette ide que l'homme n'est pas bon, et, en consquence,
que l'preuve la plus dure est encore mrite.
Aussi l'ide que, selon l'impntrable justice
de Dieu, l'innocent paie pour le coupable. Enfin cette ide
aussi que notre pays, lger et impie depuis tant d'annes,
devait un grand sacrifice. Sombre mystique de la guerre, qui s'accorde
avec l'ennui, la fatigue et la tristesse de l'ge.  
    --- ALAIN   
%
 Pour ou contre la guerre. Il s'agit de juger ; j'entends
de dcider au lieu d'attendre les preuves. Situation singulire ;
si tu dcides pour la guerre, les preuves abondent, et
ta propre dcision en ajoute encore une ; jusqu'
l'effet, qui te rendra enfin glorieux comme un docteur en politique.
"Je l'avais bien prvu." Eh oui. Vous tiez milliers
 l'avoir prvu ; et c'est parce que vous l'avez
prvu que c'est arriv.
 Contre ce vertige d'esprit, ne cherches point de preuves. Tant
qu'un homme libre n'a pas prononc contre la guerre, il
n'y a pas de preuve. Mais toi, si tu juges contre, ce sera une
forte preuve. Ne t'aides donc point de preuves, et marches sans
bquilles. Dcides d'aprs ton gouvernement
intrieur et souverainement. C'est ainsi qu'il faut faire,
ds qu'il s'agit non de ce qui est, mais de ce qui doit
tre.  
    --- ALAIN   
%
 Vous n'avez pas rv, non ; vous avez
bien lu que la croix de guerre fut solennellement donne
 un pigeon, selon les phrases consacres :
"A assur la liaison entre l'infanterie et l'artillerie
malgr un bombardement violent." Cela, si on l'examine,
dpasse ce que les plus hardis comiques ont oss.
Mais on n'examine point ; tout est sacr, l'oiseau,
la phrase et le personnage. Tu commences par rire du pigeon, de
la phrase et du personnage ; mais, le personnage et la phrase,
tu t'aperois qu'il est dfendu d'en rire. Des milliers
de pigeons t'entraneraient  te moquer de trop de
choses. On dcore des villes. On dcore un officier
parce que son abri s'est croul sur lui. On qualifie
d'intrpides et de fidles des troupes dont on sait
qu'elles s'enfuient aussi bien qu'elles attaquaient, ds
que les grads sont tus. Que restera-t-il, si tu
commences  ne pas croire ? Tu aperois d'un
regard cet immense difice, qui vacille par ton doute.
Aussi ton rire s'arrte net et fait place  un srieux
incroyable, qui me gagne moi-mme.  
    --- ALAIN   
%
 Les guerres sont peut-tre premirement un
remde  l'ennui ; on expliquerait ainsi que
ceux qui sont les plus disposs  accepter la guerre,
sinon  la vouloir, sont souvent ceux qui ont le plus 
perdre. La crainte de mourir est une pense d'oisif, aussitt
efface par une action pressante, si dangereuse qu'elle
soit. Une bataille est sans doute une des circonstances o
l'on pense le moins  la mort. D'o ce paradoxe :
mieux on remplit sa vie, moins on craint de la perdre.  
    --- ALAIN   
%
 [...] le pur systme de la force se dtruit
ds qu'il s'avoue. Toutes les puissances furent trahies
dans l'histoire ; on les trahit ds qu'on les croit
faibles ; ds qu'elles le sont, la trahison est faite.
Voyez la chute de Napolon ou la mort de Wallenstein. Ces
capitaines comptaient encore sur l'amiti ; ils avaient
bien tort. La force tue tout ce qui n'est pas elle. Chacun gouverne
alors pour soi-mme autant qu'il peut. Toutefois c'est une
morale qu'on ne s'est jamais avis d'enseigner aux enfants.
Peut-on enseigner, de la part du tyran, que chacun a le droit
de tuer le tyran, pourvu qu'il y arrive ?  
    --- ALAIN   
%
 Dans cette terrible guerre moderne, il n'y a plus cette
slection des anciens combats, o souvent l'homme
vigoureux, intrpide, matre de lui-mme avait
quelques chances de revenir. Ainsi, dans L'Iliade, il parat
naturel que les plus forts et les plus courageux soient invincibles,
ou tout au moins durent plus longtemps que les autres. Ulysse
revient dans sa patrie. Mais, dans nos guerres, lorsqu'il s'agit
d'enlever une position sous le feu, le plus vif et le plus noble
des hommes marche  une mort certaine ; il ouvre le
chemin, mais il tombe avant le triomphe ; car le courage
ne peut rien contre la balle ou l'obus. La guerre n'est plus une
preuve pour les hros, mais un massacre des hros.
On fait la guerre afin d'tre digne de la paix ; mais
les plus dignes n'y sont plus quand on fait la paix.  
    --- ALAIN   
%
 Le malheur est que la guerre est la seule action politique
qui soit faite virilement. Tout ce que l'on fait pour la paix,
on le veut faire couch ou abrit. Il y avait des
risques  occuper la Ruhr. Il y a des risques 
dclarer la paix ; on ne le fait point. Ainsi la partie
n'est pas gale. L'homme fait la guerre par libert,
mais il attend la paix ; il voudrait que la paix se fit toute
seule. Qui prendra le militaire pour modle ? Qui
osera faire la paix comme on fait la guerre ?  
    --- ALAIN   
%
 Tant que le militaire ne tue pas, c'est un enfant. On
l'amuse aisment. N'ayant pas l'habitude de penser, ds
qu'on lui parle il est forc pour essayer de vous comprendre
de se rsoudre  des efforts accablants.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 Nul homme capable de piti n'aurait le triste courage
de cacher  la jeunesse de notre pays une vrit
dsormais trop vidente, qui la vise entre les deux
yeux ainsi que la bouche noire d'un browning : la guerre
est l'tat normal, naturel, ncessaire, d'une socit
qui se flatte de ne devoir absolument rien aux expriences
du pass, s'organise pour suivre pas  pas la science
dans ses perptuelle transformations. La loi de ce monde
sera la plus dure des lois biologiques, celle de la concurrence
vitale. Il se condamne  dtruire sans cesse sous
peine de fixation, d'arrt, c'est--dire de mort.
D'ailleurs toute destruction est lgitime, puisqu'elle
ouvre la voie au progrs, coupe  l'humanit
en marche le chemin de la retraite.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Qu'une guerre soit rellement une juste guerre,
nul, je pense, ne saurait l'affirmer avant la paix. Ce sont les
paix justes qui font les guerres justes.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 ... l'avez- vous remarqu ? ce sont toujours
Ptain ou Foch qui gagnent les guerres et ce sont toujours
les Franais qui les perdent.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 La guerre ne laisse aux survivants que des cimetires
 se partager.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Chacun sait que les armes de dissuasion ne sont efficaces
que si l'on ne s'en sert pas.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 De tous les hommes, le hros est celui qui pense
le moins  la mort. Pourtant, nul n'y aspire, d'une faon
inconsciente, il est vrai, autant que lui. Ce paradoxe dfinit
sa condition : volupt de mourir, sans le sentiment
de la mort.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La guerre donne de l'avancement  ceux qui ne reculent
pas.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Cinquante ans sans guerre c'est long. Pas pour les militaires
qui prfrent mourir dans leur lit mais pour les
industriels et pour les maons.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Chassons entirement les viles habitudes, comme
des hommes mauvais qui pendant longtemps nous ont grandement nui.  
    --- EPICURE   
%
 Toute habitude, toute facult sont conserves
et accrues par les actes correspondants, l'habitude de se promener
par la promenade, l'habitude de courir par la course. Si l'on
veut tre capable de lire ou d'crire, qu'on lise
ou qu'on crive. Si vous cessez de lire trente jours de
suite, si vous faites autre chose, vous verrez ce qui arrivera.
Restez couch dix jours, levez-vous et essayez de faire
une promenade un peu longue, vous verrez combien vos jambes sont
lches. En gnral, si vous voulez crer
quelque habitude, pratiquez ; si vous voulez ne plus l'avoir,
cessez de pratiquer et habituez-vous plutt  une
autre pratique qui remplace la premire. Il en est ainsi
dans les choses de l'me : lorsque vous vous mettez
en colre, sachez bien que non seulement c'est un mal qui
vous arrive actuellement, mais que vous avez accru votre disposition
 la colre et que vous avez jet des broussailles
sur le feu. Lorsque vous succombez  quelqu'un dans le
commerce charnel, ne pensez pas qu'il y ait l une unique
dfaite, pensez que vous avez entretenu et accru votre
incontinence. Il est impossible que les actes correspondants ne
fassent pas natre des habitudes et des dispositions, si
elles n'existaient pas auparavant ou, sinon, ne les augmentent
et ne les renforcent.  
    --- EPICTETE   
%
 Rien de plus absurde que de violenter les habitudes, sous
prtexte de servir les intrts. Le premier
des intrts, c'est d'tre heureux, et les
habitudes forment une partie essentielle du bonheur.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Chaque fois qu'on perd une habitude, il semble qu'on perde
quelque chose de la vie. Et dans le fait la vie n'est que la plus
grande et la plus longue de nos habitudes.  
    --- Victor HUGO   
%
 Habitude. - Toute habitude rend notre main plus spirituelle
et notre esprit plus malhabile.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Tout homme tend  devenir machine. Habitude, mthode,
matrise, enfin  -  cela veut dire machine.  
    --- Paul VALERY   
%
 La fortune ne nous fait ny bien ny mal : elle nous
en offre seulement la matiere et la semence, laquelle nostre ame,
plus puissante qu'elle, tourne et applique comme il luy plait,
seule cause et maistresse de sa condition heureuse ou malheureuse.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Il n'y a point d'accidents si malheureux dont les habiles
gens ne tirent quelque avantage, ni de si heureux que les imprudents
ne puissent tourner  leur prjudice.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 La fortune ne parat jamais si aveugle qu'
ceux  qui elle ne fait pas de bien.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Il faut gouverner la fortune comme la sant :
en jouir quand elle est bonne, prendre patience quand elle est
mauvaise, et ne faire jamais de grands remdes sans un
extrme besoin.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Dans les grandes affaires on doit moins s'appliquer 
faire natre des occasions qu' profiter de celles
qui se prsentent.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Pour tre un grand homme, il faut savoir profiter
de toute sa fortune.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Il y a peut-tre plus d'hommes qui ont manqu
aux occasions, qu'il n'y en a  qui les occasions ont manqu.  
    --- LA BEAUMELLE  
%
 Il est incontestable qu'il faut faire dans l'histoire une
large part  la force, au caprice, et mme 
ce qu'on peut appeler le hasard, c'est--dire 
ce qui n'a pas de cause morale proportionne  l'effet.  
    --- Le hasard dans l'histoire   
%
 Les ngateurs du hasard. - Nul vainqueur ne croit
au hasard.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le hasard.
 Le hasard n'a pas de Commandements. Il peut tout, il veut tout
et il fait tout, mais il ne s'oppose  rien, ne dfend
rien. Essayez de dire : Le hasard n'a pas voulu, le hasard
n'a pas permis, le hasard est offens, le hasard punit,
vous n'y parviendrez jamais. Avec lui pas de transgression possible,
pas de pch. Quand on fait la noce, c'est assez
amusant, je ne dis pas non, mais,  la longue, c'est exasprant...  
    --- Lon BLOY   
%
 L'homme a appel Hasard la cause de toutes les
surprises, la divinit sans visage qui prside 
tous les espoirs insenss,  toutes les craintes
sans mesure, qui djoue les calculs les plus soigneux,
qui change les imprudences en dcisions heureuses, les
plus grands hommes en jouets, les ds et les monnaies en
oracles ; qui fait les batailles comparables  des
parties...
 Le Hasard ne se peut regarder fixement.  
    --- Paul VALERY   
%
 Un homme tirait au sort toutes ses dcisions. Il
ne lui arriva pas plus de mal qu'aux autres qui rflchissent.  
    --- Paul VALERY   
%
 Quand un artiste dit qu'on ne lui a pas donn sa
chance, il devrait aussi compter le nombre de fois o la
chance s'est dplace pour rien.  
    --- COLUCHE   
%
 Nous pouvons paratre grands dans un emploi au-dessous
de notre mrite, mais nous paraissons souvent petits dans
un emploi plus grand que nous.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Je crois pouvoir dire d'un poste minent et dlicat
qu'on y monte plus aisment qu'on ne s'y conserve.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 En gnral, on exige trop de talents pour
les petits emplois, et on en exige trop peu pour les grands.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 La familiarit irrite chez un suprieur,
parce qu'on ne peut la lui rendre.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Un chef est un homme qui a besoin des autres.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ds que l'on met deux hommes ensemble sur le mme
territoire gratifiant, il y a toujours eu jusqu'ici un exploiteur
et un exploit, un matre et un esclave, un heureux
et un malheureux, et je ne vois pas d'autre faon de mettre
fin  cet tat de choses que d'expliquer 
l'un et  l'autre pourquoi il en a toujours t
ainsi. Comment peut-on agir sur un mcanisme si on en ignore
le fonctionnement ? Mais, videmment, ceux qui profitent
de cette ignorance, sous tous les rgimes, ne sont pas
prts  permettre la diffusion de cette connaissance.
Surtout que le dficit informationnel, l'ignorance, sont
facteurs d'angoisse et que ceux qui en souffrent sont plus tents
de faire confiance  ceux qui disent qu'ils savent, se
prtendent comptents, et les paternalisent, que
de faire eux-mmes l'effort de longue haleine de s'informer.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Un chef, c'est un type qui a une mentalit d'employ
mais qui ne veut pas le rester.  
    --- COLUCHE   
%
 L'histoire est bonne  oublier ; c'est pour
cela qu'elle est bonne  savoir.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'histoire (a trs bien dit quelqu'un) est encore
plus propre  nous donner de la patience que de la prvoyance.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'histoire ancienne, ce miroir o l'on aime 
voir le temps prsent reprsent.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Dans l'histoire, les personnages qui n'ont pas eu la tte
coupe, et les personnages qui n'ont pas fait couper de
ttes disparaissent sans laisser de traces. 
 Il faut tre victime ou bourreau, ou sans aucune importance.

 Si Richelieu n'et pas us de la hache, Robespierre,
de la guillotine, l'un serait moindre, l'autre totalement effac.
Tout ceci est d'un mauvais exemple.  
    --- Paul VALERY   
%
 "Les peuples heureux n'ont pas d'histoire. "
 D'o s'infre que la suppression de l'histoire
ferait les peuples plus heureux.
 Le moindre regard sur les vnements de ce monde
retrouve cette mme conclusion. L'oubli est le bienfait
que veut corrompre l'histoire.
 Rien dans l'histoire n'est pour enseigner aux humains la possibilit
de vivre en paix. L'enseignement contraire s'en dgage,
 -  et se fait croire.  
    --- Paul VALERY   
%
 L'Histoire est le produit le plus dangereux que la chimie
de l'intellect ait labor. Ses proprits
sont bien connues. Il fait rver, il enivre les peuples,
leur engendre de faux souvenirs, exagre leurs rflexes,
entretient leurs vieilles plaies, les tourmente dans leur repos,
les conduit au dlire des grandeurs ou  celui de
la perscution, et rend les nations amres, superbes,
insupportables et vaines.
 L'Histoire justifie ce que l'on veut. Elle n'enseigne rigoureusement
rien, car elle contient tout, et donne des exemples de tout.  
    --- Paul VALERY   
%
 Si les violents pouvaient tre intelligents, ils
auraient tout, ils pourraient tout. Mais comme il faut choisir,
et parce que le recours  la force rend stupide, il y a
beau temps que les violents sont mens par les ngociateurs ;
les replis, les dtours, les hsitations, les atermoiements,
au cours de cette victoire invitable de ceux qui savent
composer, c'est ce qui fait le tissu de l'histoire.  
    --- ALAIN   
%
 Je sais bien que certains prtendent que le stalinisme
a t prvu. Mais, alors, pourquoi n'a-t-il
pas t vit ? Le danger de
l'histoire, c'est de faire croire aprs coup  une
causalit linaire qui n'existe jamais.  
    --- Henri LABORIT   
%
 L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ;
mais c'est un roseau pensant. Il ne faut pas que l'univers entier
s'arme pour l'craser : une vapeur, une goutte d'eau,
suffit pour le tuer. Mais, quand l'univers l'craserait,
l'homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu'il
sait qu'il meurt, et l'avantage que l'univers a sur lui, l'univers
n'en sait rien.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Car enfin qu'est-ce que l'homme dans la nature ?
Un nant  l'gard de l'infini, un tout 
l'gard du nant, un milieu entre rien et tout.
Infiniment loign de comprendre les extrmes,
la fin des choses et leur principe sont pour lui invinciblement
cachs dans un secret impntrable, galement
incapable de voir le nant d'o il est tir,
et l'infini o il est englouti.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Le silence ternel de ces espaces infinis m'effraie.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 L'homme n'est ni ange ni bte, et le malheur veut
que qui veut faire l'ange fait la bte.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Qui veut dtruire les passions au lieu de les rgler
veut faire l'ange.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Ne nous emportons point contre les hommes en voyant leur
duret, leur ingratitude, leur injustice, leur fiert,
l'amour d'eux-mmes, et l'oubli des autres : ils sont
ainsi faits, c'est leur nature, c'est ne pouvoir supporter que
la pierre tombe ou que le feu s'lve.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Un homme, c'est cette crature avec qui vous voudriez
toujours avoir affaire, que vous voudriez trouver partout, quoique
vous ne vouliez jamais lui ressembler.  
    --- MARIVAUX   
%
 Que l'homme soit la plus noble des cratures, voil
qui se laisse aussi prouver par le fait qu'aucune autre ne lui
a contest cette affirmation.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Contre-preuve, ngatif, d'une phrase illustre :

 Le vacarme intermittent des petits coins o nous vivons
nous rassure.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les hommes se distinguent par ce qu'ils montrent et se
ressemblent par ce qu'ils cachent.  
    --- Paul VALERY   
%
 L'homme, disait M..., est un sot animal, si j'en juge
par moi.  
    --- CHAMFORT   
%
 Pour connatre l'homme, il suffit de s'tudier
soi-mme ; pour connatre les hommes, il faut
les pratiquer.
 Je connais trs peu les hommes. Mes tudes ont
t sur l'homme.  
    --- STENDHAL   
%
 La dignit humaine, en vrit, est
reconnue dans la nature ; lorsqu'on veut loigner
les oiseaux des arbres, on dispose quelque chose qui ressemble
 un homme et, mme lointaine, cette ressemblance
de l'pouvantail avec un homme suffit  inspirer
le respect.  
    --- Sren KIERKEGAARD   
%
 La femme est un roseau dpensant.  
    --- Jules RENARD   
%
 Btise humaine. "Humaine" est de trop : il
n'y a que les hommes qui soient btes.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'homme est un animal qui a la facult de penser
quelque fois  la mort.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'homme, ce condamn  mort.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je sais enfin ce qui distingue l'homme de la bte :
ce sont les ennuis d'argent.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le singe : un homme qui n'a pas russi.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il a toujours profondment mpris
la nature humaine, en raison mme de l'chantillon
que lui renvoyait son miroir.  
    --- A propos de Clmenceau   
%
 L'homme commence par tre un tube digestif, ensuite
un sexe, parfois un cerveau.  
    --- Jos ARTUR   
%
 Ce qui est naturel en l'homme n'est pas humain ;
ce qui est humain n'est pas naturel. Ou plus exactement, il faut
distinguer l'humanit biologique (la filiation selon la
chair : la nature de l'homme) et l'humanit historique
(la filiation selon l'esprit : la culture). La premire,
que transmet l'hrdit, suffit 
me donner des droits ; mais seule la seconde, que transmet
l'ducation, me donne des devoirs  -  
commencer par celui de respecter la premire !  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Je m'tonne de trouver dans le dictionnaire les
mots "modeste" et "modestie". Rien dans le comportement de l'homme
n'est modeste puisqu'il se situe lui-mme en tte
de toutes les espces, ne cesse d'admirer le chemin parcouru
depuis le cousin Nandertal et s'attribue la mme
image que le Dieu qu'il remercie de l'avoir ainsi fait.
 Pas de quoi tre fier : nous sommes les "beaufs" de
la cration, les parvenus du systme solaire, les
nouveaux riches du cosmos.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Il est des maux dont on convient facilement, d'autres
non. On ne conviendra jamais qu'on est priv de bon sens
ou d'intelligence ; tout au contraire on entend tout le monde
dire : "Ah ! si j'avais autant de chance que d'intelligence !"
On reconnat facilement qu'on est timide ; on dit :
"Je suis un peu timide, je l'avoue ; mais d'ailleurs, tu
ne me trouveras pas sot". On ne conviendra pas facilement que
l'on n'est pas matre de soi, et pas du tout qu'on est injuste,
jaloux ou curieux ; mais on convient en gnral
qu'on est accessible  la piti. Quelle en est la
cause ? La principale, c'est la contradiction et la confusion
dans nos ides sur le bien et le mal : mais la cause
est diffrente selon les hommes en gnral,
on n'avoue pas que l'on est ce que l'on imagine qu'il est honteux
d'tre.  
    --- EPICTETE   
%
 Nous aurions souvent honte de nos plus belles actions
si le monde voyait tous les motifs qui les produisent.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Un peu de honte est vite passe, et nous pargne
parfois beaucoup de misre. On raconte des hirondelles
de Laponie que, par crainte du froid, elles passent l'hiver plonges
dans la vase.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Prends garde de ne pas avoir,  l'gard
des misanthropes, les sentiments que les misanthropes ont 
l'gard des hommes.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Les hommes sont faits les uns pour les autres. Donc instruis-les
ou supporte-les.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Il se peut que tout le dveloppement humain n'ait
pas plus de consquence que la mousse ou le lichen dont
s'entoure toute surface humecte. Pour nous, cependant,
l'histoire de l'homme garde sa primaut, puisque l'humanit
seule, autant que nous savons, cre la conscience de l'univers.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Ma conviction intime est que la religion de l'avenir sera
le pur humanisme, c'est--dire le culte de tout ce qui
est de l'homme, la vie entire sanctifie et leve
 une valeur morale.  
    --- Ernest RENAN   
%
 [...] rien n'est humain comme l'humanisme. Mais rien n'est
inhumain comme l'humanitarisme.  
    --- Lon DAUDET   
%
 L'humanisme a pour fin la libert dans le sens
plein du mot, laquelle dpend avant tout d'un jugement
hardi contre les apparences et prestiges. Et l'humanisme s'accorde
au socialisme, autant que l'extrme ingalit
des biens entrane l'ignorance et l'abrutissement des pauvres,
et par l fortifie les pouvoirs. Mais il dpasse
le socialisme lorsqu'il dcide que la justice dans les
choses n'assure aucune libert relle du jugement
ni aucune puissance contre les entranements humains mais
au contraire tend  dcouronner l'homme par la prpondrance
accorde aux conditions infrieures du bien-tre,
ce qui engendre l'ennui socialiste, suprme espoir de l'ambitieux.
L'humanisme vise donc toujours  augmenter la puissance
relle en chacun, par la culture la plus tendue,
scientifique, esthtique, morale. Et l'humaniste ne connat
de prcieux au monde que la culture humaine, par les oeuvres
minentes de tous les temps, en tous, d'aprs cette
ide que la participation relle  l'humanit
l'emporte de loin sur ce qu'on peut attendre des aptitudes de
chacun dveloppes seulement au contact des choses
et des hommes selon l'empirisme pur. Ici apparat un genre
d'galit qui vit de respect, et s'accorde avec
toutes les diffrences possibles, sans aucune idoltrie
 l'gard de ce qui est nombre, collection ou troupeau.
Individualisme, donc, mais corrig par cette ide
que l'individu reste animal sous la forme humaine sans le culte
des grands morts. La force de l'humanisme est dans cette foule
immortelle.  
    --- ALAIN   
%
 La misanthropie n'est pas mon fort ; c'est trop donner
aux autres ;  
    --- Raymond QUENEAU   
%
 L'anarchiste, c'est l'homme qui veut le bien de l'humanit
envers et contre tous, c'est celui qui refuse de "comprendre",
de vivre malgr tout, quand mme. Ne confondons jamais
l'anarchiste avec le misanthrope. Ils se contrarient totalement.
Alors que celui-ci dit non en se retirant, calmant son dpit
avec les animaux, la nature ou les livres, celui-l n'entend
pas tre un vaincu, lutte. Il dit non et oui  la
fois, bouscule les murs, drange les paperasses. L'anarchiste
croit en l'homme, c'est  dire en l'avenir. Le misanthrope
renonce, s'accepte dernier homme libre parmi les sauvages.  
    --- Georges PERROS   
%
 Je vous hais, je hais toute l'humanit.
 Plus je connais les hommes, plus j'aime mon chien.
 Plus je connais les femmes, moins j'aime ma chienne.  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Cessons de rver l'homme, cessons de faire de l'humanisme
une religion : ce ne serait qu'un narcissisme gnralis
ou hypostasi. L'homme n'est grand que dans la conscience
qu'il a de sa misre. Il n'est humain qu' condition
de renoncer  la divinit. L'homme, par exemple,
n'est ni matre ni possesseur de la nature : si l'humanisme
n'est pas un sous-ensemble de l'cologisme, il ne saurait
non plus justifier une quelconque indiffrence 
l'environnement ou aux autres espces vivantes. La nature
n'est pas Dieu, l'homme n'est pas Dieu : il n'y a pas de
Dieu du tout, et c'est en quoi l'humanit est en charge
d'elle-mme, de la nature et de l'esprit.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 L'homme du meilleur esprit est ingal, il souffre
des accroissements et des diminutions, il entre en verve, mais
il en sort : alors, s'il est sage, il parle peu, il n'crit
point, il ne cherche point  imaginer ni  plaire.
Chante-t-on avec un rhume ? ne faut-il pas attendre que la
voix revienne ?  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 [...] je vous dirai que parmi les hommes je n'ai encore
trouv que la joie de raisonnable, parce que les gens qui
aiment la joie n'ont point de vanit : tout va bien,
pourvu qu'ils se rjouissent, et c'est penser 
merveille : ce n'est pas avoir de l'esprit que d'tre
autrement.  
    --- MARIVAUX   
%
 C'est par son humeur qu'on plat ou qu'on dplat
et par le fonds de son caractre qu'on se fait aimer ou
har.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il y en a qui n'ont tout leur esprit que lorsqu'ils sont
de bonne humeur, et d'autres que lorsqu'ils sont tristes.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La tristesse, lorsqu'on connat le monde, prouve
qu'on a des passions que l'impossibilit de les satisfaire
n'a pas encore pu gurir.
 La tristesse de qui ne connat pas le monde, prouve la
lchet qui dsespre de russir.  
    --- STENDHAL   
%
 L'homme qui choue en quelque chose aime mieux
rapporter cet chec  la mauvaise volont
d'un autre qu'au hasard. Sa surexcitation est allge
par le fait de s'imaginer qu'une personne et non une chose est
cause de son chec ; car on peut se venger des personnes,
force est bien d'avaler les injures du destin.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Pourquoi m'appelle-t-on mauvais coucheur ? Je couche
avec si peu de gens !  
    --- Jules RENARD   
%
 Certes, il y a de bons et de mauvais moments, mais notre
humeur change plus souvent que notre fortune.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je dis, moi : "Comment russir n'importe quoi
sans la bonne humeur ?" Que les dbutants en croient
mon exprience ; elle est la premire condition
du succs. Mon pre appelait, dans ses meilleurs
rves, le marchand de bonheur. J'appelle le professeur de
bonne humeur. Quelqu'un qui me touche de prs, et que j'admire,
rpte aussi : "Les pauvres eux-mmes
devraient demander l'aumne en plaisantant, afin de ne pas
attrister les riches. Ils feraient des recettes beaucoup plus
belles."  
    --- Lon DAUDET   
%
 Voici une petite pluie ; vous tes dans la
rue, vous ouvrez votre parapluie ; c'est assez. A
quoi bon dire : "Encore cette sale pluie !" ; cela
ne leur fait rien du tout aux gouttes d'eau, ni au nuage, ni au
vent. Pourquoi ne dites-vous pas aussi bien : "Oh !
la bonne petite pluie !" Je vous entends, cela ne fera rien
du tout aux gouttes d'eau ; c'est vrai ; mais cela vous
sera bon  vous ; tout votre corps se secouera et
vritablement s'chauffera, car tel est l'effet
du plus petit mouvement de joie ; et vous voil comme
il faut tre pour recevoir la pluie sans prendre un rhume.  
    --- ALAIN   
%
 Affectif n'est pas la mme chose qu'affectueux.
Ce qu'il faut entendre sous le mot, c'est une liaison plus troite
des penses avec les sources de la vie ; cette liaison
s'observe chez tous les malades, quel que soit le sexe ;
mais elle est normalement plus troite chez la femme, par
la prdominance naturelle des fonctions de grossesse et
d'allaitement, et de tout ce qui s'y rattache. D'o des
changements d'humeur dont les causes sont naturelles, mais dont
les effets donnent souvent l'apparence de la fantaisie, de l'incohrence,
de l'obstination. Sans aucune hypocrisie ; car il faut une
profonde sagesse, et fort rare dans le fait, pour expliquer un
mouvement d'humeur par ses vritables causes, attendu que
la vraie cause change aussi nos motifs. Si une fatigue 
peine sentie m'enlve le got de la promenade, elle
me fait trouver aussi des raisons de rester chez moi. On entend
souvent sous le nom de pudeur une dissimulation des vraies causes ;
je crois que c'est plutt une ignorance des vraies causes
et comme une transposition naturelle et presque invitable
des choses du corps en langage d'me.  
    --- ALAIN   
%
 Au risque de passer aux yeux de quelques-uns d'entre vous
pour un homme qui retarde et n'est pas  la page, je vous
dclare bien franchement que je prfre la
beaut  la laideur, la sant  la
maladie, la bonne ducation  la vulgarit
et la gaiet  la tristesse.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 La tristesse surgit chaque fois que la vie se dissipe ;
son intensit quivaut  l'importance des
pertes subies ; aussi est-ce le sentiment de la mort qui
provoque la tristesse la plus grande. Elment rvlateur
de ce qui distingue la mlancolie de la tristesse :
on ne qualifiera jamais un enterrement de mlancolique.
La tristesse n'a aucun caractre esthtique - rarement
absent de la mlancolie.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Dans un monde sans mlancolie, les rossignols se
mettraient  roter.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On est souvent plus ombrageux pour ce que l'on recommande
que pour ce que l'on ralise, pour ce que l'on patronne
que pour ce que l'on cre.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Il y a de petits dfauts que l'on abandonne volontiers
 la censure, et dont nous ne hassons pas 
tre raills : ce sont de pareils dfauts
que nous devons choisir pour railler les autres.  
    --- Jean de LA BRUYERE  
%
 Tout homme qui raille veut avoir de l'esprit ; il
veut mme en avoir plus que celui qu'il plaisante. La preuve
en est que si ce dernier rpond, il est dconcert.
 Sur ce pied l, il n'y a rien de si mince que ce qui spare
un railleur de profession d'un sot ou d'un impertinent.
 Cependant il y a de certaines rgles que l'on peut observer
dans la raillerie, qui, bien loin de rendre le personnage d'un
railleur odieux, peuvent le rendre trs aimable.
 Il ne faut toucher que certains dfauts que l'on n'est
pas fch d'avoir, ou qui sont rcompenss
par de plus grandes vertus.
 On doit rpandre la raillerie galement sur tout
le monde, pour faire sentir qu'elle n'est que l'effet de la gaiet
o nous sommes, et non d'un dessein form d'attaquer
quelqu'un en particulier.
 Il ne faut point faire de raillerie trop longue et qui revienne
tous les jours : car on est cens mpriser
un homme, de cela seul qu'on lui a donn sur tous les autres
la prfrence continuelle de recevoir les saillies
qui viennent.
 Enfin, il faut avoir pour but de faire rire celui qu'on raille,
et non pas un tiers.
 Il ne faut pas se refuser  la plaisanterie : car
souvent elle gaye la conversation ; mais aussi il
ne faut pas avoir la bassesse de s'y livrer trop et tre
comme le but o tout le monde tire.  
    --- De la Raillerie
   
%
 C'est un fait, les rois dtestent la vrit.
Pourtant, il se passe quelque chose d'tonnant avec mes
sots : les rois les entendent avec plaisir dire non seulement
la vrit, mais encore ouvertement des critiques,
au point que les mmes paroles qui dans la bouche d'un sage,
vaudraient la mort, causent un plaisir incroyable profres
par un bouffon. C'est qu'il y a dans la vrit un
plaisir inn de plaire si l'on n'y ajoute rien d'offensant ;
mais ce don, les dieux l'ont rserv aux fous. C'est
 peu prs pour les mmes raisons que ce genre
d'homme plat tellement aux femmes, car elles sont naturellement
portes aux plaisirs et aux frivolits. Aussi quoi
qu'ils tentent avec elles, mme si c'est quelquefois trs
srieux, elles le prennent pour un jeu et une plaisanterie,
tant ce sexe est ingnieux, surtout pour voiler ses fautes.  
    --- Le paradoxe du bouffon   
%
 Celui qui ne sait point recourir  propos 
la plaisanterie, et qui manque de souplesse dans l'esprit, se
trouve trs souvent plac entre la ncessit
d'tre faux ou d'tre pdant, alternative fcheuse
 laquelle un honnte homme se soustrait, pour l'ordinaire,
par de la grce et de la gaiet.  
    --- CHAMFORT   
%
 C'est une rgle excellente  adopter sur
l'art de la raillerie et de la plaisanterie, que le plaisant et
le railleur doivent tre garants du succs de leur
plaisanterie  l'gard de la personne plaisante,
et que, quand celle-ci se fche, l'autre a tort.  
    --- CHAMFORT   
%
 C'est la plaisanterie qui doit faire justice de tous les
travers des hommes et de la socit. C'est par elle
qu'on vite de se compromettre. C'est par elle qu'on met
tout en place sans sortir de la sienne. C'est elle qui atteste
notre supriorit sur les choses et sur les personnes
dont nous nous moquons, sans que les personnes puissent s'en offenser,
 moins qu'elles ne manquent de gaiet ou de moeurs.
La rputation de savoir bien manier cette arme donne 
l'homme d'un rang infrieur, dans le monde et dans la meilleure
compagnie, cette sorte de considration que les militaires
ont pour ceux qui manient suprieurement l'pe.
J'ai entendu dire  un homme d'esprit : "Otez 
la plaisanterie son empire, et je quitte demain la socit."
C'est une sorte de duel o il n'y a pas de sang vers,
et qui, comme l'autre, rend les hommes plus mesurs et
polis.  
    --- CHAMFORT   
%
 Toutes les manires de nous exprimer sont bonnes
quand elles nous font bien entendre. Ainsi, si la clart
de nos penses clate mieux par quelque jeu de mots,
le jeu de mots est bon en ce cas l.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Mettre du srieux ou du grave dans la plaisanterie.
C'est toujours le srieux ou le grave qui attache l'me
tandis que la plaisanterie amuse l'esprit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Prendre au srieux.  -  L'intellect est
chez presque tout le monde une machine pesante, obscure et gmissante
qui est difficile  mettre en marche : ils appellent
cela "prendre la chose au srieux" quand ils veulent travailler
et bien penser avec cette machine  -  oh ! combien
ce doit tre pnible pour eux de "bien penser" !
La gracieuse bte humaine a l'air de perdre chaque fois
sa bonne humeur quand elle se met  bien penser ;
elle devient "srieuse" ! Et, "partout o il
y a rires et joies, la pense ne vaut rien" : c'est
l le prjug de cette bte srieuse
contre tout "gai savoir". Eh bien ! Montrons que c'est l
un prjug !  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Je ne ris pas de la plaisanterie que vous faites, mais
de celle que je vais faire.  
    --- Jules RENARD   
%
 Prendre la vie au srieux burlesque.  
    --- Jules RENARD   
%
 Un bon mot vaut mieux qu'un mauvais livre.  
    --- Jules RENARD   
%
  -  Vous dites a en riant !
  -  Je dis a en riant parce que c'est trs
srieux.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'humoriste, c'est un homme de bonne mauvaise humeur.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je ne dteste pas les gaffes. Elles prouvent la
droiture de l'esprit. Elles sont les gages comiques de notre bonne
foi.  
    --- Jules RENARD   
%
 Humour : pudeur, jeu d'esprit. C'est la propret
morale et quotidienne de l'esprit. Je me fait une haute ide
morale et littraire de l'humour.
 L'imagination gare. La sensibilit affadit.
 L'humour, c'est, en somme, la raison. L'homme rgularis.
 Aucune dfinition ne m'a suffi.
 D'ailleurs, il y a de tout dans l'humour.  
    --- Jules RENARD   
%
 Blague. 
 Pour le pur intellect, rien n'est futile, rien n'est important.
C'est pourquoi les hommes trs intellectuels et le plus
vritablement intellectuels plaisantent aisment.
Et ils plaisantent de faon habituelle  -  en quelque
sorte sans plaisanter, par le jeu dtach de leurs
organisations verbales et plastiques. Ils font jouer les groupes
de similitudes, et les possibilits spares
des parties de leur avoir psychique comme d'autres font leurs
muscles.
 Ce mode scandalise les gens lents et les gens avides. Ceux qui
ignorent combien une foule de traits, de rapports fortuits, de
rapides fantaisies inutiles dblaient l'esprit et l'apprtent
 situer une "question",  clairer ses innombrables
tenants,  la dpolariser,  la sonder jusqu'
l'essentiel.  
    --- Paul VALERY   
%
 L'observateur des hommes et de la vie qui n'aboutit pas
au comique est un observateur bien incomplet.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il y a certaines btises que j'ai faites parce que
je savais qu'elles seraient amusantes  raconter.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Ce qui ne tolre pas la plaisanterie supporte mal
la rflexion.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Ah ! dame, je ne comprendrai jamais cette espce
de ddain que la plupart des personnes ont pour les gens
qui les amusent !
 Avez-vous remarqu a ? 
 Du moment que a fait rire, a n'a pas de valeur !

 Seulement quand une oeuvre est triste et ennuyeuse, vous tes
enclin  la trouver profonde.
 Tout ce qui vous distrait vous parat un peu vil.  
    --- Sacha GUITRY /L'Esprit /   
%
 Quand se dcidera-t-on  prendre au srieux
les comiques ?  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Les sots croient que plaisanter, c'est ne pas tre
srieux, et qu'un jeu de mots n'est pas une rponse.
 Pourquoi cette conviction chez eux ?
 C'est qu'il est de leur intrt qu'il en soit ainsi.
C'est raison d'Etat, il y va de leur existence.  
    --- Paul VALERY   
%
 Trait d'esprit,  -  est usage du mot ou de l'acte
pour son effet de choc instantan. Faible masse, grande
vitesse. Il y a des traits de sottise aussi considrables,
aussi rares, aussi prcieux que des traits d'esprit.  
    --- Paul VALERY   
%
 Plus un humoriste est intelligent, moins il a besoin de
dformer la ralit pour la rendre significative.  
    --- Andr GIDE   
%
 Nous sommes tous dans l'erreur, les humoristes excepts.
Eux seuls ont perc comme en se jouant l'inanit
de tout ce qui est srieux et mme de tout ce qui
est frivole.  
    --- Emil CIORAN   
%
 T.H., qui a fait quatre ans de prison,  ma question :
Comment avez-vous pu supporter ? me dit : Par l'humour.
Si j'avais pris au srieux ma situation, je n'aurais pu
tenir.  
    --- Emil CIORAN  
%
 Pour dmoraliser nos troupes d'Alsace, la Wehrmacht
avait recours  des formules plus claires et plus frappantes
que le galimatias nostradamique. Sur le front, des haut-parleurs
tonitruaient des interrogations de ce genre : "Braves Franais,
voulez-vous mourir pour Dantzig ?" Ou bien ils affirmaient,
ce qui tait le leitmotiv des tracts lancs par
avion  l'intrieur du territoire : "Vous vous
battez pour les Anglais... Les Anglais se battront jusqu'au dernier
Franais". Je revois l'un de ces tracts bicolores reprsentant
un tommy et un poilu au bord d'un lac de sang o le premier
invitait le second  plonger : "Aprs vous,
mon cher !".
 Un beau matin, au pont de Kehl, ct allemand, on
vit surgir une pancarte gigantesque avec ces mots : "BONS
FRANCAIS. PENDANT QUE VOUS MONTEZ LA GARDE ICI, LES ANGLAIS,
DANS LE NORD, COUCHENT AVEC VOS FEMMES." Le lendemain, au pont
de Kehl, ct franais, une pancarte, tout
aussi gigantesque, rpliquait : "BONS ALLEMANDS, ON
S'EN FOUT ON EST DU MIDI."  
    --- Humour contre propagande.
    
%
 Pendant la Deuxime Guerre mondiale, les Britanniques
portrent l'intoxication  un haut degr
de perfection, crant un bureau dit Doublecross dont c'tait
la spcialit, camouflant des escadrilles de faux
avions et des rgiments de faux chars, trompant l'ennemi
sur les lieux des dbarquements. Mais ils firent mieux :
avec Sefton Delmer et sa "radio noire", ils pratiqurent
avec succs la dsinformation proprement dite.
 Delmer tait conscient que "des nouvelles soigneusement
choisies, habilement prsentes forment la plus
subversive des propagandes". Il veillait  ne recourir
au mensonge qu'avec vigilance et parcimonie : "Nous ne devons
mentir que dlibrment, jamais par hasard
ou par ngligence." Et il rsumait ainsi sa technique :
"L'opration noire " (il appelait ainsi les actions
de dsinformation) "la plus simple et la plus efficace
est de cracher dans la soupe de quelqu'un en criant Heil Hitler".  
    --- Vladimir VOLKOFF   
%
 Qu'est-ce qu'une ide ?
 C'est une image qui se peint dans mon cerveau.
 Toutes vos penses sont donc des images ?
 Assurment ; car les ides les plus abstraites
ne sont que les filles de tous les objets que j'ai aperus.
Je ne prononce le mot d'tre en gnral que
parce que j'ai connu des tres particuliers. Je ne prononce
le nom d'infini que parce que j'ai vu des bornes, et que je recule
ces bornes dans mon entendement autant que je le puis ; je
n'ai d'ides que parce que j'ai des images dans la tte.  
    --- VOLTAIRE  
%
 Et d'o savez-vous que ce n'est pas vous qui faites
des ides ?
 De ce qu'elles me viennent trs souvent malgr
moi quand je veille, et toujours malgr moi quand je rve
en dormant.
 Vous tes donc persuad que vos ides ne
vous appartiennent que comme vos cheveux, qui croissent, qui blanchissent
et qui tombent sans que vous vous en mliez ?
 Rien n'est plus vident ; tout ce que je puis faire,
c'est de les friser, de les couper, de les poudrer ; mais
il ne m'appartient pas de les produire.  
    --- Origine des ides :
   
%
 Il est bien triste d'avoir des ides et de ne savoir
pas au juste la nature des ides.
 Je l'avoue ; mais il est bien plus triste et beaucoup plus
sot de croire savoir ce que l'on ne sait pas.
 Mais, si vous ne savez pas positivement ce que c'est qu'une ide,
si vous ignorez d'o elles viennent, vous savez du moins
par o elles vous viennent ?
 Oui, comme les anciens Egyptiens, qui ne connaissant pas la source
du Nil, savaient trs bien que les eaux du Nil leur arrivaient
par le lit de ce fleuve. Nous savons trs bien que les
ides nous viennent par les sens ; mais nous ignorons
toujours d'o elles partent. La source de ce Nil ne sera
jamais dcouverte.  
    --- Origine des ides :
   
%
 La pense se forme dans l'me comme les nuages
se forment dans l'air.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Chateaubriand me disait hier : "Il en est des ides
comme de ces sources qu'on fait natre sous ses pas sans
y penser en pressant la terre du pied." On les trouve en se promenant
et en pensant  autre chose, pendant le chemin de la vie.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il n'y a d'ides proprement ncessaires
dans le monde que celles que tout le monde a.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Un sophiste est un homme qui ne comprend que des fragments
d'ides.  
    --- Victor HUGO   
%
 Les ides prcises conduisent souvent 
ne rien faire.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les objections naissent souvent de cette simple cause
que ceux qui les font n'ont pas trouv eux-mmes
l'ide qu'ils attaquent.  
    --- Paul VALERY   
%
 Qu'il faut travailler plusieurs choses  la fois.
C'est le meilleur rendement,  -  l'une profite 
l'autre, et chacune est plus soi, plus pure ; car des ides
qui viennent, on envoie chacune o elle est mieux 
sa place, parce qu'il y a plusieurs places qui attendent.  
    --- Paul VALERY   
%
 Une ide trs complique est plus
lgitime qu'une simple, car les choses sont aussi compliques
qu'on le voudra, et si tu veux reprsenter du plus prs
les choses, tu seras d'autant plus compliqu.  
 Mais une ide trs complique est trs
rare ; antipathique  l'esprit, et au langage. On
peut la rejoindre, mais il sera impossible de la saisir entirement,
de la conserver et retrouver aisment, de s'en servir.
Le sens de l'utile a donc fait la bonne rputation du simple.  
    --- Paul VALERY   
%
 Un homme srieux a peu d'ides. Un homme
 ides n'est jamais srieux.  
    --- Paul VALERY   
%
 Pensez-y bien !  -  Le stock d'ides
sur lesquelles vit la plupart des gens "cultivs" est l'hritage
d'une quantit d'individus, tous mus et inspirs
par la vanit philosophique et littraire, et par
l'ambition de dominer les esprits et d'en rechercher les suffrages
et les louanges.  
    --- Paul VALERY   
%
 Clart est convention. Une ide est claire
quand nous faisons convention avec nous-mmes de ne point
l'approfondir.  
    --- Paul VALERY   
%
 Prendre l'habitude de cueillir, aussitt qu'elle
se forme, l'ide ; et de ne plus la laisser mrir
trop longtemps sur la branche. Certaines,  ce rgime,
sont devenues blettes. Quand le cerveau qui les porte est mr
lui-mme, tous ses fruits sont bons  cueillir.  
    --- Andr GIDE   
%
 Toute ide est une exagration. Penser,
c'est exagrer.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La vraie famille de l'Homme, ce sont ses ides,
et la matire et l'nergie qui leur servent de support
et les transportent, ce sont les systmes nerveux de tous
les hommes qui  travers les ges se trouveront "informs"
par elles. Alors, notre chair peut bien mourir, l'information
demeure, vhicule par la chair de ceux qui l'ont
accueillie et la transmettent en l'enrichissant, de gnration
en gnration.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Tout le monde a des ides : la preuve, c'est
qu'il y en a de mauvaises.  
    --- COLUCHE   
%
 Pour changer d'ide, il suffit de pencher la tte,
a fait glisser tout le merdier. On entend presque le bruit
des piles qui s'effondrent.  
    --- Roland TOPOR   
%
 Ce n'est pas l'originalit que je cherche :
une ide que personne n'aurait jamais eue, cela a toute
chance d'tre une sottise !  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Sans ignorance, point d'amabilit. Quelque ignorance
doit entrer ncessairement dans le systme d'une
excellente ducation.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Sans l'ignorance, point de questions. Sans questions,
point de connaissance, car la rponse suppose la demande.
 Celui qui sait "tout" ne sait rien, car l'acte du savoir ne se
produit pas en lui ; il manque d'une condition essentielle.
Celui-l n'agit pas qui ne manque point de quelque chose.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le peu que je sais, c'est  mon ignorance que je
le dois.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 L'ignorance, pourvu qu'on l'entretienne avec soin, a du
moins l'avantage de protger son bnficiaire
de l'erreur.  
    --- Andr FROSSARD  
%
 Les exemples qu'on prend pour prouver d'autres choses,
si on voulait prouver les exemples, on prendrait les autres choses
pour en tre les exemples ; car, comme on croit toujours
que la difficult est  ce qu'on veut prouver, on
trouve les exemples plus clairs et aidant  le montrer.
Ainsi, quand on veut montrer une chose gnrale,
il faut en donner la rgle particulire d'un cas ;
mais si on veut monter un cas particulier, il faudra commencer
par la rgle gnrale. Car on trouve toujours
obscure la chose qu'on veut prouver, et claire celle qu'on emploie
 la preuve ; car , quand on propose une chose 
prouver, d'abord on se remplit de cette imagination qu'elle est
obscure, et, au contraire, que celle qui la doit prouver est claire,
et ainsi on l'entend aisment.  
    --- Imagination et entendement :
  
%
 Imagination - C'est cette partie dominante dans l'homme,
cette matresse d'erreur et de fausset, et d'autant
plus fourbe qu'elle ne l'est pas toujours ; car elle serait
rgle infaillible de vrit, si elle l'tait
infaillible du mensonge. Mais, tant le plus souvent fausse,
elle ne donne aucune marque de sa qualit, marquant du
mme caractre le vrai et le faux.
 Je ne parle pas des fous, je parle des plus sages ; et c'est
parmi eux que l'imagination a le grand droit de persuader les
hommes. La raison a beau crier, elle ne peut mettre le prix aux
choses.
 Cette superbe puissance, ennemie de la raison, qui se plat
 contrler et  dominer, pour montrer combien
elle peut en toutes choses, a tabli dans l'homme une seconde
nature. Elle a ses heureux, ses malheureux, ses sains, ses malades,
ses riches, ses pauvres ; elle fait croire, douter, nier
la raison ; elle suspend les sens, elle les fait sentir ;
elle a ses fous et ses sages : et rien ne nous dpite
davantage que de voir qu'elle remplit ses htes d'une satisfaction
bien autrement pleine et entire que la raison. Les habiles
par imagination se plaisent tout autrement  eux-mmes
que les prudents ne se peuvent raisonnablement plaire. Ils regardent
les gens avec empire ; ils disputent avec hardiesse et confiance ;
les autres avec crainte et dfiance : et cette gaiet
de visage leur donne souvent l'avantage dans l'opinion des coutants,
tant les sages imaginaires ont de faveur auprs des juges
de mme nature. Elle ne peut rendre sages les fous ;
mais elle les rend heureux,  l'envi de la raison qui ne
peut rendre ses amis que misrables, l'une les couvrant
de gloire, l'autre de honte.  
    --- Imagination et raison :
  
%
 Le plus grand philosophe du monde, sur une planche plus
large qu'il ne faut, s'il y a au-dessous un prcipice,
quoique sa raison le convainque de sa sret, son
imagination prvaudra. Plusieurs n'en sauraient soutenir
la pense sans plir et suer.  
    --- Le clbre exemple de   
%
 L'imagination est le got. La raison est sans apptits :
la vrit et la justesse lui suffisent.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La raison, c'est l'intelligence en exercice ; l'imagination
c'est l'intelligence en rection.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il n'y a gures au monde un plus bel excs
que celui de la reconnaissance.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Le sentiment qu'on a pour la plupart des bienfaiteurs,
ressemble  la reconnaissance qu'on a pour les arracheurs
de dents. On se dit qu'ils vous ont fait du bien, qu'ils vous
ont dlivrs d'un mal, mais on se rappelle la douleur
qu'ils ont cause, et on ne les aime gure avec
tendresse.  
    --- CHAMFORT   
%
 Je pressais M. de L... d'oublier les torts de M. de B...
(qui l'avait autrefois oblig) ; il me rpondit :
"Dieu a recommand le pardon des injures, il n'a point
recommand celui des bienfaits"  
    --- CHAMFORT   
%
 On est toujours ingrat pour le don du ncessaire,
jamais pour le don du superflu. On en veut  qui vous donne
le pain quotidien, on est reconnaissant  qui vous donne
une parure.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le gamin  qui on ne donne qu'un sou, empochant
et mcontent :  -  c'est bien la peine d'tre
orphelin.  
    --- Victor HUGO   
%
 Reconnaissance et vengeance. - La raison pour laquelle
un puissant montre de la reconnaissance est celle-ci. Son bienfaiteur
a, par son bienfait, viol, pour ainsi dire, le domaine
du puissant et s'y est introduit :  son tour, il
viole en compensation le domaine du bienfaiteur par l'acte de
reconnaissance. C'est une forme adoucie de la vengeance. S'il
n'avait la satisfaction de la reconnaissance, le puissant se serait
montr impuissant et dsormais passerait pour tel.
Voil pourquoi toute socit de bons, c'est--dire
originairement de puissants, place la reconnaissance au nombre
des premiers devoirs. - Swift a hasard cette proposition,
que les hommes sont reconnaissants dans la proportion o
ils cultivent la vengeance.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Prvoir l'ingratitude.
 Celui qui donne quelque chose de grand ne trouve pas de reconnaissance ;
car le donataire, rien qu'en le recevant, a dj
trop lourd  porter.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 On nous dit souvent que les pauvres sont reconnaissants
de la charit qui leur est faite. Certains le sont, sans
nul doute, mais les meilleurs des pauvres ne sont jamais reconnaissants.
Ils sont ingrats, insatisfaits, dsobissants et
rebelles. Ils ont tout  fait raison de l'tre. La
charit est  leurs yeux une mthode ridiculement
inadquate de rparation partielle, ou une aumne
humanitaire, accompagne gnralement chez
l'humanitariste d'une tentative impertinente pour exercer une
tyrannie sur leur vie prive. Pourquoi prouveraient-ils
de la gratitude devant les miettes qui tombent de la table du
riche ?  
    --- Oscar WILDE   
%
 C'est la bienfaitrice du pays. Tout le monde se ferait
un plaisir d'aller  son enterrement.  
    --- Jules RENARD   
%
 Rien n'est ternel, pas mme la reconnaissance.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'ingratitude est un gain de temps.  
    --- Frdric DARD   
%
 Cette longue lutte m'a valu quelques sympathies, quelques
encouragements, et aussi, je dois le dire, quelques injures :
je n'ai jamais rpondu aux injures, les injures prouvent
quelquefois contre ceux qui les disent, et jamais contre ceux
 qui elles sont dites. Les injures sont les voies de fait
de la parole. Un peu plus bas on jette une pierre, un peu plus
haut on dit une injure. La pierre comme l'injure retombent, l'une
dans la boue, l'autre dans le ddain.  
    --- Victor HUGO   
%
 Rponse  une injure sanglante :
  -  Oh ! vous dites a pour me taquiner.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il est  supposer que les jurons, qui sont des
exclamations entirement dpourvues de sens, ont
t invents comme instinctivement pour donner
une issue  la colre sans rien dire de blessant
ni d'irrparable. Et nos cochers, dans les encombrements,
seraient donc philosophe sans le savoir. Mais il est bien plaisant
de voir que parmi ces cartouches  blanc, quelquefois il
y en a une qui blesse par hasard. On peut m'injurier en russe,
je n'y entends rien. Mais si par hasard je savais le russe ?
 Rellement toute injure est charabia. Comprendre bien
cela, c'est comprendre qu'il n'y a rien  comprendre.  
    --- ALAIN   
%
 Il n'y a point de connaissance inne, par la raison
qu'il n'y a point d'arbre qui porte des feuilles et des fruits
en sortant de la terre. Rien n'est ce qu'on appelle inn,
c'est  dire n dvelopp ; mais
rptons le encore, Dieu nous fait natre
avec des organes qui,  mesure qu'ils croissent, nous font
sentir tout ce que notre espce doit sentir pour la conservation
de cette espce.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Qu'importe en effet que les ides soient innes
ou ne le soient pas, si nous les avons invitablement et
presque aussitt que les premires notions (notions
communes  tous) qui leur servent, dit-on, d'origine et
de matriaux ?  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Pour la biologie moderne, aucun mcanisme molculaire
ne permet d'imprimer directement dans l'ADN, c'est--dire
sans le dtour de la slection naturelle, des instructions
venues du milieu. Non qu'un tel mcanisme soit thoriquement
impossible. Simplement il n'existe pas.  
    --- Franois JACOB   
%
 Tout enfant normal possde  la naissance
la capacit de grandir dans n'importe quelle communaut,
de parler n'importe quelle langue, d'adopter n'importe quelle
religion, n'importe quelle convention sociale. Ce qui parat
le plus vraisemblable, c'est que le programme gntique
met en place ce qu'on pourrait appeler des structures d'accueil
qui permettent  l'enfant de ragir aux stimulus
venus de son milieu, de chercher et reprer des rgularits,
de les mmoriser puis de rassortir les lments
en combinaisons nouvelles. Avec l'apprentissage, s'affinent et
s'laborent peu  peu ces structures nerveuses.
C'est par une interaction constante du biologique et du culturel
pendant le dveloppement de l'enfant que peuvent mrir
et s'organiser les structures nerveuses qui sous-tendent les performances
mentales. Dans ces conditions, attribuer une fraction de l'organisation
finale  l'hrdit et le reste au
milieu n'a pas de sens.  
    --- Franois JACOB   
%
 La plupart des gens dous ont appris  l'tre.  
    --- Frdric DARD  
%
 Lorsqu'on ne sait pas la vrit d'une chose,
il est bon qu'il y ait une erreur commune qui fixe l'esprit des
hommes, comme, par exemple, la lune,  qui on attribue
le changement des saisons, le progrs des maladies, etc. ;
car la maladie principale de l'homme est la curiosit inquite
des choses qu'il ne peut savoir ; et il ne lui est pas si
mauvais d'tre dans l'erreur, que dans cette curiosit
inutile.  
    --- L'erreur prfrable  l'inquitude.
   
%
 On sait que biller est une agrable chose,
qui n'est point possible dans l'inquitude. Biller
est la solution de l'inquitude. Mais il est clair aussi
que par biller l'infrieur occupe toute l'me,
comme Pascal a dit de l'ternuement, solution d'un tout
autre genre. Par biller on s'occupe un moment de vivre.
C'est, dans le vrai, un nergique appel du diaphragme,
qui are les poumons profondment, et desserre le
coeur, comme on dit si bien. Biller est pris comme le signe
de l'ennui, mais bien  tort, et par celui qui n'arrive
pas  nous plaire ; car c'est un genre d'ennui heureux,
si l'on peut dire, o l'on est bien aise de ne point prendre
intrt  quelque apparence qui veut intrt.
Biller c'est se dlivrer de penser par se dlivrer
d'agir ; c'est nier toute attitude, et l'attitude est prparation.
Rellement biller et se dtendre c'est la
ngation de dfense et de guerre ; c'est s'offrir
 tre coup ou perc ; c'est
ne plus faire armure de soi. Par ce ct, c'est s'affirmer
 soi-mme scurit pleine.  
    --- ALAIN   
%
 Tous soucis renvoys, tous projets ajourns,
il reste une inquitude par cette contraction terrestre
ou pesanteur, qui nous tient toujours. Voil notre ennemie
de tout instant, voil notre constante pense. Il
me suffirait pour le savoir d'observer cette sensibilit
au tact, si remarquable sous les pieds du bipde humain.
Il ne cesse pas de palper en quelque sorte son propre quilibre
et d'interroger son troite base, afin de se garder de
chute, soit dans le mouvement, soit dans le repos. C'est pourquoi
vous n'aurez jamais toute l'attention d'un homme debout sur ses
jambes.  
    --- ALAIN   
%
 Il y a tout lieu de s'inquiter quand la police
est "sur les dents" : la position ne permet pas d'attraper
grand-chose.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Quand on n'est pas intelligible, c'est qu'on n'est pas
intelligent.  
    --- Victor HUGO   
%
 On commence  se mfier de certaines personnes
trs intelligentes quand on les voit embarrasses.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La supriorit comme cause de l'impuissance :
tre incapable d'une sottise qui peut tre "avantageuse".  
    --- Paul VALERY   
%
 L'imbcile est celui qui ne sait se servir, qui
n'a pas l'ide de se servir, de ce qu'il possde.
Tout le monde en est l.  
    --- Paul VALERY   
%
 L'intelligence  -  facult de reconnatre
sa sottise.  
    --- Paul VALERY   
%
 Etre assez intelligent, c'est n'tre pas assez
intelligent prcisment.
 Etre  moiti quoi que ce soit d'ailleurs
est inutile - car c'est toujours l'autre moiti qui fait
dfaut.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 L'intelligence incite  la rflexion - et
la rflexion conduit au scepticisme.
 Le scepticisme, lui, vous mne  l'ironie.
 L'ironie,  son tour, vous prsente  l'esprit
- qui se trouve en apport direct avec l'humour - qui fait si bon
mnage avec la fantaisie.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Je disais : tre intelligent, c'est comprendre,
c'est entendre. Ce n'est pas seulement comprendre les ides,
les choses, les faits qui rentrent dans votre temprament,
dans vos habitudes d'esprit, etc., c'est comprendre galement
les ides, les choses, les faits qui vous sont diffrents,
contraires, et les plus divers. Autrement, on n'a qu'une intelligence
limite, et qu'est-ce, qu'une intelligence limite.
C'est l'intelligence qui cesse tt ou tard de fonctionner
et qui se ferme sur un ensemble d'ides donn. On
pourrait codifier : tre intelligent, c'est, aprs
connatre exactement sa propre faon de sentir et
de penser, pouvoir encore se prter  toutes les
autres.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'intelligence ? une question de chimie organique,
rien de plus. On n'est pas plus responsable d'tre intelligent
que d'tre bte. Il n'y a pas plus  tre
fier de l'un qu' rougir de l'autre.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il faut modrer parfois l'intelligence aussi, et
ne pas rougir d'tre un bon animal, avant toute chose. J'aime
mieux une petite lueur de bon sens porte par de bons muscles,
qu'une grosse tte sur un petit corps. Sans les muscles,
l'ide n'irait pas loin ; une pense charge
de matire, une pense aux larges pieds voil
ce qui mne le monde.  
    --- ALAIN   
%
 La femme devient la collaboratrice de l'homme, et son
gale absolue, de ce fait mme que l'homme a le cerveau
bourr d'un tas de choses qui troublent son jugement -
tandis que son cerveau,  elle, est compltement
vide et pur - si bien que le conseil qu'elle donne, elle le donne
avec son instinct qui est suprieur  celui de l'homme.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Je ne crois pas qu'une grande chose puisse tre
faite sans une certaine forme d'intuition. On ne construit pas
une maison  en entassant des pierres au hasard. De mme
on ne construit pas une thorie scientifique par une succession
d'oprations logiques lmentaires choisies
au hasard. Il faut bien qu'il y ait une ide directrice,
un plan initial.
 Mais certains savants cherchent  le cacher en prsentant
leurs travaux sous la forme d'une succession d'oprations
purement logiques. Sans doute faut-il le faire pour persuader
les sceptiques. Mais je regrette souvent que ces exposs
trop parfaits ne soient pas prcds par
une introduction mettant en vidence les grandes lignes
du raisonnement, et ngligeant d'abord les dtails.
Je crois que leur lecture en serait facilite.  
    --- Paul LEVY   
%
 Gardons-nous de l'ironie en jugeant. De toutes les dispositions
de l'esprit, l'ironie est la moins intelligente.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 L'ironie ne dessche pas : elle ne brle
que les mauvaises herbes.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'ironie est un lment du bonheur.  
    --- Jules RENARD   
%
 Redouter l'ironie, c'est craindre la raison.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Trop de lucidit dessche ; en sorte
qu'une conscience dlicate ne va jamais sans quelque aveuglement,
sans l'ingnuit du coeur et la crdulit
de l'esprit. C'est cette conscience que l'ironie des esprits forts
impitoyablement pourchasse et neutralise.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 L'ironiste fait semblant de jouer le jeu de son ennemi,
parle son langage, rit bruyamment de ses bons mots, surenchrit
en toute occasion sur sa sagesse souffle, ses ridicules
et ses manies. Voil dcidment le grand
art et la suprme libert, la plus intelligente,
la plus diabolique, la plus tmraire aussi. La
conscience ironique dit non  son propre idal,
puis nie cette ngation. Deux ngations s'annulent,
disent les grammaires : mais  -  ce que les grammaires
ne nous disent pas  -  l'affirmation ainsi obtenue rend
un tout autre son que celle qui s'installe du premier coup, sans
passer par le purgatoire de l'antithse. La ligne droite
n'est pas si courte que cela et le temps perdu est quelquefois
le mieux employ.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 L'ironie est la mauvaise conscience de l'hypocrisie. Comprenons
bien que l'intrt le plus vident du scandale
est de rester camoufl et d'entretenir une quivoque
dont il est le seul bnficiaire : la guerre,
par exemple, ne demande qu' devenir juridique pour constituer,
comme la paix, un certain ordre naturel ; et le plus mauvais
tour qu'on puisse lui jouer, c'est de lui refuser, au contraire,
cette lgalit drisoire dont elle s'accommoderait
si bien, c'est de la vouloir inhumaine, absurde et anormale, comme
elle doit tre ; il ne faut pas que l'hypocrisie du
"droit des gens", en la rendant supportable et presque sociable,
nous cre un modus vivendi avec ce scandale. Qu'elle soit
horrible, puisqu'elle est, et qu'elle s'extermine elle-mme !
Heureusement la lucide ironie ne s'en laisse pas accroire ;
et les bonnes mes malfaisantes ne seront pas tranquilles
tant qu'il y aura des ironistes pour crier  tue-tte
leur vrai nom et pour dnoncer leurs nobles rles,
leurs postiches, leurs momeries et leur rhtorique en carton.
Que l'ironie est donc indiscrte !  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 L'ternel enfant. - Nous croyons que les contes
et les jeux appartiennent  l'enfance, myopes que nous
sommes ! Comment pourrions-nous vivre,  n'importe
quel ge de la vie, sans contes et sans jeux ! Il est
vrai que nous donnons d'autres noms  tout cela et que
nous l'envisageons autrement, mais c'est l prcisment
une preuve que c'est la mme chose ! - car l'enfant,
lui aussi, considre son jeu comme un travail et le conte
comme la vrit. La brivet de la
vie devrait nous garder de la sparation pdante
des ges - comme si chaque ge apportait quelque chose
de nouveau -, et ce serait l'affaire d'un pote de nous
montrer une fois l'homme qui,  deux cents ans d'ge,
vivrait vritablement sans contes et sans jeux.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 On n'est pas sur la terre pour s'amuser.
 Pardon, voudriez-vous me dire pourquoi on y est, si ce n'est
pas pour s'amuser. Serait-ce pour souffrir ?  
    --- Lon BLOY   
%
 J'ai peut-tre des dfauts  -  qui
n'en a pas !  -  mais, il est une qualit
qu'on ne peut pas me contester, c'est la fidlit.
Depuis trente ans que je joue  la roulette, je joue toujours
les mmes numros : le 35, le 3, le 26, le 0
et le 32.
 On appelle cela "jouer les voisins du zro".
 Et je les joue pour deux raisons. Ou bien parce que l'un d'entre
eux vient de sortir, ou bien parce qu'aucun d'eux ne vient de
sortir. 
 Oui, ou bien je me dis : "Puisque l'un d'eux vient de sortir,
c'est qu'ils sont en train de sortir. Profitons-en !"  -  ou
bien, je me dis : "Ils ne sont pas encore sortis, donc cela
va tre  eux maintenant de sortir. Profitons-en !"
 Et voil trente ans que je me tiens ce raisonnement stupide.
Je dis qu'il est stupide parce que voil trente ans que
je perds au jeu avec une rgularit pour ainsi dire
mthodique.  
    --- Sacha GUITRY /L'Esprit /   
%
 Ce que les gens qui ne jouent pas ne savent pas, ce qu'ils
ignorent, ce sont les bienfaits du jeu. Ses inconvnients,
je les connais comme eux. Certes, c'est un danger, mais qu'est-ce
qui n'est pas un danger dans la vie !
 Or, il ne faut pas contester l'influence excellente que le jeu
peut avoir sur le moral. L'homme qui vient de gagner mille francs,
ce n'est pas un billet de mille francs qu'il a gagn  -  c'est
la possibilit d'en gagner cent fois plus.
 Il n'a pas gagn mille francs  -  il a gagn !
 Quand il perd mille francs, il n'a perdu que mille francs. Quand
il les gagne, il a gagn les premiers mille francs d'une
fortune incalculable. Tous les espoirs lui sont permis  -  et
voyez cette confiance en lui qu'il a, c'est magnifique !
En amour, en affaires, pendant vingt-quatre heures, il va tout
oser  -  et ce dbut d'une fortune, d au
hasard uniquement, peut le mener  la fortune vritable.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 C'est la force des dirigeants modernes d'avoir compris
que la religion ayant cess d'tre l'opium du peuple,
la loterie, fille du rve et de la dmocratie, qui
pour un investissement modique promet l'galit
des chances, pouvait constituer une drogue de substitution.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 En la police oeconomique, mon pere avoit cet ordre, que
je say loer, mais nullement ensuivre : c'est
qu'outre le registre des negoces du mesnage o se logent
les menus comptes, paiements, marchs, qui ne requierent
la main du notaire, lequel registre un receveur a en charge, il
ordonnoit  celuy de ses gens qui lui servoit a escrire,
un papier journal  inserer toutes les survenances de quelque
remarque, et jour par jour les memoires de l'histoire de sa maison,
trs-plaisante  veoir quand le temps commence 
en effacer la souvenance, et trs  propos pour
nous oster souvent de la peine : quand fut entame
telle besoigne ? quand acheve ? quels trains
y ont pass ? combien arrest ? noz voyages,
noz absences, mariages, morts, la reception des heureuses ou malencontreuses
nouvelles ; changement des serviteurs principaux ; telles
matieres. Usage ancien, que je trouve bon  refreschir,
chacun en sa chacuniere. Et me trouve un sot d'y avoir failly.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Ces sortes d'phmrides crites
n'entreraient pas utilement dans la place d'une bonne vie, o
l'oubli est aussi ncessaire que le souvenir.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il n'y a rien de plus sot qu'un journal, du moins aussi
longtemps que son auteur vit. Je n'ai jamais t
dcourag par la niaiserie, tout ce qu'on crit
de sincre est niais, toute vraie souffrance a ce fond
de niaiserie, sinon la douleur des hommes n'aurait plus de poids,
elle s'envolerait dans les astres.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Le besoin de consigner toutes les rflexions amres,
par l'trange peur qu'on arriverait un jour  ne
plus tre triste...  
    --- Emil CIORAN   
%
 Je plains ceux qui, ne tenant pas un journal intime, n'ont
aucune raison de noter ce qu'ils auraient intrt
 oublier.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 On est souvent injuste en s'abstenant d'agir et non seulement
en agissant.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Je ne say d'o je tiens ce conte, mais
il rapporte exactement la conscience de nostre justice. Une femme
de village accusoit devant un general d'arme, grand justicier,
un soldat pour avoir arrach  ses petits enfans
ce peu de bouillie qui luy restoit  les sustanter, cette
arme ayant ravag tous les villages  l'environ.
De preuve, il n'y en avoit point. Le general, aprs avoir
somm la femme de regarder bien  ce qu'elle disoit,
d'autant qu'elle seroit coupable de son accusation si elle mentoit,
et elle persistant, il fit ouvrir le ventre au soldat pour s'esclaircir
de la verit du faict. Et la femme se trouva avoir raison.
Condemnation instructive.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 La justice n'est qu'une vive apprhension qu'on
ne nous te ce qui nous appartient ; de l vient
cette considration et ce respect pour tous les intrts
du prochain, et cette scrupuleuse application  ne lui
faire aucun prjudice ; cette crainte retient l'homme
dans les bornes des biens que la naissance, ou la fortune, lui
ont donns, et sans cette crainte il ferait des courses
continuelles sur les autres.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 La justice est ce qui est tabli ; et ainsi
toutes nos lois tablies seront ncessairement tenues
pour justes sans tre examines, puisqu'elles sont
tablies.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 C'est par faiblesse que l'on hait un ennemi, et que l'on
songe  se venger ; et c'est par paresse que l'on
s'apaise, et qu'on ne se venge point.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 S'il est prilleux de tremper dans une affaire
suspecte, il l'est encore davantage de s'y trouver complice d'un
grand : il s'en tire, et vous laisse payer doublement, pour
lui et pour vous.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Aristote dit que la vengeance est une chose juste, fonde
sur ce principe qu'il faut rendre  chacun ce qui lui appartient.

 Et c'est la seule faon que la Nature nous ait donne
pour arrter les mauvaises inclinations des autres ;
c'est la seule puissance coercitive que nous ayons dans cet tat
de nature : chacun y avoit une magistrature qu'il exeroit
par la vengeance.
 Ainsi Aristote auroit bien raisonn s'il n'avoit pas parl
de l'tat civil, dans lequel, comme il faut des mesures
dans la vengeance, et qu'un coeur offens, un homme dans
la passion, n'est gure en tat de voir au juste
la peine que mrite celui qui offense, on a tabli
des hommes qui se sont chargs de toutes les passions des
autres, et ont exerc leurs droits de sens froid.
 Que si les magistrats ne vous vengent pas, vous ne devez pas
pour cela vous venger, parce qu'il est prsum qu'ils
pensent que vous ne devez pas vous venger. 
 Ainsi, quand la Religion chrtienne a dfendu la
vengeance, elle n'a fait que maintenir la puissance des tribunaux.
Mais, s'il n'y avoit point de lois, la vengeance seroit permise ;
non pas le sentiment qui fait que l'on aime faire du mal pour
du mal, mais un exercice de justice et de punition.  
    --- MONTESQUIEU  
%
 La crainte des peines de l'autre vie n'est pas un motif
si rprimant que la crainte des peines de celle-ci, parce
que les hommes ne sont pas frapps des maux  proportion
de leur grandeur, mais a proportion que le temps o ils
arriveront est plus ou moins loign, de faon
qu'un petit plaisir prsent nous touche plus qu'une grande
peine loigne : tmoin les femmes,
qui ne font pas de cas des peines de l'enfantement, dans le moment
qu'elles vont se les procurer, parce que l'enfantement est une
chose loigne : le plaisir agit de prs ;
la douleur affecte de loin ; de faon que c'est un
grand bonheur de la nature qu'il faille tant de temps depuis la
conception jusqu' l'enfantement. Or ceux qui voient les
maux aussi prs que le plaisir, comme ceux qui craignent
les maux vnriens, s'abstiennent du plaisir ordinairement.  
    --- Insuffisance de la justice   
%
 A la question : est-il coupable ? il
faudrait en ajouter une autre : est-il incorrigible ?  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Tout accus fut cens innocent ; bientt
tout accusateur fut cens vertueux.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il est dans l'ordre qu'une peine invitable suive
une faute volontaire.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il y a des indulgences qui sont un dni de justice.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On dit tous les jours que l'intrt bien
entendu de chacun l'invite  respecter les rgles
de la justice ; on fait nanmoins des lois contre
ceux qui les violent ; tant il est constat que les
hommes s'cartent frquemment de leur intrt
bien entendu !  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Dans la rpublique d'Hati, il vient de se
passer ceci. Un snateur nomm Courtois est condamn
par le snat pour un petit dlit quelconque, 
un mois de prison. Le prsident Soulouque, en vertu de
la Constitution qui attribue au prsident de la rpublique
le droit de commuer les peines, commue la peine du snateur
Courtois, d'un mois de prison  la peine de mort. On a
eu beaucoup de peine  l'en faire dmordre. Il serait
curieux que les rpubliques entendissent ainsi le droit
de grce.  
    --- Victor HUGO   
%
 Les bons sont meilleurs que les justes.  
    --- Victor HUGO   
%
 Les circonstances attnuantes sont une sourdine
mise au code pnal.  
    --- Victor HUGO   
%
 Si l'on veut savoir de quel droit j'interviens dans cette
douloureuse affaire, je rponds : de l'immense droit
du premier venu. Le premier venu, c'est la conscience humaine.  
    --- Victor HUGO   
%
 Pensons-y !  -  Celui que l'on punit n'est
plus celui qui a commis l'action. Il est toujours le bouc missaire.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 But du chtiment.  -  Le chtiment
a pour but de rendre meilleur celui qui chtie,  -  c'est
l le dernier recours pour les dfenseurs du chtiment.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Culpabilit. - Quoique les juges les plus sagaces
des sorcires et mme les sorcires elles-mmes
fussent persuads de la culpabilit qu'il y avait
 se livrer  la sorcellerie, cette culpabilit
n'existait cependant pas. Il en est ainsi de toute culpabilit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La peine de Mort est le rsultat d'une ide
mystique, totalement incomprise aujourd'hui. La peine de Mort
n'a pas pour but de sauver la socit, matriellement
du moins. Elle a pour but de sauver (spirituellement) la socit
et le coupable. Pour que le sacrifice soit parfait, il faut qu'il
y ait assentiment et joie de la part de la victime. Donner du
chloroforme a un condamn  mort serait une impit,
car ce serait lui enlever la conscience de sa grandeur comme victime
et lui supprimer les chances de gagner le Paradis.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 La Justice est reprsente, au fronton des
difices o l'on en dbite, par une femme
masque d'un bandeau,  la longue robe, qui tient
dans sa main droite un glaive et dans sa main gauche une balance.
Cette femme vous la connaissez. La Superstition religieuse protectrice
du sabre soudard et de la balance du mercanti, voil le
symbole de la Justice.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Contrairement  ce qui est dit dans le Sermon sur
la Montagne, si tu as soif de justice, tu auras toujours soif.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le fou en libert est une chose affreuse, par la
contagion, par l'exemple, par le trouble apport 
la socit saine. Je dirai,  la suite de
Goethe, que je prfre l'internement injuste aux
maux qu'entrane la circulation d'un dment sans
gardien, ni camisole. Tous les pres de famille me comprendront.  
    --- Lon DAUDET   
%
 J'expliquais hier  l'tude la ncessit
de n'avoir point pour magistrats des hommes honntes. N'ayant
aucune capacit criminelle, comment ceux-ci pourraient-ils
juger des crimes ? On ne juge que ce qu'on connat
bien.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je suis pour les privilges... Quand ils sont gagns.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Complice n. Individu associ  un autre
individu dans un crime, avec assentiment et pleine conscience
de ses actes, tel un avocat qui dfend un criminel quand
il sait que ce dernier n'est pas innocent. Ce point de vue sur
la responsabilit de l'avocat n'a pas encore t
reconnu par les hommes de la justice, personne ne leur ayant propos
de l'argent pour cela.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 OEil pour oeil, dent pour dent, soit. Le prcepte
n'a rien de neuf... Malheureusement il n'est pas sr. Car
j'admets volontiers que vous preniez un oeil  l'adversaire
qui vous a fait borgne. S'il vous crve l'autre, gros malin,
comment ferez-vous ? Reste donc  lui prendre tout
de suite les deux, le premier au nom du droit strict, et le second
par prcaution. C'est l'histoire du Trait de Versailles.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 A noter que la notion [...] d'agression est extrmement
floue. Si vous me faites un reproche un peu amer, si je vous insulte,
si vous me giflez, si je vous donne un coup de poing, si vous
tirez votre couteau, si je prends mon pistolet, qui a agress
qui ?
 L'Allemagne de la Deuxime Guerre mondiale nous apparat
comme l'agresseur des Allis. Mais les clauses draconiennes
et humiliantes du trait de Versailles lui donnaient le
sentiment que c'tait elle qui tait agresse.
On rpliquera : le trait de Versailles n'a
t si draconien que parce que l'Allemagne tait
dj l'agresseur au moment de la Premire
Guerre mondiale. Et l'Allemagne rpliquera que ce n'est
pas elle qui a assassin l'archiduc d'Autriche. Et les
Serbes rpliqueront que si l'Autriche n'avait pas colonis
la Serbie...  
    --- Vladimir VOLKOFF  
%
 La lutte de rpartition incite  prfrer
la position de victime  celle de privilgi.
Non que personne refuse bien entendu un privilge, mais
il faut ne pas le considrer comme tel : ou bien alors
il n'est qu'une modeste compensation  bien des mauvais
traitements. Comme la connaissance des faits dit tre en
harmonie avec l'attitude au-dehors, l'individu doit se convaincre
qu'il est victime d'injustice.  
    --- Pourquoi nous sommes tous   
%
 La justice immanente est rarement imminente.  
    --- Pierre DAC   
%
 Il est impossible d'accepter d'tre jug
par quelqu'un qui a moins souffert que nous. Et comme chacun se
croit un Job mconnu...  
    --- Emil CIORAN   
%
 "Ne juge personne avant de te mettre  sa place."
Ce vieux proverbe rend tout jugement impossible, car nous ne jugeons
quelqu'un que parce que justement nous ne pouvons nous mettre
 sa place.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le problme de la responsabilit n'aurait
de sens que si on nous avait consult avant notre naissance
et que nous eussions consenti  tre celui que nous
sommes prcisment.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Les assassins de nos jours, ont toujours des circonstances
attnuantes. Un seul mot de piti pour les victimes
suffit  faire perdre la considration des moralistes.
Aujourd'hui le capitaine Dreyfus ne gagnerait la sympathie des
intellectuels que s'il tait coupable.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 C'est parce que la peine de mort n'est pas dissuasive
qu'il faut la supprimer. Or l'un des derniers condamns
sortait de prison quand il a commis son crime. Il est clair que
la prison n'est pas dissuasive. Donc il faut la supprimer. Il
y a des tribunaux et cependant il se commet toujours des dlits.
Les tribunaux n'tant pas dissuasifs, il faut les supprimer ;
on peut en dire autant de la gendarmerie et de la police en gnral.
 Et des innocents. Si l'on continue  les tuer, c'est qu'ils
ne sont pas dissuasifs. Supprimons-les.  
    --- Andr FROSSARD  
%
 Dans la rgion de l'Est, vivait un homme du nom
de Yuan King-mou. Comme il se rendait en voyage, il faillit mourir
de faim en cours de route. Un brigand de Hou-fou, du nom de K'ieou,
le vit et lui apporta  boire et  manger pour le
fortifier.
 Yuan King-mou se fortifia trois fois, et, revenant  lui,
il dit : "Qui tes-vous ?" L'autre rpondit :
"Je suis de Hou-fou et je m'appelle K'ieou." Yuan King-mou dit :
"N'es-tu pas un brigand ? Quoi ! Un dprav
m'aurait nourri ? Mon sens de la justice m'interdit de manger
de ta nourriture !" Alors, pench en avant, les deux
mains au sol, il s'efforait de tout vomir, mais il n'en
sortait qu'un gargouillement. Sur quoi, on le vit s'affaisser
et il mourut.
 Il est vrai que l'homme de Hou-fou tait un brigand, mais
nourrir un voyageur n'est pas un acte de brigandage. Que le voyageur
se soit refus  assimiler ce que son bienfaiteur
lui offrait en le considrant comme le fruit du brigandage,
c'est l un malentendu entre le nom et la chose.  
    --- Prendre le nom pour   
%
 En 1944, au moment de la libration de Paris, de
jeunes rsistants se refusaient  prendre une voiture
disponible dont ils avaient besoin, justifiant leur attitude par
le fait qu'elle avait servi  la Gestapo. De ce fait, elle
tait  leurs yeux, souille, maudite. Ils
rprouvaient l'instrument  cause de l'usage qui
en avait t fait.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 Les langues sont la clef ou l'entre des sciences,
et rien davantage ; le mpris des unes tombe sur les
autres : il ne s'agit point si les langues sont anciennes
ou nouvelles, mortes ou vivantes, mais si elles sont grossires
ou polies, si les livres qu'elles ont forms sont d'un
bon ou d'un mauvais got. Supposons que notre langue pt
un jour avoir le sort de la grecque et de la latine, serait-on
pdant, quelques sicles aprs qu'on ne la
parlerait plus, pour lire MOLIERE ou LA FONTAINE ?  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Comment il se fait que ce n'est qu'en cherchant les mots
qu'on trouve les penses.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Bannissez des mots toute quivoque, toute indtermination ;
faites en, comme ils disent, des chiffres invariables : il
n'y a plus de jeu dans la parole et ds lors plus d'loquence
et plus de posie : tout ce qui est mobile et variable
dans les affections de l'me demeurera sans expression possible.
Mais que disais-je, bannissez... Je dis plus. Bannissez des mots
tout abus, il n'y a plus mme d'axiomes. (Vid. d'Alembert,
Discours sur l'Encyclopdie.) C'est l'quivoque,
l'incertitude, c'est  dire la souplesse des mots qui est
un de leurs grands avantages pour en faire un usage exact.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il savait prononcer le mot "succulent" de telle manire
qu'en l'entendant on avait l'impression de mordre dans une pche
mre.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Spron-Sproni explique trs bien
comment un auteur qui s'nonce trs clairement pour
lui-mme est quelquefois obscur pour son lecteur :
"C'est, dit-il, que l'auteur va de la pense  l'expression
et que le lecteur va de l'expression  la pense."  
    --- CHAMFORT   
%
 Dans le patois des Flandres, assure un explorateur, "pousailles"
se dit "trouwplechtighied". Ce n'est pas un joli dialecte que
le flamand.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Whangdepootenawah n. Dans la langue Ojibwa, dsastre.
Affliction inattendue qui frappe trs trs fort.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 En notre sicle de peu de foi, "sans doute" a le
mme sens que "peut-tre".  
    --- Jules RENARD   
%
 Qu'est-ce que cette toile ? Et on lit son
nom dans un livre, et on croit la connatre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Celui qui me fera retenir des noms anglais n'est pas encore
naturalis.  
    --- Jules RENARD   
%
 CONSEIL A L'ECRIVAIN
 Entre deux mots, il faut choisir le moindre.
 (Mais que le philosophe entende aussi ce petit conseil.)  
    --- Paul VALERY   
%
 A Boileau. 
 Il est trs malais d'noncer clairement
ce que l'on conoit plus nettement que ceux qui ont cr
les formes et les mots du langage,  -  parmi lesquels
ceux qui nous ont appris  parler.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce qui obscurcit presque tout c'est le langage  -  parce
qu'il oblige  fixer et qu'il gnralise
sans qu'on le veuille.  
    --- Paul VALERY   
%
 Excellent de ne pas trouver le mot juste  -  cela
y peut prouver qu'on envisage bien un fait mental, et non une
ombre du dictionnaire.  
    --- Paul VALERY   
%
 La langue est un instrument  penser. Les esprits
que nous appelons paresseux, somnolents, inertes, sont vraisemblablement
surtout incultes, et en se sens qu'ils n'ont qu'un petit nombre
de mots et d'expressions ; et c'est un trait de vulgarit
bien frappant que l'emploi d'un mot  tout faire. Cette
pauvret est encore bien riche, comme les bavardages et
les querelles le font voir : toutefois la prcipitation
du dbit et le retour des mmes mots montrent bien
que le mcanisme n'est nullement domin. L'expression
"ne pas savoir ce qu'on dit" prend alors tout son sens. On observera
ce bavardage dans tous les genres d'ivresse et de dlire.
Et je ne crois mme point qu'il arrive  un homme
de draisonner par d'autres causes ; l'emportement
dans le discours fait de la folie avec des lieux communs. Aussi
est-il vrai que le premier clair de pense, en
tout homme et en tout enfant, est de trouver un sens 
ce qu'il dit. Si trange que cela soit, nous sommes domins
par la ncessit de parler sans savoir ce que nous
allons dire ; et cet tat sibyllin est originaire
en chacun ; l'enfant parle naturellement avant de penser,
et il est compris des autres bien avant qu'il se comprenne lui-mme.
Penser c'est donc parler  soi.  
    --- ALAIN   
%
 C'est tout de mme curieux de penser que les Marseillais
trouvent que nous avons de l'accent !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Ce qui m'a le plus frapp, c'est la puissance des
"mots". C'est le commerce, l'change, rendu possible, grce
 un vocabulaire pour tous, pris au srieux. Quand
je pense qu'on peut sduire une femme, acqurir
une situation, faire du mal, de la peine, du bien, du plaisir,
avec des phrases bien assembles, cela me confond.  
    --- Georges PERROS   
%
 Ce qui donne au langage son caractre unique, c'est
moins, semble-t-il, de servir  communiquer des directives
pour l'action que de permettre la symbolisation, l'vocation
d'images cognitives. Nous faonnons notre "ralit"
avec nos mots et nos phrases comme nous la faonnons avec
notre vue et notre oue. Et la souplesse du langage humain
en fait aussi un outil sans gal pour le dveloppement
de l'imagination. Il se prte  la combinatoire sans
fin des symboles. Il permet la cration mentale de mondes
possibles.  
    --- Franois JACOB   
%
 Quand on prononce le mot "concupiscent" on dit aussi un
peu caca.  
    --- Roland TOPOR   
%
 En langue basque, AIZ signifie pierre, AIZKOLAR, hache,
AIZKOLARIK, bcheron. Voil ce que j'appelle une
langue ancienne.  
    --- Roland TOPOR   
%
 Faute d'impression dans une supplique distribue
 l'Acadmie pour le prix de vertu :
 Les quarante sages qui composent l'auguste aropage
 on a mis : les quarante singes.  
    --- Victor HUGO   
%
 On raconte que Rosny, exaspr par les erreurs
typographiques que les protes faisaient ou laissaient passer,
crivit un article vengeur intitul "Mes coquilles".
Quand Rosny le lendemain ouvrit le journal, il lut avec stupeur,
en gros caractres, cet trange titre : "MES
COUILLES". Un prote, ngligent ou malicieux, avait laiss
tomber le q...  
    --- Andr GIDE   
%
 Sarkoquin
 Qui l'et dit ? Sarko a eut le lapsus fleuri mercredi
dernier, 19 octobre, au Pavillon Gabriel, en bas des Champs-Elyses,
 la remise du prix Veuve-Clicquot de la "femme d'affaires
de l'anne"  Nicole Bru, pdgre
des laboratoires Upsa (aspirine et compagnie). Devant une assistance
o se bousculait du beau linge (Bernard Arnault, Christine
Ockrent, Mme Vigouroux, etc.), la langue du super-ministre a fourch
quand  l'instant d'entamer son laus il a attaqu
trs fort : "Le prix de la Veuve-Clito"... Hilarit
gnrale !
 Un agenda aussi charg, c'est  ses risques et
pnis !  
    --- ***   
%
 Tratre de mlodrame
 Un joli lapsus de Franois Bayrou, le prsident
du CDS, hier balladurien et aujourd'hui chiraquis dans
l'attente d'un portefeuille : "L'espace Balladur, a-t-il
lch lors du conseil politique de son parti le 29
avril, doit se prenniser avec une structure rnove.
Je peux trahir... euh... traduire ma pense..."
 Bayrou est excusable : au CDS, la trahison a toujours t
une seconde nature.  
    --- ***   
%
 Les fantasmes de Charette
 Etait-ce l'air vif d'Halifax ou l'ambiance torride du
G7 ? Herv de Charette a commis un dlicieux
lapsus en rendant compte, le 16 juin, des travaux du Sommet. Le
ministre des Affaires trangres a dclar :
"Les ministres des Finances ont abord les variations rotiques
de monnaies, pardon, erratiques."
 A Halifax, Chirac avait dnonc "la spculation,
ce sida de nos conomies". Ca aura troubl
l'esprit de ce pauvre Charette.  
    --- ***   
%
 Obscnit
 Lapsus d'Edouard Balladur au cours d'un meeting lectoral
 Montgeron (Essonne), le 27 fvrier :
 "Elle [l'abstention] sera l'un de nos principaux obstacles. C'est
donc par le bouche--bouche qu'il faudra convaincre les
lecteurs d'aller voter." Est-ce bien convenable, Edouard ?
  
    --- ***  
%
 Cette anecdote s'est droule lors d'une
crmonie organise  l'occasion d'un
anniversaire du thtre de la Huchette, dans le V<SUP>e</SUP>
arrondissement : devant un aropage de personnalits,
je devais remettre, au nom du maire de Paris, la mdaille
de vermeil  -  qui est la plus haute distinction de la
Ville  -  au dramaturge Eugne Ionesco.
 Un discours avait t prpar pour
l'occasion, et au moment de prononcer les paroles habituelles :
"J'ai l'honneur de vous remettre la mdaille de vermeil
de la Ville", j'ai dit : "J'ai l'honneur de vous remettre
la merdaille de merveille de la Ville... ". L'assistance a immdiatement
clat de rire, et j'avoue avoir eu du mal 
terminer mon discours.  
    --- Jean Tibri :
    
%
 La Rochefoucauld a contre lui tous les philosophes grandioses :
il a os mettre le doigt sur le grand ressort du joujou
humain, et on ne le lui pardonne pas.
 Il a aussi contre lui les hommes de gouvernement et d'action ;
mais la seule objection de ces derniers se rduit 
ceci : "Pourquoi, diantre ! aller mettre le doigt sur
le ressort ? laissez-le plutt jouer sans le dire,
et surtout laissez-nous en jouer."
  -  Pour bien entendre La Rochefoucauld, il faut se dire
que l'amour-propre, dans ses replis de prote et ses mtamorphoses,
prend parfois des formes sublimes.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Le jour o La Rochefoucauld s'avisa de ramener
et rduire aux incitations de l'amour-propre les mouvements
de notre coeur, je doute s'il fit tant preuve d'une perspicacit
singulire, ou plutt s'il n'arrta pas l'effort
d'une plus indiscrte investigation. Une fois la formule
trouve, l'on s'y tint et, durant deux sicles et
plus, on vcut avec cette explication. Le psychologue parut
le plus averti, qui se montrait le plus sceptique et qui, devant
les gestes les plus nobles, les plus extnuants, savait
le mieux dnoncer le ressort secret de l'gosme.
Grce  quoi tout ce qu'il y a de contradictoire
dans l'me humaine lui chappe. Et je ne lui reproche
pas de dnoncer "l'amour-propre" ; je lui reproche
parfois de s'en tenir l ; je lui reproche de croire
qu'il a tout fait quand il a dnonc l'amour-propre.
Je reproche surtout  ceux qui l'ont suivi, de s'en tre
tenu l.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ceux qui dcouragent la vertu, l'hrosme,
la charit et tout ce qui est pur ici-bas sont les mmes
qui rendent impossible,  force de dialectique, le mouvement
et la libert. La Rochefoucauld est, pour ainsi dire, le
Znon du monde moral : de mme que Znon
dcompose le mouvement en points stationnaires, de mme
le pointillisme des pointilleux, qui cherche des poux 
la vertu et  la puret, trouble ce qu'on peut appeler
l'vidence du bon mouvement ; le "bon mouvement",
c'est aussi le premier mouvement, l'impulsion inchoative et gnreuse
que les mfiants, les ironiques, les souponneux
n'ont pas encore dsagrg en scrupules.
Si la spontanit charitable est le premier mouvement,
le calcul intress ou ravisement est le second ;
 l'intention toujours initiale de Donner succde
l'intention de Reprendre ou Retenir,  -  car on ne "se
ravise" que pour refuser et pour dire non. Tout de mme
c'est pour un deuxime mouvement rflexif, pour
un mouvement secondaire que la bonne intention prvenante
et initiale se dsagrge en rhapsodie de scrupules.
La primarit et simplicit affirmatives du fiat
 -  que ce soit sacrifice, dcision hroque
ou offrande  -  devient suspecte aprs coup. Pas
de coeur pur qui reste pur pour cet pluchage znonien !  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Un suffisant lecteur descouvre souvant s escrits
d'autruy des perfections autres que celles que l'autheur y a mises
et appercees, et y preste des sens et des visages plus riches.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Les livres sont plaisans ; mais, si de leur frequentation
nous en perdons en fin la gayet et la sant, nos
meilleures pieces, quittons les.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Il y a plus affaire  interpreter les interpretations
qu' interpreter les choses, et plus de livres sur les
livres que sur autre subject : nous ne faisons que nous entregloser.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 L'tude a t pour moi le souverain
remde contre les dgots de la vie, n'ayant
jamais eu de chagrin qu'une heure de lecture ne m'ait t.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Quand une lecture vous lve l'esprit, et
qu'elle vous inspire des sentiments nobles et courageux, ne cherchez
pas une autre rgle pour juger l'ouvrage ; il est
bon, et fait de main d'ouvrier.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 L'tude des textes ne peut jamais tre assez
recommande ; c'est le chemin le plus court, le plus
sr et le plus agrable pour tout genre d'rudition ;
ayez les choses de premire main ; puisez 
la source ; maniez, remaniez le texte ; apprenez-le
de mmoire ;  citez-le dans les occasions ; songez
surtout  en pntrer le sens dans toute
son tendue et dans ses circonstances ; conciliez
un auteur original, ajustez ses principes, tirez vous-mme
les conclusions ; les premiers commentateurs se sont trouvs
dans le cas o je dsire que vous soyez : n'empruntez
leurs lumires, et ne suivez leurs vues, qu'o les
vtres seraient trop courtes ; leurs explications ne
sont pas  vous, et peuvent aisment vous chapper ;
vos observations au contraire naissent de votre esprit et y demeurent,
vous les retrouverez plus ordinairement dans la conversation,
dans la consultation et dans la dispute. Ayez le plaisir de voir
que vous n'tes arrt dans la lecture que
par les difficults qui sont invincibles, o les
commentateurs et les scoliastes eux-mmes demeurent courts,
si fertiles d'ailleurs, si abondants et si chargs d'une
vaine et fastueuse rudition dans les endroits clairs,
et qui ne font de peine ni  eux ni aux autres. Achevez
ainsi de vous convaincre par cette mthode d'tudier,
que c'est la paresse des hommes qui a encourag le pdantisme
 grossir plutt qu' enrichir les bibliothques,
 faire prir le texte sous le poids des commentaires ;
et qu'elle a en cela agi contre soi-mme et contre ses plus
chers intrts, en multipliant les lectures, les
recherches et le travail qu'elle cherchait  viter.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La reliure recommande un livre. Il faut qu'un livre rappelle
son lecteur, comme on dit que le bon vin rappelle son buveur.
Il ne peut le rappeler que par l'agrment. Un certain agrment
doit se trouver mme dans les crits les plus austres.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il faut que l'esprit sjourne dans une lecture
pour bien connatre un auteur.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Vous dites que les livres sont bientt lus, mais
ils ne sont pas bientt entendus. Les digrer etc.
Pour bien entendre une belle et grande pense, il faut
peut-tre autant de temps que pour l'avoir, la concevoir.
S'en pntrer ou la produire sont presque une mme
action.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ce qu'on cherche surtout dans les livres sans s'en apercevoir,
ce sont des mots propres  exprimer nos diverses penses.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 On demande sans cesse de nouveaux livres, et il y a dans
ceux que nous avons depuis longtemps, des trsors inestimables
de science et d'agrment qui nous sont inconnus parce que
nous ngligeons d'y prendre garde.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 De ceux  qui le monde ne suffit pas : les
saints, les conqurants, les potes et tous les
amateurs des livres.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le papier est patient, mais le lecteur ne l'est pas.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le grand inconvnient des livres nouveaux est de
nous empcher de lire les anciens.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Peu de livres peuvent plaire toute la vie. Il y en a dont
on se dgote avec le temps et la sagesse ou le bon
sens, comme des passions.
 Les beaux ouvrages n'enivrent point, mais ils enchantent.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Jamais le monde n'est connu par les livres, on l'a dit
autrefois, mais ce qu'on n'a pas dit, c'est la raison : la
voici. C'est que cette connaissance est un rsultat de
mille observations fines dont l'amour-propre n'ose faire confidence
 personne, pas mme au meilleur ami. On craint de
se montrer comme un homme occup de petites choses, quoique
ces petites choses soient trs importantes au succs
des plus grandes affaires.  
    --- CHAMFORT   
%
 La plupart des livres d' prsent ont l'air
d'avoir t faits en un jour avec des livres lus
la veille.  
    --- CHAMFORT   
%
 Dans l'excs du bonheur lire est bien difficile,
cependant on s'ennuie  la longue si l'on ne lit pas.  
    --- STENDHAL   
%
 Un roman est comme un archet, la caisse du violon qui
rend les sons c'est l'me du lecteur.  
    --- STENDHAL   
%
 Qui a bu, boira. Qui a lu, lira.  
    --- Victor HUGO   
%
 Lire, c'est boire et manger. L'esprit qui ne lit pas maigrit
comme le corps qui ne mange pas.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il est bon de relire encore les livres que d'autres ont
lus cent fois : l'objet reste bien le mme, mais c'est
le sujet qui change.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Il y a vraiment beaucoup de gens qui lisent pour avoir
le loisir de ne pas penser.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Tel livre o on n'avait rien trouv d'utile,
lu avec les yeux d'une exprience plus avance,
portera leon.  
    --- Eugne DELACROIX   
%
 Chaque fois que j'ai lu Shakspeare, il m'a sembl
que je dchiquette la cervelle d'un jaguar.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Livres dangereux. - Quelqu'un dit : "Je le remarque
sur moi-mme : ce livre est dangereux." Mais qu'il
attende un peu, et il s'avouera certainement un jour que ce livre
lui a rendu un grand service, en mettant au jour la maladie cache
de son coeur, la rendant ainsi visible. - Les changements d'opinion
ne changent pas le caractre d'un homme (ou du moins fort
peu) ; ils clairent cependant certains cts
de la configuration de sa personnalit qui, jusqu'
prsent, avec une autre constellation d'opinions, taient
rests obscurs et mconnaissables.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ces heures o l'on a envie de lire quelque chose
d'absolument beau. Le regard fait le tour de la bibliothque,
et il n'y a rien. Puis, on se dcide  prendre n'importe
quel livre, et c'est plein de belles choses.  
    --- Jules RENARD   
%
 Chacune de nos lectures laisse une graine qui germe.  
    --- Jules RENARD   
%
 Quand je pense  tous les livres qu'il me reste
 lire, j'ai la certitude d'tre encore heureux.  
    --- Jules RENARD   
%
 On a tout lu, mais ils ont lu un livre que vous devriez
lire, qui leur donne une supriorit, et qui annule
toutes vos lectures ?  
    --- Jules RENARD   
%
 La BRUYERE, le seul dont dix lignes lues au hasard
ne doivent jamais.  
    --- Jules RENARD   
%
 Qui n'entend  demi-mot n'y entendra rien du tout.  
    --- Antoine GARABY DE LA   
%
 On devrait fonder une chaire pour l'enseignement de la
lecture entre les lignes.  
    --- Lon BLOY   
%
 Il y a, je crois, plus d'ides relles dans
les Confessions de Rousseau que dans son Emile ; et
il est rare que l'on lise des Mmoires sans en tirer quelque
chose. Si vous me demandiez ce qu'il faut lire pour connatre
l'homme, je conseillerais plutt de lire Balzac ou Stendhal,
qui ont recueilli et enchss tant de paroles chappes,
que La Rochefoucauld lui-mme, qui s'tudie 
rpter la mme chanson. Encore va-t-il jusqu'au
bout de son refrain ; mais ceux qui l'ont connu entendirent
sans doute des chansons plus libres. Faites attention 
ceci que le vrai observateur semble toujours distrait ; c'est
qu'il guette l'imprvisible chant du merle.  
    --- ALAIN   
%
 A l'heure o il vous plat de penser,
lisez quelque bon auteur, et relisez-le ; il est mme
bon de copier les plus difficiles, et encore plusieurs fois. Traduire
d'une langue dans une autre est bon aussi, pourvu que l'on fasse
plutt attention au sens des mots et aux liaisons grammaticales
qu' l'ide cache et profonde. Vous ne la
saisirez, cette ide que par des travaux d'approche, et
non point en vous jetant sur quelque formule o vous croyez
qu'elle est enferme. Si le travail de copier ou de traduire
vous retarde et vous dtourne de penser la tte en
avant,  la manire des taureaux, ce sera toujours
un grand profit.  
    --- ALAIN   
%
 Un ouvrage est d'autant plus clair qu'il contient plus
de choses que le lecteur et formes lui-mme
sans peine et sans pense.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il faut, un jour d'nergie, prendre le livre que
l'on tient pour ennuyeux, lui ordonner d'tre, essayer de
reconstituer l'intrt qu'y a pris l'auteur.  
    --- Paul VALERY   
%
 La lecture des histoires et romans sert  tuer
le temps de deuxime ou troisime qualit.

 Le temps de premire qualit n'a pas besoin qu'on
le tue. C'est lui qui tue tous les livres. Il en engendre quelques-uns.  
    --- Paul VALERY   
%
 J'aime mieux tre lu plusieurs fois par un seul
qu'une seule fois par plusieurs.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les livres sont rares que j'ai pu achever de lire.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il y a bien des livres que j'ai lus, moins pour leur contenu,
que pour les rflexions, sujet et style, que je savais
qu'ils me feraient faire.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il y a longtemps que je pense que si j'avais un fils et
qu'il ait des dispositions littraires ou mme seulement
pour les choses de l'esprit, j'ai beau ne pas aimer me mler
de diriger dans ce domaine, je lui enlverais tous les
potes. Ces gens-l font perdre un temps considrable
pour le dveloppement de l'esprit. J'ai perdu au moins
quinze annes, pour ma part,  me laisser bercer
par leurs fariboles. Et le roman ? Comment un homme, 
cinquante ans, peut-il encore crire des romans ?
Comment peut-on mme encore,  cet ge, en
lire ? Posie et roman, c'est certainement la partie
infrieure de la littrature.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Avoir lu, connatre, les potes, les prosateurs
connus, clbres : Vigny, Musset, Lamartine,
Baudelaire, Flaubert, Balzac, aucun mrite. Rien d'assommant
comme les gens qui font talage, dans leur conversation,
de lectures de ce genre, mais avoir lu, connatre les auteurs
demeurs sans grande notorit : voil
la vraie curiosit de l'esprit et du got. Entre
les premiers et les seconds, la mme diffrence qu'entre
les gens qui aiment la foule et ceux qui prfrent
la solitude, ceux qui se plaisent  sortir le dimanche
et ceux, au contraire, qui, ce jour-l, restent chez eux,
ceux qui ont besoin en tout d'un guide et d'un exemple et ceux
qui vont d'eux-mmes aux dcouvertes.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Dostoewsky grand crivain, si on veut, mais
crivain  ne pas lire, par hygine intellectuelle.
Tous ces dtraqus, ces dgnrs,
ces tars, ces mystiques de la conscience et du remords,
sombrant tous plus ou moins dans la folie et dans le crime. C'est
de la littrature pathologique.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il n'y a que ce genre de lecture qui vaille : les
Correspondances, les Souvenirs, les Journaux, les Confessions,
les Autobiographies, les Biographies, d'un genre ou d'un autre.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je vais passer pour un esprit lger (au jugement
des esprits lourds) : un Dictionnaire d'anecdotes fait ma
plus grande lecture. Tous les caractres sont l,
peints en peu de mots. Pour les caractres en grand :
les Correspondances.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Apprenez qu'un livre ne donne jamais ce qu'on en peut
attendre. Il ne saurait tre une rponse 
votre attente. Il doit vous hrisser de points d'interrogation.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Ce que le lecteur veut, c'est se lire. En lisant ce qu'il
approuve, il pense qu'il pourrait l'avoir crit. Il peut
mme en vouloir au livre de prendre sa place, de dire ce
qu'il n'a pas su dire, et que selon lui il dirait mieux.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 On se demande, en voyant certains livres : Qui peut
les lire ? - En voyant certaines gens : Que peuvent-ils
lire ? - Puis a finit par s'accrocher.  
    --- Andr GIDE   
%
 Quel plaisir d'avoir sous la main un mystique allemand,
un pote hindou ou un moraliste franais, 
l'usage de l'exil quotidien !
 Lire jour et nuit, avaler des tomes, ces somnifres, car
personne ne lit pour apprendre mais pour oublier, remonter jusqu'
la source du cafard en puisant le devenir et ses marottes !  
    --- Emil CIORAN   
%
 Combien j'aime les esprits de second ordre (Joubert, entre
tous) qui, par dlicatesse, vcurent  l'ombre
du gnie des autres et, craignant d'en avoir, se refusrent
au leur !  
    --- Emil CIORAN   
%
 Si on veut connatre un pays, on doit pratiquer
ses crivains de second ordre, qui seuls en refltent
la vraie nature. Les autres dnoncent ou transfigurent
la nullit de leurs compatriotes : ils ne veulent
ni ne peuvent se mettre de plain-pied avec eux. Ce sont des tmoins
suspects.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Malheur au livre qu'on peut lire sans s'interroger tout
le temps sur l'auteur !  
    --- Emil CIORAN   
%
 La critique est un contresens : il faut lire, non
pour comprendre autrui mais pour se comprendre soi-mme.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le lecteur vrai est celui qui n'crit pas. Lui
seul est capable de lire un livre navement,  -  unique
manire de sentir un ouvrage.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il vaut mieux lire par got un auteur dpass
que par snobisme un auteur dans le vent. Dans le premier cas,
on s'enrichit avec la substance d'un autre, dans le second, on
consomme sans profit.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On entend souvent des lamentations au sujet du grand nombre
de stupidits qui ont t crites
depuis qu'il y a des livres : or, j'avoue que ce qui me frappe,
au contraire, c'est le trs grand nombre de choses intelligentes,
dfinitives, qui ont t crites.
Mais c'est chez les auteurs les plus classiques, et auxquels on
recourt le moins, qu'il faut aller les trouver, et non dans quantit
de publications pnibles et mdiocres, qui se prtendent
les plus actuelles sous prtexte qu'elles sont les dernires
en date.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 La chose du monde la moins ressentie par les amateurs
de littrature est le besoin d'explorer par eux-mmes
les compartiments dlaisss, et surtout mal vus,
de la culture.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Alors, le contact humain, la chaleur humaine qu'en faites-vous ?
  -  Ce que les hommes ont  communiquer entre
eux, la science et l'art, ils ont bien des moyens d'en faire l'change.
J'ai reu d'eux plus de choses par le livre que par la
poigne de main. Le livre m'a fait connatre le meilleur
d'eux-mmes, ce qui les prolonge  travers l'Histoire,
la trace qu'ils laissent derrire eux.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Nous n'adhrons  nos lectures que pour
autant qu'elles suscitent en nous ce petit choc  quoi
l'on reconnat une grande vrit humaine.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Quand on est trs jeune, les romans sont utiles :
il faut bien rver la vie, avant de la vivre. Mais aprs ?
La vie est un roman suffisant, non ? Il y a bien longtemps,
mme, que je ne relis plus Proust ou Flaubert. Les potes,
oui. Les journaux intimes, les mmoires, les correspondances,
oui aussi, parfois. Mais les romans, non.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Les livres n'ont pas d'importance : il n'y a que
la vie qui importe, et seuls mritent d'tre lus
les livres qui se mettent  son service  -  seuls
mritent d'tre lus, en consquence, les auteurs
qui savent que les livres n'ont pas d'importance !  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Il faut se dgager soi-mme de la prison
des affaires quotidiennes et publiques.  
    --- EPICURE   
%
 Je puis bien concevoir un homme sans mains, pieds, tte
(car ce n'est que l'exprience qui nous apprend que la
tte est plus ncessaire que les pieds). Mais je
ne puis concevoir l'homme sans pense : ce serait
une pierre ou une brute.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 La libert est en nous une imperfection :
nous sommes libres et incertains, parce que nous ne savons pas
certainement ce qui nous est le plus convenable. Il n'en est pas
de mme de Dieu : comme il est souverainement parfait,
il ne peut jamais agir que de la manire la plus parfaite.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Je ne dsespre pas qu'on ne condamne bientt
aux galres le premier qui aura l'insolence de dire qu'un
homme ne penserait pas s'il tait sans tte :
"Car, lui dira un bachelier, l'me est un esprit pur, la
tte n'est que la matire ; Dieu peut placer
l'me dans le talon, aussi bien que dans le cerveau ;
partant je vous dnonce comme un impie."  
    --- VOLTAIRE  
%
 En quoi consiste donc votre libert, si ce n'est
dans le pouvoir que votre individu a exerc de faire ce
que votre volont exigeait d'une ncessit
absolue ?  
    --- Libert et dterminisme :
   
%
 On ne vole point des mmes ailes pour sa fortune
que l'on fait pour des choses frivoles et de fantaisie. Il y a
un sentiment de libert  suivre ses caprices, et
tout au contraire de servitude  courir pour son tablissement :
il est naturel de le souhaiter beaucoup et d'y travailler peu,
de se croire digne de le trouver sans l'avoir cherch.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La libert n'est pas oisivet ; c'est
un usage libre du temps, c'est le choix du travail et de l'exercice :
tre libre en un mot n'est pas ne rien faire, c'est tre
seul arbitre de ce qu'on fait ou de ce qu'on ne fait point ;
quel bien en ce sens que la libert !  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Etre libre n'est pas faire ce qu'on veut, mais ce
qu'on a jug meilleur et plus convenable.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Une des grandes erreurs de la nation franaise,
c'est de n'avoir jamais attach suffisamment d'importance
 la libert individuelle. On se plaint de l'arbitraire,
quand on est frapp par lui, mais plutt comme d'une
erreur que comme d'une injustice ; et peu d'hommes, dans
la longue srie de nos oppressions diverses, se sont donns
le facile mrite de rclamer pour des individus
d'un parti diffrent du leur.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Que les gens sont absurdes ! Ils ne se servent jamais
des liberts qu'ils possdent, mais rclament
celles qu'ils ne possdent pas ; ils ont la libert
de pense, ils exigent la libert de parole.  
    --- Sren KIERKEGAARD   
%
 La libert commence o l'ignorance finit.  
    --- Victor HUGO   
%
 Ne pas sentir de nouvelles chanes. - Tant que nous
ne nous sentons pas dpendre de quelque chose, nous nous
tenons pour indpendants : conclusion errone
qui montre quel est l'orgueil et la soif de domination de l'homme.
Car il suppose ici qu'en toutes circonstances il remarquerait
et reconnatrait sa dpendance, aussitt qu'il
la subirait, par suite de l'ide prconue
qu' l'ordinaire il vit dans l'indpendance et que,
s'il venait  la perdre exceptionnellement, il sentirait
sur-le-champ un contraste d'impression. - Mais quoi ? si
c'tait le contraire qui ft vrai : qu'il vct
toujours dans une multiple dpendance, mais qu'il se tnt
pour libre l o, par une longue accoutumance, il
ne sent plus la pression des chanes ? Seules les chanes
nouvelles le font souffrir encore : - "Libre arbitre" ne
veut dire proprement autre chose que le fait de ne pas sentir
de nouvelles chanes.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 L'homme a t tellement abruti par des sicles
de despotisme et surtout par un sicle de fausse libert,
que l'ide seule qu'il lui faudra se passer de matre
le terrifie. Ds qu'il s'est libr des liens
que lui impose un gredin couronn, le peuple s'empresse
de s'asservir lui-mme en s'intitulant Peuple souverain ;
ce qui lui permet, immdiatement, de dlguer
sa souverainet ; aprs quoi il s'accroupit
sur son fumier, qu'il aime, et se met  gratter ses ulcres
avec les tessons empoisonns que lui passent ses dlgus,
et qui s'appellent des lois ; et rend grces au Seigneur
qu'il conoit, mannequin sanguinolent tress 
son image, de l'avoir cr Peuple, et Souverain,
et imbcile, et lche.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Il est remarquable que l'amour de la libert suppose
une haute ide de l'homme, et, en effet, l'argument le
plus fort du despote est que les hommes font les fous ds
qu'ils se sentent libres. C'est donc une chance rare pour vous,
leur dit-on, d'tre bien btonns. Ce que j'admire,
c'est qu'ils semblent quelquefois le croire. Un ivrogne sait trs
bien prouver que les choses iront toutes de travers s'il n'y a
point un tyran nergique. Et tout homme arrive bien une
fois par jour  se juger incapable de se conduire. Mais
s'il tombe  genoux pour si peu, alors ce qu'il croyait
devient vrai.  
    --- ALAIN   
%
 Pour les femmes et les enfants, la libert c'est
de contredire.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Libert : c'est un de ces dtestables
mots qui ont plus  de valeur que de sens ; qui chantent plus
qu'ils ne parlent ; qui demandent plus qu'ils ne rpondent ;
de ces mots qui ont fait tous les mtiers, et desquels
la mmoire est barbouille de Thologie,
de Mtaphysique, de Morale et de Politique ; mots
trs bons pour la controverse, la dialectique, l'loquence ;
aussi propres aux analyses illusoires et aux subtilits
infinies qu'aux fins de phrases qui dchanent le
tonnerre.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il faudra bientt construire des clotres
rigoureusement isols, o ni les ondes, ni les feuilles
n'entreront ; dans lesquels l'ignorance de toute politique
sera prserve et cultive. On y mprisera
la vitesse, le nombre, les effets de masse, de surprise, de contraste,
de rptition, de nouveaut et de crdulit.
C'est l, qu' certains jours on ira,  travers
les grilles, considrer quelques spcimens d'hommes
libres.  
    --- Paul VALERY   
%
 Que de choses je n'aurais pas vues, si je n'avais t
conduit  les voir par l'obligation de travaux imposs !
Ceci est contre la libert du travail. Trop de libert
enchane  ce que l'on est,  -  ou que l'on
aime.  
    --- Paul VALERY   
%
 Nous sommes faits pour ignorer que nous ne sommes pas
libres.  
    --- Paul VALERY   
%
 L'homme se sent libre. Mais mon bras, fort souvent, ne
se sent aucun poids. Il n'en pse pas moins.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les lois et les censures compromettent la libert
de pense bien moins que ne le fait la peur. Toute divergence
d'opinion devient suspecte et seuls quelques trs rares
esprits ne se forcent pas  penser et juger "comme il faut".  
    --- Andr GIDE   
%
 La sensation fallacieuse de libert s'explique
du fait que ce qui conditionne notre action est gnralement
du domaine de l'inconscient, et que par contre le discours logique
est, lui, du domaine du conscient. C'est ce discours qui nous
permet de croire au libre choix. Mais comment un choix pourrait-il
tre libre alors que nous sommes inconscients des motifs
de notre choix, et comment pourrions-nous croire  l'existence
de l'inconscient puisque celui-ci est par dfinition inconscient ?
Comment prendre conscience de pulsions primitives transformes
et contrles par des automatismes socio-culturels
lorsque ceux-ci, purs jugements de valeur d'une socit
donne  une certaine poque, sont levs
au rang d'thique, de principes fondamentaux, de lois universelles,
alors que ce ne sont que les rglements de manoeuvres utiliss
par une structure sociale de dominance pour se perptuer,
se survivre ?  
    --- Henri LABORIT   
%
 La sensation fallacieuse de libert vient aussi
du fait que le mcanisme de nos comportements sociaux n'est
entr que depuis peu dans le domaine de la connaissance
scientifique, exprimentale, et ces mcanismes sont
d'une telle complexit, les facteurs qu'ils intgrent
sont si nombreux dans l'histoire du systme nerveux d'un
tre humain, que leur dterminisme semble inconcevable.
Ainsi, le terme de "libert" ne s'oppose pas  celui
de "dterminisme" car le dterminisme auquel on
pense est celui du principe de causalit linaire,
telle cause ayant tel effet. Les faits biologiques nous font heureusement
pntrer dans un monde o seule l'tude
des systmes, des niveaux d'organisation, des rtroactions,
des servomcanismes, rend ce type de causalit dsuet
et sans valeur oprationnelle. Ce qui ne veut pas dire
qu'un comportement soit libre. Les facteurs mis en cause sont
simplement trop nombreux, les mcanismes mis en jeu trop
complexes pour qu'il soit dans tous les cas prvisible.
Mais les rgles gnrales que nous avons
prcdemment schmatises permettent
de comprendre qu'ils sont cependant entirement programms
par la structure inne de notre systme nerveux
et par l'apprentissage socio-culturel   
    --- Henri LABORIT   
%
 La libert commence o finit la connaissance
(J. Sauvan). Avant, elle n'existe pas, car la connaissance des
lois nous oblige  leur obir. Aprs, elle
n'existe que par l'ignorance des lois  venir et la croyance
que nous avons de ne pas tre commands par elles
puisque nous les ignorons. En ralit, ce que l'on
peut appeler "libert", si vraiment nous tenons a conserver
ce terme, c'est l'indpendance trs relative que
l'homme peut acqurir en dcouvrant, partiellement
et progressivement, les lois du dterminisme universel.
Il est alors capable, mais seulement alors, d'imaginer un moyen
d'utiliser ces lois au mieux de sa survie, ce qui le fait pntrer
dans un autre dterminisme, d'un autre niveau d'organisation
qu'il ignorait encore. Le rle de la science est de pntrer
sans cesse dans un nouveau niveau d'organisation des lois universelles.  
    --- Henri LABORIT   
%
 La libert est un joug trop lourd pour la nuque
de l'homme. Mme pris d'une terreur sauvage, il est plus
assur que sur les chemins de la libert. Bien qu'il
la considre comme la valeur positive par excellence, la
libert n'a jamais cess de lui prsenter
son revers ngatif. La route infaillible de la dbcle
est la libert. L'homme est trop faible et trop petit pour
l'infini de la libert, de sorte qu'elle devient un infini
ngatif. Face  l'absence de bornes, l'homme perd
les siennes. La libert est un principe thique
d'essence dmoniaque. Le paradoxe est insoluble. 
 La libert est trop grande et nous sommes trop petits.
Qui, parmi les hommes, l'a mrite ? L'homme
aime la libert, mais il la craint.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le plus grand service qu'on puisse rendre  un
auteur est de lui interdire de travailler pendant un certain temps.
Des tyrannies de courte dure seraient ncessaires,
qui s'emploieraient  suspendre toute activit intellectuelle.
La libert d'expression sans interruption aucune expose
les talents  un pril mortel, elle les oblige 
se dpenser au-del de leurs ressources et les empche
de stocker des sensations et des expriences. La libert
sans limites est un attentat contre l'esprit.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Je sens que je suis libre mais je sais que je ne le suis
pas.  
    --- Emil CIORAN   
%
 C'est  cause de la parole que les hommes donnent
l'illusion d'tre libres. S'ils faisaient  -  sans
un mot  -  ce qu'ils font, on les prendrait pour des robots.
En parlant, ils se trompent eux-mmes, comme ils trompent
les autres : en annonant ce qu'ils vont excuter,
comment pourrait-on penser qu'ils ne sont pas matres de
leurs actes ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 La tyrannie brise ou fortifie l'individu ; la libert
l'amollit et en fait un fantoche. L'homme a plus de chances de
se sauver par l'enfer que par le paradis.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On ne demande pas la libert, mais l'illusion de
libert. C'est pour cette illusion que l'humanit
se dmne depuis des millnaires.
 Du reste la libert tant, comme on a dit, une
sensation, quelle diffrence y a-t-il entre tre
libre et se croire libre ?   
    --- Emil CIORAN   
%
 L'homme libre ne s'embarrasse de rien, mme pas
de l'honneur.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Voil le cas classique de l'artisan du btiment,
combl de commandes. Le travail ne lui manque pas, son
revenu est convenable et il travaille  sa guise. S'il
veut travailler 60 heures, nul ne vient l'en empcher, mais
il peut aussi, s'il le prfre partir  la
campagne ds le vendredi  midi. Cet homme voit
ce qu'il fait, il cre et souffre aussi peu d'alination
qu'il est possible dans notre socit. Et cependant,
ce mtier sans alination est dlaiss,
pour le travail d'usine unanimement dnonc. Voil
donc l'alination expressment recherche.
 L'homme prfre ne pas avoir  se commander
lui-mme, ne pas avoir  organiser sa vie. Jeter
contre lui un reproche est vain. C'est l'intress
qui est juge et non nous.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 La libert de s'exprimer totalement devient sans
objet quand on n'a plus d'interlocuteurs.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Il connat toutes les ficelles, c'est un vrai pantin.  
    --- Roland TOPOR   
%
 Quand la socit serre les fesses, les espaces
de libert individuelle rtrcissent.  
    --- Roland TOPOR   
%
 C'est excits par un article de Charles Maurras,
qui protestait dans L'Action franaise contre la libert
selon lui indue dont jouissait un "magnat impuni de la ploutocratie
juive", que, le 6 fvrier 1944, des miliciens assassinrent
le banquier Pierre Worms, pre de Roger Stphane,
le futur crivain, journaliste et homme de tlvision,
fondateur, en 1950, de L'Observateur, l'hebdomadaire bien connu,
intitul plus tard France-Observateur puis, en 1964, Le
Nouvel Observateur. Devant de telles consquences sanglantes,
les intellectuels perdent le droit de se rfugier sous
l'abri douillet de la libert d'expression. C'est pourquoi,
durant les "annes de plomb" du terrorisme des Brigades
rouges, la justice italienne retint  juste titre le principe
de la responsabilit de prtendus "thoriciens",
comme Toni Negri, professeur  l'universit de Padoue.
Ces fanatiques, sans avoir commis d'attentats de leurs propres
mains, avaient inculqu une croyance prconisant
la violence  des jeunes gens influenables, qui
commirent ensuite sous cette impulsion des assassinats terroristes.
Puisqu'il plat tant aux intellectuels de se susciter des
disciples, qu'au moins ils aient la dcence d'avouer tous
ceux qu'ils ont marqus de leur pense ou de ce
qui leur en tient lieu.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 La vritable indpendance consiste 
dpendre de qui on veut.  
    --- Frdric DARD   
%
 La gloire ou le mrite de certains hommes est de
bien crire ; et de quelques autres, c'est de n'crire
point.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Je crois que ceux qui font des livres les feraient bien
meilleurs, s'ils ne voulaient pas les faire si bons ; mais,
d'un autre ct, le moyen de ne pas vouloir les faire
bons ? Ainsi, nous ne les aurons jamais meilleurs.  
    --- MARIVAUX   
%
 A quoi bon faire des livres pour instruire les
hommes ? les passions n'ont jamais lu ; il n'y a point
d'exprience pour elles, elles se lassent quelquefois,
mais elles ne se corrigent gure, et voil pourquoi
tant d'vnements se rptent.  
    --- MARIVAUX   
%
 Si ce livre tait dangereux, il fallait le rfuter.
Brler un livre de raisonnement c'est dire :"Nous n'avons
pas assez d'esprit pour lui rpondre". Ce sont les livres
d'injures qu'il faut brler, et dont il faut punir svrement
les auteurs parce qu'une injure est un dlit. Un mauvais
raisonnement n'est un dlit que quand il est videmment
sditieux.  
    --- VOLTAIRE   
%
 On se ruine l'esprit  trop crire.  -  On
le rouille  n'crire pas.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 En littrature aujourd'hui on fait bien la maonnerie,
mais on fait mal l'architecture.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Et ce ne serait peut-tre pas un conseil peu important
 donner aux crivains que celui-ci :  -  N'crivez
jamais rien qui ne vous fasse un grand plaisir.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Combien de malheureux, qui auraient pu mieux faire, se
sont mis en tte d'crire, parce qu'en fermant un
beau livre, ils s'taient dit : J'en pourrais faire
autant ! et cette rflexion-l ne prouvait
rien, sinon que l'ouvrage tait inimitable. En littrature
comme en morale, plus une chose est belle plus elle semble facile.  
    --- Victor HUGO   
%
 En littrature, le plus sr moyen d'avoir
raison, c'est d'tre mort.  
    --- Victor HUGO   
%
 Je n'cris plus les souvenirs charmants, je me
suis aperu que cela les gtait.  
    --- STENDHAL   
%
 On ne peut pas, au moment o l'on produit, avoir
pour ce qu'on fait la nuance d'admiration que donnent les beauts
des autres qu'on rencontre et o il entre toujours une
nuance d'imprvu.  
    --- STENDHAL   
%
 Les bibliothques sont particulirement
utiles pour les livres mdiocres qui, sans elles, se perdraient.  
    --- STENDHAL   
%
 Avez-vous jamais vu, lecteur bnvole, un
ver  soie qui a mang assez de feuille de mrier ?
La comparaison n'est pas noble, mais elle est si juste !
Cette laide bte ne veut plus manger, elle a besoin de grimper
et de faire sa prison de soie.
 Tel est l'animal nomm crivain. Pour qui a got
de la profonde occupation d'crire, lire n'est plus qu'un
plaisir secondaire. Tant de fois je croyais tre 
2 heures, je regardais ma pendule : il tait 6 heures
et demie. Voil ma seule excuse pour avoir noirci tant
de papier.  
    --- STENDHAL   
%
 Si j'eusse parl vers 1795 de mon projet d'crire,
quelque homme sens m'et dit :
 "Ecrivez tous les jours pendant deux heures, gnie
ou non."
 Ce mot m'et fait employer dix ans de ma vie dpenss
niaisement  attendre le gnie.  
    --- STENDHAL   
%
 Un des termes qui s'appliquent avec le plus de proprit
aux talents de nos jours, c'est le mot prodigieux : Mme Sand,
Lamartine, Hugo, etc., ont en effet un talent prodigieux. Or,
ce mot-l ne saurait s'appliquer proprement aux oeuvres
et aux hommes du grand sicle. On ne saurait dire que Corneille,
Pascal, Racine avaient un talent prodigieux ; la justesse
de l'oeuvre exclut ce mot.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 [...] il ne fait aucun doute que, malgr l'amusement
que nous pouvons prendre  la lecture d'un roman simplement
moderne, il est rare que sa relecture nous apporte quelque plaisir
artistique. Et c'est peut-tre l le meilleur critre
rudimentaire qui permette de distinguer ce qui est de la littrature
de ce qui n'en est pas. Si on ne peut pas prendre du plaisir 
lire et relire indfiniment un livre, il ne sert 
rien de le lire une premire fois.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Dans les milieux littraires, quand on parle des
potes morts jeunes, ce sont les morts vieux qui se mouchent.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Roman-feuilleton n. Ouvrage littraire qui consiste
en gnral en une histoire de pure imagination,
et dont la publication s'tend sur divers quotidiens et
magazines. Chaque nouvel pisode est prcd
d'un "rsum des chapitres prcdents"
 l'intention de ceux qui ne les ont pas lus, mais ce qui
fait cruellement dfaut, c'est un rsum
des chapitres suivants pour ceux qui n'ont pas l'intention de
les lire. En fait, un simple rsum de l'ensemble
de l'ouvrage serait hautement prfrable.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Tout livre est dangereux ; mais le livre le plus
dangereux, selon l'Eglise, est justement celui qui parle
 l'intelligence seule. Et s'il y avait encore des bchers,
on n'y brlerait point quelque barbouilleur en pornographie ;
non ; on y brlerait quelque noble et sage matrialiste,
qui serait parvenu  la sagesse en s'efforant de
comprendre le jeu des forces naturelles.  
    --- ALAIN   
%
 Il [E. Renan] tait devenu mme populaire,
car la vraie forme de la gloire est d'tre admir
sans tre lu, ce qui supprime les rserves et rticences.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Un crivain comme Dostoewski a gt
des gens comme Gide, comme Duhamel. C'est de la littrature
de malade, d'pileptique, de tar. C'est une hygine
intellectuelle de s'en tenir loign, de ne pas
vouloir la connatre. C'est de la littrature de
cabanon, bien faite pour les Russes, ces cerveaux malades, faibles,
rsigns, fatalistes, fuyants. Cette littrature
est  fuir, pour un esprit clair, hardi, libre. Non seulement
 fuir, mais  dtester.
 Il n'y a  mon avis, ou  mon got, que deux
littratures : la littrature franaise,
la littrature anglaise.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Qu'est-ce que la littrature ? qu'est-ce que
crire ? qu'il s'agisse de vers, de prose. Une maladie,
une folie, une divagation, un dlire,  -  sans
compter une prtention ! ! ! Un homme sain,
 l'esprit sain, solidement pos, solide dans la
vie, n'crit pas, ne penserait mme pas 
crire. A y regarder d'encore plus prs,
la littrature, crire, sont de purs enfantillages.
Il n'y a qu'un genre de vie humaine qui se tienne, s'explique,
se justifie, vaille et rime  quelque chose : la vie
paysanne.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il vous vient quelquefois un dgot d'crire
en songeant  la quantit d'nes par lesquels
on risque d'tre lu.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Le ressort de la polmique est le mpris,
et le mpris, comme le dsir, n'emprunte quelque
noblesse qu'aux coeurs de vingt ans. Pass la quarantaine,
un polmiste n'est pas grand'chose. Mais un polmiste
septuagnaire me parait aussi rpugnant qu'un septuagnaire
amoureux.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 On ne devrait crire des livres que pour y dire
des choses qu'on n'oserait confier  personne.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On n'crit pas parce qu'on a quelque chose 
dire mais parce qu'on a envie de dire quelque chose.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Partir, c'est mourir un peu. Ecrire, c'est vivre
davantage.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Un assistant dit  Epictte : "Convaincs-moi
de l'utilit de la logique.  -  Tu veux, dit-il,
que je te la dmontre ?  -  Oui.  -  Alors
il me faut raisonner dmonstrativement ?  -  D'accord.
 -  Mais comment sauras-tu si je ne commets pas un sophisme
 ton gard ?" L'homme garda le silence. "Tu
vois bien, dit-il, que tu reconnais toi-mme qu'elle est
ncessaire, puisque, sans elle, tu ne peux mme pas
te rendre compte si elle est ncessaire ou non."  
    --- EPICTETE   
%
 Qui a pris de l'entendement en la logique ? o
sont ses belles promesses ?  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 On se persuade mieux, pour l'ordinaire, par des raisons
qu'on a soi-mme trouves, que par celles qui sont
venues dans l'esprit des autres.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Raisonner, argumenter. C'est marcher avec des bquilles
dans la recherche de la vrit. Le pntrant
l'atteint d'un saut. Il faut se servir du raisonnement pour s'assurer
qu'on est au but et qu'on a fait tout le chemin.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Rien de ce qui se prouve n'est vident ; car
ce qui est vident se montre et ne peut pas tre
prouv.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La logique a aussi ses illusions, mais elles sont plus
fermes.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La justesse de raisonnement a ses rgles et sa
physionomie ; la justesse de conception n'en a pas. Mais
elle est bien suprieure  l'autre.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Les seules logiques vritablement bonnes servent
 ceux qui peuvent s'en passer, dit d'Alembert. A
travers un tlescope, les aveugles ne voient rien.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 La logique est une chose honnte qui n'appartient
qu' la droiture. Le crime a la ruse, ou l'imbcillit.  
    --- Victor HUGO   
%
 Ceux qui dclament contre le style et la beaut
de la forme dans les sciences philosophiques et morales mconnaissent
la vraie nature des rsultats de ces sciences et la dlicatesse
de leurs principes. En gomtrie, en algbre,
on peut sans crainte s'abandonner au jeu des formules, sans s'inquiter,
dans le courant du raisonnement, des ralits qu'elles
reprsentent. Dans les sciences morales, au contraire,
il n'est jamais permis de se confier ainsi aux formules, de les
combiner indfiniment, comme faisait la vieille thologie,
en tant sr que le rsultat qui en sortira
sera rigoureusement vrai. Il ne sera que logiquement vrai, et
pourra mme n'tre pas aussi vrai que les principes :
car il se peut que la consquence porte uniquement sur
la part d'erreur ou de malentendu qui tait dans les principes,
mais suffisamment cache pour que le principe ft
acceptable. Il se peut donc qu'en raisonnant trs logiquement
on arrive dans les sciences morales  des consquences
absolument fausses en partant de principes suffisamment vrais.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Mauvaises habitudes de raisonnement.
 Les paralogismes les plus habituels  l'homme sont ceux-ci :
une chose existe, donc elle a une lgitimit. En
ce cas l'on infre de la capacit de vivre 
la finalit, de la finalit  la lgitimit.
Ensuite : une opinion est bienfaisante, donc elle est vraie ;
l'effet en est bon, donc elle est elle-mme bonne et vraie.
En ce cas l'on applique  l'effet le prdicat :
bienfaisant, bon, au sens d'utile, et l'on dote la cause du mme
prdicat : bon, mais ici au sens de valable logiquement.
La rciproque de ces propositions est : une chose
ne peut pas s'imposer, se maintenir, donc elle est injuste ;
une opinion tourmente, excite, donc elle est fausse.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Si quelqu'un traite quelqu'un de sophiste, c'est qu'il
se sait plus sot. Qui ne peut attaquer le raisonnement, attaque
le raisonneur. C'est ici une loi analogue  celle qui fait
que l'on se dtruit tout entier pour supprimer un mal particulier
enchevtr dans le bien : - Loi de l'expdient.
  
    --- Paul VALERY   
%
 Le Bien ne s'oppose au Mal, la Matire 
l'Esprit, le Vice et la Vertu etc. ; Quantit, qualit ;
Intellect, sensibilit ; Statique, dynamique etc.
que par un besoin de contraste et de symtrie plus esthtique
que vrifiable dans les faits  -  et il s'ensuit
des dveloppements ou systmes plus ou moins agrables
 considrer.
 Le jour ne s'oppose pas  la nuit : il lui succde.
Mais la complmentarit visuelle et la mmoire
introduisent le contraste.
 (C'est l ce qui "explique" que chez tant d'hommes (ou
chez tous !) le Bien et le Mal coexistent, et mme
se confondent.)  
    --- Paul VALERY  
%
 Soit dit en passant : Dire de deux choses qu'elles
seraient identiques est une absurdit, et dire d'une chose
qu'elle serait identique  elle-mme, c'est ne rien
dire du tout.  
    --- Identit :
    
%
 Le "rasoir" d'Occam* n'est naturellement pas une rgle
arbitraire, ou une rgle justifie par son succs
pratique : elle dit que des units de signes non-ncessaires
ne signifient rien.  
    --- Signification et ncessit :
   
%
 L'illogisme irrite. Trop de logique ennuie. La vie chappe
 la logique, et tout ce que la seule logique construit
reste artificiel et contraint. Donc est un mot que doit ignorer
le pote, et qui n'existe que dans l'esprit.  
    --- Andr GIDE   
%
 Une classe qui se compose de deux ou plusieurs membres
est parfois considre comme une chose unique. En
ce cas, elle peut possder une qualit qui ne soit
pas possde par chacun de ses membres pris individuellement.
 Ainsi, la classe "les soldats du 10<SUP>e</SUP> rgiment d'infanterie"
considre comme une chose unique, peut possder
l'attribut "forms en carrs", que ne possde
aucun de ses membres pris individuellement.  
    --- Lewis CARROLL   
%
 Ce n'est pas parce qu'en hiver on dit : "Fermez la
porte, il fait froid dehors", qu'il fait moins froid dehors quand
la porte est ferme.  
    --- Pierre DAC   
%
 Un citoyen de Londres me disait un jour : "C'est
la ncessit qui fait lois, et la force les fait
observer." Je lui demandai si la force ne faisait pas aussi quelquefois
des lois, et si Guillaume le Btard et le Conqurant
ne leur avait pas donn des ordres sans faire de march
avec eux. "Oui, dit-il, nous tions des boeufs alors ;
Guillaume nous mit un joug, et nous fit marcher  coups
d'aiguillon ; nous avons depuis t changs
en hommes, mais les cornes nous sont restes, et nous frappons
quiconque veut nous faire labourer pour lui, et non pas pour nous."  
    --- VOLTAIRE   
%
 Il n'y a aucun bon code dans aucun pays. La raison en
est vidente ; les lois ont t faites
 mesure, selon les temps, les lieux, les besoins, etc.
 Quand les besoins ont chang, les lois qui sont demeures
sont devenues ridicules. Ainsi la loi qui dfendait de
manger du porc et de boire du vin tait trs raisonnable
en Arabie, o le porc et le vin sont pernicieux ;
elle est absurde  Constantinople.  
    --- VOLTAIRE   
%
 A la honte des hommes, on sait que les lois du
jeu sont les seules qui soient partout justes, claires, inviolables
et excutes. Pourquoi l'Indien qui a donn
les rgles du jeu d'checs est-il obi de
bon gr dans toute la terre, et que les dcrtales
des papes, par exemple, sont aujourd'hui un objet d'horreur et
de mpris ? C'est que l'inventeur des checs
combina tout avec justesse pour la satisfaction des joueurs, et
que les papes, dans leurs dcrtales, n'eurent en
vue que leur seul avantage. L'Indien voulut exercer galement
l'esprit des hommes et leur donner du plaisir ; les papes
ont voulu abrutir l'esprit des hommes.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Que les supplices des criminels soient utiles. Un homme
pendu n'est bon  rien, et un homme condamn aux
ouvrages publics sert encore la patrie et est une leon
vivante.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Que toute loi soit claire, uniforme et prcise :
l'interprter, c'est presque toujours la corrompre.  
    --- VOLTAIRE   
%
 La plupart des lois se contrarient si visiblement qu'il
importe assez peu par quelles lois un Etat se gouverne ;
mais ce qui importe beaucoup c'est que les lois une fois tablies
soient excutes. Ainsi il n'est d'aucune consquence
qu'il y ait telles ou telles rgles pour les jeux de ds
et de cartes ; mais on ne pourra jouer un seul moment si
l'on ne suit pas  la rigueur ces rgles arbitraires
dont on sera convenu.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Tout ce qui a des ailes est hors de l'atteinte des lois.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il faut une force physique pour maintenir une force morale,
comme il faut un flacon pour contenir une liqueur spiritueuse.
Donc, loi au droit et force  la loi.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La loi n'est pas un pur acte de puissance. Toute loi inutile
est une loi tyrannique : comme celle qui obligeoit les Moscovites
 se faire couper la barbe. Les choses indiffrentes
par leur nature ne sont pas du ressort de la Loi. Comme les hommes
aiment passionnment  suivre leur volont,
la Loi qui la gne est tyrannique, parce qu'elle gne
le bonheur public.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Il est plus facile de lgaliser certaines choses
que de les lgitimer.  
    --- CHAMFORT   
%
 La bont des lois est, osons le dire, une chose
beaucoup moins importante, que l'esprit avec lequel une nation
se soumet  ses lois et leur obit. Si elle les
chrit, si elle les observe, parce qu'elles lui paraissent
manes d'une source sainte, le don des gnrations
dont elle rvre les mnes, elles se rattachent
intimement  sa moralit ; elles anoblissent
son caractre ; et lors mme qu'elles sont fautives,
elles produisent plus de vertus et par l plus de bonheur
que des lois meilleures, qui ne seraient appuyes que sur
l'ordre de l'autorit.
 [...]
 Je n'excepte du respect pour le pass que ce qui est injuste.
Le temps ne sanctionne pas l'injustice. L'esclavage, par exemple,
ne se lgitime par aucun laps de temps. C'est que dans
ce qui est intrinsquement injuste, il y a toujours une
partie souffrante, qui ne peut en prendre l'habitude et pour laquelle
en consquence l'influence salutaire du pass n'existe
pas. Ceux qui allguent l'habitude en faveur de l'injustice
ressemblent  cette cuisinire franaise,
 qui l'on reprochait de faire souffrir des anguilles,
en les corchant.
 Elles y sont accoutumes, dit-elle. Il y a trente ans
que je le fais.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 Le lgislateur, en laborant la loi, ne
doit jamais perdre de vue l'abus qu'on peut en faire.  
    --- Victor HUGO   
%
 Jamais la loi n'a rendu les hommes plus justes d'une seule
once, mais, en raison du respect qu'ils lui portent, il arrive
chaque jour que mme des gens dots des meilleures
dispositions se fassent les agents de l'injustice.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 [...] les avatars des conomistes depuis la guerre
prouvent assez que la loi, mdiocrement efficace contre
les btes de proie, ne peut absolument rien contre les insectes.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 C'est ce qui divise les hommes qui multiplie leurs diffrents.  
    --- Pierre DAC   
%
  Combien il est louable  un prince de respecter
ses promesses et de vivre avec intgrit, non dans
les fourberies, chacun le conoit clairement. Cependant,
l'histoire de notre temps enseigne que seuls ont accompli de grandes
choses les princes qui ont fait peu de cas de leur parole et su
adroitement endormir la cervelle des gens ; en fin de compte
ils ont triomph des honntes et des loyaux.
 Sachez donc qu'il existe deux manires de combattre :
l'une par les lois, l'autre par la force. L'une est propre aux
hommes, l'autre appartient aux btes ; mais comme trs
souvent la premire ne suffit point, il faut recourir 
la seconde. C'est pourquoi il importe qu'un prince sache user
adroitement de l'homme et de la bte.
 [...]
 Si donc tu dois bien employer la bte, il te faut choisir
le renard et le lion ; car le lion ne sait se dfendre
des lacets, ni le renard des loups. Tu seras renard pour connatre
les piges, et lion pour effrayer les loups. Ceux qui se
bornent  vouloir tre lions n'y entendent rien.
C'est pourquoi un seigneur avis ne peut, ne doit respecter
sa parole si ce respect se retourne contre lui et que les motifs
de sa promesse soient teints. Si les hommes taient
tous gens de bien, mon prcepte serait condamnable ;
mais comme ce sont tous de tristes sires et qu'ils n'observeraient
par leurs propres promesses, tu n'as pas non plus  observer
les tiennes. Et jamais un prince n'a manqu de raisons
lgitimes pour colorer son manque de foi. On pourrait allguer
des exemples innombrables dans le temps prsent, montrer
combien de traits, combien d'engagements sont partis en
fume par la dloyaut des princes ;
et celui qui a su le mieux user du renard en a tir les
plus grands avantages. Toutefois, il est bon de dguiser
adroitement ce caractre, d'tre parfait simulateur
et dissimulateur. Et les hommes ont tant de simplesse, ils se
plient si servilement aux ncessits du moment que
le trompeur trouvera toujours quelqu'un qui se laisse tromper.  
    --- MACHIAVEL   
%
  Le royaume de France est un des mieux gouverns
de notre temps ; on y trouve de nombreuses et excellentes
institutions qui garantissent au roi libert d'action et
scurit. La premire est le parlement et
ses prrogatives. L'ordonnateur de ce royaume, connaissant
l'ambition et l'insolence des puissants, jugea bon de leur mettre
dans la bouche quelque frein qui les bridt. D'autre part,
sachant bien quelle crainte le peuple nourrissait contre les seigneurs
fodaux et voulant le rassurer, il prit soin que cette
besogne n'incombt pas au roi : il lui pargnait
ainsi la rancune des grands. Il institua donc un tiers juge afin
que, sans l'intervention du souverain, fussent frapps
les orgueilleux et soutenus les humbles. Aucune mesure ne pouvait
tre plus sage, aucune ne pouvait mieux soutenir la cause
du roi et du royaume. On en peut tirer une autre maxime :
les princes doivent mettre sur le dos des autres les besognes
dsagrables, et se rserver  eux-mmes
les agrables. Et j'en conclus de nouveau qu'il doit certes
faire cas des puissants, mais gagner la sympathie des faibles.  
    --- MACHIAVEL   
%
  C'est ici l'occasion de remarquer qu'on peut inspirer
la haine aussi bien par les bonnes oeuvres que par les mauvaises.
C'est pourquoi, comme je l'ai dit plus haut, s'il veut maintenir
son Etat, un prince doit souvent recourir  la mchancet ;
en effet, lorsque le groupe dont tu penses avoir besoin pour conserver
ta place est corrompu (peuple, soldats ou nobles), tu te trouves
oblig de suivre et de satisfaire ses gots ;
alors les bonnes oeuvres sont les plus mauvaises.  
    --- MACHIAVEL   
%
  A coup sr, les princes deviennent grands
quand ils surmontent les difficults et les embches
qu'on dresse sous leurs pas. Voil pourquoi la fortune,
pour grandir spcialement un prince nouveau (qui a plus
besoin de prestige qu'un prince hrditaire), lui
suscite des ennemis, inspire des conjurateurs, afin qu'il ait
l'occasion d'en venir  bout ; ainsi, sur cette chelle
que lui prsentent ses adversaires, il peut monter plus
haut. Aussi, certain estiment-ils qu'un prince habile, quand s'en
prsente l'occasion, doit subtilement nourrir contre lui-mme
quelques inimitis afin que, les ayant mates, il
sorte grandi de l'affaire.  
    --- MACHIAVEL  
%
 Contente-toi d'obtenir d'un homme son arme, sans lui dire
que c'est pour le tuer avec ; quand elle sera dans ta main,
tu pourras satisfaire ton envie.  
    --- Que pour tre efficace   
%
 Si j'ai dessein de faire la guerre  un prince,
malgr les traits fidlement observs
entre nous depuis longtemps, je trouverai prtexte et couleur
 attaquer son ami, plutt que lui. Je sais que son
ami tant attaqu, ou il prendra sa dfense,
et alors il me fournit l'occasion de lui faire la guerre comme
j'en avais l'intention ; ou il l'abandonnera, et alors il
dcouvre sa faiblesse, et sa dloyaut, puisqu'il
nglige de secourir un alli. Dans l'un et l'autre
cas, il perd sa rputation et me rend plus facile l'excution
de mes projets.  
    --- Que pour tre efficace  
%
 A Song vivait un amateur de singes. Il aimait les
singes et en possdait tout un troupeau. Il tait
capable de comprendre leurs dsirs et les singes de leur
ct comprenaient leur matre. Il restreignait
sa propre nourriture pour satisfaire les singes, mais survint
une disette et il dut diminuer la nourriture des animaux. Cependant,
craignant que ceux-ci ne se rebellent, il leur dit d'abord avec
ruse : "Si je vous donnais le matin trois chtaignes
et le soir quatre, cela suffirait-il ?" Tous les singes se
levrent, furieux. Se ravisant, il dit alors : "Soit,
vous aurez le matin quatre chtaignes et le soir trois.
Sera-ce suffisant ?" Les singes se couchrent satisfaits.
 C'est ainsi que les tres, les uns habiles, les autres
sots, se dupent les uns les autres. Le saint dupe, grce
 son intelligence, la foule des sots de la mme
faon que le fit l'amateur de singes qui dupa ceux-ci.
Sans changer le nom, ni la chose, il sut les rendre furieux, puis
joyeux.  
    --- L'homme et les singes   
%
 Un estranger, ayant dict et publi par tout qu'il
pourroit instruire Dionysius, Tyran de Syracuse, d'un moyen de
sentir et descouvrir en toute certitude les parties que ses subjets
machineroyent contre luy, s'il luy vouloit donner une bonne piece
d'argent, Dionysius, en estant adverty, le fit appeler 
soy pour l'esclarcir d'un art si necessaire  sa conservation ;
cet estrangier luy dict qu'il n'y avoit pas d'autre art, sinon
qu'il luy fit delivrer un talent et se ventast d'avoir apris de
luy un singulier secret. Dionysius trouva cette invention bonne
et luy fit compter six cens escus. Il n'estoit pas vray-semblable
qu'il eust donn si grande somme  un homme incogneu,
qu'en recompense d'un trs-utile aprentissage ; et
servoit cette reputation  tenir ses ennemis en crainte.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Il ne faut pas me dire qu'au milieu de deux diffrentes
factions je n'ai qu' me tenir neutre. Car quel moyen d'tre
sage quand tout le monde est fou, et d'tre froid dans la
fureur gnrale ? D'ailleurs, je ne suis point
isol dans la Socit, et je ne puis m'empcher
de prendre part  une infinit de choses auxquelles
je tiens. De plus, le parti de la neutralit n'est pas
prudent : car je serai bien sr d'avoir des ennemis,
et je ne serai pas sr d'avoir un ami. Il faut donc que
je prenne un parti. Mais si je choisis mal ? De plus, le
parti le plus fort peut ne l'tre pas partout, de faon
que je puis fort bien mourir le martyr de la faction dominante ;
ce qui est trs dsagrable.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Machiavel dit qu'il est dangereux de faire dans un Etat
de grands changements, parce qu'on s'attire l'inimiti
de tous ceux  qui ils sont nuisibles, et que le bien n'en
est pas senti de ceux  qui ils sont utiles.
 J'ai encore une autre raison  donner : c'est qu'ils
servent d'exemple et autorisent la fantaisie de celui qui voudra
bouleverser tout, en tant le respect que l'on doit avoir
pour les choses tablies.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Il vaut mieux des droits sur les denres que des
impositions. Un cordonnier  qui vous demanderez deux cus
disputera tant qu'il pourra ; et, si vous lui faites payer
25 livres de droits pour un muid de vin, il les payera sans s'en
apercevoir, et gaiement.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Machiavel vivra toujours ; on le dtestera
tout haut ; on le suivra tout bas, parce que les crimes de
ses disciples sont consacrs par de grands exemples, anoblis
par de grands prils, conseills par de grands besoins,
inspirs  de grandes mes, justifis
par de grands succs. Tout en est grand.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 On a fait des livres sur les intrts des
princes ; on parle d'tudier les intrts
des princes : quelqu'un a-t-il jamais parl d'tudier
les intrts des peuples ?  
    --- CHAMFORT   
%
 Voltaire disait,  propos de l'Anti-Machiavel du
roi de Prusse : "Il crache au plat pour en dgoter
les autres".  
    --- CHAMFORT   
%
 Un bon trait de prtre de cour, c'est la ruse dont
s'avisa l'vque d'Autun, Montazet, depuis archevque
de Lyon. Sachant bien qu'il y avait de bonnes frasques 
lui reprocher, et qu'il tait facile de le perdre auprs
de l'vque de Mirepoix, le thatin Boyer,
il crivit contre lui-mme une lettre anonyme pleine
de calomnies absurdes et faciles  convaincre d'absurdit.
Il l'adressa  l'vque de Narbonne ;
il entra ensuite en explication avec lui, et fit voir l'atrocit
de ses ennemis prtendus. Arrivrent ensuite les
lettres anonymes crites en effet par eux, et contenant
des inculpations relles ; ces lettres furent mprises.
Le rsultat des premires avait men le thatin
 l'incrdulit sur les secondes.  
    --- CHAMFORT   
%
 On apprend plus  tre roi dans une page
du Prince que dans les quatre volumes de l'Esprit des Lois.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Appt. - "Tout homme a son prix" - cela n'est pas
vrai. Mais i1 peut se trouver pour chacun un appt auquel
il doit mordre. C'est ainsi qu'on n'a besoin, pour gagner beaucoup
de personnes  une cause, que de donner  cette
cause le vernis de la philanthropie, de la noblesse, de la bienfaisance,
du sacrifice - et  quelle cause ne peut-on pas le donner !
- C'est le bonbon et la friandise de leurs mes ; d'autres
en ont d'autres.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Pour fortifier les partis. - Celui qui veut fortifier
les assises intrieures d'un parti n'a qu' lui
procurer l'occasion de se faire traiter avec une injustice manifeste :
il accumulera ainsi un capital de bonne conscience qui lui manquait
peut-tre jusque-l.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Contre mainte dfense. - La faon la plus
perfide de nuire  une cause, c'est de la dfendre,
intentionnellement avec de mauvaises raisons.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La promesse de la chenille
 N'engage pas le papillon.  
    --- Andr GIDE   
%
 Manuel du mufle :
 Enseigne aux autres la bont
 Tu peux avoir besoin de leurs services.  
    --- Andr GIDE   
%
 La trahison peut tre le fait d'une intelligence
suprieure, entirement affranchie des idologies
civiques.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Et j'ai fabriqu pour mon instruction un chef d'tat-major
imaginaire qui discute trs bien. "Je ne vois pas, me dit-il
un jour, pourquoi vous mprisez les opinions utiles. S'il
est permis contre l'ennemi de violer les traits, il est
permis aussi de mentir, et de blmer en ses actions ce qu'on
ferait trs bien soi-mme sans scrupule. Il s'agit
seulement de savoir si le mensonge est utile, et si le mensonge
le plus impudent n'est pas le plus utile. Par exemple il est utile
que l'on sache que nous ne massacrons pas les prisonniers, parce
que nous cultivons ainsi dans nos ennemis l'ide qu'ils
peuvent se rendre pour sauver leur vie. Mais il serait utile de
faire croire que l'ennemi massacre les prisonniers, car nos compagnies
encercles vendraient alors chrement leur vie,
ce que nous devons souhaiter. Et puisque vous tuez pour la patrie,
je ne vois pas par quel scrupule vous rougiriez de mentir pour
la patrie." Celui qui n'a pas conduit ses penses jusque-l,
je le souponne d'appeler pense ce qui lui plat.
La guerre met l'homme tout nu ; il revient pniblement
aux pense d'Esope. Socrate fut condamn
trs exactement parce qu'il refusait de soumettre aussi
ses penses au pouvoir. Nous n'avons peut-tre pas
avanc du tout depuis Socrate. Ne pas craindre, rester
sobre, ne rien croire, trois ressources contre le tyran. Quelques
centaines d'hommes ainsi disposs feraient un esprit public,
et suffisant. Les maux humains comme guerre, abus de pouvoir,
absurde concentration de richesse, ne sont possibles que par l'incroyable
aveuglement de ceux qui passent pour instruits. Il s'agit de former
son jugement par un massacre de penses. Il n'y a pas d'autre
sagesse.  
    --- ALAIN   
%
 Il faut battre le fer. Toute la force des coups de marteau
se retrouve dans la barre. La trempe est encore une violence.
Or c'est  peu prs ainsi qu'on forge une arme.
La nature humaine est ainsi faite qu'elle supporte mieux un grand
malheur qu'un petit. En d'autres termes, c'est le loisir qui fait
les jugeurs et les mcontents. Si donc le peuple gronde,
cela indique, comme Machiavel voulait, que vous ne frappez pas
assez fort. N'ayez pas peur ; celui qui frappe fort est premirement
craint, deuximement respect, et finalement aim.
 C'est ce qu'ont mconnu tous les esprits faibles, qui
comptaient surtout sur l'amiti et sur l'enthousiasme.
Mais ces sentiments vifs ne durent pas assez ; ils ne peuvent
rien contre des jours de terreur et d'preuves.
 C'est une rflexion bien naturelle que celle-ci :
"Soyons indulgents ; car ils ont beaucoup souffert, et ils
souffriront encore". Mais ce raisonnement se trouve toujours mauvais,
parce que la moindre partie de libert conduit 
rflchir. Les vues du praticien sont plus justes.
"Soyons trs svres, car ils ont beaucoup
souffert ; ils ne nous le pardonneront jamais, s'ils ont
le loisir d'y penser". Alors tombent les coups de marteau, et
sur le point sensible ; alors la moindre libert est
pourchasse. Les exercices et les sanctions, tout, jusqu'aux
faveurs, a pour fin d'abolir entirement l'ide
mme d'un droit et le moindre mouvement d'esprance.
Ainsi, quand on veut faire agir un gaz, on le comprime. Toute
cette force jeune tant ainsi comprime et contrarie
avec suite, sans une faiblesse par l'action d'un systme
parfait, alors il n'y a plus d'chappe que contre
l'ennemi ; et c'est lui qui paiera. Voil en bref
l'histoire d'un rgiment d'lite, et la pense
constante d'un vrai chef.  
    --- ALAIN   
%
 J'ai toujours pens que le machiavlisme
finit par se dvorer lui-mme, car pour manquer utilement
 sa parole, encore faut-il avoir une parole !  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Son Altesse tenait beaucoup  ne pas passer pour
un idologue, mais pour un politicien raliste expriment,
et voulait qu'une distinction subtile ft faite entre cette
"Anne autrichienne" ne du cerveau d'un journaliste
gnial, et la prudence rflchie des milieux
responsables. Dans ce dessein, il recourut  la technique
d'un homme qu'il n'aimait pas d'ordinaire  prendre pour
modle, Bismark, et qui consistait  faire rvler
par les journalistes ses vritables intentions afin de
pouvoir les confirmer ou les dmentir ensuite selon les
exigences de l'heure.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Beaucoup de Franais attendent du pouvoir qu'il
soit efficace et non qu'il soit moralement respectable. L'honneur
des gouvernants apparat comme une notion assez mdivale
et dpasse. Il semble qu'il conviendrait seulement
d'tre habile. Mais quand il n'y a que l'habilet
et que l'habilet est prise en dfaut, il ne reste
plus rien, sinon des sentiments de courte honte. Un rgne
politique peut se terminer dans la dception. Il peut aussi
finir dans le mpris.  
    --- Jean-Franois DENIAU   
%
 Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualits ;
il en faut avoir l'conomie.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 On ne doit pas juger du mrite d'un homme par ses
grandes qualits, mais par l'usage qu'il en sait faire.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Quiconque passe au-del manque le but.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ce sont toujours nos impuissances qui nous irritent.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Se contenir est plus malais que se mutiler. Se
priver tous les jours est plus difficile que se sacrifier une
fois. Le sage dans le monde est plus grand et plus hroque
que le sage dans le clotre.  
    --- Victor HUGO   
%
 Elevez-vous. Elargissez votre horizon. Quittez
l'argile, la fange, le ventre, l'intrt, l'apptit,
la passion, l'gosme, la pesanteur. Allez 
la lumire. Devenez une grande me. Passez du gocentrique
 l'hliocentrique.  
    --- Victor HUGO   
%
 Un beau sentiment vaut une belle pense ;
une belle pense vaut une belle action. Un systme
de philosophie vaut un pome, un pome vaut une
dcouverte scientifique, une vie de science vaut une vie
de vertu. L'homme parfait serait celui qui serait  la
fois pote, philosophe, savant, homme vertueux, et cela
non par intervalles et  des moments distincts (il ne le
serait alors que mdiocrement), mais par une intime compntration
 tous les moments de sa vie, qui serait pote alors
qu'il est philosophe, philosophe alors qu'il est savant, chez
qui en un mot, tous les lments de l'humanit
se runiraient en une harmonie suprieure, comme
dans l'humanit elle-mme.  
    --- Ernest RENAN   
%
 L'exprience de Socrate. - Si l'on est devenu matre
en une chose, on est pour l'ordinaire rest par cela mme
un pur apprenti dans la plupart des autres ; mais on en juge
inversement, comme Socrate en faisait dj l'exprience.
L est l'inconvnient qui rend le commerce des matres
dsagrable.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le calme dans l'action. - Comme une chute d'eau en se
prcipitant devient plus lente et plus arienne,
ainsi d'ordinaire le grand homme accomplit l'action avec plus
de calme que ne le faisait attendre son dsir imptueux
avant l'action.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les passions surmontes. - L'homme qui a surmont
ses passions est entr en possession du sol le plus fcond,
comme le colon qui s'est rendu matre des forts et
des marcages. Semer sur le terrain des passions vaincues
la semence des bonnes oeuvres spirituelles, c'est alors la tche
la plus urgente et la plus prochaine. Surmonter n'est l
qu'un moyen, ce n'est pas un but ; si l'on envisage autrement
cette victoire, toutes sortes de mauvaises herbes et de diableries
se mettent  foisonner sur le sol fcond mis ainsi
en friche, et bientt tout cela se met  pousser
et  se pousser avec plus d'imptuosit encore
que prcdemment.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ce qui est d'abord ncessaire. - Un homme qui ne
veut pas se rendre matre de sa colre, de ses accs
de haine et de vengeance, de sa luxure et qui malgr cela
aspire  devenir matre en quoi que ce soit, est
aussi bte que l'agriculteur qui place son champ sur les
bords d'un torrent sans s'en protger.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Matre et lve. - Il faut qu'un matre
mette ses disciples en garde contre lui-mme : cela
fait partie de son humanit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 L'idal du calme est dans un chat assis.  
    --- Jules RENARD   
%
 Si la girouette pouvait parler, elle dirait qu'elle dirige
le vent.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le matre vritable est celui qui, 
travers son priple mental, s'est unifi le plus
et le mieux.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Le matre ne nous apprend rien d'autre que ceci,
qu'il faut que chacun soit son propre matre, ce qui fait
tous les hommes gaux.  
    --- ALAIN   
%
 Cet tat d'quilibre n'est beau que sur
la corde raide ; assis par terre, il n'a plus rien de glorieux.  
    --- Andr GIDE   
%
 Les matres sont ceux qui nous montrent ce qui est
possible dans l'ordre de l'impossible.  
    --- Paul VALERY   
%
 Imitez vos dfauts pour vous en corriger.
 Vous buvez trop d'alcool ?
 Faites semblant d'tre ivre - et vous en boirez moins.
 Vous tes pointilleux ?
 Froissez-vous sans raison aucune - et vous rirez.
 Vous tes colreux ?
 Simulez la colre - et vous verrez combien c'est bte
la colre.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Le peuple dit que, dans la maladie, la sant se
repose.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 MALADE. - Pour remonter le moral d'un malade, rire de
son affection et nier ses souffrances.  
    --- Gustave FLAUBERT  
%
 Le microbe du terrible mal, le trponme,
puisqu'il faut l'appeler par son nom, est aussi bien le fouet
du gnie et du talent, de l'hrosme et de
l'esprit, que de celui de la paralysie gnrale,
du tabs et de presque toutes les dgnrescences.
Tantt excitant et stimulant, tantt engourdissant
et paralysant, forant et travaillant les cellules de la moelle,
de mme que celles du cerveau, matre des congestions,
des manies, des hmorragies, des grandes dcouvertes
et des sclroses, le trponme hrditaire,
renforc par les croisements entre familles syphilitiques,
a jou, joue et jouera un rle comparable 
celui du fatum de l'Antiquit. Il est le personnage, invisible
mais prsent, qui meut les romantiques et les dsquilibrs,
les aberrants d'aspect sublime, les rvolutionnaires pdants
ou violents. Il est le ferment qui fait lever la pte un
peu lourde du sang paysan et l'affine en deux gnrations.
Du fils d'une bonne il fait un grand pote, d'un petit-bourgeois
paisible un satyre, d'un commerant un mtaphysicien,
d'un marin un astronome ou un conqurant. Une poque
telle que le XVI<SUP>e</SUP> sicle, avec ses splendeurs et ses turpitudes,
sa bravoure, sa frnsie amoureuse, son expansion
formidable, apparat  l'observateur averti ainsi
qu'une incursion du trponme dans l'lite
comme dans les masses populaires, ainsi qu'une sarabande d'hrdos.
Ds la premire ligne de sa fameuse ddicace,
Rabelais avait vu juste, et lui-mme srement en tait,
avec son verbe fulgurant, sa perptuelle leve d'images
forcenes et brillantes. La plupart des dgnrescences,
la majorit des mfaits attribus 
l'alcoolisme sont imputables  ce spirille, d'une agilit,
d'une ductilit, d'une pntration, d'une
congnitalit, si l'on peut dire, encore mystrieux,
autant que le "quel monstre est-ce", de la goutte de semence "de
quoy nous sommes produits"  laquelle Montaigne fait allusion
dans sa Ressemblance des enfants aux pres. Analogue pour
l'lan et l'acrobatisme au propagateur de la vie, associ
 lui dans mainte conception par la transmission hrditaire,
le trponme propage  la fois l'intensit
dramatique de la vie, la strilit qui est son contraire
et les plus durs flaux. Il est un daimn matriel
avec qui l'esprit doit compter, une vrille physique le moral et
le factotum de l'instinct sexuel. Avant qu'il soit longtemps,
je vous jure, cette notion en bouleversera beaucoup d'autres et
fera un massacre de poncifs.  
    --- La syphilis comme moyen   
%
 Citation, page 72, d'un mot du Prince Edmond de PoIignac :
"Un tel ? Il ne peut pas tre intelligent, il n'est
pas malade." Cela a l'air de boutade. Il y a une part de vrai.
Il est bien certain qu'un certain tat maladif, chez un
homme intelligent, produit un affinement (voil que je
ne sais plus si ce mot est franais) de l'intelligence,
l'amne  des penses, des sensations qu'il
n'aurait peut-tre pas sans cet tat maladif. La
songerie acquiert des prolongements, des profondeurs. On peut
en citer un exemple avec Marcel Schwob. Cet tat peut crer
comme une finesse de tout l'individu, une finesse morale, en mme
temps que donner une certaine destruction physique. L'homme de
grande sant, sans gnraliser, est plus
port  la vulgarit physique et 
quelque chose de commun dans les ides.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il est  remarquer, ce n'est pas la premire
fois que je le vois, que tous 1es gens qui parlent d'une opration
quelconque, pour eux ou pour des proches, cette opration
a toujours t faite par le "premier chirurgien
de Paris" ou par le "premier spcialiste".  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 On est bien portant. On voit des malades. On les sait
perdus. On les veut tromper, tenir dans l'illusion, par de bonnes
paroles, et y croire. On est malade  son tour, et on se
laisse tromper et tenir dans l'illusion comme les autres.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Si vous tes malade, ne le soyez pas trop longtemps.
 Tchez de ne pas dpasser les 21 jours rglementaires,
car, vous ne pouvez pas l'ignorer, la patience des meilleurs amis
est assez courte et vous auriez vite l'impression d'tre
dlaiss.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 La peste soit de ces gens devant lesquels on ne peut pas
renifler sans qu'aussitt ils vous demandent : "Vous
tes enrhum ?".  
    --- Andr GIDE   
%
 Je n'ai jamais rencontr quelqu'un de ceux qui
se vantent de n'avoir jamais t malades, qui ne
soit, par quelque ct, un peu sot ; comme ceux
qui n'ont jamais voyag ; et je me souviens que Charles-Louis
Philippe appelait fort joliment les maladies : les voyages
du pauvre.
 Ceux qui n'ont jamais t malades sont incapables
de vraie sympathie pour une quantit de misres.  
    --- Andr GIDE   
%
 Le travail est loin d'tre toujours conscient. Ainsi
mme physiquement les moindres mouvements  -  les
sensations ordinaires  -  le simple fait de vivre entrane
dpense d'nergie, mais on ne la peroit
pas. Mais ds que malade alors cela apparat. Psychologiquement
la maladie est un accroissement de sensibilit 
l'gard des dpenses d'nergie.  
    --- Paul VALERY   
%
 Un malade est suprieur  l'homme en bonne
sant. Et pourtant chaque homme sain se sent suprieur
au malade. Depuis qu'il y a monde, l'homme en bonne sant
ressent la maladie de l'autre comme une flatterie. C'est une sorte
de garantie secrte que lui donne la nature et dont il
est fier, sans le dire. Les sentiments les plus ordinaires naissent
du contact des hommes malades avec les autres. Faire la psychologie
de ces relations signifierait crire la justification dfinitive
du dgot.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Je me suis souvent demand et me le demande souvent
encore ce qui peut bien diffrencier une mauvaise bronchite
d'une bonne.  
    --- Pierre DAC   
%
 La distinction entre maladies du "cerveau" et maladies
"mentales", entre problmes "neurologiques" et "psychologiques",
relve d' un hritage culturel malheureux qui imprgne
toute la socit, en gnral, et la
mdecine, en particulier. Elle reflte une mconnaissance
fondamentale des rapports entre le cerveau et l' esprit. Dans
le cadre de cette tradition, on estime que les maladies du cerveau
sont des affections dont on ne peut blmer ceux qui en sont
atteints, tandis que les maladies psychologiques, et surtout celles
qui touchent  la faon de se conduire et aux ractions
motionnelles, sont des troubles de la relation interpersonnelle,
dans lesquels les malades ont une grande part de responsabilit.
Dans ce contexte, il est courant de reprocher aux individus leurs
dfauts de caractre, le dsquilibre
de leurs ractions motionnelles, et ainsi de suite ;
le manque de volont est considr comme
la source primordiale de tous leurs problmes.  
    --- Antonio R. DAMASIO  
%
 L'vque de Cloyne, Berkeley, est le dernier
qui, par cent sophismes captieux, a prtendu prouver que
les corps n'existent pas. Ils n'ont, dit-il, ni couleurs, ni odeurs,
ni chaleur ; ces modalits sont dans vos sensations,
et non dans les objets. Il pouvait s'pargner la peine
de prouver cette vrit ; elle est assez connue.
Mais de l il passe  l'tendue, 
la solidit, qui sont des essences du corps, et il croit
prouver qu'il n'y a pas d'tendue dans une pice
de drap vert, parce que ce drap n'est pas vert en effet ;
cette sensation du vert n'est qu'en vous : donc cette sensation
de l'tendue n'est qu'en vous. Et, aprs avoir ainsi
dtruit l'tendue, il conclut que la solidit
qui y est attache tombe d'elle-mme, et qu'ainsi,
il n'y a rien au monde que nos ides. De sorte que, selon
ce docteur, dix mille hommes tus par dix mille coups de
canon ne sont dans le fond que dix mille apprhensions
de notre entendement ; et quand un homme fait un enfant 
sa femme, ce n'est qu'une ide qui se loge dans une autre
ide, dont il natra une troisime ide.  
    --- Le paradoxe de Berkeley   
%
 Il est bon de savoir ce qui l'avait entran
dans ce paradoxe. J'eus, il y a longtemps, quelques conversations
avec lui ; il me dit que l'origine de son opinion venait
de ce qu'on ne peut concevoir ce que c'est que ce sujet qui reoit
l'tendue. Et en effet il triomphe dans son livre quand
il demande  Hilas ce que c'est que ce sujet, ce substratum,
cette substance. "C'est le corps tendu" rpond
Hilas. Alors l'vque, sous le nom de Philonos,
se moque de lui ; et le pauvre Hilas, voyant qu'il a dit
une sottise, demeure tout confus, et avoue qu'il n'y comprend
rien , qu'il n'y a point de corps, que le monde matriel
n'existe pas, qu'il n'y a qu'un monde intellectuel.
 Hilas devait dire seulement  Philonos : Nous
ne savons rien sur le fond de ce sujet, de cette substance tendue
solide, divisible, mobile, figure, etc. ; je ne la
connais pas plus que le sujet pensant, sentant et voulant ;
mais ce sujet n'en existe pas moins, puisqu'il a des proprits
essentielles dont il ne peut tre dpouill.  
    --- Le paradoxe de Berkeley   
%
 On ne connat que trop la thse idaliste,
que l'on retrouve dans Berkeley en sa parfaite transparence. Beaucoup
y ont mordu, et ne se dlivrent pas aisment. Or
j'ai aperu une faute dans cet idalisme, et je
crois utile de la mettre au jour. La faute est dans cette ide
impossible de l'apparence seule, et spare de l'objet.
Plus prs de nous et plus clairement, je dirais que la
faute est de prendre comme rel un monde subjectif, comme
on dit, c'est  dire dans lequel l'existence extrieure
ne figurerait point encore, et devrait s'y ajouter  titre
d'hypothse. Ici les difficults s'accumulent, et
je veux essayer d'y mettre un ordre. Entendons bien. Il ne s'agit
pas d'argumenter. Qui argumente contre, il est pour. Car la force
de l'idalisme est en ceci qu'il obtient aisment
que l'existence des choses extrieures doit tre
prouve ; en quoi il a partie gagne de toute
faon ; car, si bonne que soit la preuve, elle court,
comme dit Kant, le risque de toute preuve ; et il reste une
diffrence entre l'indubitable existence de moi-mme,
et cette autre existence qu'il faut prouver, et qui, par cela
seul, fait figure d'ombre, et enfin se trouve seconde et subordonne.
Or, l'embarras o l'on se trouve alors vient de ce que
le philosophe ne donne pas ici le monde tel qu'il nous le faut.
Il y a disproportion, et mme ridicule disproportion, entre
cette immense et imprieuse prsence, dans laquelle
nous sommes pris et engags, et les lgers discours
par lesquels nous essayons d'en rendre compte. Et c'est parce
que nous sommes assurs premirement du monde que
le philosophe fait rire. C'est pourquoi il faut examiner svrement
ce dpart, cette position initiale o nous croyons
pouvoir nous retirer d'abord, laissant le monde et considrant
nos penses.
 Quand on aura bien compris qu'il n'y a point du tout de connaissance
hors de l'exprience, ni d'ide sans objet actuellement
prsent, tout sera dit. Quand on aura bien compris que
le souvenir ne s'achve que par la perception de l'objet,
et enfin que nous ne connaissons que les choses, tout sera dit,
et plus prs encore de l'illusion qu'il s'agit de surmonter.
Mais ces ides veulent un immense dveloppement.
Je conseille de les suivre dans l'Analytique de Kant, jusqu'au
fameux thorme qui affirme, comme en un puissant
raccourci, que les choses n'existent pas moins que moi-mme.
Seulement ce chemin est long et aride.  
    --- ALAIN   
%
 Les propositions mathmatiques sont reues
comme vraies parce que personne n'a intrt qu'elles
soient fausses ; et, quand on a eu intrt,
c'est--dire quand quelqu'un a voulu, en en doutant, se
faire chef de parti et entraner, en les renversant, toutes
les autres vrits, on en a dout :
tmoin Pyrrhon.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Il y a des sciences bonnes dont l'existence est ncessaire
et dont la culture est inutile. Telles sont les mathmatiques.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 "S'asseoir sur le boisseau".  -  "Mettre la rgle
dans sa tte" (pour en dbarrasser ses mains).  -  "...
le compas dans l'oeil", disoit Michel Ange. Cette expression est
si nette et par cela mme si naturelle que le peuple l'a
partout et qu'elle sera pour toujours adopte dans tous
les lieux o elle sera dite et par tous ceux qui l'auront
entendue une seule fois. Toute parole qui exprime bien une pense
est son vtement, son corps propre, son accompagnement insparable,
son associ naturel.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 COMPAS. - On voit juste quand on l'a dans l'oeil.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 On doit prvoir que, traitant des sujets aussi
nouveaux, hasard dans une voie aussi insolite, bien souvent
des difficults se sont prsentes que je
n'ai pu vaincre. Aussi dans ces deux mmoires et surtout
dans le second qui est plus rcent, trouvera-t-on souvent
la formule "je ne sais pas". La classe des lecteurs dont j'ai
parl au commencement ne manquera pas d'y trouver 
rire. C'est que malheureusement on ne se doute pas que le livre
le plus prcieux du plus savant serait celui o
il dirait tout ce qu'il ne sait pas, c'est qu'on ne se doute pas
qu'un auteur ne nuit jamais tant  ses lecteurs que quand
il dissimule une difficult. Quand la concurrence c'est--dire
l'gosme ne rgnera plus dans les sciences,
quand on s'associera pour tudier, au lieu d'envoyer aux
acadmies des paquets cachets, on s'empressera
de publier ses moindres observations pour peu qu'elles soient
nouvelles, et on ajoutera : "je ne sais pas le reste".  
    --- Evariste GALOIS   
%
 Suivant moi, l'hypocrisie tait impossible en mathmatiques,
et, dans ma simplicit juvnile, je pensais qu'il
en tait ainsi dans toutes les sciences o j'avais
ou dire qu'elles s'appliquaient. Que devins-je quand je
m'aperus que personne ne pouvait m'expliquer comment il
se faisait que : moins par moins donne plus ( -  &#215;  -  = +) ?
(C'est une des bases fondamentales de la science qu'on appelle
algbre.)
 On faisait bien pis que ne pas m'expliquer cette difficult
(qui sans doute est explicable car elle conduit  la vrit),
on me l'expliquait par des raisons videmment peu claires
pour ceux qui me les prsentaient.  
    --- STENDHAL   
%
 Ma cohabitation passionne avec les mathmatiques
m'a laiss un amour fou pour les bonnes dfinitions,
sans lesquelles il n'y a que des -peu-prs.  
    --- STENDHAL   
%
 J'ai fait dans ma jeunesse quatre ans de mathmatiques.
Mon professeur, M. Lefebvre de Courcy, me demandait un jour :
Eh bien, Monsieur, que pensez-vous des X et des Y ?  -  Je
lui ai rpondu : c'est bas de plafond.  
    --- Victor HUGO   
%
 La science la plus vide d'objet, les mathmatiques,
est prcisment celle qui passionne le plus, non
pas tant par sa vrit que par le jeu des facults
et la force de combinaison qu'elle suppose. La jouissance que
procurent les mathmatiques est de mme ordre que
celle du jeu d'checs. Aucune n'est plus tyrannique. Quand
Archimde tait appliqu  son tableau
de dmonstration, il fallait que ses esclaves l'en arrachassent
pour le frotter d'huile ; mais lui, il traait des
figures gomtriques sur son corps ainsi frott.  
    --- Ernest RENAN   
%
 O mathmatiques svres, je
ne vous ai pas oublies, depuis que vos savantes leons,
plus douces que le miel, filtrrent dans mon coeur, comme
une onde rafrachissante. J'aspirais instinctivement, ds
le berceau,  boire  votre source, plus ancienne
que le soleil, et je continue encore de fouler le parvis sacr
de votre temple solennel, moi, le plus fidle de vos initis.
Il y avait du vague dans mon esprit, un je ne sais quoi pais
comme de la fume ; mais, je sus franchir religieusement
les degrs qui mnent  votre autel, et vous
avez chass ce voile obscur, comme le vent chasse le damier.
Vous avez mis,  la place, une froideur excessive, une
prudence consomme et une logique implacable. A
l'aide de votre lait fortifiant, mon intelligence s'est rapidement
dveloppe, et a pris des proportions immenses,
au milieu de cette clart ravissante dont vous faites prsent,
avec prodigalit,  ceux qui vous aiment d'un sincre
amour. Arithmtique ! algbre ! gomtrie !
trinit grandiose ! triangle lumineux ! Celui
qui ne vous a pas connues est un insens ! Il mriterait
l'preuve des plus grands supplices ; car, il y a
du mpris aveugle dans son insouciance ignorante ;
mais, celui qui vous connat et vous apprcie ne
veut plus rien des biens de la terre ; se contente de vos
jouissances magiques ; et, port sur vos ailes sombres,
ne dsire plus que de s'lever, d'un vol lger,
en construisant une hlice ascendante, vers la vote
sphrique des cieux.  
    --- Le Comte de LAUTREAMONT   
%
 Je cite l'exemple de Pascal qui combattait ses maux de
tte avec des problme de gomtrie.
 - Moi, dit Tristan Bernard, je combattait la gomtrie
en feignant d'avoir des maux de tte.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y avait des rcalcitrants, par exemple l'excellent
Lemoine, mathmaticien et organisateur des soires
musicales qui portent sont nom. C'tait un petit vieillard
sautillant et instruit, rempli de calembours et de coq--l'ne.
Ayant apprivois une chouette, il rptait
volontiers : "rien n'est chouette comme l'idem." Cela n'tait
rien, mais ne s'tait-il pas mis en tte de nous
faire connatre son "point de Lemoine" qui se trouve, parait-il,
dans le triangle ? A peine avait-il commenc, pour
la dixime fois, sa dmonstration, que Hecq s'criait :
"Allons bon, il y a un fou grimp sur le toit de l'htel."
Tous les yeux se dirigeaient de ce ct et le thorme
tait interrompu. Ou bien : "Avez-vous senti cette
odeur de brl ? faisait Hecq, la mine inquite.
Il y a certainement le feu quelque part." Tout le monde cherchait
aussitt l'origine de ce problmatique incendie.
Jamais le bon Lemoine ne put parvenir  nous expliquer
son point.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Rien n'est plus facile  apprendre que la gomtrie
pour peu qu'on en ait besoin. Quand on n'en a pas besoin, quand
a ne vous manque pas, c'est assommant. Je suis enchant
de ne pas avoir appris la gomtrie et l'algbre
car a ne pourrait me servir  rien.  
    --- Sacha GUITRY /L'Esprit /   
%
 Ceux qui admirent que la nature se prte si bien
aux vtements du gomtre, mconnaissent
deux choses. D'abord ils mconnaissent la souplesse et
toutes les ressources de l'instrument mathmatique, qui,
par complication progressive, dessinera toujours mieux les rapports,
orientera et mesurera mieux les forces, sans gauchir la ligne
droite pour cela. C'est ce que n'ont pas bien saisi ceux qui remettent
toujours les principes en questions, comme l'inertie ou mouvement
uniforme, et autres hypothses solides. Ce qui est aussi
sot que si l'on voulait inflchir les trois axes pour inscrire
un mouvement courb, ou bien tordre l'quateur pour
un bolide. Mais, comme disait bien Platon, c'est le droit qui
est le juge du courbe, et le fini et achev qui est juge
de l'indfini. Et ce sont les vieux nombres entiers qui
portent le calcul diffrentiel. Par ces remarques, on voudra
bien comprendre en quel sens toute loi est a priori quoique toute
connaissance soit d'exprience. Mais, ici encore, n'oubliez
pas de joindre fortement l'ide et la chose. La seconde
mprise consiste  croire que la nature, hors des
formes mathmatiques, soit rellement quelque chose,
et puisse dire oui ou non. Cette erreur vient de ce que nous appelons
nature ce qui est une science  demi-faite dj,
dj repousse de nous  distance
convenable. Car la perception du mouvement des toiles,
d'Orient en Occident, est une supposition dj,
et trs raisonnable, mais qui ne s'accorde pas avec les
retards du soleil et de la lune et les caprices des plantes.
Et mme les illusions sur le mouvement, comme on l'a vu,
procdent d'un jugement ferme, et d'une supposition que
la nature n'a pas dicte ; nos erreurs sont toutes
des penses. La nature ne nous trompe pas ; elle ne
dit rien ; elle n'est rien.  
    --- ALAIN   
%
 A celui qui a pris l'habitude d'expdier
ses affaires avec la rgle  calcul, il devient
carrment impossible de prendre au srieux la bonne
moiti des affirmations humaines. Qu'est-ce donc qu'une
rgle  calcul ? Deux systmes de chiffres
et de graduations combins avec une ingniosit
inoue ; deux petits btons laqus de blanc
glissant l'un dans l'autre, dont la coupe forme un trapze
aplati,  l'aide desquels on peut rsoudre en un
instant, sans gaspiller une seule pense, les problmes
les plus compliqus ; un petit symbole qu'on porte
dans sa poche intrieure et qu'on sent sur son coeur comme
une barre blanche... Quand on possde une rgle
 calcul et que quelqu'un vient  vous avec de grands
sentiments ou de grandes dclarations, on lui dit :
Un instant, je vous prie, nous allons commencer par calculer les
marges d'erreur et la valeur probable de tout cela !  
    --- Robert MUSIL   
%
 Quand on prend les virages en ligne droite, c'est que
a ne tourne pas rond dans le carr de l'hypotnuse.  
    --- Pierre DAC   
%
 L'infini ne peut gure conduire qu' zro
et rciproquement.  
    --- Pierre DAC   
%
 Cet aprs-midi, suis entr par mgarde
au Collge de France, dans une salle o le prof
crivait au tableau noir des formules de hautes mathmatiques.
Pendant une heure, j'ai regard avec une stupeur admirative
ce magicien qui ne cessa de faire surgir des signes merveilleux
et, pour moi, parfaitement inintelligibles. Que nos besognes littraires
paraissent vulgaires  ct de cet exercice
hallucinant qui supprime pratiquement la parole : le prof
d'ailleurs n'y avait recours que pour faire les raccords. S'adonner
 une activit inaccessible aux profanes, 
une activit qui ne peut tre suivie que par quelques-uns,
qu'on peut compter sur les doigts, oh, c'est cela que j'aurais
aim faire, et non crire des articles que le premier
venu peut lire et mpriser.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Les maximes gnrales sont dans la conduite
de la vie ce que les routines sont dans les arts.  
    --- CHAMFORT   
%
 Une maxime, pour tre bien faite, ne demande pas
 tre corrige. Elle demande  tre
dveloppe.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Pourquoi ne lit-on plus jamais les grands matres
de la maxime psychologique ? - car, soit dit sans aucune
exagration, l'homme cultiv qui a lu La Rochefoucauld
et ses parents en esprit et en art est rare  trouver en
Europe ; et plus rare encore de beaucoup celui qui les connat
et ne les ddaigne pas. Mais il est probable que mme
ce lecteur exceptionnel y prendra moins de plaisir que ne lui
en devrait donner la forme de ces artistes ; car mme
le cerveau le plus fin n'est pas capable d'apprcier suffisamment
l'art d'aiguiser une maxime, s'il n'y a pas lui-mme t
lev, s'il ne s'y est pas essay. On prend,
faute de cette ducation pratique, cette invention et cette
mise en forme pour plus facile qu'elle n'est, on n'en ressent
pas avec assez d'acuit la russite et l'attrait.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Il y a des tournures et des saillies, des sentences o
toute une civilisation, toute une socit se cristallise
soudain en quelques mots. Ainsi cette parole de Madame de Lambert
 son fils : "Mon ami, ne vous permettez jamais que
des folies qui vous feront grand plaisir". Soit dit en passant,
voil le conseil le plus maternel et le plus sage qu'on
ait jamais donn  un fils.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les diseurs de maximes, non plus que les marchands de
"spcialits", ne se soignent  leurs propres
remdes.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Il y a quelque chose de plus bte qu'un proverbe :
c'est deux proverbes. Et n'allez pas croire surtout que je rdite
une plaisanterie suranne, indigne de vous et de moi-mme.
 Non, coutez...
 Ce proverbe : Tel pre, tel fils, est idiot ;
mais cet autre : A pre avare, enfant prodigue,
n'est pas moins bafouilleux.
 Que dire des deux runis ? 
 Autre exemple :
 La nuit porte conseil, et Ne remettez jamais au lendemain ce
que vous pouvez faire la veille.
 Comment voulez-vous qu'on s'y reconnaisse ?
 D'ailleurs,  ce propos, j'ai pris un moyen terme ;
depuis ma plus tendre enfance (ma mre vous le dira), j'ai
toujours remis au surlendemain ce que j'aurais parfaitement pu
faire l'avant-veille.
 Et je m'en suis bien trouv.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Il n'est pas de sentences, de maximes, d'aphorismes, dont
on ne puisse crire la contre-partie.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les proverbes ne sont point d'entendement, mais de raison.
Ils ne concernent jamais la nature des choses, mais ils visent
 rgler la nature humaine, et vont toujours 
contre-pente, contre les glissements qui nous sont naturels.  
    --- ALAIN   
%
 Chacun se redresse aux maximes et aux proverbes ;
chacun en sent le prix. Penser sur des maximes c'est se reconnatre
et reprendre le gouvernement de soi.  
    --- ALAIN   
%
 Qu'est-ce que la maxime en effet ? On peut dire en
simplifiant que c'est une quation o les signes
du premier terme se retrouvent exactement dans le second, mais
avec un ordre diffrent. C'est pour cela que la maxime
idale peut toujours tre retourne. Toute
sa vrit est en elle-mme et pas plus que
la formule algbrique, elle n'a de correspondant dans l'exprience.
On peut en faire ce que l'on veut jusqu' puisement
des combinaisons possibles entre les termes donns dans
l'nonc, que ces termes soient amour, haine, intrt
ou piti, libert ou justice. On peut mme,
et toujours comme en algbre, tirer de l'une de ces combinaisons
un pressentiment  l'gard de l'exprience.
Mais rien de cela n'est rel parce que tout y est gnral.  
    --- Albert CAMUS   
%
 L'aphorisme ? Un feu sans flamme. On comprend que
personne ne veuille s'y rchauffer.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Plus encore que dans le pome, c'est dans l'aphorisme
que le mot est dieu.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il y a dj longtemps que l'on improuve
les mdecins, et que l'on s'en sert ; le thtre
et la satire ne touchent point  leurs pensions ;
ils dotent leurs filles, placent leurs fils aux parlements et
dans la prlature, et les railleurs eux-mmes fournissent
l'argent. Ceux qui se portent bien deviennent malades, il leur
faut des gens dont le mtier soit de les assurer qu'ils
ne mourront point : tant que les hommes pourront mourir,
et qu'ils aimeront  vivre, le mdecin sera raill
et bien pay.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Homopathe n. L'humoriste de la profession mdicale.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 REMEDE : agent thrapeutique qui gurit
rarement le mal qu'on a, mais donne  chaque instant un
mal qu'on n'avait pas.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 LE DOCTEUR  -   Comment ? Ne m'avez-vous
pas dit que vous veniez de passer votre thse l't
dernier ? 
 KNOCK  -   Oui, trente-deux pages in-octavo : Sur
les prtendus tats de sant, avec cette
pigraphe, que j'ai attribue  Claude Bernard :
"Les gens bien portants sont des malades qui s'ignorent."  
    --- Jules ROMAINS   
%
 Je n'aime ni les infirmes, ni les anormaux, ni les mal
faits, ni les dtraqus, ni les tars, arrirs
et incapables d'une sorte ou d'une autre. Que diable n'a-t-on
pas mis au baquet,  leur naissance, tous ces dchets !
Cette poque me fait piti  vouloir les
faire vivre  toute force.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 La mdecine, c'est ingrat. Quand on se fait honorer
par les riches, on a l'air d'un larbin, par les pauvres on a tout
du voleur.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 Sait-on comment, jadis, en Chine, s'exerait la
profession de mdecin ?
 D'une manire originale si l'on veut, mais  quel
point logique, et que bien des gens adopteraient sans doute avec
plaisir chez nous, si Messieurs les Docteurs voulaient s'y prter.
 On paie ici son mdecin quand on est mal portant  -  c'tait
tout justement le contraire l-bas. On faisait choix d'un
bon docteur et l'on convenait avec lui d'appointements annuels
dont le paiement tait d'office suspendu pendant le temps
que l'on tait malade.
 L'intrt du docteur  vous gurir
trs vite tait donc vident.  
    --- Sacha GUITRY  
%
 Au commencement, nous faisions du zle et des pansements
compliqus selon les formules ultramodernes de nos hpitaux.
Mais bientt la routine de l'infirmerie et le scepticisme
de notre bon major - dont j'ai compris depuis la haute sagesse
- nous ramenrent  l'ipca, au sulfate de
soude et au bain de pied  la moutarde, ainsi qu'
l'ouverture des panaris en cinq secs.
 - Vous allez-t-il me faire mal, m'sieur le major ?
 - Mais non, mon garon, assieds-toi l et ferme
les yeux.
 Crouc, un bon coup de bistouri bien appliqu et a
y tait. Le soldat se tordait de douleur sur sa chaise,
cependant que, pour le consoler, nous lui tenions les habituels
propos : "Eh bien ! tu en verras de plus rudes, 
la guerre... Tu es un homme, sacrebleu !" et autres fariboles
dlures. Le panaris des autres semble toujours
insignifiant.  
    --- Mdecine militaire :
    
%
 La science  -  toute science  -  est sans
conscience ni limites, sans autres limites, veux-je dire, que
celles qu'elle se donne pour tche de franchir, qu'elle
franchit en effet, tt ou tard, et qui ne sauraient ds
lors la limiter. Si on laisse les sciences et les techniques 
la pure spontanit de leur dveloppement
interne, une seule chose est certaine : selon le principe
bien connu, tout le possible sera fait  -  et c'est, s'agissant
de l'homme, ce qu'il n'est plus possible d'accepter. Il faut donc,
au dveloppement spontan (et heureux) de la mdecine
scientifique, des limites externes : dontologiques,
thiques ou juridiques, selon les cas et les enjeux, d'ailleurs
toutes ncessaires et irrductibles les unes aux
autres.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Extraordinaire affaire de la fausse nouvelle donne
hier soir par les journaux, d'aprs une dpche
amricaine, l'Intransigeant et la Presse en tte,
de l'arrive  New York des aviateurs Nungesser
et Coli, les deux "hros" selon le langage ridicule en
cours  notre poque. Et non seulement l'annonce
de leur arrive, mais encore des dtails sur leur
dbarquement et les propos tenus par Nungesser. Ce matin,
rien de vrai, et non seulement rien de vrai, mais la plus grande
inquitude sur le sort de ces deux hommes. Quelle douche
pour le Paris hystrique d'hier soir ! Le peuple n'a
pas chang. Le mme qu'au moyen ge. La mme
superstition, la mme idoltrie, la mme crdulit,
avec cette abjection en plus : l'hyperorgueil national. Quelles
scnes si on annonait demain la fin du monde.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Grce  la presse quotidienne, le dernier
imbcile peut prouver quelque chose de la plus
haute jouissance de l'homme d'action. Tous les matins, en beurrant
ses tartines, il croit que les faits marchent  sa rencontre,
que l'immense tragdie du monde s'accorde au rythme de
sa chtive pense, remplit l'troite mesure
de son rve. Presque  chaque heure, si l'on tient
compte de la longitude, des milliers d'idiots prononcent en cent
langues la phrase de toutes les impuissances : "Je l'avais
bien dit."  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Nous oublions aisment nos fautes lorsqu'elles
ne sont sues que de nous.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 La mmoire est ncessaire pour toutes les
oprations de la raison.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Je ne me mfie pas assez de la mmoire des
sots, c'est le ct par lequel ils rparent
leur sottise.  
    --- STENDHAL   
%
 Pardonnez tout, n'oubliez rien.  
    --- Victor HUGO   
%
 Mauvaise mmoire. - L'avantage de la mauvaise mmoire
est qu'on jouit plusieurs fois des mmes choses pour la
premire fois.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La bonne mmoire. - Certains ne parviennent pas
 devenir des penseurs parce que leur mmoire est
trop bonne.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Oubli. - Il n'est pas encore dmontr que
l'oubli existe ; tout ce que nous savons, c'est qu'il n'est
pas en notre pouvoir de nous ressouvenir. Nous avons plac
provisoirement, dans cette lacune de notre puissance, le mot oubli :
comme si c'tait l une facult de plus dans
le registre. Mais, en fin de compte, qu'est-ce qui est en notre
pouvoir !  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ce n'est qu'en ne payant pas ses factures qu'on peut esprer
vivre dans la mmoire des classes marchandes.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Soyez tranquille ! Je n'oublierai jamais le service
que je vous ai rendu.  
    --- Jules RENARD   
%
 Peut-tre que les gens de beaucoup de mmoire
n'ont pas d'ides gnrales.  
    --- Jules RENARD   
%
 J'ai une mmoire admirable : j'oublie tout !
C'est d'un commode !...
 C'est comme si le monde se renouvelait pour moi  chaque
instant.  
    --- Jules RENARD   
%
 Tous les ans, la mare d'quinoxe de septembre
est la plus forte mare du sicle.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Rien ne s'oublie plus vite que le dluge de sang,
et la rapidit de l'oubli est proportionnelle aux dimensions
de l'hcatombe ; pourquoi cela ? Parce que l'esprit
humain chasse naturellement l'image du deuil et du charnier. On
n'aurait pas imagin le Jour des Morts, si l'on n'oubliait
pas les morts presque tous les jours, surtout quand leur trpas
fut collectif et violent.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Apprendre  parler c'est apprendre  dgager
les sens  des mots, des poques o on les a appris
 -  c'est oublier la plupart des relations d'alors. Sans
oubli, on n'est que perroquet.  
    --- Paul VALERY   
%
 La mmoire est l'avenir du pass.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ma mmoire est fantasque - et parfois il m'arrive
de parler trs fort  l'oreille d'un myope.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Ceux qui pensent  tout n'oublient rien et ceux
qui ne pensent  rien font de mme puisque ne pensant
 rien ils n'ont rien  oublier.  
    --- Pierre DAC   
%
 A mesure que la mmoire s'affaiblit, les
loges qu'on nous a prodigus s'effacent au profit
des blmes. Et c'est justice : les premiers, on les
a rarement mrits, alors que les seconds jettent
quelque clart sur ce qu'on ignorait de soi-mme.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le bon vieux temps : tout ce que la mmoire
range dans ses dbarras en gommant le mdiocre pour
ne retenir que le meilleur.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Ce n'est pas sans raison qu'on dit que qui ne se sent
point assez ferme de memoire, ne se doit pas mesler d'estre menteur.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Quoique les personnes n'aient point d'intrt
 ce qu'elles disent, il ne faut pas conclure de l
absolument qu'ils ne mentent point ; car il y a des gens
qui mentent simplement pour mentir.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Il y a des choses que l'homme par sa nature ne peut connatre
que vaguement et les grands esprits se contentent d'en avoir des
notions vagues. Mais les esprits vulgaires ne s'en contentent
pas. Il faut pour leur repos qu'ils se forgent ou qu'on leur offre
des ides fixes et dtermines sur ces objets
mme o toute prcision est erreur. Ces esprits
communs n'ont point d'ailes. Ils ne peuvent se soutenir dans rien
de ce qui n'est que de l'espace. Il leur faut des points d'appui,
des fables, des idoles, des mensonges. Mentez-leur donc et ne
les trompez pas.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le mensonge. - Pourquoi la plupart du temps les hommes,
dans la vie de tous les jours, disent-ils la vrit ?
  -  Assurment ce n'est pas parce qu'un dieu a
dfendu le mensonge. Mais c'est premirement parce
que cela est plus ais, le mensonge exigeant invention,
dissimulation et mmoire. (Voil pourquoi Swift
dit : celui qui nonce un mensonge se rend rarement
compte du lourd fardeau qu'il s'impose ; il lui faut en effet,
pour soutenir un mensonge, en inventer vingt autres.) C'est ensuite :
parce qu'en des circonstances simples il est avantageux de parler
franc : je veux ceci, j'ai fait ceci, et ainsi de suite ;
donc parce que la voie de la contrainte et de l'autorit
est plus sre que celle de la ruse. - Mais pour peu qu'un
enfant ait t lev dans des circonstances
domestiques compliques, il se sert tout aussi naturellement
du mensonge et dit involontairement toujours ce qui rpond
 son intrt : un sens de la vrit,
une rpugnance au mensonge en soi, lui sont tout 
fait trangers et inaccessibles, et il ment en toute innocence.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Dis quelquefois la vrit, afin qu'on te
croie quand tu mentiras.  
    --- Jules RENARD   
%
 Etre franc, c'est--dire marcher sur les pieds
des autres en le faisant exprs...A combien de calottes,
de gros mots, etc., on s'expose !  
    --- Jules RENARD   
%
 La confidence crite ne garde qu'un moment l'clat
du neuf. Quelques annes encore et sous le vernis de l'ouvrier,
la niaiserie percera de toutes parts ainsi qu'une moisissure.
C'est par leur sincrit que se corrompent plus
vite les oeuvres et les hommes, le mensonge seul chappe
 la pourriture, se dessche sans pourrir, prend
peu  peu le poli et la duret de la pierre. Le
mensonge est minral.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Mais non, cet homme-l n'est pas tellement faux
- puisque cela se voit sur son visage qu'il est faux.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 L'un des mensonges les plus fructueux, les plus intressants
qui soient, et l'un des plus faciles en outre, est celui qui consiste
 faire croire  quelqu'un qui vous ment qu'on le
croit.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Mensonge.
 Ce qui nous force  mentir, est frquemment le
sentiment que nous avons de l'impossibilit chez les autres
qu'ils comprennent entirement notre action. Ils n'arriveront
jamais  en concevoir la ncessit (qui 
nous-mme s'impose sans s'claircir).  
    --- Paul VALERY   
%
 Le mensonge sera souvent le pch du questionneur
lequel rend la vrit dangereuse.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il en est qui sont vridiques pour n'avoir point
de quoi mentir.  
    --- Paul VALERY   
%
 La possibilit du mensonge est donne avec
la conscience elle-mme, dont elle mesure ensemble la grandeur
et la bassesse. Et comme la libert n'est libre que parce
qu'elle peut choisir ou le bien ou le mal, ainsi la dialectique
du mensonge tient tout entire dans cet abus d'un pouvoir
qui est propre aux consciences adultes.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 [...] on ne ment jamais sans le vouloir. De l
la gravit du premier mensonge chez un enfant. Le jour
de ce premier mensonge est un jour vraiment solennel o
nous dcouvrons chez l'innocent la profondeur inquitante
de la conscience. C'est donc que l'innocent en savait long :
qu'il tait bien dgourdi, pour un innocent... O
a-t-il pris toute cette exprience ? et depuis quand
se permet-on d'avoir des secrets, de nous cacher quelque chose ?  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 "J'ai dcid de ne plus mentir", disait-il.
De fait, ses amis remarquaient qu'il parlait de moins en moins.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Une variante particulirement pernicieuse du mensonge
est celle du mensonge dit "utile". Faut-il donner des tmoignages
"arrangs", si c'est pour la bonne cause ? Doit-on
dramatiser, si c'est la seule faon de faire passer le
message ? Comment passionner l'opinion sur un sujet et qu'elle
apporte sa contribution financire, alors que tant de catastrophes
se bousculent sur nos crans, famines, massacres ou tremblements
de terre ? Il faut faire du tapage disent les uns, sinon
vous n'tes pas cout dans le tohu-bohu mdiatique.
Ce n'est pas faux. D'autres hsitent. Ils ont raison. 
 Les meilleures photos de guerre sont souvent "bidonnes",
c'est  dire reconstitues "aprs". En pleine
opration, il y a trop de fume et de bruit, sans
parler du danger, pour prendre des documents de qualit
permettant la reproduction.  La photo du pilote d'un avion dtourn
par des terroristes, un pistolet braqu sur la tte,
a fait le tour du monde. Elle a t "organise"
trs cher  la suite d'un march en dollars
entre les intresss, y compris les terroristes,
 l'initiative d'un correspondant de presse. La photo est
bonne, elle a fait parler du terrorisme et de ses dangers. Certes,
mais est-ce suffisant pour justifier la mise en scne ?
Et comment marquer la limite,  quel moment crier :
hol ? Qu'il s'agisse de "charit-business",
de couverture de l'actualit, de propagande intresse
ou non, on est dsormais  la limite du mensonge
politique, et souvent du mauvais ct.  
    --- Jean-Franois DENIAU   
%
 Mettons  la fin de presque tous les chapitres
de mtaphysique les deux lettres des juges romains quand
ils n'entendaient pas une cause : N.L., non liquet, cela
n'est pas clair.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Mais qu'est-ce qu'une ide ? qu'est-ce qu'une
sensation, une volont, etc. ? C'est moi apercevant,
moi sentant, moi voulant.
 On sait enfin qu'il n'y a pas plus d'tre rel appel
ide que d'tre rel nomm mouvement ;
mais il y a des corps mus.
 De mme il n'y a point d'tre particulier nomm
mmoire, imagination, jugement ; mais nous nous souvenons,
nous imaginons, nous jugeons.
 Tout cela est d'une vrit triviale ; mais
il est ncessaire de rebattre souvent cette vrit :
car les erreurs contraires sont plus triviales encore.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Je conclurai que je dois me mfier  plus
forte raison de toutes mes ides en mtaphysique ;
que je suis un animal trs faible, marchant sur des sables
mouvants qui se drobent continuellement sous moi, et qu'il
n'y a peut-tre rien de si fou que de croire avoir toujours
raison.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Toutes les billeveses de la mtaphysique
ne valent pas un argument ad hominem. Pour convaincre, il ne faut
quelquefois que rveiller le sentiment ou physique ou moral.
C'est avec un bton qu'on a prouv au pyrrhonien
qu'il avait tort de nier son existence. Cartouche, le pistolet
 la main, aurait pu faire  Hobbes une pareille
leon : "La bourse ou la vie ; nous sommes seuls,
je suis le plus fort, et il n'est pas question entre nous d'quit."  
    --- Denis DIDEROT   
%
 Un des grands dlices de l'esprit des hommes, c'est
de faire des propositions gnrales.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Besace des mtaphysiciens. - Il ne faut pas rpondre
du tout  ceux qui parlent avec tant de fanfaronnade de
ce que leur mtaphysique a de scientifique ; il suffit
de farfouiller dans le baluchon qu'ils dissimulent derrire
leur dos avec tant de pudeur ; si l'on russit 
le dfaire quelque peu on amnera  la lumire,
 leur plus grande honte, les rsultats de ce caractre
scientifique : un tout petit bon Dieu, une aimable immortalit,
peut-tre un peu de spiritisme et certainement tout l'amas
confus des misres d'un pauvre pcheur et de l'orgueil
du pharisien.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Evidemment, si on donne sa parole d'honneur que "rien
n'est absolu", l'arithmtique, du mme coup, devient
exorable et l'incertitude plane sur les axiomes les plus incontests
de la gomtrie rectiligne. Aussitt, c'est
une question de savoir s'il est meilleur d'gorger ou de
ne pas gorger son pre, de possder vingt-cinq
centimes ou soixante-quatorze millions, de recevoir des coups
de pied dans le derrire ou de fonder une dynastie.  
    --- Lon BLOY   
%
 Mtaphysicien  -  Homme qui parle trop
tt. Attendez ternellement que vous en sachiez un
peu plus.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les 3/4 de la mtaphysique constituent un simple
chapitre de l'histoire du verbe Etre.  
    --- Paul VALERY   
%
 Dieu sait quelles mtaphysiques et gomtries
l'invention des miroirs et des vitres a pu engendrer chez les
mouches !  
    --- Paul VALERY   
%
 Si les Allemands ont excell en mtaphysique,
c'est qu'ils sont de tous les peuples celui qui est le plus dnu
de bon sens.  
    --- Emil CIORAN   
%
 A l'ternelle triple question toujours demeure
sans rponse : "Qui sommes-nous ? D'o
venons-nous ? O allons-nous ?" je rponds :
"En ce qui me concerne personnellement, je suis moi, je viens
de chez moi et j'y retourne".  
    --- Pierre DAC   
%
 Qui suis-je ?
 O vais-je ?
 Qu'est-ce qu'on mange  midi ?  
    --- Jos ARTUR   
%
 Pour ma part, j'ai souvent song que, si l'on m'offrait
un mtier manuel qui, au moyen de quatre ou cinq heures
d'occupation par jour, pt me suffire, je renoncerais pour
ce mtier  mon titre d'agrg de
philosophie ; car ce mtier, n'occupant que mes mains,
dtournerait moins ma pense que la ncessit
de parler pendant deux heures de ce qui n'est pas l'objet actuel
de mes rflexions. Ce seraient quatre ou cinq heures de
dlicieuse promenade, et j'aurais le reste du temps pour
les exercices de l'esprit qui excluent toute occupation manuelle.
J'acquerrais pendant ces heures de loisir les connaissances positives,
je ruminerais pendant les autres ce que j'aurais acquis. Il y
a certains mtiers qui devraient tre les mtiers
rservs des philosophes, comme labourer la terre,
scier les pierres, pousser la navette du tisserand, et autres
fonctions qui ne demandent absolument que le mouvement de la main.
 [...]
 L'enseignement est maintenant le recours presque unique de ceux
qui, ayant la vocation des travaux de l'esprit, sont rduits
par des ncessits de fortune  prendre une
profession extrieure ; or l'enseignement est trs
prjudiciable aux grandes qualits de l'esprit ;
l'enseignement absorbe, use, occupe infiniment plus que ne ferait
un mtier manuel.  
    --- Ernest RENAN   
%
  Il n'y a pas de sot mtier.
 Pardon, il y en a un. C'est d'tre tailleur et de prtendre
habiller un moine. Tout le monde sait que l'habit ne fait pas
le moine et que, par consquent, il n'est pas possible
d'imaginer quelque chose de plus sot que le mtier qui
consiste  faire un habit pour un client qui a lui-mme
besoin d'tre fait, n'existant pas. La chose, je l'avoue,
ne parat pas trs intelligible.  
    --- Lon BLOY   
%
 Les mtiers sans ennuis sont les mtiers
qu'on ne fait pas.  
    --- ALAIN   
%
 Il est vray semblable que le principal credit des miracles,
des visions, des enchantemens et de tels effects extraordinaires,
vienne de la puissance de l'imagination agissant principalement
contre les ames du vulgaire, plus molles. On leur a si fort saisi
la creance qu'ils pensent voir ce qu'ils ne voyent pas.  
    --- Michel de MONTAIGNE  
%
 Pourquoi Dieu ferait-il un miracle ? Pour venir 
bout d'un certain dessein sur quelques tres vivants !
Il dirait donc : "Je n'ai pu parvenir par la fabrique de
l'univers, par mes dcrets divins, par mes lois ternelles,
 remplir un certain dessein ; je vais changer mes
ternelles ides, mes lois immuables, pour tcher
d'excuter ce que je n'ai pu faire par elles." Ce serait
un aveu de sa faiblesse, et non de sa puissance. Ce serait, ce
semble, dans lui la plus inconcevable contradiction.  
    --- Impossibilit des miracles :
   
%
 Nommez-moi un peuple chez lequel il ne soit pas opr
des prodiges incroyables, surtout dans des temps o l'on
savait  peine lire et crire.  
    --- Impossibilit des miracles :
   
%
 Ceux qui fortifient leurs raisonnements par la science
vous diront que les Pres de l'Eglise ont avou
souvent eux-mmes qu'il ne se faisait plus de miracles de
leur temps. Saint Chrysostome dit expressment : "Les
dons extraordinaires de l'esprit taient donns
mme aux indignes, parce que l'Eglise avait besoin
de miracles ; mais aujourd'hui ils ne sont pas mme
donns aux dignes, parce que l'Eglise n'en a plus
besoin." Ensuite il avoue qu'il n'y a plus personne qui ressuscite
les morts, ni mme qui gurisse les malades.  
    --- Impossibilit des miracles :
   
%
 Un gouvernement thocratique ne peut tre
fond que sur des miracles ; tout doit y tre
divin. Le grand souverain ne parle aux hommes que par des prodiges ;
ce sont l ses ministres et ses lettres patentes.  
    --- Impossibilit des miracles :
   
%
 Tous les peuples ont de ces faits,  qui, pour
tre merveilleux il ne manque que d'tre vrais ;
avec lesquels on dmontre tout, mais qu'on ne prouve point ;
qu'on n'ose nier sans tre impie, et qu'on ne peut croire
sans tre imbcile.  
    --- Denis DIDEROT   
%
 "Ce qu'il y a de plus extraordinaire peut-tre dans
le besoin de l'extraordinaire, c'est que c'est, de tous les besoins
de l'esprit, celui qu'on a le moins de peine  contenter."
(Nodier. Ossianisme.-Examen critique des Dictionnaires.)  
    --- Andr GIDE   
%
 La modestie n'est point, ou est confondue avec une chose
toute diffrente de soi, si on la prend pour un sentiment
intrieur qui avilit l'homme  ses propres yeux,
et qui est une vertu surnaturelle qu'on appelle humilit.
L'homme, de sa nature, pense hautement et superbement de lui-mme,
et ne pense ainsi que de lui-mme : la modestie ne
tend qu' faire que personne n'en souffre ; elle est
une vertu du dehors, qui rgle ses yeux, sa dmarche,
ses paroles, son ton de voix, et qui le fait agir extrieurement
avec les autres comme s'il n'tait pas vrai qu'il les compte
pour rien.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 [...] l'homme vraiment suprieur est celui qui
sait plier les autres  lui souffrir,  lui pardonner
sa supriorit : tout homme suprieur
qui rvolte les autres n'est pas si suprieur que
l'on pense ; je dis : quand mme on lui passe
en secret qu'il l'est ; il lui manque au moins de voir qu'il
intresse la malice des autres  lui refuser nettement,
pour le punir, ce qu'il veut emporter  force ouverte,
et ce qu'il pourrait obtenir sans violence.  
    --- MARIVAUX   
%
 Soyez toujours modeste, jamais humble. La modestie est
la qualit d'un honnte homme. L'humilit
est la qualit d'un lche, d'un fourbe, d'un sot,
ou la vertu d'un chrtien.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Voulez-vous tre respect ? voulez-vous
monter aux premiers emplois ? voulez-vous passer pour un
homme  talents ? Donnez-vous pour respectable, pour
digne des premiers emplois, pour un homme  talents. La
modestie soutient les grands ; mais l'effronterie les fait.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Je crois que l'humilit est la modestie de l'me ;
car la modestie extrieure n'est que la civilit.
L'humilit ne peut pas constituer  se nier 
soi-mme la supriorit qu'on peut avoir acquise
sur un autre. Un bon mdecin ne peut se dissimuler qu'il
en sait davantage que son malade en dlire ; celui
qui enseigne l'astronomie doit s'avouer qu'il est plus savant
que ses disciples ; il ne peut s'empcher de le croire,
mais il ne doit pas s'en faire accroire. L'humilit n'est
pas l'abjection ; elle est le correctif de l'amour-propre,
comme la modestie est le correctif de l'orgueil.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Il y a une modestie d'un mauvais genre, fonde
sur l'ignorance, qui nuit quelquefois  certains caractres
suprieurs, qui les retient dans une sorte de mdiocrit :
ce qui me rappelle le mot que disait  un djeuner
 des gens de la cour un homme d'un mrite reconnu :
"Ah ! Messieurs, que je regrette le temps que j'ai perdu
 apprendre combien je valais mieux que vous !  
    --- CHAMFORT   
%
 M. Th... me disait un jour qu'en gnral,
dans la socit, lorsqu'on avait fait quelque action
honnte et courageuse par un motif digne d'elle, c'est--dire
trs noble, il fallait que celui qui avait fait cette action
lui prtt, pour adoucir l'envie, quelque motif moins
honnte et plus vulgaire.  
    --- CHAMFORT   
%
 Conservons un peu d'ignorance, pour conserver un peu de
modestie et de dfrence  autrui.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La modestie est bien une vertu invente principalement
 l'usage des coquins, car elle exige que chacun parle
de soi comme s'il en tait un : cela tablit
une galit de niveau admirable et produit la mme
apparence que s'il n'y avait que des coquins.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 La modestie va bien aux grands hommes. C'est de n'tre
rien et d'tre quand mme modeste qui est difficile.  
    --- Jules RENARD   
%
 La fausse modestie, c'est dj trs
bien.  
    --- Jules RENARD   
%
 La modestie peut tre une espce d'orgueil
qui arrive par l'escalier drob.  
    --- Jules RENARD   
%
 La modestie est toujours de la fausse modestie.  
    --- Jules RENARD   
%
 Ma modestie est grande. Quand elle se hausse sur les pointes,
elle arrive presque au nombril de mon orgueil.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les modestes, avec leurs singeries, avec leur feinte rsignation
 la mdiocrit, avec leurs sourires dsabuss,
font un mauvais calcul, car nous sommes toujours disposs
 ne concder de talent  personne. Ah !
Oui, vraiment, nous ne demandons qu' nous laisser tromper
par la modestie des autres !   
    --- Sacha GUITRY   
%
 Quelle manie, mon Dieu, de vouloir  tout prix
que les autres soient modestes ! Comme si c'tait
une qualit, d'ailleurs,  -  alors que ce n'est
qu'une vertu, peut-tre.
 Avez-vous jamais vu quelqu'un parvenant  la gloire, 
la fortune, au bonheur mme,  force de modestie ?
 Il m'apparat plutt que c'est l'orgueil qui nous
y mne.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 La vritable modestie consiste toujours 
ne jamais se prendre pour moins ni plus que ce qu'on estime qu'on
croit qu'on vaut ni pour plus ni moins que ce qu'on value
qu'on vaut qu'on croit.  
    --- Pierre DAC   
%
 Dites franchement tout le bien que vous pensez de vous :
la fausse modestie est un abus de confiance.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 La modestie est, par dfinition, le seul sentiment
qui cesse d'exister  l'instant o on commence 
l'voquer.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 La modestie est l'art de faire dire par d'autres tout
le bien que l'on pense de soi-mme.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 La modestie cache souvent une mdiocrit
lucide.  
    --- Jos ARTUR   
%
 La modestie est un abus de confiance si elle dissimule
un vrai talent ou une erreur stratgique si elle avoue
de relles faiblesses.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Rien de tel que les faiblesses des grands hommes pour
rassurer les petits.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Il faudrait [...] pour le bonheur des hommes, qu'ils ne
fussent ni trop ignorants ni trop avancs.
 Trop d'ignorance leur donne des moeurs barbares ; le trop
d'exprience leur en donne d'habilement sclrates.
 La mdiocrit de connaissance leur en donnerait
de plus douces.  
    --- MARIVAUX   
%
 Les moeurs et leurs victimes. - L'origine des moeurs doit
tre ramene  deux ides : "la
communaut a plus de valeur que l'individu", et "il faut
prfrer l'avantage durable  l'avantage
passager" ; d'o il faut conclure que l'on doit placer,
d'une faon absolue, l'avantage durable de la communaut
avant l'avantage de l'individu, surtout avant son bien-tre
momentan, mais aussi avant son avantage durable et mme
avant sa survie. Que l'individu souffre d'une institution qui
profite  l'ensemble de la communaut, soit que
cette institution le force  s'tioler ou mme
qu'il en meure, peu importe, - les moeurs doivent tre prserves,
il faut faire le sacrifice. Mais un pareil sentiment ne prend
naissance que chez ceux qui ne sont pas victimes, - car la victime
fait valoir, dans son propre cas, que l'individu peut tre
d'une valeur suprieure au nombre, et, de mme, que
la jouissance du prsent, du moment paradisiaque pourrait
tre estime suprieure  la mdiocre
perptuation d'tats sans douleur et de conditions
de bien-tre. La philosophie de la victime se fait cependant
toujours entendre trop tard, on s'en tient donc aux moeurs et
 la moralit : la moralit n'tant
que le sentiment que l'on a de l'ensemble des moeurs, sous l'gide
desquelles on vit et l'on a t lev
- lev, non en tant qu'individu, mais comme membre
d'un tout, comme chiffre d'une majorit. - C'est ainsi
qu'il arrive sans cesse que l'individu se majore lui-mme
au moyen de sa moralit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ce que Montaigne a de bon ne peut tre acquis que
difficilement. Ce qu'il a de mauvais, j'entends hors les moeurs,
pt tre corrig en un moment, si on l'et
averti qu'il faisait trop d'histoires, et qu'il parlait trop de
soi.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Ce n'est pas dans Montaigne, mais dans moi, que je trouve
tout ce que j'y vois.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Le charmant projet que Montaigne a eu de se peindre navement
comme il a fait ! Car il peint la nature humaine ; et
le pauvre projet de Nicole, de Malebranche, de Pascal, de dcrier
Montaigne !  
    --- VOLTAIRE   
%
 L'ignorance et l'incuriosit sont deux oreillers
fort doux ; mais pour les trouver tels, il faut avoir la
tte aussi bien faite que Montaigne.  
    --- Denis DIDEROT   
%
 Dans la plupart des auteurs, je vois l'homme qui crit ;
dans Montaigne, l'homme qui pense.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Montaigne doutant des dogmes de la sottise ancienne, voil
un grand mrite ; il a entrevu quelques petites choses ;
enfin, son charmant style sans lequel personne ne parlerait de
lui.  
    --- STENDHAL   
%
 Montaigne, c'est tout de mme un peu tranard.  
    --- Jules RENARD   
%
  -  Aveu. C'est l'an dernier, au lit, 
Montrozier que j'ai ouvert un Montaigne. En peu de minutes, je
l'ai renvoy. Il m'assommait. Tout le monde peut crire
de ces choses.  
    --- Paul VALERY   
%
 On a surfait mme Montaigne ; il n'est pas
toujours savoureux. Je remarque qu'il ne l'est jamais plus que
lorsqu'il se lche la bride, jamais moins que lorsqu'il
se concerte et conduit.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ne fais rien dans ta vie, qui te fasse redouter que ton
voisin en prenne connaissance.  
    --- EPICURE   
%
 En gnral, tout savoir acquis par des gens
moralement frustes et faibles offre le danger de les gonfler d'orgueil.  
    --- EPICTETE   
%
 Voici la morale parfaite : vivre chaque jour comme
si c'tait le dernier ; ne pas s'agiter, ne pas sommeiller,
ne pas faire semblant.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Nos jugemens sont encores malades, et suyvent la depravation
de nos meurs. Je voy la pluspart des esprits de mon temps faire
les ingenieux a obscurcir 1a gloire des belles et genereuses actions
anciennes, leur donnant quelque interpretation vile et leur controuvant
des occasions et des causes vaines.
 Grande subtilit ! Qu'on me donne l'action la plus
excellente et pure, je m'en vois y fournir vraysemblablement cinquante
vitieuses intentions.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Un homme qui vient d'tre plac ne se sert
plus de sa raison et de son esprit pour rgler sa conduite
et ses dehors  l'gard des autres ; il emprunte
sa rgle de son poste et de son tat : de l
l'oubli, la fiert, l'arrogance, la duret, l'ingratitude.  
    --- Jean de LA BRUYERE  
%
 Qui nous a donn le sentiment du juste et de l'injuste ?
Dieu, qui nous a donn un cerveau et un coeur. Mais quand
votre raison vous apprend-elle qu'il y a vice et vertu ?
Quand elle nous apprend que deux et deux font quatre.  
    --- La morale et la   
%
 Redisons tous les jours  tous les hommes :
"La morale est une, elle vient de Dieu ; les dogmes sont
diffrents, ils viennent de nous".  
    --- La morale et la  
%
 On dit  un soldat pour l'encourager : "Songe
que tu es du rgiment de Champagne." On devrait dire 
chaque individu : "Souviens-toi de ta dignit d'homme."
 Et en effet, malgr qu'on en ait, on en revient toujours
l ; car que veut dire ce mot si frquemment
employ chez toutes les nations, rentrez en vous-mme ?
Si vous tiez n enfant du diable, si votre origine
tait criminelle, si votre sang tait form
d'une liqueur infernale, ce mot rentrez en vous-mme signifierait :
consultez, suivez votre nature diabolique, soyez imposteur, voleur,
assassin, c'est la loi de votre pre.
 L'homme n'est point n mchant ; il le devient,
comme il devient malade. Des mdecins se prsentent
et lui disent : "vous tes n malade." Il est
bien sr que ces mdecins, quelque chose qu'ils disent
et qu'ils fassent, ne  le guriront pas si sa maladie est
inhrente  sa nature ; et ces raisonneurs
sont trs malades eux-mmes.  
    --- Origine du mal.
    
%
 Il y a des gens qui n'ont de la morale qu'en pice.
C'est une toffe dont ils ne se font jamais d'habits.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Otez le beau, vous tez la moiti de
la morale ; la moiti de ses rgles. On n'a
plus qu'un critrium ; avec le beau, on en a deux :
le bien et lui.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Jouis et fais jouir, sans faire de mal ni  toi
ni  personne, voil, je crois, toute la morale.  
    --- CHAMFORT   
%
 L'indcision, l'anxit sont 
l'esprit et  l'me ce que la question est au corps.  
    --- CHAMFORT   
%
 L'homme qui cherche habituellement des vrits
morales et qui est sans cesse occup  faire des
raisonnements sur cet objet, prend l'habitude d'un style vrai
et naturel qui, port dans la socit, y
produit beaucoup de dsordres. Il blesse les vanits,
les convenances, etc. Une plaisanterie amusante a plus de prix
si l'on voit qu'elle est dite dans l'intention de vous plaire
que si elle est faite naturellement.  
    --- STENDHAL   
%
 N'applaudissez pas sur la joue de votre voisin.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il y a dans l'humanit une facult ou un
besoin, une capacit en un mot qui est comble de
nos jours par la morale, et qui l'a toujours t
et le sera toujours par quelque chose d'analogue. Je conois
de mme pour l'avenir que le mot morale devienne impropre
et soit remplac par un autre. Pour mon usage particulier,
j'y substitue de prfrence le nom d'esthtique.
En face d'une action, je me demande plutt si elle est belle
ou laide, que bonne ou mauvaise, et je crois avoir l un
bon critrium ; car avec la simple morale qui fait
l'honnte homme, on peut encore mener une assez mesquine
vie.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Je vis un jour dans un bois un essaim de vilains petits
insectes, qui avaient entour de leurs filets une jeune
plante et suaient ses pousses vertes avec un si laid caractre
de parasitisme que cela faisait rpugnance. J'eus un instant
l'ide de les dtruire. Puis je me dis : "Ce
n'est pas leur faute s'ils sont laids ; c'est une faon
de vivre". Il est d'un petit esprit, me disais-je de moraliser
la nature et de lui imposer nos jugements. Mais maintenant je
vois que j'eus tort ; j'aurais d les tuer ; car
la mission de l'homme dans la nature, c'est de rformer
le laid et l'immoral.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Tous les imbciles de la Bourgeoisie qui prononcent
sans cesse les mots : "immoral, immoralit, moralit
dans l'art" et autres btises, me font penser  Louise
Villedieu, putain  cinq francs, qui m'accompagnant une
fois au Louvre, o elle n'tait jamais alle,
se mit  rougir,  se couvrir le visage, et me tirant
 chaque instant par la manche, me demandait, devant les
statues et les tableaux immortels, comment on pouvait taler
publiquement de pareilles indcences.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 On n'est jamais excusable d'tre mchant,
mais il y a quelque mrite  savoir qu'on l'est ;
et le plus irrparable des vices est de faire le mal par
btise.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 L'immoralit est un mythe invent par les
honntes gens pour expliquer la curieuse attirance qu'exercent
les autres.  
    --- Oscar WILDE   
%
 MATINAL. - L'tre, preuve de moralit. Si
l'on se couche  4 heures du matin et qu'on se lve
 8, on est paresseux, mais si l'on se met au lit 
9 heures du soir pour en sortir le lendemain  5, on est
actif.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 La bte en nous veut tre trompe ;
la morale est un mensonge ncessaire, pour que nous n'en
soyons pas dchirs. Sans les erreurs qui rsident
dans les postulats de la morale, l'homme serait rest animal.
Mais de cette faon il s'est pris pour quelque chose de
suprieur et s'est impos des lois plus svres.
Il a par l de la haine pour les degrs rests
plus voisins de l'animalit ; c'est par cette raison
qu'il faut expliquer l'antique mpris de l'esclave, considr
comme l'tre qui n'est pas un homme, comme une chose.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Il y a un acharnement envers soi-mme, aux manifestations
les plus sublimes duquel appartiennent nombre de formes de l'asctisme.
 [...]
 Ainsi l'homme s'lve par des chemins dangereux
aux plus hautes cimes, pour se rire de son angoisse et de ses
genoux vacillants ; ainsi le philosophe professe des opinions
d'asctisme, d'humilit, de saintet, dans
l'clat desquelles sa propre figure est enlaidie de la
faon la plus odieuse. Cette torture de soi-mme,
cette raillerie de sa propre nature, ce spernere se sperni, 
quoi les religions ont donn tant d'importance, est proprement
un trs haut degr de vanit. Toute la morale
du Sermon sur la Montagne en relve : l'homme prouve
une vritable volupt  se faire violence
par des exigences excessives et  difier ensuite
ce quelque chose qui commande tyranniquement dans son me.
Dans toute morale asctique, l'homme adore une partie de
soi comme une divinit et doit pour cela ncessairement
rendre les autres parties diaboliques.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Offenser et tre offens. - Il est plus agrable
d'offenser et de demander pardon ensuite que d'tre offens
et d'accorder le pardon. Celui qui fait le premier donne une marque
de puissance, et aprs, de bont de caractre.
L'autre, s'il ne veut pas passer pour inhumain est oblig
dj de pardonner ; la jouissance que procure
l'humiliation d'autrui est trs rduite par cette
obligation.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Sort de la moralit. - La servitude des esprits
tant en train de diminuer, il est certain que la moralit
(c'est--dire la faon d'agir hrditaire,
traditionnelle et instinctive, conformment  des
sentiments moraux) diminue galement ; mais non point
les vertus particulires, la modration, la justice,
la tranquillit d'me, - car la plus grande libert
pousse involontairement l'esprit conscient  ces vertus
et les recommande aussi  cause de leur utilit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Qu'on me pardonne d'avoir dcouvert que toutes
les philosophies morales ont t jusqu'
ce jour ennuyeuses et de vrais soporifiques ; que rien n'a
fait  mes yeux plus de tort  la "vertu" que l'ennui
rpandu par ses avocats,  -  dont je ne mconnais
pourtant pas l'utilit gnrale. Il est trs
important qu'aussi peu de gens que possibles rflchissent
 la morale, il est donc trs important que la morale
n'aille pas devenir un jour intressante ! Mais on
peut dormir tranquille : il en est aujourd'hui comme il en
a toujours t : je ne vois personne en Europe
qui souponne ou laisse souponner que rflchir
sur la morale puisse tre quelque chose de dangereux, de
captieux, d'insidieusement sduisant, et qu'il puisse s'y
cacher quelque fatalit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Du talent, tu en as assez. Maintenant, perfectionne un
peu ta morale.  
    --- Jules RENARD   
%
 Tu as jet les pierres de ton jardin dans le jardin
des autres,et, pour y ajouter, tu as dmoli un peu de ton
mur.  
    --- Jules RENARD   
%
 Ne me demandez pas d'tre bon : ne me demandez
que d'agir comme si je l'tais.  
    --- Jules RENARD   
%
 La morale est dans les faits, pas dans les sentiments.
Si je soigne mon pre, je peux m'amuser  dsirer
sa mort.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les jeunes filles n'ont pas le droit de tout lire, mais
elles peuvent passer leur aprs-midi, au Jardin d'acclimatation,
 regarder les singes.  
    --- Jules RENARD   
%
 Les moralistes qui vantent le travail me font penser 
ces badauds qui ont t attraps dans une
baraque de foire et qui tchent tout de mme d'y faire
entrer les autres.  
    --- Jules RENARD   
%
 La bont n'est pas naturelle : c'est le fruit
pierreux de la raison. Il faut se prendre par la peau des fesses
pour se mener de force  la moindre bonne action.  
    --- Jules RENARD   
%
 Prenez  toutes les morales ce qui en fait la valeur,
 la morale chrtienne ce qu'elle a de bon. Jsus-Christ
tait un homme suprieur et modeste : il ne
criera pas au voleur.  
    --- Jules RENARD  
%
 L'ensemble des rgles morales forme vraiment autour
de chaque homme une sorte de barrire idale, au
pied de laquelle le flot des passions humaines vient mourir, sans
pouvoir aller plus loin. Et, par cela mme qu'elles sont
contenues, il devient possible de les satisfaire. Aussi, que,
sur un point quelconque, cette barrire vienne 
faiblir, et aussitt, par la brche ouverte, les
forces humaines jusque-l contenues se prcipitent
tumultueusement ; mais, une fois lches, elles
ne peuvent plus trouver de terme o elles s'arrtent ;
elles ne peuvent que se tendre douloureusement dans la poursuite
d'un but qui leur chappe toujours. Que, par exemple, les
rgles de la morale conjugale perdent de leur autorit,
que les devoirs auxquels les poux sont tenus l'un envers
l'autre soient moins respects, et les passions, les apptits
que cette partie de la morale contient et rglemente se
dchaneront, se drgleront, s'exaspreront
par ce drglement mme ; et, impuissantes
 s'apaiser parce qu'elles se seront affranchies de toutes
limites, elles dtermineront un dsenchantement,
qui se traduira d'une manire visible dans la statistique
des suicides.  
    --- Ncessit de la morale   
%
 Les moralistes sont toujours bouffons, et souvent comiques
quand on regarde ce qu'ils sont eux-mmes.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 On a invent les chemins de fer. On a trouv
l'lectricit, la tlgraphie sans
fil, la circulation arienne et sous-marine, les canons
 grande porte et la poudre sans fume.
On voyage plus vite. On a mis de l'air dans les rues et dans les
maisons. On se nourrit mieux. Il y a plus de gens qui lisent comme
plus de gens qui crivent (la qualit valait mieux
que la quantit). Les malades sont mieux soigns.
On ne brle plus les impies ni les libertins (encore qu'il
y ait l'antismitisme et le lynchage des ngres).
Le progrs s'arrte l. Purement matriel.
Rien de moral. On n'a pas amlior les hommes, qui
sont ce qu'ils ont toujours t et seront toujours.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je n'ai jamais t capable des grands sentiments :
ils me font rire.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 En cherchant bien, l'on trouverait  la plupart
des bonnes actions des circonstances attnuantes.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Les honntes femmes sont inconsolables des fautes
qu'elles n'ont pas commises.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Les lois et les morales sont essentiellement ducatrices,
et par cela mme provisoire. Toute ducation bien
entendue tend  pouvoir se passer d'elles. Toute ducation
tend  ce nier d'elle-mme. Les lois et les morales
sont pour l'tat d'enfance : l'ducation est
une mancipation. Une cit, un Etat parfaitement
sage vivrait, jugerait sans lois, les normes tant dans
l'esprit de son aropage. L'homme sage vit sans morale,
selon sa sagesse. Nous devons essayer d'arriver  l'immoralit
suprieure.  
    --- Andr GIDE   
%
 C'est toujours la mme histoire dans la vie :
il y a des gens sur qui l'on compte, et dont on a besoin, qui
ne font pas leur devoir ; de sorte que ceux qui continuent
de faire le leur font figure de poires et paraissent tre
jous.
 Il faut placer son enjeu plus haut.  
    --- Andr GIDE   
%
 On le sait, ou on le souponne : quand la
pense manque de puret et de vigilance, et que
le respect de l'esprit n'a plus cours, les navires et les automobiles
ne tardent pas non plus  mal marcher, la rgle
 calcul de l'ingnieur comme la mathmatique
des banques et des bourses voient leur valeur et leur autorit
chanceler, et c'est alors le chaos. Il fallut pourtant longtemps
pour qu'on admt que les formes extrieures de la
civilisation, la technique, l'industrie, le commerce, etc., avaient
besoin, elles aussi, de cette base commune de morale et de probit
intellectuelles.  
    --- Hermann HESSE   
%
 Morale.
 Si les principes d'une morale taient si bien inculqus
que ses exigences les plus hroques soient obies
par automatisme ; que l'homme ne puisse voir un pauvre sans
se dnuder et le vtir, presque inconsciemment ;
une belle personne, sans dgots ; un lpreux,
sans apptit de ses crotes... je doute que le moraliste
soit content.
 Le moraliste est un amateur difficile. Il lui faut des combats
et mme des chutes. Une morale sans dchirements,
sans prils, sans troubles, sans remords, sans nauses,
cela n'a pas de saveur. Le dsagrable, le tourment,
le labeur, le vent contraire, sont essentiels  1a perfection
de cet art. Le mrite importe, et non la conformit
seule. C'est l'nergie dpense 
contre-pente qui compte.
 Sa morale se rduit donc  l'orgueil de contrarier.
Il en rsulterait aisment qu'un tre naturellement
moral se forant  l'immoralit vaut un tre
immoral qui se force  la moralit.  
    --- Paul VALERY   
%
  "Je suis un honnte homme, dit-il,  -  je
veux dire que j'approuve la plupart de mes actions."   
    --- Paul VALERY   
%
 Vritablement bon est l'homme rare qui jamais ne
blme les gens des maux qui leur arrivent.  
    --- Paul VALERY   
%
 Descartes, moraliste trop peu lu, disait que l'irrsolution
est le plus grand des maux humains. Toutes souffrances des passions,
d'apparence impalpable, viennent sans doute de l ;
mais on n'y fait point attention. L'homme d'esprit est continuellement
occup  justifier ses propres actes selon les raisonnements
des sots. Quand l'ide vient  l'esprit d'une dcision
 prendre, redoutable et redoute, les raisons aussitt
rpondent aux raisons, et l'imagination travaille dans
le corps, en mouvements contraris qui font un beau tumulte ;
cet tat d'effervescence enchane est proprement
la souffrance morale. Un mal bien certain nous dlivre
aussitt, en proposant des actions relles ;
ou, pour dire autrement, le fait accompli a cela de bon qu'il
est un appui solide ; on en peut partir ; au lieu que
les dcisions intrieures ont cela de remarquables
qu'elles chappent, ds que l'on compte sur elles.
De l un besoin de s'engager irrvocablement.  
    --- ALAIN   
%
 Quand nous disons quelque vrit dsagrable,
avec une voix aigre et le sang au visage, ce n'est qu'un mouvement
d'humeur, ce n'est qu'une courte maladie que nous ne savons pas
soigner ; en vain nous voulons ensuite y avoir mis du courage ;
cela est douteux, si nous n'avons pas risqu beaucoup,
et, d'abord, si nous n'avons pas dlibr.
D'o je tirerais ce principe de morale : "Ne sois
jamais insolent que par volont dlibre,
et seulement  l'gard d'un homme plus puissant
que toi." Mais sans doute vaut-il mieux dire le vrai sans forcer
le ton, et mme, dans le vrai, choisir ce qui est louable.  
    --- ALAIN   
%
 Si les gens sont si mchants, c'est peut-tre
seulement parce qu'ils souffrent, mais le temps est long qui spare
le moment o ils ont cess de souffrir de celui
o ils deviennent un peu meilleurs.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 Agis de telle sorte que tes arrangements puissent tre
penss publics sans scandale, c'est--dire de faon
 pouvoir les professer sans en rougir : telle est
la maxime cardinale de la franchise. Peux-tu vouloir que le pacte
honteux supporte l'preuve du grand jour ? S'il devient
indfendable aussitt qu'on l'nonce 
haute voix, c'est qu'il ne mrite pas d'exister, c'est
qu'il est un expdient immoral et malhonnte ;
il dnonce, publi en majuscules, sa propre pauvret
et risibilit.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Pourquoi parle-t-on aujourd'hui si souvent d'"thique"
et si peu de "morale" ? C'est que la morale est une thique
que l'on ne compose pas soi-mme et que l'on ne peut pas
changer tous les jours, alors que l'thique est une morale
que l'on met en discussion.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 C'est un des principaux arts humains que d'inventer des
mobiles moraux  des actes malhonntes.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 La malhonntet a davantage de classe quand
elle sert  acheter des signes de respectabilit.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 La mort n'a aucun rapport avec nous ; car ce qui
est dissous est insensible, et ce qui est insensible n'a aucun
rapport avec nous.  
    --- EPICURE   
%
 Tseu-Kong, fatigu de l'tude, dit 
Tchong-ni : "Je dsire trouver le repos." Tchong-ni
dit : "La vie ne connat pas de repos." L'autre reprit :
"Alors, il n'y a pas de repos pour moi ? - Certes oui, dit
Tchong-ni, regardes l dans ce champ ces tombeaux, et reconnais
o se trouve le repos."
 Tseu-kong dit : "Grande est la mort, repos de l'homme suprieur,
soumission des mdiocres !" Tchong-ni ajouta :
"Sseu, tu parles bien. Les hommes, en gnral, n'aiment
parler de la vie qu'en termes de plaisir et ils oublient son amertume.
Ils savent que la vieillesse est dcrpitude, et
ils oublient qu'elle apporte aussi la paix. Ils reconnaissent
la tristesse de la mort et ils oublient qu'elle donne la paix."  
    --- LIE-TSEU   
%
 Il est incertain o la mort nous attende, attendons
la partout. La premeditation de la mort est premeditation de la
libert. Qui a apris  mourir, il a desapris 
servir. Le savoir mourir nous afranchit de toute subjection
et contrainte. Il n'y a rien de mal en la vie pour celuy qui a
bien comprins que la privation de la vie n'est pas mal.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Quelle resverie est-ce de s'attendre de mourir d'une defaillance
de forces que l'extreme vieillesse apporte, et de se proposer
ce but  nostre dure, veu que c'est l'espece de
mort la plus rare de toutes et la moins en usage ? Nous l'appellons
seule naturelle, comme si c'estoit contre nature de voir un homme
se rompre le col d'une cheute, s'estoufer d'un naufrage, se laisser
surprendre  la peste ou  une pleuresie, et comme
si nostre condition ordinaire ne nous presentoit  tous
ces inconvenients. Ne nous flatons pas de ces beaux mots :
on doit,  l'aventure, appeller plustost naturel ce qui
est general, commun et universel. Mourir de vieillesse, c'est
une mort rare, singuliere et extraordinaire, et d'autant moins
naturelle que les autres ; c'est la derniere et extreme sorte
de mourir ; plus elle est esloigne de nous, d'autant
est elle moins esperable ; c'est bien la borne au del
de laquelle nous n'irons pas, et que la loy de nature a prescript
pour n'estre poinct outrepasse ; mais c'est un sien
rare privilege de nous faire durer jusques l.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Le soleil ni la mort ne se peuvent regarder fixement.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Aprs avoir parl de la fausset
de tant de vertus apparentes, il est raisonnable de dire quelque
chose de la fausset du mpris de la mort. J'entends
parler de ce mpris de la mort que les paens se vantent
de tirer de leurs propres forces, sans l'esprance d'une
meilleure vie. Il y a diffrence entre souffrir la mort
constamment, et la mpriser. Le premier est assez ordinaire ;
mais je crois que l'autre n'est jamais sincre. On a crit
nanmoins tout ce qui peut le plus persuader que la mort
n'est point un mal ; et les hommes les plus faibles aussi
bien que les hros ont donn mille exemples clbres
pour tablir cette opinion. Cependant je doute que personne
de bon sens l'ait jamais cru ; et la peine que l'on prend
pour le persuader aux autres et  soi-mme fait assez
voir que cette entreprise n'est pas aise. On peut avoir
divers sujets de dgot dans la vie, mais on n'a
jamais raison de mpriser la mort ; ceux mmes
qui se la donnent volontairement ne la comptent pas pour si peu
de chose, et ils s'en tonnent et la rejettent comme les
autres, lorsqu'elle vient  eux par une autre voie que
celle qu'ils ont choisie. L'ingalit que l'on remarque
dans le courage d'un nombre infini de vaillants hommes vient de
ce que la mort se dcouvre diffremment 
leur imagination, et y parat plus prsente en un
temps qu'en un autre. Ainsi il arrive qu'aprs avoir mpris
ce qu'ils ne connaissent pas, ils craignent enfin ce qu'ils connaissent.
Il faut viter de l'envisager avec toutes ses circonstances,
si on ne veut pas croire qu'elle soit le plus grand de tous les
maux. Les plus habiles et les plus braves sont ceux qui prennent
de plus honntes prtextes pour empcher de
la considrer. Mais tout homme qui la sait voir telle qu'elle
est, trouve que c'est une chose pouvantable. La ncessit
de mourir faisait toute la constance des philosophes. Ils croyaient
qu'il fallait aller de bonne grce o l'on ne saurait
s'empcher d'aller ; et, ne pouvant terniser
leur vie, il n'y avait rien qu'ils ne fissent pour terniser
leur rputation, et sauver du naufrage ce qui n'en peut
tre garanti. Contentons-nous pour faire bonne mine de ne
nous pas dire  nous-mme tout ce que nous en pensons,
et esprons plus de notre temprament que de ces
faibles raisonnements qui nous font croire que nous pouvons approcher
de la mort avec indiffrence. La gloire de mourir avec
fermet, l'esprance d'tre regrett,
le dsir de laisser une belle rputation, l'assurance
d'tre affranchi des misres de la vie, et de ne
dpendre plus des caprices de la fortune, sont des remdes
qu'on ne doit pas rejeter. Mais on ne doit pas croire aussi qu'ils
soient infaillibles.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la
comdie en tout le reste : on jette enfin de la terre
sur la tte, et en voila pour jamais.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Toute plaisanterie dans un homme mourant est hors de sa
place ; si elle roule sur de certains chapitres, elle est
funeste. C'est une extrme misre que de donner 
ses dpens  ceux que l'on laisse le plaisir d'un
bon mot.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il faut bien prendre garde d'inspirer aux hommes trop
de mpris de la mort : par l, ils chapperoient
au Lgislateur.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Quelle ide pour un prince mourant de penser que
son malheur va faire la flicit publique !
 Cette ide fait si bien le dsespoir des tyrans
que plusieurs, pour empcher que le jour de leur mort ne
ft un jour de joie, ont ordonn que l'on extermint,
ce jour-l, une partie de leur peuple, afin d'empcher
que l'autre ne pt se rjouir.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Pourquoi les hommes sont-ils si sots, si subjugus
par la coutume ou par la crainte de faire un testament, en un
mot, si imbciles, qu'aprs eux ils laissent aller
leurs biens  ceux qui rient de leur mort plutt
qu' ceux qui la pleurent ?  
    --- CHAMFORT   
%
 Vivre est une maladie dont le sommeil nous soulage toutes
les 16 heures. C'est un palliatif. La mort est le remde.  
    --- CHAMFORT   
%
 Une femme ge de 90 ans disait 
M. de Fontenelle, g de 95 : "La mort nous
a oublis. - Chut !" lui rpondit M. de Fontenelle,
en mettant le doigt sur sa bouche.  
    --- CHAMFORT   
%
 On demandait  M. de Fontenelle mourant :
"Comment cela va-t-il ? - Cela ne va pas, dit-il ; cela
s'en va.  
    --- CHAMFORT   
%
 [...] il y a toujours dans le deuil du pauvre quelque
chose qui manque, une absence d'harmonie qui le rend plus navrant.
Il est contraint de lsiner sur sa douleur. Le riche porte
la sienne au grand complet.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Le charme de la mort n'existe que pour les courageux.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Il est indiffrent comment on meurt. - La manire
dont un homme pense  la mort,  l'apoge
de sa vie et pendant qu'il possde la plnitude
de sa force, est trs parlante et significative pour ce
que l'on appelle son caractre ; mais l'heure de sa
mort par elle-mme, son attitude sur le lit d'agonie, n'entrent
presque pas en ligne de compte. L'puisement de la vie
qui dcline, surtout quand ce sont des vieilles gens qui
meurent, l'alimentation irrgulire et insuffisante
du cerveau pendant cette dernire poque, ce qu'il
y a parfois de trs violent dans les douleurs, la nouveaut
de cet tat maladif dont on n'a pas encore l'exprience,
et trop frquemment un accs de crainte, un retour
 des impulsions superstitieuses, comme si la mort avait
une grande importance et s'il fallait franchir des ponts d'espce
trs pouvantable, - tout cela ne permet pas d'utiliser
la mort comme un tmoignage sur le vivant. Aussi n'est-il
point vrai que, d'une faon gnrale, le
mourant soit plus sincre que le vivant : au contraire,
presque chacun est pouss par l'attitude solennelle de
son entourage, les effusions sentimentales, les larmes contenues
ou rpandues,  une comdie de vanit,
tantt consciente, tantt inconsciente.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Il est aussi utile  un peuple de craindre la guerre
qu' un individu, la mort.  
    --- Jules RENARD   
%
 La mort des autres nous aide  vivre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Soyez tranquille ! Nous qui avons peur de la mort,
nous mettons toute notre coquetterie  bien mourir.  
    --- Jules RENARD   
%
 Et puis, il y a la mort. Vous ne songez donc jamais 
la mort, et que nous allons tous pourrir ?  
    --- Jules RENARD   
%
 Il ne faut pas sournoisement respecter les morts. Il faut
traiter leurs images en amies et aimer tous les souvenirs qui
nous viennent d'eux. Il faut les aimer pour eux-mmes et
pour nous, dt-on dplaire aux autres.  
    --- Jules RENARD   
%
 Quand on croit qu'il y aura beaucoup de monde 
un enterrement, on y va, et a finit par faire beaucoup
de monde.  
    --- Jules RENARD   
%
 Comme le souvenir que laisse un mort est suprieur
 sa vie ! Il n'y a pas de dchets.  
    --- Jules RENARD   
%
 C'est commode un enterrement. On peut avoir l'air maussade
avec les gens : ils prennent cela pour de la tristesse.  
    --- Jules RENARD   
%
 Ceux qui ont le mieux parl de la mort sont morts.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y a des enterrements de premire classe comme
si on allait au Paradis par le chemin de fer.  
    --- Jules RENARD   
%
 La mort est mal faite. Il faudrait que nos morts, 
notre appel, reviennent, de temps en temps, causer un quart d'heure
avec nous. Il y a tant de chose que nous ne leur avons pas dites
quand ils taient l !  
    --- Jules RENARD   
%
 Tous les matins, en se levant, on devrait dire :
"Chic ! je ne suis pas encore mort !"  
    --- Jules RENARD   
%
 Hritage. La mort nous prend un parent, mais elle
le paie, et il ne nous faut pas beaucoup d'argent pour qu'elle
se fasse pardonner.  
    --- Jules RENARD   
%
 Mourir, c'est teindre le monde.  
    --- Jules RENARD  
%
 Il est inutile de respecter les vivants,  moins
qu'ils ne soient les plus forts. Dans ce cas, l'exprience
conseille plutt de lcher leurs bottes, fussent-elles
merdeuses. Mais les morts doivent tre respects.  
    --- On doit le respect  
%
 Quelle btise ou quelle hypocrisie ! Comment
donc ! mais ils se dfendent prcisment
par le respect qui leur est d et qui ne permet pas qu'on
les touche. Imagine-t-on une meilleure dfense ? Elle
est d'autant plus sre qu'une incertitude continuelle plane
sur eux. Ils ont si souvent, je ne me lasse pas de le rpter,
l'air de vivre, et on les enterre d'une si drle de faon !...
Essayez, par exemple, de pisser contre la statue de Gambetta et
vous verrez sur-le-champ s'paissir, se coaguler, se condenser
et finalement apparatre, sous la forme de la rpression
la plus exalte, toutes les sales ombres intresses
au prestige de cette abominable charogne. J'appelle a
se dfendre.  
    --- Les morts ne peuvent  
%
 Voil qui est clair et il faut renoncer 
l'exercice de la raison ou conclure de bonne foi que tout va bien
du ct des morts, puisqu'ils ne donnent jamais de
leurs nouvelles.  
    --- Pas de nouvelles, bonnes  
%
 Le plus savant des dictionnaires nous affirme que cela
signifie mourir de mort naturelle. Nous voil bien avancs !
Cela implique simplement qu'il peut y avoir des cas de mort surnaturelle,
mais il parat difficile de les prciser, surtout
dans la socit bourgeoise o je n'ai jamais
eu l'occasion d'en observer.
 On y meurt ordinairement de maladie et jusqu' l'abolition
du sens des mots, je croirai que toute maladie physique est naturelle.
Le cholra, la fivre jaune, l'apoplexie, la rage,
et, sans exception, toutes les maladies pouvant provoquer la mort
sont parfaitement naturelles. De mme, si vous tes
cras par un autobus ou qu'une chemine
vous tombe sur la tte, il est naturel que la mort s'ensuive.
De mme encore si vous tes empoisonn, revolvris,
poignard, noy ou guillotin. Impossible
de s'exprimer autrement.  
    --- Mourir de sa belle  
%
 Tous les hros de roman-feuilleton sont habitus
 voir la mort en face. Faut-il croire qu'aucun d'eux ne
l'a jamais vue de profil ? C'est peut-tre plus effrayant.  
    --- Voir la mort en   
%
 Le cimetire est un jardin o l'on vient
apporter des fleurs une fois par an.  
    --- Voir la mort en   
%
 Si tu as peur de la mort, n'coute pas ton coeur
battre la nuit.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Les mditations sur la mort (genre Pascal) sont
le fait d'hommes qui n'ont pas  lutter pour leur vie,
 gagner leur pain,  soutenir des enfants.
 L'ternit occupe ceux qui ont du temps 
perdre. Elle est une forme du loisir.  
    --- Paul VALERY   
%
 Perdre la vie  -  c'est--dire perdre l'avenir.
  -  N'es-tu pas l'avenir de tous les souvenirs qui sont
en toi ? l'avenir d'un pass ?  
    --- Paul VALERY   
%
 Peut-on se plaire aux ides dont Barrs
s'est fait le champion, dont il s'est fait, pour parler plus justement,
un tremplin, ces dernires annes ? La leon
des morts, l'enseignement des morts, l'obissance aux morts,
la terre et les morts, la petite patrie, etc. Ides inintelligentes,
philosophie d'esclave. L'enseignement des morts ! N'est-ce
pas assez de les subir en soi forcment, sans encore se
plier volontairement  eux ? Je pense au mot de Goethe :
"En avant, par-del les tombeaux." Vritable cri
d'un homme qui voulait tre et savait tre un homme.
Mes morts  moi-mme ne m'intressent dj
pas. Je veux dire celui que j'tais hier, que j'ai t
auparavant. Ce n'est pas pour me soumettre aux morts rels.
Je doute de l'intelligence d'un homme, d'inventer des niaiseries
pareilles.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Valry m'a racont un bien beau mot, un
mot vraiment admirable du pre de M. Edouard Lebey,
le premier Lebey, le fondateur de la fortune. Mot d'un homme habitu
 pouvoir tout payer, tout acheter. Malade, et sentant
que la fin arrivait, il se mit  dire : "Quel dommage
qu'il faille mourir soi-mme !" Il aurait voulu que
l aussi on pt payer quelqu'un pour se faire remplacer.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Nous parlions ce soir, Valette et moi, de ce mouvement
de gratter leur drap avec les mains qu'ont tous les moribonds,
ou  presque tous. Je lui disais que les animaux font de mme,
au moins les chiens et les chats, dont j'ai vu mourir un grand
nombre. Un chien, un chat,  la minute de la mort, s'ils
sont sur le sol d'un jardin, grattent le sol de leurs pattes de
devant, s'ils sont sur le sol d'un jardin, grattent le parquet,
s'ils sont sur un lit, grattent l'toffe sur laquelle ils
sont. Que signifie ce geste, ce mouvement, qu'ont ainsi les humains
et les animaux ? Il a srement la mme origine
animale, purement instinctive.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Le chagrin pour les morts est une niaiserie. Une illusion
galement. C'est sur nous-mmes que nous pleurons,
sur le vide ou la privation qu'ils nous laissent. Eux, ils sont
morts, c'est--dire : ils ne sont plus rien. Pleurer
sur eux ne rime  rien.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Quel dommage que la mort soit d'abord le non-tre,
et ensuite le rpugnant phnomne physique
qu'elle est ! Enferm tranquillement, douillettement,
dans cette bote, sans besoins, sans soucis, sans dsirs,
dans un ternel farniente, une rverie sans fin,
 se reprsenter tous ces imbciles qui s'agitent
au-dessus ? Ce serait dlicieux !  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 C'tait dans le haut du village, d'o l'on
aperoit la mer  travers les ormeaux et les pommiers.
Au vieux marin que je rencontrai, je fis la politesse de dire
que je me sentais bien dans cet air-l, et c'tait
vrai. Mais lui reprit cette ide comme un homme qui cause,
et qui laisse l le reste. Sa manire tait
de me quitter en tournant la tte vers moi, et puis de revenir,
comme ayant encore une dernire chose  dire. "Vous
tes donc, me dit-il, comme ce sacristain de Paris, si fch
de s'en retourner, et qui disait qu'avec cet iode dans les poumons,
cet iode de la mer, on se sent rajeuni." Ici quelque remous carta
l'homme ; puis il revint, tout confident : "Il me disait
qu'on ne peut mourir ici ; je lui rpondis qu'on meurt
partout." Nouvelle feinte de dpart, mais le conteur regardait
ici et l, comme pour chercher des tmoins. Toute
la scne allait jouer sur ce mouvement de partir et de
revenir. Ce fut bref. "Vous savez ce que disait le terrien ;
il disait au marin : "O donc sont morts tes grands-parents
et tes parents ?"  -  "Ils sont morts en mer, dit
le marin."  -  "Et tu oses t'embarquer ! dit le terrien."
Une fausse sortie. L-dessus le marin hausse les paules
et va s'en aller ; mais il revient et demande : "Et
toi, terrien, o sont donc morts tes grands-parents et
tes parents ?" Le terrien rpond qu'ils sont morts
dans leur lit "Et, dit le marin, tu oses te coucher !" II
s'en alla, cette fois, sans autre commentaire.  
    --- ALAIN   
%
 Nous avions un parent pour lequel mon pre avait
peu d'amiti. Le pauvre homme mourut un jour  -  et
nous l'avons accompagn jusqu' sa dernire
demeure qui tait extrmement loigne
de la prcdente. Il avait fallu se lever de grand
matin, il faisait extrmement chaud et nous marchions depuis
bientt une heure, lorsque mon pre se tourna vers
moi et me dit,  voix basse, d'une inexprimable manire :
   -  Je commence  le regretter !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Il n'y a pas de belle mort. Il y en a qui sont belles
 raconter  -  mais, celles-l, ce sont
les morts des autres.
 Combien de fois l'ai-je entendue cette phrase :
   -  Je voudrais mourir d'un seul coup sans souffrir
et sans avoir connu les infirmits de l'extrme vieillesse.
 Eh ! Bien, moi, je voudrais mourir le plus tard possible
 -  non seulement de vieillesse, mais encore avec une
lenteur infinie, car n'ayant jamais eu le temps de vivre, je voudrais
bien avoir du moins le temps de mourir. Oui, je rclame
une mort lente et toutes les infirmits possibles. Il me
faudra bien cela pour que je parte sans trop de regrets.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 La mort sans l'Eglise est sans grandeur. Elle a
l'air un peu d'une formalit administrative, d'une opration
d'arithmtique physiologique, d'une soustraction charnelle :
Un tel y tait. Il n'y est plus. Ca fait moins un.
A qui le tour ?...  
    --- Lon DAUDET   
%
 Cent ans aprs ma mort, je me reposerai, fortune
faite.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Aprs la mort de Jean Giraudoux je publiai une
lettre d'adieu qui se terminait par : "Je ne serai pas long
 te rejoindre." On me gronda beaucoup sur cette phrase
qu'on trouvait pessimiste empreinte de dcouragement. Il
n'en tait rien. Je voulais dire que si mme je dois
durer jusqu' cent ans, c'est quelques minutes. Mais peu
de gens veulent l'admettre, et que nous nous occupons et jouons
aux cartes dans un express qui roule vers la mort.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Quant  la peur de la mort, elle fait partie des
rflexes de dfense que la nature a mis en nous.
Mais est-elle logique ? Nous nous rsignons 
l'ide que le monde a exist sans nous jusqu'
notre naissance. L'ide qu'il continuera aprs nous
est-elle plus effrayante ? Je ne le crois pas. Je n'ai pas
la peur abstraite de la mort, et je m'tonne de voir 
quel point l'humanit est domine par cette peur.  
    --- Paul LEVY   
%
 La mort n'est, en dfinitive, que le rsultat
d'un dfaut d'ducation puisqu'elle est la consquence
d'un manque de savoir vivre.  
    --- Pierre DAC   
%
 Je m'tonne toujours que des tres galement
menacs par la mort se fassent la vie aussi difficile.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Ce qu'il y a de plus terrible dans la mort, c'est de ne
pas pouvoir aller  ses rendez-vous du lendemain.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Qu'es-tu devenue, toi que j'aimais, qui fus pimpante et
ptillante, bouche de fraise et nez coquin, qu'est-ce que
tu fous sous ton cyprs ? Qu'es-tu devenue ?
Oh je sais. Tu es devenue : azote 12 %, acide phosphorique
17 %, sels de phosphate 31 %, me zro.  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Lamentable faiblesse que de vouloir vivre et mourir en
socit : y a-t-il une consolation possible
 la dernire heure ? Il est bien prfrable
de mourir seul et abandonn, sans affectation ni faux-semblants.
Je n'prouve que dgot pour ceux qui, 
l'agonie, se matrisent et s'imposent des attitudes destines
 faire impression. Les larmes ne sont chaudes que dans
la solitude. Tous ceux qui veulent s'entourer d'amis 
l'heure de la mort le font par peur et incapacit d'affronter
leur instant suprme.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le dsir de mourir n'exprime parfois qu'une subtilit
de notre orgueil : nous voulons nous rendre matres
des surprises fatales de l'avenir, ne pas tomber victimes de son
dsastre essentiel.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Pourquoi craindre le nant qui nous attend alors
qu'il ne diffre pas de celui qui nous prcde,
cet argument des Anciens contre la peur de la mort est irrecevable
en tant que consolation. Avant, on avait la chance de ne pas exister ;
maintenant on existe, et c'est cette parcelle d'existence, donc
d'infortune, qui redoute de disparatre. Parcelle n'est
pas le mot, puisque chacun se prfre ou, tout au
moins, s'gale,  l'univers.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il faudrait vivre, disiez-vous, comme si l'on ne devait
jamais mourir.  -  Ne saviez-vous donc pas que tout le
monde vit ainsi, y compris les obsds de la Mort ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 La seule utilit des enterrements, c'est de nous
permettre de nous rconcilier avec nos ennemis.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Si, pour consoler les gens en deuil, on invoque si souvent
les lieux communs : tout le monde meurt, les grands comme
les petits, les empires et le reste,  -  c'est que, comme
on l'a remarqu, en dehors de ces banalits, il
n'y a rien qui puisse servir de consolation.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Un incinr ne peut pas se retourner dans
sa tombe.  
    --- Jos ARTUR   
%
 Pour tout croyant, la mort est une promotion.  
    --- Jos ARTUR   
%
 Si j'ai l'occasion, j'aimerais mieux mourir de mon vivant !  
    --- COLUCHE   
%
 Pascal s'est aussi bien dcompos que ceux
qui ne l'ont jamais lu.  
    --- Frdric DARD   
%
 Les incessants progrs de la chirurgie, de la mdecine
et de la pharmacie sont angoissants : de quoi mourra-t-on
dans vingt ans ?   
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le dsespoir est  la mort ce que le beurre
de cacao est au suppositoire : un excipient qui rend plus
facile le passage.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Les morts qu'on n'a pas vus mourir paraissent moins morts
que les autres. Exempts des souffrances de l'agonie et
de la corruption du tombeau, ce sont seulement des disparus. On
a parfois l'impression qu'ils n'attendent qu'une occasion pour
rapparatre.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Et si le bien qu'on dit toujours des disparus s'expliquait
par la certitude qu'ils ne feront plus aucun mal ?  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le bruit fend l'air et le son s'y soutient. Le bruit distrait,
le son recueille. Le son enchante l'air, le bruit le trouble.
Le son nous calme et le bruit nous agite. C'est que le bruit drange
notre situation, mais le son nous en donne une autre. Nous sommes
tous des instruments que le son met d'accord, mais que le bruit
dsorganise. Le bruit est un son cras ;
il est informe.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La musique et les airs connus. Ou : il n'y a pas
de musique plus agrable que les variations des airs connus.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le son du tambour dissipe les penses. C'est par
cela mme que cet instrument est minemment militaire.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 ... toute musique ne commence  avoir un effet
magique qu' partir du moment o nous entendons
parler en elle le langage de notre propre pass :
et en ce sens, pour le profane, toute musique ancienne semble
devenir toujours meilleure, et toute musique rcente n'avoir
que peu de valeur : car elle n'veille pas encore
la "sentimentalit", qui [ ... ] est le principal lment
de bonheur dans la musique, pour tout homme qui ne prend pas plaisir
 cet art purement en artiste.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Clarinette n. Instrument de torture utilis par
une personne qui a du coton dans les oreilles. Il y a deux instruments
qui sont pires qu'une clarinette  -  deux clarinettes.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Violon n. Instrument qui titille les oreilles humaines
par le frottement d'une queue de cheval sur les boyaux d'un chat.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 A quoi bon frquenter Platon, quand un saxophone
peut aussi bien nous faire entrevoir un autre monde ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Socrate, la veille de sa mort, tait en train d'apprendre
un air de flte. "A quoi cela te servira-t-il ?
lui dit-on.  -   A savoir cet air avant de mourir."  
    --- Emil CIORAN   
%
 Explications mystiques.  -  Les explications mystiques
sont considres comme profondes ; en ralit
il s'en faut de beaucoup qu'elles soient mme superficielles.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les obsques du Marchal Joffre, comme celles
du mme genre, cette glorification, cette apothose,
ce transport solennel d'un corps mort, cette sorte de dification
de ce qui n'est plus rien, au fond c'est encore un reste des vieilles
superstitions, c'est tout prs des idoltries des
peuplades sauvages, cela n'a absolument rien de trs relev,
au contraire. Le tombeau de Napolon, le corps de Lnine,
conserv dans un cercueil de verre et expos 
la vnration du peuple, l'exposition du corps du
marchal Joffre, la conservation de l'pe
de celui-ci ou du chapeau de celui-l, tout cela se tient :
c'est un mysticisme extrmement primitif qui survit.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Nombreux sont ceux qui confondent mysticisme et spiritualit,
et qui croient que l'homme ne peut que ramper, si la religion
ne le soulve ; qui croient que seule la religion
peut empcher l'homme de ramper.  
    --- Andr GIDE   
%
 La Magie consiste toujours  agir par des signes
en des choses o le signe ne peut rien. Par exemple les
faiseurs de pluie, dont Frazer, en son Rameau d'or, nous rapporte
les pratiques, sont des hommes qui signifient pluie par une mimique
nergique, soit qu'ils lancent ici et l des gouttelettes
d'eau, soit qu'ils courent en levant des masses de plumes
qui figurent des nuages. En quoi ils ne font autre chose que parler
et demander, choisissant seulement de tous les langages le plus
clair et le plus pressant. Tel est le plus ancien mouvement de
l'homme, par la situation de l'enfance, qui n'obtient d'abord
qu'en demandant, qu'en nommant et montrant la chose dsire.
Aussi il est tout  fait inutile de supposer, en la croyance
du magicien, quelque relation mystique entre l'image et la chose ;
il suffit de considrer les effets constants du langage
dans le monde humain, puisque c'est de ce monde que nous prenons
nos premires ides. Ces sorciers, donc, signifient
nergiquement ce qu'ils dsirent,  la manire
des enfants. Comme d'aprs une constante exprience,
ils savent que, dans le monde humain, il faut rpter
le signe sans se lasser, ainsi ils se gardent de douter de leur
puissance, se croyant tout prs du dernier quart d'heure ;
et l'vnement leur donne raison , puisque la pluie
finit toujours par arriver.  
    --- ALAIN   
%
 Le mysticisme est le refuge classique de ceux qui se mettent
en doute et n'arrivent plus  supporter le matrialisme
ambiant : le grand neurophysiologiste anglais Sir John Eccles
tait persuad de pouvoir comprendre le fonctionnement
du cerveau  partir de l'tude des proprits
du neurone. Malgr ses efforts, il n'a pas russi
 trouver l'esprit dans le neurone. Il en a dduit
que l'esprit est immatriel et qu'il constitue un don du
ciel.  
    --- Robert DANTZER   
%
 Les enfants et les esprits faibles demandent si le conte
est vrai. Les esprits sains examinent s'il est moral, s'il est
naf, s'il se fait croire.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Qu'importe qu'un vieux rcit contienne un vnement
fabuleux ou un vnement rel, si la mme
autorit qui nous l'a fait adopter en l'inculquant dans
notre esprit y implique une moralit qui contient des maximes
vraies, utiles, ncessaires, indispensables ?  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Aprs la guerre, a t cr
le mythe ractionnaire et btifiant de la "Belle
poque". Les jeunes ont t incits
 croire que ce fut un temps de ftes, autour de
la place Pigalle.
 Il n'tait pas question des 100 000 vagabonds ou mendiants
qui tranaient dans Paris, de la mortalit infantile
6 fois plus forte que l'actuelle, de la semaine de 60 heures,
sans congs, sans scurit sociale, non plus
que du taudis et de l'expulsion avec saisie des meubles (sauf
le lit, par mesure... d'humanit).  
    --- Alfred SAUVY   
%
 En matire de records, le chiffre rond parat
une barrire , une sorte de mur du son. "Le mur des 20
mtres sera-t-il franchi un jour, au poids ?", a-t-on
dit longtemps, comme si ce nombre prsentait une difficult
particulire. Jugement d'autant plus puril que
les Amricains, seuls intresss en ce temps,
comptent en pieds.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 C'est probablement une exigence de l'esprit humain d'avoir
une reprsentation du monde qui soit unifie et
cohrente. Faute de quoi apparaissent anxit
et schizophrnie. Et il faut bien reconnatre qu'en
matire d'unit et de cohrence, l'explication
mythique l'emporte de loin sur la scientifique. Car la science
ne vise pas d'emble  une explication complte
et dfinitive de l'univers. Elle n'opre que localement.
Elle procde par une exprimentation dtaille
sur des phnomnes qu'elle parvient  circonscrire
et dfinir. Elle se contente de rponses partielles
et provisoires. Qu'ils soient magiques, mythiques ou religieux,
au contraire, les autres systmes d'explication englobent
tout. Ils s'appliquent  tous les domaines. Ils rpondent
 toutes les questions. Ils rendent compte de l'origine,
du prsent et mme du devenir de l'Univers. On peut
refuser le type d'explication offert par les mythes ou la magie.
Mais on ne peut leur dnier unit et cohrence
car, sans la moindre hsitation, ils rpondent 
toute question et rsolvent toute difficult par
un simple et unique argument a priori.  
    --- Franois JACOB  
%
 La race simple de l'ge d'or, dpourvue de
toute science, vivait sans autre guide que l'instinct de Nature.
Car quel besoin avait-on de la grammaire quand il n'y avait qu'une
langue et qu'on ne demandait rien d'autre  la parole que
de se faire comprendre ? Quelle aurait t
l'utilit de la dialectique quand il n'y avait pas de lutte
entre opinions rivales ? Quelle aurait t
la place de la rhtorique quand nul ne cherchait chicane
 autrui ? A quoi bon la jurisprudence en l'absence
de mauvaises moeurs, d'o sont nes, sans nul doute,
les bonnes lois ? Puis on tait trop religieux pour
scruter avec une curiosit impie les arcanes de la Nature,
la dimension des astres, leurs mouvements, leurs influences, et
les ressorts cachs du monde ; on estimait sacrilge
qu'un mortel cherche  savoir au-dessus de sa condition.
Quant  s'enqurir de ce qui est au-del
du ciel, cette dmence ne venait mme pas 
l'esprit. Cependant,  mesure que disparaissait la puret
de l'ge d'or, les arts, comme je l'ai dit, furent d'abord
invents par de mauvais gnies, mais en petit nombre
et eurent peu d'adeptes. Ensuite, la superstition des Chaldens
et l'oisive frivolit des Grecs en ajoutrent une
multitude qui devinrent des tortures pour l'esprit,  telle
enseigne que la grammaire  elle seule suffit bien 
faire le supplice de toute une vie.  
    --- Le mythe de l'ge   
%
 Tenez, ne voyez-vous pas que dans la totalit du
rgne animal les espces les plus heureuses sont
celles qui ignorent absolument toute science et ne reconnaissent
d'autre matre que la nature ? Quoi de plus heureux
ou de plus merveilleux que les abeilles ? Pourtant elles
n'ont mme pas tous les sens. L'architecture peut-elle les
galer dans la construction d'difices ? Quel
philosophe a jamais fond semblable rpublique ?  
    --- Le mythe de l'ge   
%
 J'aime tout de la nature, mme ce qui passe pour
laid et triste, mme l'hiver et la tempte. Je ne
me blase pas, je n'prouve pas le besoin de critiquer,
je jouis btement, j'admire perdument, je n'ai pas
une objection aux montagnes, je suis incapable de faire de la
peine  la mer par une restriction.  
    --- Victor HUGO   
%
 Ce qui est sauvage s'accorde avec la vie et le plus vivant
est aussi le plus sauvage. Libre encore du joug de l'homme, sa
prsence est pour lui rafrachissante. Celui qui
voudrait toujours aller de l'avant, travailler sans relche,
crotre rapidement et beaucoup solliciter l'existence devrait
toujours se trouver dans un pays neuf ou une nature sauvage, entour
de toutes les matires premires de la vie. Il devrait
grimper sur les troncs abattus d'une fort primitive.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 De mon temps, la nature signifiait encore un tas de choses.
- Laissez faire la nature, disait-on  tout propos, laissez
agir la nature. Maintenant on ne parle plus que de microbes et
la nature est remplace par une seringue. Idole pour idole,
j'aime mieux l'ancienne. Elle tait agrable 
voir, beaucoup moins sotte et beaucoup moins dangereuse. Elle
fut adore, surtout au dix-huitime sicle,
poque o subsistait encore en France un vif  sentiment
du ridicule. Il est certain que notre Bourgeois a perdu ce sentiment-l.
Sans doute il ne dit plus, comme au temps de Jean-Jacques Rousseau,
que le retour  l'tat de nature serait idal.
Un je ne sais quoi l'avertit qu'il y aurait de l'imprudence 
paratre in naturalibus  son caf, 
se manifester brusquement  poil, dans le voisinage des
sergots<SUP>* </SUP>; mais il supporte et mme il sollicite, entre
beaucoup d'autres choses, les aventures malpropres et fabuleuses
de la mdecine contemporaine.  
    --- Lon BLOY   
%
 La "loi de la nature", une superstition. - Si vous parlez
avec tant d'enthousiasme de la conformit aux lois qui
existe dans la nature, il faut que vous admettiez soit que, par
une obissance librement consentie et soumise 
elle-mme, les choses naturelles suivent leur loi - en quel
cas vous admirez donc la moralit de la nature - ;
soit que vous voquiez l'ide d'un mcanicien
crateur qui a fabriqu la pendule la plus ingnieuse
en y plaant, en guise d'ornements, les tres vivants.
- La ncessit dans la nature devient plus humaine
par l'expression "conformit aux lois", c'est le dernier
refuge de la rverie mythologique.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La conception darwinienne a une consquence inluctable :
le monde vivant aujourd'hui, tel que nous le voyons autour de
nous, n'est qu'un parmi de nombreux possibles. Sa structure actuelle
rsulte de l'histoire de la terre. Il aurait trs
bien pu tre diffrent. Il aurait mme pu ne
pas exister du tout !  
    --- Franois JACOB   
%
 Rcemment, je bavardais avec un ancien officier.
 Pendant la guerre, il avait t le bras droit d'un
gnral.
 Il ne lui restait plus que le bras gauche.
 Au cours d'une attaque, alors qu'il avait la main dans sa poche,
 son bras a t emport par un obus.
 Et la main est reste dans la poche.
 Il me disait :
 - Ce que la nature est bien faite !
 Vous ne pouvez pas savoir ce qu'il est difficile de retirer sa
main de sa poche sans son bras !  
    --- Raymond DEVOS   
%
 Nietzsche. Ce que j'en pense ? C'est qu'il y a bien
des lettres inutiles dans son nom.  
    --- Jules RENARD   
%
 Nietzsche est mtin de Slave et d'Allemand
- il descendait des Nietski - et il a subi fortement l'influence
des lettres franaises. J'ai  tudi son
cas ailleurs. Jules de Goncourt affirmait que "ce qui entend le
plus de btise, c'est un tableau". Nanmoins, les
oeuvres de cet nerv de Germanie et en particulier
Zarathoustra ont dchan un flot d'insanits.
Il fut un temps ou chaque revue franaise, chaque priodique
contenait une apologie ou un abattage du "retour ternel",
de la "morale des matres", du "oui encore une fois" de
la "reclassification des valeurs". L'ne joue un grand rle
dans  Zarathoustra, un plus grand rle encore dans la bibliographie
du nietzschisme. Les uns lui ont reproch d'tre
un thurifraire de la force, ce qui n'a positivement aucun
sens ; car une application de la force est ncessaire
 toutes les oprations salutaires ici-bas, et le
ddain de la force mne tout bonnement les ddaigneux
 l'esclavage. Il faut que la force de ceux qui ont raison
l'emporte sur la force de ceux qui ont tort, voil tout.
L'imbcile, le libral, qui croit que personne n'a
tout  fait raison ni tout  fait tort, peuvent
seuls se permettre de mpriser la force outil du droit.
D'autres ont exalt Nietzsche  cause de ses blasphmes
et de son anticatholicisme, qui sont ce qu'il y a de plus niais,
de plus inoprant dans son oeuvre. Sur ce point, il est
Homais II. Sa conception de la Rome papale est drive
de celle de Fischart et des pamphltaires allemands de
la Rforme. Sa Gnalogie de la morale est
bte  pleurer. Sans compter le mortel ennui qui
se dgage de ses plaisanteries paisses, 
la lisire de la paralysie gnrale.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Nietzsche crit dans Ecce Homo : "La France
qui possde des psychologues comme madame Gyp, Guy de Maupassant,
Jules Lematre."
 Jules Lematre tait trs bon pour moi. Un
jour que je lui citais la phrase et que je m'tonnais de
cette nomenclature htroclite : "Mais, mon
enfant, me dit-il, Nietzsche parle de ce qu'on trouve 
la gare de Sils-Maria." Ce joli mot claire les dangers
de la solitude.  
    --- Jean COCTEAU  
%
 Je ne vois pas dans quel sicle de l'histoire on
pourrait runir, par un plus beau coup de filet, des psychologues
si curieux et en mme temps si dlicats que dans
le Paris actuel : je nomme au hasard - car leur nombre est
considrable - MM. Paul Bourget, Pierre Loti, Gyp, Meilhac,
Anatole France, Jules Lematre ou, pour en distinguer un
autre, de ceux de la forte race, un vrai latin que j'aime particulirement,
Guy de Maupassant.  
    --- La citation exacte :
   
%
 Pour la septime ou huitime fois (au moins),
essay Also sprach Zarathustra. IMPOSSIBLE. Le ton de ce
livre m'est insupportable. Et toute mon admiration pour Nietzsche
ne parvient pas  me le faire endurer. Enfin il me parat,
dans son oeuvre, quelque peu surrogatoire ; ne prendrait
de l'importance que si les autres livres n'existaient pas. Sans
cesse je l'y sens jaloux du Christ ; soucieux de donner au
monde un livre qu'on puisse lire comme on lit l'Evangile.
Si ce livre est devenu plus clbre que tous les
autres de Nietzsche, c'est que, au fond, c'est un roman. Mais,
pour cela prcisment, il s'adresse  la
plus basse classe de ses lecteurs : ceux qui ont encore besoin
d'un mythe. Et ce que j'aime surtout en Nietzsche, c'est sa haine
de la fiction.  
    --- Andr GIDE   
%
 Nietzsche n'est pas une nourriture  -  c'est un
excitant.  
    --- Paul VALERY   
%
 La grande chance de Nietzsche d'avoir fini comme il a
fini. Dans l'euphorie !  
    --- Emil CIORAN   
%
 A un tudiant qui voulait savoir o
j'en tais par rapport  l'auteur de Zarathoustra,
je rpondis que j'avais cess de le pratiquer depuis
longtemps. Pourquoi ? me demanda-t-il.  -  Parce
que je le trouve trop naf...
 Je lui reproche ses emballements et jusqu' ses ferveurs.
Il n'a dmoli des idoles que pour les remplacer par d'autres.
Un faux iconoclaste, avec des cts d'adolescent,
et je ne sais quelle virginit, quelle innocence, inhrentes
 sa carrire de solitaire. Il n'a observ
les hommes que de loin. Les aurait-il regards de prs,
jamais il n'et pu concevoir ni prner le surhomme,
vision farfelue, risible, sinon grotesque, chimre ou lubie
qui ne pouvait surgir que dans l'esprit de quelqu'un qui n'avait
pas eu le temps de vieillir, de connatre le dtachement,
le long dgot serein.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Nietzsche, fier de son "instinct", de son "flair", s'il
a senti l'importance d'un Dostoevski, combien d'erreurs
en revanche, et quel engouement pour quantit d'crivains
de seconde et de troisime zone ! Ce qui est confondant,
c'est qu'il ait cru lui aussi que derrire Shakespeare
se cachait Bacon, le moins pote des philosophes.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Bergson avouait qu'il ne pouvait pas lire du Nietzsche ;
que dirait-il aujourd'hui s'il voyait que nous ne pouvons pas
lire du Bergson ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Presque tous les hommes sont esclaves, par la raison que
les Spartiates donnaient de la servitude des Perses, faute de
savoir prononcer la syllabe non. Savoir prononcer ce mot et savoir
vivre seul sont les deux seuls moyens de conserver sa libert
et son caractre.  
    --- CHAMFORT   
%
 En fait d'exposition d'ides, il est un certain
point de clart au-del duquel toute ide
perd ncessairement de sa force ou de sa dlicatesse.
Ce point de clart est, aux ides, ce qu'est, 
certains objets, le point de distance auquel ils doivent tre
regards, pour qu'ils offrent leurs beauts attaches
 cette distance. Si vous approchez trop de ces objets,
vous croyez l'objet rendu plus net ; il n'est rendu que plus
grossier. Un auteur va-t-il au-del du point de clart
qui convient  ses ides, il croit les rendre plus
claires ; il se trompe, il prend un sens diminu pour
un sens plus net.  
    --- MARIVAUX   
%
 Il est des gens qui sont de bonne foi, et qui diront aussi
d'une pense qu'elle est obscure, mais voici pourquoi.
 Cette pense peint un sujet par des cts
extrmement fins ; l'image de ces cts
s'aperoit aisment ; mais elle est de difficile
consistance aux yeux de l'esprit ; sa dlicatesse
la fait perdre de vue  cet esprit ; et ces personnes
appellent obscurit ce qui ne vient que de la difficult
qu'ils ont de continuer d'apercevoir l'objet d'abord bien aperu.  
    --- MARIVAUX   
%
 Il faut du moins tre clair lorsque l'on n'est pas
lumineux et c'est ce qu'toient tous les Grecs.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Je n'ai jamais ou dire que le feu ft ennemi
de la lumire.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Quand on peint une chose intrieure, on peint une
chose enfonce. Or l'enfoncement, quelque clair
qu'il puisse tre, ne peut jamais offrir l'uniforme et vive
clart d'une surface.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La profondeur et l'eau trouble. - Le public confond facilement
celui qui pche en eau trouble avec celui qui puise en eau
profonde.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Etre profond et sembler profond.  -  Celui
qui se sait profond s'efforce d'tre clair ; celui
qui voudrait sembler profond  la foule s'efforce d'tre
obscur. Car la foule tient pour profond tout ce dont elle ne peut
pas voir le fond : elle est si craintive, elle a si peur
de se noyer !  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Quiconque a sond le fond des choses devine sans
peine quelle sagesse il y a  rester superficiel. C'est
l'instinct de conservation qui apprend  tre htif,
lger et faux.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Esotrique adj. Parfaitement occulte et
particulirement abscons. Les anciennes philosophies taient
de deux sortes,  -  exotriques, que les philosophes
eux-mmes ne comprenaient qu' moiti, et
sotriques, que personne n'a jamais comprises.
Ce sont ces dernires qui ont le plus profondment
marqu la pense moderne, qui jouissent encore de
nos jours d'un grand crdit.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Chose digne de remarque, l'homme n'a pu voir loin et rellement
au-del de sa plante que la nuit ; car le
jour est comme une claire coupole sans mystre aucun ;
aussi l'homme n'a regard loin qu'au moment o les
objets proches tant drobs  sa
vue, l'oue le devant occuper tout, et le silence mme
l'mouvoir, juste alors se montraient les objets les plus
loigns et les mieux rgls qu'il
puisse connatre.  
    --- ALAIN   
%
 La parabole est comme une fable sans la morale. L'nigme
est du mme genre ; et il faut la tenir aussi comme
une des formes les plus anciennes de la pense. "Le matin
sur quatre pattes,  midi sur deux, le soir, sur trois."
Il est clair que ce n'est qu'un jeu ; mais aussi ce plaisir
de trouver un sens  l'absurde ne s'use point. Il faut
que l'esprit se mette d'abord dans le cas de renoncer ; c'est
l qu'il renat ; c'est sur le point de ce rveil
qu'il se connat pensant.  
    --- ALAIN   
%
 Etre clair ? Nous sommes si peu capables d'effort
pour comprendre les autres !  
    --- Jules RENARD   
%
 On peut tre hermtique et ne rien renfermer.
 Il y a des portes sans issue - et il y a mme de fausses
portes.
 Aimez la chose  double sens - mais assurez-vous bien
d'abord qu'elle ait un sens.
 Certes, ce n'est pas une raison parce que vous ne comprenez pas
pour que cela ne signifie rien - mais ce n'est pas une raison
non plus pour que cela signifie quelque chose.
 Quand on vous assure : 
 - C'est profond.
 Rpliquez donc :
 - C'est creux, peut-tre.
 Et quand une oeuvre d'art vous donne le vertige, souvenez-vous
que ce qui donne le mieux encore le vertige, c'est le vide.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Aprs tout, les mystres sont excitants,
et ils contribuent  rendre la vie amusante. Personne n'apprcie
le gcheur qui donne la clef de l'nigme 
ceux qui font la queue pour aller voir un film. A partir
du moment o on a rvl le pot aux
roses, on ne peut plus retrouver l'tat dlicieux
de mystification qui nous avait d'abord envots.
Par consquent, le lecteur doit tre sur ses gardes.  
    --- Daniel C. DENNETT   
%
 Et ce que, pour autorizer la toute puissance de nostre
volont, Sainct Augustin allegue avoir veu quelqu'un qui
commandoit  son derriere autant de pets qu'il en vouloit,
et que Vivs, son glossateur, encherit d'un autre exemple
de son temps, de pets organisez suivant le ton des vers qu'on
leur prononoit, ne suppose non plus pure l'obeissance
de ce membre ; car en est il ordinairement de plus indiscret
et tumultuaire. Joint que j'en say un si turbulent et
revesche, qu'il y a quarante ans qu'il tient son maistre 
peter d'une haleine et d'une obligation constante et irremittente,
et le menne ainsin  la mort.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 La douceur mesmes des halaines plus pures n'a rien de
plus excellent que d'estre sans aucune odeur qui nous offense,
comme sont celles des enfans bien sains. Voyl pourquoy,
dict Plaute,
      Mulier tum ben olet, ubi nihil
olet :
 la plus parfaicte senteur d'une femme, c'est ne sentir 
rien, comme on dict que la meilleure odeur de ses actions c'est
qu'elles soyent insensibles et sourdes. Et les bonnes senteurs
estrangieres, on a raison de les tenir pour suspectes 
ceux qui s'en servent, et d'estimer qu'elles soyent employes
pour couvrir quelque defaut naturel de ce cost-l.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 HALEINE. - L'avoir forte donne l'air distingu.
Eviter les allusions sur les mouches et affirmer que a
vient de l'estomac.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Ventre affam n'a pas d'oreilles, mais il a un
sacr nez.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Les romanciers parlent souvent de l'odeur de la femme
habille qu'on approche d'un peu prs. Il faudrait
s'entendre : ou la femme se sert de parfums, et ce n'est
pas elle qui fleure, ou cette odeur provient des aisselles et
du bas ventre, et alors c'est qu'elle ne se lave pas. La femme
saine et propre ne sent rien heureusement !  
    --- Jules RENARD   
%
 La pire odeur qu'on respire, c'est de se sentir mauvais.  
    --- Jules RENARD   
%
 Quelle haleine ! Il n'a jamais pu attraper une mouche
vivante.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je ne l'ai jamais aim. Il peut crever. Mais pas
la gueule ouverte : il a trop mauvaise haleine.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Il y a  parier que toute ide publique,
toute convention reue, est une sottise, car elle a convenu
au plus grand nombre.  
    --- CHAMFORT   
%
 Croyez que l'exprience de beaucoup d'opinions
donne  l'esprit qui les a eues beaucoup de flexibilit
et l'affermit en mme temps dans celles qu'il croit les
meilleures.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Rgle d'or : ne pas juger les hommes d'aprs
leurs opinions, mais d'aprs ce que leurs opinions font
d'eux.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Rien ne concourt davantage  la paix de l'me
que de n'avoir point d'opinion.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Tout homme comprend mal son intrt.
 Il faut tre plus royaliste que le roi.  
    --- Victor HUGO   
%
 De mme qu'un arbre pousse invitablement
du ct d'o lui vient la lumire et
dveloppe ses branches dans ce sens, de mme l'homme,
qui a l'illusion de se croire libre, pousse et se porte du ct
o il sent que sa facult secrte peut trouver
jour  se dvelopper. Celui qui se sent le don de
la parole se persuade que le gouvernement de tribune est le meilleur,
et il y tend ; et ainsi de chacun. En un mot, l'homme est
instinctivement conduit par sa facult  se faire
telle ou telle opinion,  porter tel ou tel jugement, et
 dsirer,  esprer,  agir
en consquence.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Opinions propres. - La premire opinion qui nous
arrive quand on nous interroge  l'improviste sur une chose
n'est d'ordinaire pas la ntre, mais seulement l'opinion
courante, qui tient  notre caste, notre situation, notre
origine : les opinions propres flottent rarement 
la surface.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Quand les gens sont d'accord avec moi, j'ai toujours le
sentiment que je dois me tromper.  
    --- Oscar WILDE   
%
 L'horreur des bourgeois est bourgeoise.  
    --- Jules RENARD   
%
 C'est une question de propret : il faut changer
d'avis comme de chemise.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'opinion, chose sociale au premier chef, est [...] une
source d'autorit et l'on peut mme se demander si
toute autorit n'est pas fille de l'opinion. On objectera
que la science est souvent l'antagoniste de l'opinion dont elle
combat et rectifie les erreurs. Mais elle ne peut russir
dans cette tche que si elle a une suffisante autorit
et elle ne peut tenir cette autorit que de l'opinion elle-mme.
Qu'un peuple n'ait pas foi dans la science, et toutes les dmonstrations
scientifiques seront sans influence sur les esprits. Mme
aujourd'hui, qu'il arrive  la science de rsister
 un courant trs fort de l'opinion publique, et
elle risquera d'y laisser son crdit.  
    --- Emile DURKHEIM   
%
 Si ceux qui disent du mal de moi savaient exactement ce
que je pense d'eux, ils en diraient bien davantage !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Le mensonge et la crdulit s'accouplent
et engendrent l'Opinion.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce qui a t cru par tous, et toujours,
et partout, a toutes les chances d'tre faux.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il n'y a qu'une sorte d'opinion d'autrui qui doive proccuper :
celle de ceux qui mettent un intrt passionn
et spcial aux choses que l'on produit. L'opinion moyenne
est sans intrt. Elle ne peut que se tromper sur
les facilits et les difficults d'un travail. Si
elle nous montre quelque chose, ce n'est qu'elle-mme.  
    --- Paul VALERY   
%
 Vouloir qu'une opinion l'emporte, (vouloir avoir raison)
c'est toujours lui souhaiter d'autres forces que les siennes,
douter de celles-ci. Prdire le triomphe proche d'une doctrine
c'est admettre que sa valeur consiste dans cette future puissance
et que cette future puissance est de l'ordre mme des rsistances
actuelles, dont elle viendra  bout. Vous adorerez ce que
vous brlez ; c'est dire que votre adoration ne signifie
pas plus que vos brasiers.
 Mais le point remarquable, le voici : Une philosophie, une
thologie, une esthtique tournent toujours 
la lutte. L'homme n'est jamais assez sr de sa vrit
pour jouir de l'clat de l'erreur adverse...  
    --- Paul VALERY   
%
 C'est un tourment de conscience que la rencontre d'opinion
ou de prfrence avec un sot. Alors on est bloqu,
puisqu'on ne peut plus se contredire, et il n'y a plus qu'
se taire en rageant.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Je pense qu'on ne connat jamais personne, qu'on
ne sait jamais ce qu'il y a, ce qui se passe au profond intime
d'une crature humaine. Il peut y avoir des richesses de
tendresse, de dvouement, de piti qu'on ne souponne
pas, qui ne se montrent que dans certaines circonstances rares.
Juger autrui ! Ah ! on devrait toujours s'en garder.
Est-ce qu'on sait, est-ce qu'on est sr. Tel qui rit, qui
est tout en boutades, en brusqueries, en indiffrence,
est peut-tre le plus sensible secrtement. Tenez,
si on pensait  tout cela, on n'oserait plus crire,
porter un jugement sur quelqu'un.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je l'ai toujours dit : il faut avoir des parti-pris,
c'est une force. Cela n'empche pas de voir parfaitement
les autres cts de la chose dont on parle et de
sentir les contradictions qui s'lvent 
ct de l'opinion qu'on exprime. Ecrire, c'est
s'tre dcid  choisir,  pencher
d'un ct plutt que l'un autre, c'est prendre
parti si minimement que ce soit. Si on coutait toutes
ses contradictions, on ne toucherait plus une plume, on ne dirait
plus un mot.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Pour son malheur - hlas ! - l'homme qui s'abstient
d'avoir une opinion devient bientt suspect  tous
les partis.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Toutes les opinions intresses me sont
suspectes. J'aime pouvoir penser librement et commence 
craindre d'tre refait ds qu'il me revient quelque
avantage de l'opinion que je professe. C'est comme si j'acceptais
un pot-de-vin.  
    --- Andr GIDE   
%
 Lorsqu'on s'est fait de quelqu'un une ide fausse
et que ce quelqu'un, par suite, se comporte et parle et crive
de manire qui contredise cette premire ide
fausse que l'on s'tait faite de lui, on l'accusera d'hypocrisie
bien plus volontiers que de reconnatre qu'on s'tait
tromp sur son compte.  
    --- Andr GIDE   
%
 Une opinion commence  me gner ds
que j'y puis trouver avantage. Le jugement trouve sa libert
bien plus gravement compromise lorsque les circonstances le favorisent
que lorsqu'elles le contrecarrent, et l'on doute de son impartialit
bien moins dans la rsistance que dans l'acquiescement.  
    --- Andr GIDE   
%
 Chacun a pu remarquer, au sujet des opinions communes,
que chacun les subit et que personne ne les forme. Un citoyen,
mme avis et nergique quand il n'a 
conduire que son propre destin, en vient naturellement et par
une espce de sagesse  rechercher quelle est l'opinion
dominante au sujet des affaires publiques. "Car, se dit-il, comme
je n'ai ni la prtention ni le pouvoir de gouverner 
moi tout seul, il faut que je m'attende  tre conduit ;
 faire ce qu'on fera,  penser ce qu'on pensera."
Remarquez que tous raisonnent de mme, et de bonne foi.
Chacun a bien peut-tre une opinion ; mais c'est 
peine s'il se la formule  lui-mme ; il rougit
 la seule pense qu'il pourrait tre seul
de son avis.
 Le voila donc qui honntement coute les orateurs,
lit les journaux, enfin se met  la recherche de cet tre
fantastique que l'on appelle l'opinion publique. "La question
n'est pas de savoir si je veux ou non faire la guerre, mais si
le pays veut ou non faire la guerre." Il interroge donc le pays.
Et tous les citoyens interrogent le pays au lieu de s'interroger
eux-mmes.
 Les gouvernants font de mme, et tout aussi navement.
Car, sentant qu'ils ne peuvent rien tout seul, ils veulent savoir
o ce grand corps va les mener. Et il est vrai que ce grand
corps regarde  son tour vers le gouvernement, afin de
savoir ce qu'il faut penser et vouloir. Par ce jeu, il n'est point
de folle conception qui ne puisse quelque jour s'imposer 
tous sans que personne pourtant l'ait jamais forme en
lui-mme et par libre rflexion. Bref, les penses
mnent  tout, et personne ne pense. D'o
il rsulte qu'un Etat form d'hommes raisonnables
peut penser et agir comme un fou. Et ce mal vient originairement
de ce que personne n'ose former son opinion par lui-mme
ni la maintenir nergiquement, en lui d'abord, et devant
les autres aussi.  
    --- ALAIN   
%
 Il n'existe [...] pas de journaux d'opinion, il existe
des journaux d'une opinion, ce qui ne semble pas absolument la
mme chose. Or la charit, d'accord avec le bon sens,
ne nous permet pas de refuser aux imbciles le droit d'avoir
une opinion, sous peine de rejeter ces malheureux hors de l'humanit
pensante. Et comme ils ne russiront jamais  s'en
former une  leur strict usage, force leur est bien d'emprunter
celle des autres. Chaque journal se trouve donc ainsi tenu de
compter avec eux, c'est--dire de mnager les imbciles,
dont il assume la charge, et Dieu sait si l'espce est
facile  scandaliser ! Scandaliser les imbciles
ne mne  rien de bon. Je crois, au contraire, que
la stupide, l'effroyable monotonie de la vie moderne  -  dont
les vertigineux manges de chevaux de bois nous fournissent
la parfaite image  -  incline les meilleurs esprits
 des solutions mdiocres,  des mensonges
moyens, et que le seul scandale est capable de les remettre debout,
face  l'inflexible vrit ! On ne peut
raisonnablement demander au directeur d'un journal de risquer
quotidiennement cent imbciles dans l'espoir  -  souvent
du  -  de rveiller un dormeur,
de lui rapprendre  penser. La faillite serait
au bout d'une telle exprience.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Etant un homme efficace dans sa spcialit,
il savait naturellement que l'on ne peut avoir de conviction 
sur laquelle miser soi-mme en dehors du seul domaine o
l'on est vraiment ferr ; l'extraordinaire extension
des activits empche qu'il s'en forme ailleurs.
C'est pourquoi les hommes efficaces et travailleurs, en dehors
du cercle fort troit de leur spcialit,
n'ont aucune conviction qu'ils ne soient prts 
renier pour peu qu'ils devinent sur elle quelque pression extrieure ;
on pourrait carrment dire qu'ils se voient forcs
par scrupule de conscience, d'agir autrement qu'ils ne pensent.  
    --- Robert MUSIL   
%
 L'opinion collective n'aime pas avouer ses faux pas et
y parvient avec une aisance parfois dconcertante. C'est
pourquoi la rputation d'un mythe, d'une parole, dpend
essentiellement de la suite des vnements. Lorsque
Ptain lance le fameux : "On les aura", en 1916, il
choisit, avec habilet une formule qui a le double avantage
d'tre populaire, presque argotique, qui convient bien 
l'Union Sacre (les poilus, les gueules casses,
etc.).
 Nanmoins, si la guerre avait t perdue,
cette parole lui aurait t amrement reproche,
comme le "Paris ne capitulera pas" de Trochu, "le dernier quart
d'heure" de Lacoste. La formule du dernier quart d'heure a t
employe par de nombreux chefs avant Lacoste et en particulier
par Clmenceau en 1917 : "C'est nous qui aurons le
dernier quart d'heure." Pourquoi a-t-elle si souvent servi 
tourner Lacoste en drision ? Non parce que sa cause
tait mauvaise, mais parce qu'elle a t
perdue. Malheur aux vaincus.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 Des opinions, oui ; des convictions, non. Tel est
le point de dpart de la fiert intellectuelle.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Vingt journalistes parisiens propritaires de grandes
rubriques ou missions politiques font et dfont
les carrires. Avant chacune de ces missions qui
sont des super-examens de passage dans la classe politique suprieure,
les personnalits rptent avec des professionnels
comme on prend des rptitions particulires
avant le baccalaurat. Il ne faut pas risquer de perdre
quelques points  l'issue du dbat. Seulement exprimer
l'opinion que les spcialistes croient qu'il convient d'avoir.
Tout est renvoy  une analyse et une prvision
des mouvements attendus de l'opinion publique. Une fois dtermine
la vague de celle-ci, les spcialistes recommandent dans
leur joli langage de "surfer sur sa crte". Le sondage a
remplac la conscience.
 Et si l'opinion publique tait imprvisible ?
Ou, pire encore pour les professionnels, si l'opinion publique
attendait des leaders et des lus non pas qu'ils la suivent
mais qu'ils la guident ? Et si, dans les priodes
de crise ou d'incertitude, elle attendait des responsables qu'ils
prennent d'abord leurs responsabilits ?  
    --- Jean-Franois DENIAU   
%
 Bien poser les questions, c'est tout un art. O
tout dpend, bien sr, de la rponse que l'on
veut obtenir.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Ce qui distingue le gnraliste du spcialiste,
c'est que le gnraliste reste cohrent 
peu prs partout, tandis que le spcialiste, beaucoup
plus rigoureux que l'autre devant son objet spcifique,
peut se muer en un agit confusionnel ds qu'il
s'en loigne.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Au lieu de se plaindre de ce que la rose a des pines
il faut se fliciter de ce que l'pine est surmonte
de roses et de ce que le buisson porte des fleurs.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Pensez aux maux dont vous tes exempt.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'optimisme serait une erreur, si l'homme n'tait
point perfectible, s'il ne lui tait donn d'amliorer
par la science l'ordre tabli. La formule : "Tout
est pour le mieux" ne serait sans cela qu'une amre drision.
Oui, tout est pour le mieux, grce  la raison humaine,
capable de rformer les imperfections ncessaires
du premier tablissement des choses. Disons plutt :
Tout sera pour le mieux quand l'homme, ayant accompli son oeuvre
lgitime, aura rtabli l'harmonie dans le monde
moral et se sera assujetti le monde physique.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Autant l'optimisme bat, c'est  dire inactif,
est une sottise, autant l'optimisme, compagnon de l'effort, pour
sortir des difficults, des souffrances, des lsions
fonctionnelles et organiques, est lgitime.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Conqurir sa joie vaut mieux que de s'abandonner
 la tristesse.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ne te dtourne pas, par lchet, du
dsespoir. Traverse-le. C'est par-del qu'il sied
de retrouver motif d'esprance. Va droit. Passe outre.
De l'autre ct du tunnel tu retrouveras la lumire.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il y a des pluies de printemps dlicieuses, o
le ciel a l'air de pleurer de joie.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Les choses tristes, douloureuses, plus belles pour l'esprit,
y trouvant plus de prolongements, que les choses gaies, heureuses.
Le mot soir plus beau que le mot matin, le mot nuit que le mot
jour, le mot automne que le mot t, le mot adieu
que le mot bonjour, le malheur plus beau que le bonheur, la solitude
plus belle que la famille, la socit, le groupement,
la mlancolie plus belle que la gat, la
mort que la naissance. A talent gal, l'chec
plus beau que le succs. Le grand talent restant ignor
plus beau que l'auteur  grands tirages, ador du
public et clbr chaque jour. Un crivain
de grand talent mourant dans la pauvret plus beau que
l'crivain mourant millionnaire. L'homme, la femme, qui
ont aim, ont t aims, finissant
leur vie dans une chambre au dernier tage, n'ayant pour
fortune et pour compagnie que leurs souvenirs, plus beau que le
grand-pre entour de ses petits-enfants et que
la douairire encore fte dans son aisance.
D'o cela vient-il, qui se trouve chez chacun de nous 
des degrs diffrents ? Y a-t-il au fond de
nous, plus ou moins, un dsenchantement, une mlancolie
qui se satisfont l,  -  et qu'il faut dtester
et rejeter comme un poison.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 On ne fait pas assez attention  ceci que le pessimisme
est l'tat naturel, ds qu'on s'abandonne, au lieu
que l'optimisme est un fruit de volont. Dont la raison
profonde est que le gouvernement de soi, par svre
police des opinions improvises, par serment  soi,
par ordre et suite dans les actions, est la source et condition
de tout bonheur. L'homme ne sait pas assez quelle triste mcanique
il est, ds qu'il tombe au mcanisme.
 Une loi bien cache, mais dont les effets sont assez et
trop connus, c'est que le plus triste, le plus effrayant, le plus
dsesprant qu'on puisse attendre de soi est aussi
ce qui persuade le plus aisment ; car l'motion
est toujours la meilleure preuve, comme la peur le fait bien voir.
Et la peur de soi persuade ; le dgot de soi,
de mme. C'est une erreur immense de doctrine, et lie
 cette mme erreur de pratique, que de croire qu'un
homme pense volontiers du bien de lui-mme. Ce n'est pas
vrai ; il faut du courage pour tre heureux de soi.
 Ainsi ne pas se demander ce qu'on pense, mais penser, j'entends
vouloir, diriger, ordonner, chercher, telle est la sant
de n'importe quel homme. Et celui qui attend ses opinions et son
bonheur comme il attend le soleil ou la pluie attendra longtemps.  
    --- ALAIN   
%
 L'optimisme m'est toujours apparu comme l'alibi sournois
des gostes, soucieux de dissimuler leur chronique
satisfaction d'eux-mmes. Ils sont optimistes pour se dispenser
d'avoir piti des hommes, de leur malheur.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Lorsque votre moral se trouve tre au plus bas,
remontez le moral d'un moins heureux que vous.
 Vous trouverez pour lui des arguments auxquels vous n'aviez pas
song pour vous - et dont vous ferez votre profit.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Le dsespoir, c'est quand l'intelligence prend
la souffrance  son compte.  
    --- Georges PERROS   
%
 La machine d'arithmtique fait des effets qui approchent
plus de la pense que tout ce que font les animaux ;
mais elle ne fait rien qui puisse faire dire qu'elle a de la volont,
comme les animaux.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 J'ai dcouvert l'autre jour que Franco Fortini,
pote svre et tourment, ennemi
dclar de la socit du spectacle,
est un adepte du Mac. Cela dit, il est lgitime de se demander
si  la longue, au fil du temps, l'emploi d'un systme
plutt que d'un autre ne cause pas de profondes modifications
intrieures. Peut-on vraiment tre  la fois
adepte du Dos et catholique traditionaliste ? Par ailleurs,
Cline aurait-il crit avec Word, WordPerfect ou
Wordstar ? Enfin, Descartes aurait-il programm en
Pascal ?  
    --- Umberto ECO   
%
 La dernire chose qu'on trouve en faisant un ouvrage,
est de savoir celle qu'il faut mettre la premire.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Qu'on ne dise pas que je n'ai rien dit de nouveau :
la disposition des matires est nouvelle ; quand on
joue  la paume, c'est une mme balle dont on joue
l'un et l'autre, mais l'un la place mieux.
 J'aimerais autant qu'on me dt que je me suis servi des
mots anciens. Et comme si les mmes penses ne formaient
pas un autre corps de discours, par une disposition diffrente,
aussi bien que les mmes mots forment d'autres penses
par leur diffrente disposition.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Par ordre de mrite alphabtique.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il semble que la nature, qui a si sagement dispos
les organes de notre corps pour nous rendre heureux, nous ait
aussi donn l'orgueil pour nous pargner la douleur
de connatre nos imperfections.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 J'ai connu dans ma vie un homme qui ne pouvait souffrir
l'orgueil des grands seigneurs ; il n'y avait rien de plus
beau que la morale qu'il dbitait l-dessus :
s'il faisait jamais fortune, ce serait le plus raisonnable de
tous les hommes, disait-on. Cette fortune lui vint, il fut mis
en place : je n'ai jamais rien vu de si sot et de si superbe
que lui alors. Et d'o vient qu'il avait paru si diffrent ?
C'est que quand un homme est dans une condition mdiocre,
il n'ose pas donner l'essor  son orgueil : il faut
qu'il lui retienne la bride, il faut que notre homme file doux,
en bon Franais ; car s'il s'mancipe, on l'humilie ;
et cela est mortifiant ; de sorte que par orgueil prudent
il s'humilie lui-mme, afin que personne ne s'en mle.
Aprs cela, vous le voyez bon, simple, accommodant, ne
pouvant comprendre les grands airs de certaines gens, n'imaginant
point comment on peut tre orgueilleux, levant les paules
sur tous ceux qui le sont. Ah ! le bon aptre !
Tenez, voici ce qu'il pense : puisque je ne saurais montrer
mon orgueil, il faut que je m'en venge sur ceux qui ont la libert
de montrer le leur, et qui le montrent. Il faut que je dise qu'ils
me font piti, cela les rendra plus petits aux yeux des
autres, et empchera qu'on ne les voie si fort au-dessus
de moi ; car ces gens-l, je ne saurais les souffrir,
on ne parat rien auprs d'eux, et je me soulage
en les abaissant. Outre cela, c'est qu'en faisant profession de
regarder l'orgueil comme une sottise, on croira que je n'en ai
point, et que ce serait peine perdue d'en avoir avec moi, parce
que je le mpriserais sans en tre piqu,
ou bien que je n'y prendrais pas garde.  
    --- MARIVAUX   
%
 C'est dans une mise poudreuse que Diogne marcha
sur les magnifiques tapis de la demeure de Platon. Je foule aux
pieds l'orgueil de Platon, dit-il. C'est juste, rpliqua
Platon, seulement, tu le fais avec une autre sorte d'orgueil.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Quoique l'orgueil soit gnralement blm
et dcri, je suis nanmoins tent
de croire que cela vient principalement de ceux qui n'ont rien
dont ils puissent s'enorgueillir. Vu l'impudence et la stupide
arrogance de la plupart des hommes, tout tre qui possde
des mrites quelconques fera trs bien de ne pas
les perdre de vue lui-mme, afin de ne pas les laisser tomber
dans un oubli complet ; car celui qui, gentiment, ne cherche
pas  s'en prvaloir et se conduit avec les gens
comme s'il tait en tout leur semblable, ne tardera pas
 tre en toute navet considr
par eux comme tel.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 L'orgueil a cela de bon qu'il prserve de l'envie.  
    --- Victor HUGO   
%
 La hauteur de l'orgueil se mesure  la profondeur
du mpris.  
    --- Andr GIDE   
%
 Plaire  soi est orgueil ; aux autres, vanit.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les religions se sont fait un titre de gloire d'avoir
prescrit de bannir l'orgueil sans se demander si, sans lui, l'homme
avait encore un but quelconque dans la vie. Sans orgueil, il n'y
a pas d'action, parce qu'il n'y a pas d'individualit.
Qui est contre l'orgueil se dclare ennemi mortel de la
vie.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Que nous puissions tre blesss par ceux-l
mmes que nous mprisons discrdite l'orgueil.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Supporter un rle subalterne sans aigreur est beaucoup
plus difficile que d'tre un exclu, un rprouv.
Cette dernire condition comporte de grandes satisfactions
d'orgueil. Elle est une russite  rebours.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Je dteste l'originalit. Je l'vite
le plus possible. Il faut employer une ide originale avec
les plus grandes prcautions pour n'avoir pas l'air de
mettre un costume neuf.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Par peur d'tre quelconque, j'ai fini par n'tre
rien.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On n'imagine pas un Pascal voulant tre "original".
 La recherche de l'originalit est presque toujours la
marque d'un esprit de second ordre.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Quand les paradoxes sont  leur place.
 Pour gagner des gens d'esprit  une proposition, il suffit
parfois de la prsenter sous la forme d'un paradoxe monstrueux.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 On ne peut expliquer un paradoxe, non plus qu'un ternuement.
D'ailleurs, le paradoxe n'est-il pas un ternuement de
l'esprit ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 On disait  Delon, mdecin mesmriste :
Eh bien ! M. de B... est mort, malgr la promesse
que vous aviez faite de le gurir. - Vous avez, dit-il,
t absent, vous n'avez pas suivi les progrs
de la cure : il est mort guri."  
    --- CHAMFORT   
%
 Chiromancie. Quand on a l'index plus court que l'annulaire,
on prfre la gloire  l'argent ; mais
si l'on se suce l'index de faon  l'allonger, on
a tout de mme des chances de devenir riche. Un doigt effil
est signe d'imagination ; sucer donc votre doigt avec opinitret.
Un doigt carr est signe de raison : crasez-vous
donc le pouce, et nul n'osera vous contredire, etc., etc.
 Graphologie : mettez les points sur les i, et votre esprit
deviendra net. Paraphez en coup de sabre, et vous n'aurez plus
peur.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le spiritisme m'est toujours apparu comme un tat
d'aberration, ou, si vous prfrez, de semi-aberration
en commun, ou il entre un tiers d'aveuglement spontan
ou provoqu, un tiers de ruse et un tiers de sexualit
confuse. C'est,  mon avis, un chapitre de la psychopathie
et c'est aussi un jeu trs dangereux, o le diable
trouve son compte ; car il mne aisment soit
 la folie dclare, soit aux dtraquements
de tous genres. Il y aurait un volume exact et pathtique
 crire sur les mfaits des tables tournantes
chez ceux qui s'y adonnent.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Radiesthsiste n. Personne qui utilise une baguette
divinatoire pour prospecter le mtal prcieux dans
la poche d'un imbcile.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 C'est se tromper que de croire qu'il n'y ait que les violentes
passions, comme l'ambition et l'amour, qui puissent triompher
des autres. La paresse, toute languissante qu'elle est, ne laisse
pas d'en tre souvent la matresse ; elle usurpe
sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie ;
elle y dtruit et y consume insensiblement les passions
et les vertus.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 L'esprit s'attache par paresse et par constance 
ce qui lui est facile ou agrable ; cette habitude
met toujours des bornes  nos connaissances, et jamais
personne ne s'est donn la peine d'tendre et de
conduire son esprit aussi loin qu'il pourrait aller.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 De toutes les passions celle qui est la plus inconnue
 nous-mmes, c'est la paresse ; elle est la
plus ardente et la plus maligne de toutes, quoique sa violence
soit insensible, et que les dommages qu'elle cause soient trs
cachs ; si nous considrons attentivement
son pouvoir, nous verrons qu'elle se rend en toutes rencontres
matresse de nos sentiments, de nos intrts
et de nos plaisirs ; c'est la rmore qui a la force
d'arrter les plus grands vaisseaux, c'est une bonace plus
dangereuse aux plus importantes affaires que les cueils,
et que les plus grandes temptes ; le repos de la paresse
est un charme secret de l'me qui suspend soudainement les
plus ardentes poursuites et les plus opinitres rsolutions ;
pour donner enfin la vritable ide de cette passion,
il faut dire que la paresse est comme une batitude de
l'me, qui console de toutes ses pertes, et qui lui tient
lieu de tous les biens.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Ah ! sainte paresse ! salutaire indolence !
si vous tiez restes mes gouvernantes, je n'aurais
pas vraisemblablement crit tant de nants plus
ou moins spirituels, mais j'aurais eu plus de jours heureux que
je n'ai eu d'instants supportables. Mon ami, le repos ne vous
rend pas plus riche que vous ne l'tes ; mais il ne
vous rend pas plus pauvre : avec lui vous conservez ce que
vous n'augmentez pas, encore ne sais-je pas si l'augmentation
ne vient pas quelquefois rcompenser la vertueuse insensibilit
pour la fortune.  
    --- MARIVAUX   
%
 Chez la plupart des hommes, l'intelligence est un terrain
qui demeure en friche presque toute la vie. On a droit de s'tonner,
en voyant la multitude de gens stupides ou au moins mdiocres,
qui ne semblent vivre que pour vgter, que Dieu
ait donn  ses cratures la raison, la facult
d'imaginer, de comparer, de combiner, etc., pour produire si peu
de fruits. La paresse, l'ignorance, la situation o le
hasard les jette, changent presque tous les hommes en instruments
passifs des circonstances. Nous ne connaissons jamais ce que nous
pouvons obtenir de nous-mmes. La paresse est sans doute
le plus grand ennemi du dveloppement de nos facults.
Le Connais-toi toi-mme serait donc l'axiome fondamental
de toute socit, o chacun de ses membres
ferait exactement son rle et le remplirait dans toute son
tendue.  
    --- Eugne DELACROIX   
%
 Ne pas faire valoir son droit. - Exercer la puissance
cote bien des peines et beaucoup de courage y est ncessaire.
C'est pourquoi tant de gens ne font pas valoir leur bon droit,
parce que ce droit est une sorte de puissance et qu'ils sont trop
paresseux ou trop lches pour l'exercer. Mansutude
et patience, ainsi nomme-t-on les vertus qui couvrent ce dfaut.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le travail pense, la paresse songe.  
    --- Jules RENARD   
%
 Pour nous punir de notre paresse, il y a, outre nos insuccs,
les succs des autres.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il faut tout dire : le travail donne une satisfaction
un peu bate. Il y a dans la paresse un tat d'inquitude
qui n'est pas vulgaire, et auquel l'esprit doit peut-tre
ses plus fines trouvailles.  
    --- Jules RENARD   
%
 La paresse a cela de mortel que, ds qu'on en triomphe,
on la sent qui renat.  
    --- Jules RENARD   
%
 Ecrire. Le plus difficile, c'est de prendre la plume,
de la tremper dans l'encre et de la tenir ferme au-dessus du papier.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je connais bien ma paresse. Je pourrais crire
un trait sur elle, si ce n'tait un si long travail.  
    --- Jules RENARD   
%
 Paresse : habitude prise de se reposer avant la fatigue.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le paresseux,  ce que je crois, n'est qu'un homme
qui n'a point encore de poste, ou qui croit n'en pas avoir. Chose
remarquable, c'est toujours parce qu'il sait ou croit qu'on ne
compte point sur lui, qu'il ne se presse point. Supposez au contraire
dans cet homme l'ide, vraie ou fausse, que nul ne saura
le remplacer, vous le verrez aller. C'est donc trop peu dire que
de dire que l'homme aime son travail. La prise du travail est
bien plus sre. Comme ces courroies et engrenages, qui vous
happent par la manche, ainsi la grande machine ne demande point
permission. C'est un fait remarquable, et que je crois sans exception,
que l'homme qui rgle lui-mme son travail est celui
qui travaille le plus, pourvu qu'il coopre, et que d'autres
lui poussent sans cesse des pices  finir. Aussi
je crois que sous les noms de cupidit, d'avarice, ou d'ambition,
on dcrit souvent assez mal un sentiment vif d'un travail
 continuer, d'une rputation  soutenir,
enfin d'une certaine action que les autres ne feront pas aussi
bien. Il est clair que l'colier ne trouve pas de ces raisons
d'agir ; pour une version mal faite rien ne manquera au monde.
Voil sans doute pourquoi c'est dans la partie la plus
active, la plus remuante, la plus infatigable, qui est l'enfance,
que l'on trouve le plus de paresseux.  
    --- ALAIN   
%
 [...] je me suis rendu compte que si je travaillais tout
le temps comme je le fais, du matin au soir, souvent du soir au
matin, et d'un bout de l'anne  l'autre, c'tait
par paresse. Oui, je fais tout le temps quelque chose, parce que
j'ai remarqu que, lorsqu'on faisait quelque chose, on
ne faisait qu'une chose, ce qui n'est pas fatigant, tandis que,
lorsqu'on ne fait rien pendant une minute ou deux, on pense alors
 tout ce qu'on a  faire et qu'on ne fait pas  -  et
a, c'est reintant !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 La paresse est un scepticisme de la chair.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Tout ce que j'ai de bon vient de ma paresse ; sans
elle, qui m'aurait empch de mettre en application
mes mauvais desseins ? Elle m'a heureusement contenu dans
les limites de la "vertu".
 Tous nos vices viennent de l'excs d'activit,
de cette propension  nous raliser,  donner
une apparence honorable  nos travers.  
    --- Emil CIORAN   
%
 D'abord, il est admis que toutes les passions relvent
de la folie. On distingue le fou du sage  ce signe que
l'un  est guid par la passion, l'autre par la raison.
Aussi les Stociens cartent-ils du sage toutes les
passions comme autant de maladies ; pourtant ces passions
non seulement servent de pilotes  ceux qui se pressent
pour atteindre le port de sagesse, mais elles sont aussi l,
dans la pratique de la vertu, comme des perons, des aiguillons,
pour encourager  faire le bien. Snque,
deux fois stocien, va protester avec vhmence
lui qui dfend absolument au sage toute passion. Mais ce
faisant, ce n'est plus un homme qu'il laisse subsister, il cre
plutt une espce de dieu d'un genre nouveau, qui
n'a jamais exist nulle part, et jamais n'existera. Pour
parler plus clairement, il a fabriqu une statue de marbre
 l'image de l'homme, stupide et parfaitement trangre
 tout sentiment humain.  
    --- ERASME   
%
 Quand notre passion nous porte  faire quelque
chose, nous oublions notre devoir : comme on aime un livre,
on le lit, lorsqu'on devrait faire autre chose. Mais, pour s'en
souvenir, il faut se proposer de faire quelque chose qu'on hait ;
et lors on s'excuse sur ce qu'on a autre chose  faire
et on se souvient de son devoir par ce moyen.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 C'est le comble de la folie que de se proposer la ruine
des passions. Le beau projet que celui d'un dvot qui se
tourmente comme un forcen pour ne rien dsirer,
ne rien aimer, ne rien sentir, et qui finirait par devenir un
vrai monstre, s'il russissait !  
    --- Denis DIDEROT   
%
 Le philosophe qui veut teindre ses passions ressemble
au chimiste qui voudrait teindre son feu.  
    --- CHAMFORT   
%
 Le grand malheur des passions n'est pas dans les tourments
qu'elles causent, mais dans les fautes, dans les turpitudes qu'elles
font commettre, et qui dgradent l'homme. Sans ces inconvnients,
elles auraient trop d'avantages sur la froide raison, qui ne rend
point heureux. Les passions font vivre l'homme, la sagesse le
fait seulement durer.  
    --- CHAMFORT   
%
 Le talent a-t-il donc besoin de passions ? Oui, il
a besoin de beaucoup de passions rprimes.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Les petits ont peu de passions, ils n'ont gures
que des besoins.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La tendresse est le repos de la passion.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La vue est enthousiaste. Les aveugles n'admirent rien.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 "Le talent a-t-il donc besoin de passions ? Oui,
de beaucoup de passions rprimes." (Joubert.)
 Il n'est pas un seul moraliste qu'on ne puisse convertir en prcurseur
de Freud.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Les verres d'eau ont les mmes passions que les
ocans.  
    --- Victor HUGO   
%
 La volont a honte de l'intellect. - Nous faisons
froidement les plans les plus raisonnables contre nos passions :
mais nous commettons ensuite les plus graves fautes, parce que,
souvent, au moment o le projet devrait tre excut,
nous avons honte de la froideur et de la circonspection que nous
avons mises  le concevoir. On fait alors justement ce
qui est draisonnable,  cause de cette sorte de
gnrosit bravache que toute passion amne
avec elle.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le plaisir de corrompre est un de ceux qu'on a le moins
tudi ; il en va de mme de tout ce
qu'on prend d'abord soin de fltrir.  
    --- Andr GIDE   
%
 Les jeunes gens que j'ai connus les plus fanatiques d'automobile
taient auparavant les moins curieux de voyages. Le plaisir
n'est plus ici de voir du pays, ni mme d'arriver vite dans
tel lieu, o du reste plus rien n'attire ; mais bien
prcisment d'aller vite. Et que l'on gote
l des sensations aussi profondment inartistiques,
anti-artistiques, que celles de l'alpinisme, il faut bien accorder
qu'elles sont intenses et irrductibles ; l'poque
qui les a connues en subira la consquence ; c'est
l'poque de l'impressionnisme, de la vision rapide et superficielle ;
on devine quels seront ses dieux, ses autels ;  force
d'irrespect, d'inconsidration, d'inconsquence,
elle y sacrifiera davantage encore, mais de manire inconsciente
ou inavoue.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il faut que j'explique encore de plus prs l'ide
essentielle de ce livre, qui est que ce sont les passions, et
non les intrts, qui mnent le monde. Et
je suis surtout dispos  y revenir lorsque je pense
 ces descriptions si incompltes de la nature humaine
qui ont cours maintenant, d'aprs lesquelles toutes nos
actions s'expliqueraient par un intrt personnel
plus ou moins dissimul. Si l'on prend les choses ainsi,
il y a un tel contraste entre l'homme de ces livres et l'homme
des tranches, que l'on veut imaginer quelque miracle surhumain,
par o revient l'ide toujours si puissante de la
guerre dcrte surhumainement, et par consquent
invitable. C'est pourquoi je ne pourrais jamais expliquer
trop longuement le mcanisme des passions et ses redoutables
effets. Il faut d'abord que vous sachiez que le dernier secret
de la chose est dans le Trait des Passions, de Descartes,
et est assez cach, malgr l'apparence.  
    --- ALAIN   
%
 Mditez sur ce mot d'un avocat : "Les intrts
transigent toujours ; les passions ne transigent jamais."
On peut vivre en paix vingt ans et plus, dans ces conflits d'intrts,
comme l'exprience l'a fait voir ; on peut donc y
vivre toujours ; tout se tasse ; tout s'arrange. Il
ne faut pas esprer ici une espce de code qui aurait
tout prvu. Il y a des procs, et ruineux pour tous,
non par l'insuffisance du code, mais par les passions ; et
il y a d'heureux arrangements, plus avantageux que les procs,
ds que les intrts jouent seuls. Dtournez
donc votre regard de ce vain talage juridique, dangereux
surtout par la fausse scurit qu'il vous donnerait.
Guettez les passions qui naissent, et que les tyrans conduisent
si bien.
 ~
 Pour moi j'ai toujours vu clair dans ces discours d'officiers
et d'acadmiciens : "Cette jeunesse tait lche ;
cette autre jeunesse vaut mieux." Songez aussi  cette
littrature acadmicienne, qui, par des injures
suivies  l'ennemi, allait  la mme fin.
Songez aux violences de la rue, et  ce chantage organis
par les royalistes. Cette vague de guerre a pass sur vous,
vous entranant, vous portant vers la catastrophe. Et vous
tiez toujours, vous en tes peut-tre encore
 chercher quelque tribunal arbitral qui rglerait
les diffrends entre nations. Mais comprenez donc que nul
ne se battrait pour un diffrend entre nations, au lieu
que n'importe quel homme se battra pour prouver qu'il n'est pas
un lche.  
    --- ALAIN   
%
 Les grands esprits ne s'occupent qu' vaincre les
difficults qui leur sont propres, et qu'ils trouvent dans
le pli de leur humeur. Et seuls, par cela mme, ils sont
de bon secours. J'ai  sauver une certaine manire
d'aimer, de har, de dsirer, tout  fait animale,
et qui m'est aussi adhrente que la couleur de mes yeux.
J'ai  la sauver, non pas  la tuer. Dans l'avarice,
qui est la moins gnreuse des passions, il y a
l'esprit d'ordre, qui est universel ; il y a le respect du
travail, qui est universel ; la haine des heures perdues
et des folles prodigalits, qui est universelle. Ces penses,
car ce sont des penses, sauveront trs bien l'avare
s'il ose seulement tre lui-mme, et savoir ce qu'il
veut. Autant  dire de l'ambitieux, s'il est vraiment ambitieux ;
car il voudra une louange qui vaille, et ainsi honorera l'esprit
libre, les diffrences, les rsistances. Et l'amour
ne cesse de se sauver par aimer encore mieux ce qu'il aime. D'o
Descartes disait qu'il n'y a point de passions dont on ne puisse
faire bon usage.  
    --- ALAIN   
%
 Il n'y a point de chemin trop long  qui marche
lentement et sans se presser ; il n'y a point d'avantages
trop loigns  qui s'y prpare par
la patience.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Souviens-toi de cuver ton encre.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La passion ne veut pas attendre ; le tragique dans
la vie des grands hommes rside souvent non pas dans leur
conflit avec leur poque et la bassesse de leurs contemporains,
mais dans leur incapacit de remettre leur oeuvre d'une
anne, de deux annes ; ils ne savent pas attendre.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Aprs quelques assauts infructueux, ne renonce
pas, n'insiste non plus. Mais garde ce problme dans les
caves de ton esprit o il s'amliore. Changez tous
les deux.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il faut une infinie patience pour attendre toujours ce
qui n'arrive jamais.  
    --- Pierre DAC   
%
 Tout vient  point  qui sait bien attendre
ce qui l'attend au tournant et qui lui pend au nez sans savoir
d'o a vient.  
    --- Pierre DAC   
%
 S'armer de patience, combien l'expression est juste !
La patience est effectivement une arme, et qui s'en munit, rien
ne saurait l'abattre. C'est la vertu qui me fait le plus dfaut.
Sans elle, on est automatiquement livr au caprice ou au
dsespoir.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Ne soyons plus anglais ni franais ni allemands.
Soyons europens. Ne soyons plus europens, soyons
hommes.  -  Soyons l'humanit.
 Il nous reste  abdiquer un dernier gosme :
la patrie.  
    --- Victor HUGO   
%
 La perfection de l'humanit ne sera pas l'extinction,
mais l'harmonie des nationalits : les nationalits
vont bien plutt se fortifiant que s'affaiblissant ;
dtruire une nationalit, c'est dtruire
un son dans l'humanit.  
    --- Ernest RENAN   
%
 [...] l'homme du peuple est bien plus sensible 
la gloire patriotique que l'homme plus rflchi,
qui a une individualit prononce. Celui-ci peut
se relever par lui-mme, par ses talents, ses titres, ses
richesses. L'homme du peuple, au contraire, qui n'a rien de tout
cela, s'attribue comme un patrimoine la gloire nationale et s'identifie
avec la masse qui a fait ces grandes choses. C'est son bien, son
titre de noblesse,  lui. L est le secret de cette
puissante adoption de Napolon par le peuple. La gloire
de Napolon est la gloire de ceux qui n'en ont pas d'autres.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Croire au village, c'est donner une limite  sa
vie ; c'est lui croire un sens, et elle n'en a pas. C'est
un peu sot de s'imaginer que nous avons une raison d'tre
l plutt qu'ailleurs. Continuer nos pres,
pour quoi faire ? Ils ne savaient pas. La feuille a une attache
qui lui suffit. Le cerveau est nomade. Pas de petite patrie. Une
fuite rsigne. Etre n'importe o,
ne jamais consentir  se fixer comme si un point dans l'univers
nous tait rserv. N'ayons pas d'orgueil !
Au premier clair de lucidit nous verrions que
nous sommes dupes, et nous serions pleins de piti pour
nous mmes.
 Livrons-nous  l'universelle loi d'parpillement.
 Ne pas tre un homme qui regarde son village avec une loupe.
 Rappelons-nous que ce monde n'a aucun sens.  
    --- Jules RENARD   
%
 Vous tes ns dans ce pays et vous en tes
fier et vous lui tes attach. Vous seriez n
dans un autre pays, vous en seriez tout aussi fier et vous lui
seriez attach de mme. Mieux, mme :
n ici, on vous aurait aussitt transport
dans un autre pays o vous auriez t lev
et auriez grandi ? Vous seriez de ce pays et c'est de lui
que vous seriez fier et ce pays auquel vous seriez attach.
Supposez que les bruns se mettent  tre fiers d'tre
bruns, avec une ide de prvalence,  -  et
qui dit prvalence dit bientt rivalit,  -  sur
les blonds ou vice versa ? Vous voyez si vous tes
comique avec votre orgueil national et votre patriotisme :
vous avez eu autant de part  tre de ce pays plutt
que d'un autre, que les bruns  tre bruns et les
blonds  tre blonds.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Patriotisme n. Matriau combustible susceptible
de servir de torche  quiconque ambitionne d'illuminer
son nom.
 Dans le clbre dictionnaire du Dr. Johnson, le
patriotisme est dfini comme le dernier recours du sclrat.
Avec tout le respect d  un brillant quoique infrieur
lexicographe, je me permets d'affirmer que c'est le premier.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Le patriotisme n'est pas seulement le dernier refuge des
coquins ; c'est aussi le premier pidestal des nafs
et le reposoir favori des imbciles.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Un homme qui se respecte n'a pas de patrie. Une patrie,
c'est de la glu.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On n'habite pas un pays, on habite une langue. Une patrie,
c'est cela et rien d'autre.  
    --- Emil CIORAN   
%
 A les entendre, on croirait que rien n'est si ais
que de dire ce qu'on pense, et il n'est pas mme ais
de le savoir au juste.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il y a, pour l'observateur et le connoisseur, des mots
et des penses remarquables partout, dans les conversations
des sots, dans les crits les plus mdiocres, etc.
Cela est en circulation comme les pices d'or, dont tout
le monde fait usage et dont personne ou presque personne ne remarque
l'clat, la valeur intrinsque et la beaut.
 On peut faire de ces monnoyes des bijoux ; mais qui saura
le mettre en oeuvre ?  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La libert de penser est imprescriptible :
si vous barrez  l'homme les vastes horizons, il s'en vengera
par la subtilit : si vous lui imposez un texte, il
y chappera par le contresens. Le contresens, aux poques
d'autorit, est la revanche que prend l'esprit humain sur
la chane qu'on lui impose ; c'est la protestation
contre le texte. Ce texte est infaillible ;  la bonne
heure. Mais il est diversement interprtable, et l
recommence la diversit, simulacre de libert dont
on se contente  dfaut d'autre. Sous le rgime
d'Aristote, comme sous celui de la Bible, on a pu penser presque
aussi librement que de nos jours, mais  la condition de
prouver que telle pense tait rellement
dans Aristote ou dans la Bible, ce qui ne faisait jamais grande
difficult. Le Talmud, la Massore, la Cabale sont les produits
tranges de ce que peut l'esprit humain enchan
sur un texte. On en compte les lettres, les mots, les syllabes,
on s'attache aux sons matriels bien plus qu'au sens, on
multiplie  l'infini les subtilits exgtiques,
les modes d'interprtation, comme l'affam, qui,
aprs avoir mang son pain, en recueille les miettes.
Tous les commentaires des livres sacrs se ressemblent,
depuis ceux de Manou jusqu' ceux de la Bible, jusqu'
ceux du Coran. Tous sont la protestation de l'esprit humain contre
la lettre asservissante, un effort malheureux pour fconder
un champ infcond. Quand l'esprit ne trouve pas un objet
proportionn  son activit, il s'en cre
un par mille tours de force.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Danger dans la voix.  -  Avec une voix forte dans
la gorge on est presque incapable de penser des choses subtiles.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les penses de derrire la tte.
 On dit qu'un homme a des penses de derrire la
tte quand il ne dit pas tout ce qu'il pense ou tout ce
qu'il veut. C'est un cas trs ordinaire et rien d'exceptionnel
n'est signifi par cette expression. Celui qui dirait tout
ce qu'il pense et dclarerait toutes ses intentions n'aurait
que des penses de devant la tte, des penses
de faade, si on peut dire et serait une sorte de monstre.
Sa tte ressemblerait  une maison impossible, sans
hauteur ni profondeur, sans toit, sans cave, sans escalier, sans
propritaire, o on ne pourrait s'tendre
pour dormir qu'en mettant ses pieds et mme ses jambes hors
de la fentre, au scandale des personnes lgantes
ou raisonnables qui passeraient dans la rue. On ne peut imaginer
rien de plus absurde. En supposant qu'une telle demeure part
habitable  des malheureux accoutums  l'talage
de leur misre, comment des gens dignes d'estime, n'ayant
rien  se reprocher, pourraient-ils supporter de s'offrir
en spectacle  tous ceux qui seraient tents de
regarder dans leur intrieur ?
 Un homme qui a des penses de derrire la tte,
au contraire, est simplement un individu sens, habitant
une maison bien amnage, pourvue, par consquent,
d'un endroit retir o il lui soit loisible de penser
en scurit, et d'un autre endroit, peu loign
du premier, o il puisse obir  certains
appels de la nature, sans que personne en soit inform.
L'idal serait qu'il n'y et qu'un seul endroit pour
les deux fonctions qui paraissent avoir, dans ce cas, une mystrieuse
et profonde conformit. Les spculateurs et les
sociologues me comprendront !  
    --- Lon BLOY   
%
 Parler avec soi-mme...
 Ce n'est pas toujours amusant :
 Rendre la conversation amusante,
 intressante, instructive, imprvue,
 avec soi-mme,
 c'est se faire  -  penseur...   
    --- Paul VALERY   
%
 Savoir penser, c'est savoir tirer du hasard les ressources
qu'il implique en nous.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les grandes penses ont quelque chose d'enfantin,
qui fait que les beaux esprits passeront toujours  ct
sans les voir.  
    --- ALAIN   
%
 Rien n'tonne plus qu'une objection ; ds
qu'on ne l'a pas prvue, on se trouve sot. Il faudrait
oser beaucoup, mais sans aucune prtention ; c'est
difficile ; car la modestie ne commence rien. Qui n'est pas
un petit Descartes, qui ne compte pas sur ses propres lumires,
est un penseur faible ; mais qui se lance d'aprs
ses propres lumires est bientt un penseur ridicule.  
    --- ALAIN   
%
 Le nombre augmente... des choses que je me permets de
penser, que je me permets un peu moins de dire, et que je ne permets
aux autres de dire pas du tout. Par exemple : que le commencement
de Madame Bovary est fort mal crit.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ne pas se forcer  penser ; mais noter aussitt
chaque pense qui se propose.  
    --- Andr GIDE   
%
 Les penseurs de premire main mditent sur
des choses ; les autres, sur des problmes. Il faut
vivre face  l'tre, non  l'esprit.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'homme pense seul et ne trouve de raisons de penser que
par les autres.  
    --- Georges PERROS   
%
 Prter aux autres des penses de l'arrire,
penses qu'ils feront connatre  tous, sauf
au principal intress, les lments
qui les composent le concernant, et, avoir la btise ou
le courage de leur dvoiler ce qu'ils croyaient si bien
cach, s'attirant un : "Tu es fou. Qu'est-ce que tu
vas chercher. Quel compliqu tu fais !", ce courage
ou cette btise les doit cruellement sur
notre compte. On leur retire "l'inconnaissable absolu", et ils
ne vous pardonneront pas de leur avoir t le droit
et le plaisir de nous croire leur ami.  
    --- Georges PERROS   
%
 Qu'est-ce qu'un penseur ? Un homme qui se pose encore
des questions quand les autres ne s'en posent plus.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Pour chaque espce, le monde extrieur tel
qu'il est peru dpend  la fois des organes
des sens et de la manire dont le cerveau intgre
vnements sensoriels et moteurs. Mme lorsque
des espces diffrentes peroivent une mme
gamme de stimulus, leur cerveau peut tre organis
pour slectionner des particularits diffrentes.
L'environnement tel qu'il est peru par des espces
diffrentes peut, selon la manire dont est traite
l'information, diverger aussi radicalement que si les stimulus
reus venaient de mondes diffrents. Nous-mmes,
nous sommes si troitement enferms dans la reprsentation
du monde impose par notre quipement sensoriel
et nerveux, qu'il nous est difficile de concevoir la possibilit
de voir ce monde de manire diffrente. Nous imaginons
mal le monde d'une mouche, d'un ver de terre ou d'une mouette.
 Quelle que soit la manire dont un organisme explore son
milieu, la perception qu'il en tire doit ncessairement
reflter la "ralit" ou, plus spcifiquement,
les aspects de la ralit qui sont directement lis
 son comportement. Si l'image que se forme un oiseau des
insectes qu'il doit apporter en nourriture  ses petits
ne refltait pas certains aspects au moins de la ralit,
il n'y aurait plus de petits. Si la reprsentation que
se fait le singe de la branche sur laquelle il veut sauter n'avait
rien  voir avec la ralit, il n'y aurait
plus de singe. Et s'il n'en tait pas de mme pour
nous, nous ne serions pas ici pour en discuter. Percevoir certains
aspects de la ralit est une exigence biologique.  
    --- Franois JACOB   
%
 Les politiques, les moralistes, les thologiens
ont ceci de commun, qu'ils se proposent de conduire l'homme 
la perfection, et qu'ils seraient bien fchs qu'il
y arrivt.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 La perfection se compose de minuties. Le ridicule est
de les mettre hors de leur place et n'est pas de les employer.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
  -  Mais quand une chose t'ennuiera, ne la fais
pas. Ne cours pas aprs une vaine perfection. Il est certains
dfauts pour le vulgaire qui donnent souvent la vie.  
    --- Eugne DELACROIX   
%
 La perfection. L'atteindre, c'est enfin connatre
l'excellence par l'impuissance.  
    --- Paul VALERY   
%
 Rien ne strilise tant un crivain que la
poursuite de la perfection. Pour produire, il faut se laisser
aller  sa nature, s'abandonner, couter ses voix...,
liminer la censure de l'ironie ou du bon got...  
    --- Emil CIORAN   
%
 La plupart des hommes, pour arriver  leurs fins,
sont plus capables d'un grand effort que d'une longue persvrance :
leur paresse ou leur inconstance leur fait perdre le fruit des
meilleurs commencements ; ils se laissent souvent devancer
par d'autres qui sont partis aprs eux et qui marchent
lentement, mais constamment.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Une femme avait un procs au Parlement de Dijon.
Elle vint  Paris, sollicita M. le garde des Sceaux (1784)
de vouloir bien crire, en sa faveur, un mot qui lui faisait
gagner un procs trs juste ; le garde des
Sceaux la refusa. La comtesse de Talleyrand prenait intrt
 cette femme ; elle en parla au garde des Sceaux :
nouveau refus. Mme de Talleyrand en fit parler par la reine :
autre refus. Mme de Talleyrand se souvint que le garde des Sceaux
caressait beaucoup l'abb de Prigord, son fils.
Elle fit crire par lui : refus trs bien tourn.
Cette femme dsespre rsolut de
faire une tentative, et d'aller  Versailles. Le lendemain,
elle part ; l'incommodit de la voiture publique l'engage
 descendre  Svres et  faire le
reste de la route  pied. Un homme lui offre de la mener
par un chemin plus agrable et qui abrge. Elle
accepte, et lui conte son histoire. Cet homme lui dit : "Vous
aurez demain ce que vous demandez." Elle va chez le garde des
Sceaux, est refuse encore, veut partir. L'homme l'engage
 coucher  Versailles, et, le lendemain matin,
lui apporte le papier qu'elle demandait. C'tait un commis
d'un commis, nomm M. Etienne.  
    --- CHAMFORT   
%
 On est ferme par principes, on est ttu par caractre
ou plutt par temprament. Le ttu est celui
dont les organes, quand ils ont une fois pris un pli, n'en peuvent
plus ou n'en peuvent de longtemps reprendre un autre.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Qu'est-ce "tre obstin" ? - Le chemin
le plus court n'est pas le plus droit, mais celui sur lequel le
vent le plus favorable gonfle notre voile : c'est ce qu'enseignent
les rgles de la navigation. Ne pas leur obir,
c'est tre obstin : la fermet de caractre
est ici gte par la btise.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Persvrance n. Humble vertu qui permet
aux mdiocres de parvenir  un succs peu
glorieux.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Une chose russie est une transformation d'une
chose manque.
 Donc une chose manque n'est manque que par abandon.  
    --- Paul VALERY   
%
 Cette formule apparemment toute bte : "il
suffit d'insister", est l'une des recettes les plus assurment
dsastreuses mises au point sur notre plante sur
des centaines de millions d'annes. Elle a conduit des
espces entires  l'extinction. C'est une
forme de jeu avec le pass que nos anctres les animaux
connaissaient dj avant le sixime jour
de la cration.
 ~
 La ncessit vitale de l'adaptation fait apparatre
des comportements spcifiques dont le but dans l'idal,
est de permettre la meilleure survie possible sans souffrance
inutile. Pour des raisons encore mal lucides,
l'homme, comme les animaux, a tendance  considrer
ces solutions comme dfinitives, valides  tout
jamais. Cette navet sert seulement  nous
aveugler sur le fait que ces solutions sont au contraire destines
 devenir de plus en plus anachroniques. Elle nous empche
de nous rendre compte qu'il existe - et qu'il a sans doute toujours
exist - un certain nombre d'autres solutions possibles,
envisageables, voire carrment prfrables.
Ce double aveuglement produit un double effet. D'abord, il rend
la solution en vigueur de plus en plus inutile et par voie de
consquence la situation de plus en plus dsespre.
Ensuite, l'inconfort croissant qui en rsulte, joint 
la certitude inbranlable qu'il n'existe nulle autre solution,
ne peut conduire qu' une conclusion et une seule :
il faut insister. Ce faisant, on ne peut que s'enfoncer dans le
malheur.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Cecy seulement. Pyrrho le Philosophe, se trouvant un jour
de grande tourmente dans un batteau, montroit  ceux qu'il voyoit
les plus effrayez autour de luy, et les encourageoit par l'exemple
d'un pourceau, qui y estoit, nullement soucieux de cet orage.
Oserons-nous donc dire que cet avantage de la raison, dequoy nous
faisons tant de feste, et pour le respect duquel nous nous tenons
maistres et empereurs du reste des creatures, ait est
mis en nous pour nostre tourment ? A quoy faire la cognoissance
des choses, si nous en perdons le repos et la tranquillit,
o nous serions sans cela, et si elle nous rend de pire
condition que le pourceau de Pyrrho ? L'intelligence qui
nous a est donne pour nostre plus grand bien,
l'employerons-nous  nostre ruine, combatans le dessein
de nature, et l'universel ordre des choses, qui porte que chacun
use de ses utils et moyens pour sa commodit ?  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 La crainte est un sentiment. La prvoyance est
une opration de l'esprit. Prvoir les maux, ce
n'est pas craindre.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il y a le peureux qui regarde sous son lit, et le peureux
qui n'ose mme pas regarder sous son lit.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il n'y a point d'autre peur,  bien regarder, que
la peur de la peur. Chacun a pu remarquer que l'action dissipe
la peur, et que la vue d'un danger bien clair la calme souvent ;
au lieu qu'en l'absence de perceptions claires, la peur se nourrit
d'elle-mme, comme le font bien voir ces peurs sans mesure
 l'approche d'un discours public ou d'un examen.  
    --- ALAIN   
%
 On a assez remarqu que la peur est plus grande
de loin, et diminue quand on approche. Et ce n'est point parce
qu'on imagine le danger plus redoutable qu'il n'est ; ce
n'est pas pour cela, car  l'approche d'un danger vritable
on se reprend encore. C'est proprement l'imagination qui fait
peur, par l'instabilit des objets imaginaires, par les
mouvements prcipits et interrompus qui sont l'effet
et en mme temps la cause de ces apparences, enfin par une
impuissance d'agir qui tient moins  la puissance de l'objet
qu'aux faibles prises qu'il nous offre. Nul n'est brave contre
les fantmes. Aussi le brave va-t-il  la chose relle
avec une sorte d'allgresse, non sans retour de peur, jusqu'au
moment o l'action difficile, jointe  la perception
exacte, le dlivre tout  fait. On dit quelquefois
qu'alors il donne sa vie ; mais il faut bien l'entendre ;
il se donne non  la mort, mais  l'action.  
    --- ALAIN   
%
 Avoir peur de Dieu, de la mort, de la maladie, de soi-mme,
n'explique en rien le phnomne de peur. La peur
tant primordiale, elle peut tre prsente
aussi sans ces "objets". Le nant est-il une cause d'angoisse ?
Au contraire ; l'angoisse est plus vraisemblablement la cause
du nant. L'angoisse est gnratrice de ses
objets, elle donne naissance  ses "causes". Aussi l'angoisse
est-elle en soi sans mobile.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Ds que les animaux n'ont plus besoin d'avoir peur
les uns des autres, ils tombent dans l'hbtude
et prennent cet air accabl qu'on leur voit dans les jardins
zoologiques. Les individus et les peuples offriraient le mme
spectacle, si un jour ils arrivaient  vivre en harmonie,
 ne plus trembler ouvertement ou en cachette.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La peur d'tre du rend mchant.  
    --- Georges PERROS   
%
 Celui qui vole avec de l'argent dans la poche se fait
peur. Le fauch qui vole a peur.  
    --- Jos ARTUR   
%
 Kleptomane n. Riche voleur.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 La dure de la vie humaine ? Un point. Sa
substance ? Fuyante. La sensation ? Obscure. Le compos
corporel dans son ensemble ? Prompt  pourrir. L'me ?
Un tourbillon. Le sort ? Difficile  deviner. La rputation ?
Incertaine. Pour rsumer, au total les choses du corps
s'coulent comme un fleuve ; les choses de l'me
ne sont que songe et fume, la vie est une guerre et un
sjour tranger ; la renomme qu'on
laisse, un oubli. Qu'est-ce qui peut la faire supporter ?
Une seule chose, la philosophie.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Gomtrie, finesse. - La vraie loquence
se moque de l'loquence, la vraie morale se moque de la
morale ; c'est  dire que la morale du jugement se
moque de la morale de l'esprit, qui est sans rgles.
 Car le jugement est celui  qui appartient le sentiment,
comme les sciences appartiennent  l'esprit. La finesse
est la partie du jugement, la gomtrie est celle
de l'esprit. 
 Se moquer de la philosophie, c'est vraiment philosopher.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Bien loin de s'effrayer ou de rougir mme du nom
de philosophe, il n'y a personne au monde qui ne dt avoir
une forte teinture de philosophie ; elle convient 
tout le monde ; la pratique en est utile  tous les
ges,  tous les sexes et  toutes les conditions ;
elle nous console du bonheur d'autrui, des indignes prfrences,
des mauvais succs, du dclin de nos forces ou de
notre beaut ; elle nous arme contre la pauvret,
la vieillesse, la maladie et la mort, contre les sots et les mauvais
railleurs ; elle nous fait vivre sans une femme, ou nous
fait supporter celle avec qui nous vivons.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 On toit autrefois philosophe  bon march :
il y avait si peu de vrits connues ; on raisonnoit
sur des choses si vagues et si gnrales.
 Tout rouloit sur trois ou quatre questions :
 Quel toit le souverain bien.
 Quel toit le principe des choses : ou le feu, ou
l'eau, ou les nombres.
 Si l'me toit immortelle.
 Si les Dieux gouvernaient l'Univers.
 Celui qui s'toit dtermin sur quelqu'une
de ces questions toit d'abord philosophe, pour peu qu'il
et de barbe.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Toute belle posie est semblable  celle
d'Homre, et toute belle philosophie ressemble 
celle de Platon.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Qu'est-ce qu'un philosophe ? C'est un homme qui oppose
la nature  la loi, la raison  l'usage, sa conscience
 l'opinion, et son jugement  l'erreur.  
    --- CHAMFORT   
%
 Peu de philosophie mne  mpriser
l'rudition ; beaucoup de philosophie mne
 l'estimer.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il se livrait au trafic d'opinions : il tait
professeur de philosophie.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Comme Salomon et comme Epicure, j'ai pntr
dans la philosophie par le plaisir. Cela vaut mieux que d'y arriver
pniblement par la logique, comme Hegel ou comme Spinoza.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Ce que les philosophes disent de la ralit
est souvent aussi dcevant que l'affiche qu'on a pu voir
chez un marchand de bric--brac : "ici on repasse".
Apporte-t-on son linge  repasser, on est dup :
l'enseigne est  vendre.  
    --- Sren KIERKEGAARD   
%
 Il existe de nos jours des professeurs de philosophie,
mais de philosophes, point. Et pourtant n'est-il pas admirable
de professer ce qu'il tait autrefois admirable de vivre ?
Etre philosophe, ce n'est pas seulement avoir des penses
subtiles, ce n'est pas mme fonder une cole, c'est
aimer assez la sagesse pour vivre selon ses arrts, une
vie de simplicit, d'indpendance, de gnrosit
et de confiance. C'est rsoudre quelqu'uns des problmes
de la vie, non seulement en thorie, mais en pratique.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Dans les beaux sicles de l'antiquit, on
tait philosophe ou pote, comme on est honnte
homme dans toutes les positions de la vie. Nul intrt
pratique, nulle institution officielle n'taient ncessaires
pour exciter le zle de la recherche ou la production potique.
La curiosit spontane, l'instinct des belles choses
y suffisaient. Ammonius Saccas, le fondateur de la plus haute
et de la plus savante cole philosophique de l'antiquit,
tait un portefaix. Imaginez donc un fort de la halle crant
chez nous un ordre de spculation analogue  la
philosophie de Schelling ou de Hegel !  
    --- Ernest RENAN   
%
 Tout d'abord, le jeune Saphyr versa dans les philosophes
tristes, qui lui apprirent  mpriser la gat
comme basse et peu artiste (c'est ainsi que les culs-de-jatte
mettent l'quitation au dernier rang des arts).  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Les philosophes ont commenc de m'tre indiffrents
du jour o je me suis rendu compte qu'on ne pouvait faire
de philosophie qu'avec indiffrence, c'est--dire
en faisant preuve d'une indpendance inadmissible par rapport
aux tats d'me. La neutralit psychique est
le caractre essentiel du philosophe. Que je sache, Kant
n'a jamais t triste. Je ne peux pas aimer les
hommes qui ne mlent pas les regrets aux penses.
De mme que les ides, les philosophes n'ont pas
de destin. Comme il est commode d'tre philosophe !  
    --- Emil CIORAN   
%
 Souffrir signifie mditer sur une sensation de
douleur ; philosopher, mditer sur cette mditation.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Ce qui distingue les philosophes antiques des modernes
 -  diffrence si frappante, et si dfavorable
aux derniers  -  vient de ce que ceux-ci ont philosoph
 leur table de travail, au bureau, mais ceux-l
dans des jardins, des marchs ou le long de je ne sais
quel bord de mer. Et les antiques, plus paresseux, restaient longtemps
allongs, car ils savaient que l'inspiration vient 
l'horizontale : ils attendaient ainsi les penses,
que les modernes forcent et provoquent par la lecture, donnant
l'impression de n'avoir jamais connu le plaisir de l'irresponsabilit
mditative, mais d'avoir organis leurs ides
avec une application d'entrepreneurs. Des ingnieurs autour
de Dieu.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Dans le fond le mtier de penser est une lutte
contre les sductions et apparences. Toute la philosophie
se dfinit par l finalement. Il s'agit de se dlivrer
d'un univers merveilleux, qui accable comme un rve, et
enfin de vaincre cette fantasmagorie. Srement de chasser
les faux dieux toujours, ce qui revient  rduire
cette norme nature au plus simple, par dnombrement
exact. Art du svre Descartes, mal compris, parce
qu'on ne voit pas assez que les passions les plus folles, de prophtes
et de visionnaires, qui multiplient les tres  loisir,
sont dj vaincues par le froid dnombrement
des forces. Evasion, srieux travail.  
    --- ALAIN   
%
 Ce n'est pas peu de chose que de mditer sur un
livre ; cela dpasse de bien loin la conversation
la plus tudie, o l'objet change aussitt
par la rflexion. Le livre ne change point, et ramne
toujours. Il faut que la pense creuse l.  
    --- ALAIN   
%
 ... un systme philosophique n'est pas fait pour
tre compris : il est fait pour faire comprendre.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Les systmes philosophiques veulent tre
ce qu'il y a de plus proche du permanent, et ils sont ce qui tombe
le plus vite en dsutude.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 C'est une tactique dfensive classique de l'autisme
des philosophes que d'affirmer, en prsence d'une objection,
qu'ils n'ont jamais dit exactement ce que rfute cette
objection. Le philosophe a une doctrine quand on l'approuve, il
n'en a plus du tout quand on la discute. C'est un tre bimorphe,
qui atteint sa dilatation maximale en prsence des esprits
comprhensifs et se contracte jusqu' l'impalpabilit
devant les esprits ngatifs.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Les philosophes sont des violents qui, faute d'arme
 leur disposition, se soumettent le monde en l'enfermant
dans un systme. Probablement est-ce aussi la raison pour
laquelle les poques de tyrannie ont vu natre de
grandes figures philosophiques, alors que les poques de
dmocratie et de civilisation avance ne russissent
pas  produire une seule philosophie convaincante, du moins
dans la mesure o l'on en peut juger par les regrets que
l'on entend communment exprimer sur ce point.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Philosopher c'est apprendre  vivre, non 
mourir. Pourquoi apprendrait-on  mourir, d'ailleurs, puisque
on est sr d'y arriver, puisque c'est le seul examen, comme
disait un vieux professeur, que personne n'ait jamais rat ?  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 A quoi sert la philosophie ? A nourrir
ceux qui en font mtier et  consoler les autres
de ne pas en croquer.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 La plupart des penses de Pascal (sur les lois,
les usages, les couleurs) ne sont que les penses de Montaigne
qu'il a refaites.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 N'imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion devient
un singe.  
    --- Victor HUGO   
%
 Rien de plus original, rien de plus soi que de se nourrir
des autres. Mais il faut les digrer. Le lion est fait
mouton assimil.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le plagiat est ncessaire. Le progrs l'implique.
Il serre de prs la phrase d'un auteur, se sert de ses
expressions, efface une ide fausse, la remplace par l'ide
juste.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Outre une trentaine de grands peintres, il faut considrer
que les mdiocres ont copi.
 De l le grand nombre de tableaux agrables 
regarder.  
    --- STENDHAL   
%
 Les grands crateurs, s'ils pouvaient se lever
de leur tombe, nous diraient : "Ne faites pas ce que j'ai
fait, ne m'imitez pas !" Pour tre fidle 
l'esprit de ces grands modles, il faut non pas recommencer
ce qui est dj crit, mais tre libre
et audacieux, comme ils le furent par rapport  leur temps.
C'est donc le moderne noclassique qui est le vritable
ennemi du classicisme, parce qu'au nom d'une tradition dont il
se prtend l'hritier, il renie l'esprit rvolutionnaire
qui en tait toute la raison d'tre.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Quand on veut deviner aujourd'hui en France quels auteurs
prcdents ont le plus nourri un nouveau livre,
il n'est que de regarder la bibliographie : ce sont ceux
qui n'y figurent pas. Outre les plagiaires stricto sensu, qui
ont prospr au grand jour sans endurer de discrdit
durable, on a vu prolifrer dernirement les pique-assiettes
et les voleurs  la tire, servis par l'amnsie des
mdias. Un nouvel auteur se reconnat volontiers
des dettes  l'gard de prdcesseurs
auxquels il ne doit rien, mais dont citer les noms l'ennoblit,
et il n'avoue pas les emprunts effectifs qu'il a faits 
d'autres crivains, instigateurs de polmiques trop
violentes, et dont il veut bien partager les ides, mais
pas les ennemis. Certains ne craignent pas de dvaliser
plus petits qu'eux-mmes. Au royaume de la "cration",
on voit d'opulents conducteurs de Rolls Royce chiper leur vlo
 des gamins. Les ides sont si rares...  
    --- Jean-Franois REVEL  
%
 Un jour, Bordier se plaignait chez Racan de l'insuffisance
des encouragements donns aux lettres. Il parat
qu'on n'a jamais nglig de se plaindre de ces choses-l.
 "Sottise, monsieur !  -  interrompt Malherbe,  -  peut-on
faire mtier de rimeur pour en esprer autre chose
que son propre divertissement ! Un bon pote n'est
pas plus utile  l'Etat qu'un bon joueur de quilles."  
    --- Malherbe
      
%
 Ce grand puriste [Malherbe] n'en chappait point
pour cela aux critiques. Ceux qu'il reprenait l'pluchaient
 leur tour, et Des Yveteaux vint lui faire remarquer une
fois dans le vers :  -  Enfin cette beaut
m'a la place rendue  -  qu'il y avait un ma la pla d'une
consonance peu agrable  l'oreille.
 Comme cela se passe d'ordinaire, le critiqu se dfendit
en critiquant :  -  "Et vous, rpliqua-t-il,
vous avez bien mis pa ra bla la fla.
 Moi ? s'crie Des Yveteaux. Vous ne sauriez me le
prouver.
  -  Oui, poursuit le triomphant Malherbe, n'avez-vous
pas crit :  -  Comparable  la flamme..."  
    --- Malherbe
      
%
 Les enfants, avant de connatre la signification
des mots, leur trouvent  chacun une varit
de physionomie qui les frappe et qui aide bien la mmoire.
Cependant,  mesure que leur esprit plus form sent
mieux la valeur des mots, cette distinction de physionomie s'efface ;
ils se familiarisent avec les sons et ne s'occupent gure
que du sens. Tel est le commun des hommes. Mais l'homme n
pote revient sur ces premires sensations ds
que le talent se dveloppe ; il fait une seconde digestion
des mots ; il en recherche les premires saveurs,
et c'est des effets sentis de leur diverse harmonie qu'il compose
son dictionnaire potique.  
    --- RIVAROL   
%
 Quelques peuples seulement ont une littrature,
tous ont une posie.  
    --- Victor HUGO   
%
 Qu'un vers ait une bonne forme, cela n'est pas tout ;
il faut absolument, pour qu'il ait parfum, couleur et saveur,
qu'il contienne une ide, une image ou un sentiment. L'abeille
construit artistement les six pans de son alvole de cire,
et puis elle l'emplit de miel. L'alvole, c'est le vers ;
le miel, c'est la posie.  
    --- Victor HUGO   
%
 Quelle plate btise de toujours vanter le mensonge
et de dire : la posie vit d'illusions : comme
si la dsillusion n'tait pas cent fois plus potique
par elle-mme ! Ce sont du reste deux mots d'une riche
ineptie.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Il existe une convention peu tacite entre l'auteur et
le lecteur, par laquelle le premier s'intitule malade, et accepte
le second comme garde-malade. C'est le pote  qui console
l'humanit ! Les rles sont intervertis arbitrairement.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 La posie doit avoir pour but la vrit
pratique. Elle nonce les rapports qui existent entre les
premiers principes et les vrits secondaires de
la vie.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 N'est-ce pas chose trs plaisante que les philosophes
les plus srieux, malgr toute la svrit
qu'ils mettent d'autre part  manier les certitudes, s'appuient
toujours encore sur des sentences de potes pour donner
 leurs ides de la force et de l'authenticit ?
 -  et pourtant il est plus dangereux pour une ide
d'tre approuve par les potes que d'tre
contredite par eux ! Car, comme dit Homre :
"Les potes mentent beaucoup !"  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Pote et menteur.  -  Le pote voit
dans le menteur son frre de lait de qui il a vol
le lait ; c'est pourquoi celui-ci est demeur misrable
et n'est mme pas parvenu  avoir une bonne conscience.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les potes n'ont pas la pudeur de ce qu'ils vivent :
ils l'exploitent.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 S'tant mis aux sonnets, il [Degas] consultait
Heredia ou Mallarm, leur soumettait les difficults,
les cas de conscience, les conflits du pome avec le pote.
 Un jour, m'a-t-il cont, dnant chez Berthe Morisot
avec Mallarm, il se plaignit  lui du mal extrme
que lui donnait la composition potique : "Quel mtier !
criait-il, j'ai perdu toute ma journe sur un sacr
sonnet, sans avancer d'un pas... Et cependant, ce ne sont pas
les ides qui me manquent... J'en suis plein... J'en ai
trop..."
 Et Mallarm, avec sa douce profondeur : "Mais, Degas,
ce n'est point avec des ides que l'on fait des vers...
C'est avec des mots."
 C'tait le seul secret. Il ne faut pas croire qu'on en
puisse saisir la substance sans quelque mditation.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les grands potes reconnus servent  rendre
la posie chose srieuse dans l'opinion  -  
en faire presque une institution, une affaire d'Etat.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les potes comptent leurs pieds avec leurs doigts.  
    --- Frdric DARD   
%
 La politesse n'inspire pas toujours la bont, l'quit,
la complaisance, la gratitude ; elle en donne du moins les
apparences, et fait paratre l'homme au dehors comme il
devrait tre intrieurement.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Par la politesse, ds le premier abord, les hommes
qui n'ont pas encore eu le temps de savoir s'ils ont du mrite
commencent par s'en supposer, c'est  dire par faire ce
qui peut mutuellement leur tre le plus avantageux ainsi
que le plus agrable.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La politesse repose sur une convention tacite de ne pas
remarquer les uns chez les autres la misre morale et intellectuelle
de la condition humaine, et de ne pas se la reprocher mutuellement ;
d'o il rsulte, au bnfice des deux
parties, qu'elle apparat moins facilement.
 Politesse est prudence ; impolitesse est donc niaiserie ;
se faire, par sa grossiret, des ennemis, sans
ncessit et de gaiet de coeur, c'est de
la dmence ; c'est comme si l'on mettait le feu 
sa maison. Car la politesse est, comme les jetons, une monnaie
notoirement fausse : l'pargner prouve de la draison ;
en user avec libralit, de la raison.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 Le fond de l'lgance franaise,
c'est de dire monsieur  tout le monde et monseigneur 
personne.  
    --- Victor HUGO   
%
 Les dictionnaires parlent d'un arbre qui s'appelle le
muflier. Ce doit tre une espce trs fructueuse.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 La politesse exige que deux personnes qui se croisent
lvent ensemble leurs parapluies et s'accrochent.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'on doit apprendre  remercier. C'est tout un
art. Et dans certaines circonstances n'hsitons pas 
dcerner nos remerciements. 
 Nous pouvons mme aller jusqu' fliciter
celui qui nous oblige. 
 C'est ainsi que l'on augmente son crdit - car cela tend
 dmontrer que tout en somme nous est d.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Le tact dans l'audace, c'est de savoir jusqu'o
on peut aller trop loin.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 La politesse, c'est l'indiffrence organise.
 Le sourire est un systme.
 Les gards sont des prvisions.  
    --- Paul VALERY   
%
 Certes on sait quelque chose de la politesse quand on
a appris  ne pas faire voir que l'on voit ; ce n'est
pourtant que le commencement. La politesse pleine est certainement
 ne point voir ; c'est pourquoi aucune contemplation
des personnes n'est polie ; et, en ce sens, l'admiration
n'est certainement pas parfaitement polie.  
    --- ALAIN   
%
 Etre poli, c'est dire ou signifier, par tous ses
gestes et par toutes ses paroles : "Ne nous irritons pas ;
ne gtons pas ce moment de notre vie" Est-ce donc bont
vanglique ? Non. Je ne pousserais point jusque-l ;
il arrive que la bont est indiscrte et humilie.
La vraie politesse est plutt dans une joie contagieuse,
qui adoucit tous les frottements. Et cette politesse n'est gure
enseigne. Dans ce que l'on appelle la socit
polie, j'ai vu bien des dos courbs, mais je n'ai jamais
vu un homme poli.  
    --- ALAIN   
%
 Croire est une politesse ; c'est mme la plus
profonde politesse. Et, au rebours, ne pas croire est une sorte
d'injure, et qui nous plat, mme silencieuse. On
voit jusqu'o l'esprit humain peut s'garer en cette
politique, qui est toute la politique. Nous ne cessons de jurer
par l'un et par l'autre, contre l'un et contre l'autre. On admire
l'aveuglement de ceux qui nient un fait bien connu ; on l'admire
dans un adversaire ; on ne le remarque seulement point en
soi-mme.  
    --- ALAIN   
%
 C'est s'investir d'une supriorit bien
abusive que de dire  quelqu'un ce qu'on pense de lui et
de ce qu'il fait. La franchise n'est pas compatible avec un sentiment
dlicat, elle ne l'est mme pas avec une exigence
thique.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Rien ne surpasse en gravit les vilenies et les
grossirets que l'on commet par timidit.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La politesse rend le mchant plus hassable
parce qu'elle dnote en lui une ducation sans laquelle
sa mchancet, en quelque sorte, serait excusable.
Le salaud poli, c'est le contraire d'un fauve, et l'on n'en veut
pas aux fauves. C'est le contraire d'un sauvage, et l'on excuse
les sauvages.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Quand mes amis sont borgnes, je les regarde de profil.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Quand je croise un bossu, je me vote lgrement,
par dlicatesse.  
    --- Jos ARTUR   
%
 C'est fou ce qu'on peut perdre de temps  tre
poli ! J'ai fait le calcul pour la seule journe d'hier :
soixante-dix-sept minutes de bla-bla futiles, de formules creuses,
de platitudes hypocrites, de salamalecs anachroniques et d'amabilits
dsutes sur dix heures de vie sociale.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Je ne mets au-dessus d'un grand politique que celui qui
nglige de le devenir, et qui se persuade de plus en plus
que le monde ne mrite point qu'on s'en occupe.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Je ferai ici une exhortation  tous les hommes
en gnral, de rflchir sur leur
condition et d'en prendre des ides saines. Il n'est pas
impossible qu'ils vivent dans un gouvernement heureux sans le
sentir : le bonheur politique tant tel que l'on ne
le connot qu'aprs l'avoir perdu.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 La maxime du cardinal de Richelieu, de ngocier
perptuellement, cette maxime si propre  augmenter
la mfiance entre les princes, s'est de plus en plus tablie.
Les traits qui en rsultent, et les clauses qu'on
y met pour prvoir ce qui n'arrivera point, et ne jamais
prvoir ce qui arrivera, ne font que multiplier les occasions
de rupture, comme la multitude des lois augmente, entre les citoyens,
le nombre des procs.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Toutes les fois qu'un politique habile trouvera un crime
utile  commettre, comptez qu'il le commettra.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Qu'un ministre veille sur ses paroles. Il lui vaut mieux
faire vingt sottises qu'en dire une.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Si la politique n'tait pas parfois une chose si
srieuse et qui entrane quelquefois aprs
elle tant de calamits, il n'y aurait vraiment qu'
en rire de piti. Dupes et fripons, voil en deux
mots comment peut se rsumer toute la politique passe,
prsente et future. Je ne m'en suis jamais ml
qu' mon corps dfendant, parce qu'autant que possible
je n'aime  jouer aucun de ces deux rles.  
    --- Pierre Franois LACENAIRE   
%
 Mauvais loge d'un homme que de dire : son
opinion politique n'a pas vari depuis quarante ans. C'est
dire que pour lui il n'y a eu ni exprience de chaque jour,
ni rflexion, ni repli de la pense sur les faits.
C'est louer une eau d'tre stagnante, un arbre d'tre
mort ; c'est prfrer l'hutre 
l'aigle. Tout est variable au contraire dans l'opinion ;
rien n'est absolu dans les choses politiques, except la
moralit intrieure de ces choses. Or, cette moralit
est affaire de conscience et non d'opinion. L'opinion d'un homme
peut donc changer honorablement, pourvu que sa conscience ne change
pas. Progressif ou rtrograde, le mouvement est essentiellement
vital, humain, social.
 Ce qui est honteux, c'est de changer d'opinion pour son intrt,
et que ce soit un cu ou un galon qui vous fasse brusquement
passer du blanc au tricolore, et vice versa.  
    --- Victor HUGO   
%
 Un grand penseur ne devient un grand homme d'Etat
qu' la condition de mlanger  son esprit,
 plus ou moins haute dose, la mdiocrit
des choses et des hommes. Dans la langue de notre temps cela s'appelle
devenir pratique.  
    --- Victor HUGO   
%
 Je ferai aux hommes politiques de l'Ecole doctrinaire
et mtaphysique un reproche qui tonnera au premier
abord ceux qui les connaissent : c'est d'avoir trop peu d'amour-propre.
Ces esprits, dans les thories sophistiques et
superfines qu'ils appliquent au gouvernement de la socit,
supposent trop que le commun des hommes leur ressemblent. L'humanit
est plus grossire et plus forte en apptits que
cela ; c'est comme si l'on voulait juger de l'ensemble d'une
vgtation rustique par quelques fleurs panaches
de la serre du Luxembourg.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Mme en ce qui concerne le bien, la moiti
peut valoir plus que le tout. - Dans toutes les choses qui sont
organises pour durer et qui exigent toujours le service
de plusieurs personnes, il faut prsenter comme rgle
ce qui est parfois moins bon, bien que l'organisateur connaisse
fort bien ce qui est meilleur (et plus difficile) : mais
il tablera sur le fait que jamais les personnes qui pourront correspondre
 la rgle ne devront manquer, - et il sait que
c'est la moyenne de forces qui reprsente la rgle.
- C'est ce dont un jeune homme se rend rarement compte, et il
est certain d'tre dans le vrai quand il s'affirme novateur
et s'tonne de l'trange aveuglement des autres.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Considrez combien est humiliant, aux poques
comme la ntre, le rle de l'homme politique. Banni
des hautes rgions de la pense, dshrit
de l'idal, il passe sa vie  des labeurs ingrats
et sans fruit, soucis d'administration, complications bureaucratiques,
mines et contre-mines d'intrigues. Est-ce la place d'un philosophe ?
Le politique est le goujat de l'humanit et non son inspirateur.
Quel est l'homme amoureux de sa perfection qui voudra s'engager
dans cet touffoir ?  
    --- Ernest RENAN   
%
 La politique est l'art d'empcher les gens de se
mler de ce qui les regarde.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il ne faut pas hsiter  faire ce qui dtache
de vous la moiti de vos partisans et qui triple l'amour
du reste.  
    --- Paul VALERY   
%
 Toute politique se fonde sur l'indiffrence de
la plupart des intresss, sans laquelle il n'y
a point de politique possible.  
    --- Paul VALERY   
%
 Les partis adverses, dans un pays, sont comparables 
ces dents de rongeurs qui s'usent rciproquement l'une
contre l'autre et dont l'une crot indfiniment,
jusqu' ce que mort s'ensuive, lorsque la dent adverse
vient  manquer. Il importe de maintenir l'opposition.  
    --- Andr GIDE   
%
 Une ide que je crois fausse, et  laquelle
s'attachent souvent les partis les plus opposs, c'est
qu'il faudrait changer beaucoup les institutions et mme
les hommes, si l'on voulait un tat politique passable.
Ceux qui ne veulent point du tout de rformes y trouvent
leur compte, car ils effraient par la perspective d'un total bouleversement ;
ainsi, ne voulant pas tout mettre en risque, on ne changera rien.
Et, d'autre ct, les rvolutionnaires essaient
de faire croire la mme chose  leurs amis, les dtournant
avec mpris des demi-mesures. Or nous vivons de demi-mesures.
Il n'y a pas beaucoup de changement d'un homme qui met un cache-nez
 un homme qui s'expose au froid ; et pourtant les
suites peuvent aller fort loin. Un homme attaqu ou seulement
insult viendra trs vite aux mouvements de brute,
et oubliera aisment la rgle qu'il approuve en
son ordinaire : "Tu ne tueras point." Mais dtournez
seulement d'un mtre l'insult ou l'insulteur, tous
deux resteront en paix.  
    --- ALAIN   
%
 La reprsentation proportionnelle est un systme
videmment raisonnable et videmment juste ;
seulement, partout o on l'a essaye, elle a produit
des effets imprvus et tout  fait funestes, par
la formation d'une poussire de partis, dont chacun est
sans force pour gouverner, mais trs puissant pour empcher.
C'est ainsi que la politique devint un jeu des politiques.  
    --- ALAIN   
%
 La gloire, en politique, est le salaire de l'injustice.  
    --- ALAIN   
%
 L'apolitisme conduit, naturellement,  une sympathie
vis--vis de la politique conservatrice. Le jour de l'lection,
si l'apolitique ne s'abstient pas, il vote de prfrence
pour le candidat qui fait le moins peur, par consquent
pour le dfenseur du rgime tel qu'il est.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 Les extrmes des partis politiques peuvent mener
aux pires extrmits.  
    --- Pierre DAC   
%
 J'aimerais un programme politique qui ne comporterait
aucune attaque contre les adversaires, aucune rvision
constitutionnelle, aucun texte supplmentaire, lgislatif
ou rglementaire. Pas de lois, dcrets et circulaires.
Non. Seulement une liste de mots  respecter et 
faire respecter.
 Sans adjectif. Et au singulier. Les mots nobles se dgradent
au pluriel. Ajoutez un s  "bien" et ce ne sont plus que
des "biens" qui relvent d'un marchand. Ajoutez un s 
"valeur", et de la morale vous passez aux cours de la Bourse.
A "honneur", et des principes vous chutez au Bulletin des
Monnaies et Mdailles. A "droit", et vous descendez
de la justice aux cahiers de revendications. "Esprance"
au pluriel n'est plus qu'une attente d'hritage qui vous
chasse des demeures de l'esprit pour l'antichambre du notaire.  
    --- Jean-Franois DENIAU  
%
  -  Ce ne sont pas les lecteurs qui ont
la mmoire courte, mais leurs lus.
  -  Les hommes politiques ne dposent jamais leur
bilan. Ils le reprsentent.
  -  Les corrupteurs s'en tirent toujours mieux que les
corrompus.
  -  Les professeurs de morale ne se croient pas obligs
de pratiquer les vertus qu'ils enseignent. Les capilliculteurs
sont souvent chauves.
  -  Il ne suffit pas de ne pas faire de promesses pour
ne pas les tenir.
  -  Les candidats qui ont dcid de faire
rver les Franais ont russi au-del
de toute esprance. Au point que quand on les coute
on croit rver.
  -  On commence  se mfier de la "transparence".
Elle cache trop de choses.
  -  La course  la prsidence n'est pas
un rallye. C'est une cause de ralliement.
  -  Il est navrant de constater que la ralit
est souvent pire que la rumeur.
  -  Les prsums innocents doivent se garder
de se montrer prsomptueux.
  -  Les politiciens battent souvent en retraite mais
ne la prennent jamais.  
    --- Quelques maximes tires du   
%
 La gauche s'est toujours distingue en France par
sa politique de droite.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Nous avons gnralement en France un gouvernement
d'hommes qui savent ce qu'ils veulent. Ils veulent y rester.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 On accusait autrefois les hommes politiques de ne songer
qu' "se remplir les poches". Aujourd'hui, on ne leur reproche
plus gure que de vider les ntres.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Nous cherchons avec angoisse le systme idal
qui combinerait harmonieusement le pouvoir absolu et la libert
intgrale.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Quand un penseur politique affirme que les choses ne sont
pas simples, c'est en gnral qu'elles le sont trop.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 En politique, l'union fait la force, mais c'est souvent
le malentendu qui fait l'union.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Quand un gouvernement se trompe, il n'a qu'une solution :
persvrer dans l'erreur.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 La politique, c'est pas compliqu, il suffit d'avoir
une bonne conscience, et pour cela il faut juste avoir une mauvaise
mmoire !  
    --- COLUCHE  
%
 Edgar Faure est candidat au "perchoir", la prsidence
de l'Assemble nationale. Il navigue entre les groupes
au salon des Quatre-Colonnes, multipliant les poignes
de main et les interpellations conviviales. Je me trouve derrire
lui : "Bonjour Ren, comment a va ?"
dit-il chaleureusement  un quidam. "Mais trs bien,
monsieur le prsident", remercie le quidam qui, quand je
passe ajoute : "Notez bien que je ne me suis jamais appel
Ren". Imprudemment, je hle le prsident :
"Vous savez, le type que vous avez salu, il ne s'appelle
pas Ren, il me l'a confi." Alors Edgar Faure,
pdagogue superbe et compatissant, avec son inimitable
zzaiement : "Mon cher Robert, je vais vous dire une
chose utile  une carrire certes honorable, mais
qui avec plus de discernement pourrait devenir brillante. Ce type,
je ne sais pas, je n'ai jamais su comment il s'appelait. Mais
une erreur de nom, c'est dramatique. Une erreur de prnom,
a n'a aucune importance."  
    --- Robert Poujade :
    
%
 La rgulation des gosmes, tout est
l : c'est la grande affaire de la politique. Ne nous
racontons pas d'histoires. Si les gens travaillent, s'ils payent
leurs impts, s'ils respectent  peu prs
la loi, c'est par gosme, toujours, et sans doute
par gosme seulement, le plus souvent.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Quand un homme politique reconnat publiquement
une erreur, ce n'est jamais par remords mais parce que la franchise
lui semble  -  tardivement et momentanment  -  le
moindre mal.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Les trois points terminateurs me font hausser les paules
de piti. A-t-on besoin de cela pour prouver que l'on est
un homme d'esprit, c'est--dire un imbcile ?
Comme si la clart ne valait pas le vague,  propos
de points !  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 ... On touffe ici ! Permettez que j'ouvre
une parenthse.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Chiure de mouche n. Signe primitif de ponctuation. Il
a t trs justement observ par Garvinus
que le systme de ponctuation utilis dans les crits
de nombreuses nations dpend  l'origine des habitudes
sociales et de l'alimentation des mouches qui infestent ces diffrents
pays. Ces insectes, qui sont toujours attests dans le
voisinage des auteurs, embellissent avec gnrosit
ou parcimonie les manuscrits tout au long de leur composition,
et, s'accordant  leurs besoins naturels, mettent en relief
avec une sorte d'instinct suprieur l'oeuvre des crivains,
 leur insu.
 [...]
 Pour raliser pleinement la contribution dterminante
que les mouches apportent  la littrature, il suffit
de placer la page d'un romancier populaire  ct
d'une assiette de crme-caramel dans une pice ensoleille,
et d'observer "comment brille l'esprit et s'pure le style"
dans une proportion exacte de la dure d'exposition.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Si on me demandait de rsumer le plus brivement
possible ma vision des choses, de la rduire  son
expression la plus succincte, je mettrais  la place des
mots un point d'exclamation, un ! dfinitif.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le point de suspension, c'est ce qui vous reste 
dire quand vous avez tout dit !  
    --- Frdric DARD   
%
 Le pouvoir sans abus perd le charme.  
    --- Paul VALERY   
%
 La faiblesse de la force est de ne croire qu'
la force.  
    --- Paul VALERY   
%
 La tentation d'tre un chef juste et humain est
naturelle dans un homme instruit ; mais il faut savoir que
le pouvoir change profondment celui qui l'exerce ;
et cela ne tient pas seulement  une contagion de socit ;
la raison en est dans les ncessits du commandement,
qui sont inflexibles. C'est pour cette raison qu'un dput
doit se garder d'tre ministre, et qu'un ouvrier doit se
garder d'tre dlgu au conseil des
patrons, ou chef de syndicat. On demande o mnerait
ce systme de refus. C'est premirement la ngation
d'un systme effrayant ; et je crois que les saints
firent beaucoup contre l'ancienne ingalit par
un refus d'tre vques, prieurs, abbs.
Dieu ou non, salut ou non, ils avaient reconnu le pige
des pouvoirs. Ils taient un vivant reproche aux prlats
dcors. La religion n'a fait que traduire en images
vives l'ternelle situation des hommes en socit,
o tout est rgl de faon que les
pauvres gens perdent bientt leurs amis et leurs conseillers.
Les boursiers, aujourd'hui, renient promptement le peuple d'o
ils sortent. Cette trahison se colore de grands mots. Aimer son
pays c'est toujours, selon l'opinion rgnante, aimer la
gloire, la richesse et le pouvoir. Cette vertu est un peu trop
facile. Choisir le mtier de chef, c'est un choix de bien-tre.  
    --- ALAIN   
%
 Le trait dominant chez les chefs, autant que j'ai pu voir,
c'est la paresse, fruit du pouvoir absolu. Faire travailler les
autres, faire surveiller le travail, faire juger les surveillants
et mme le travail fait, tel est le mtier de chef.
Par exemple celui qui ordonne de creuser un abri, en tel lieu,
ne saura jamais qu'on a rencontr du roc et us
des pioches ; il n'y pense mme point. Et cette mthode
qui rend ingnieux, patient et obstin celui qui
excute, produit les effets contraires en celui qui ordonne
car il ne s'exerce jamais contre le roc, ni contre l'eau ;
il s'exerce seulement contre l'homme ; mais, par l'institution
militaire, la discussion n'tant pas permise, et la rvolte
tant punie de mort, il n'y a point de vraie rsistance ;
le moyen est simple et toujours le mme ; aussi fait-il
des esprits enfants. Ainsi la volont, l'esprit d'observation
et de vigilance, le jugement enfin se retirent de ceux qui ordonnent.
De l des erreurs incroyables, et qui mme accablent
l'esprit, tant qu'on ne remonte pas aux causes.  
    --- ALAIN   
%
 Les puissants sont des hommes qui persuadent. Il est vrai
que toutes les affaires humaines supposent consentement ;
et c'est ce qui donne force aux extracteurs et fabricateur, par
le refus ; mais cette force ngative ne fait rien.
Tout travail, ds qu'il n'a pas pour fin la conqute
de la subsistance immdiate, est strictement subordonn
aux changes, aux promesses, au crdit. Donc les
persuasifs mnent tout, et l'conomique dpend
de la politique.  
    --- ALAIN   
%
 Tout pouvoir est mchant ds qu'on le laisse
faire ; tout pouvoir est sage ds qu'il se sent jug.  
    --- ALAIN   
%
 J'ai crit un jour ou l'autre, il y a longtemps,
qu'il n'y a pas de bon pouvoir. Le pouvoir est le pouvoir, il
fait de toi ce qu'il veut, ds que tu crois l'avoir conquis.
Quelles qu'aient t tes intentions, ton idal,
tu es prisonnier de la frocit des factions et
de la connerie de la foule.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Chaque homme s'imagine qu'il possde dans son propre
caractre les qualits qui l'empcheront de
succomber  la tentation du despotisme  laquelle
l'exposent des institutions mal construites. Mitterand a souvent
rpt qu'il lui faudrait sans doute amender
notre constitution, au vu des abus commis par ses prdcesseurs,
et en prvision des inluctables abus de ses successeurs,
puisque les humains, lui except, sont incapables de se
restreindre spontanment, par pure vertu dmocratique.
Quand on regarde en quoi cette vertu mitterandienne a consist,
on ne peut se retenir de sourire  tant de navet
et de ccit sur soi-mme. Bel exemple de
la vitesse  laquelle l'accession au poste suprme
dtruit la lucidit de l'imptrant.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Les dictateurs sont tous les mmes : ils s'imaginent
qu'il suffit de pousser le cynisme assez loin pour donner l'impression
de l'innocence.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 A quoi a sert, le pouvoir, si c'est pour
ne pas en abuser ?  
    --- COLUCHE   
%
 Lorsque Emmanuel Le Roy Ladurie devint administrateur
gnral de la Bibliothque nationale, en
1986, il me raconta que son oeuvre d'historien et sa chaire de
professeur au Collge de France ne lui avaient jamais attir
autant d'assauts obsquieux que son nouveau et mirifique
poste. Des notables qui ne le saluaient jusqu'alors qu'avec une
distante et distraite condescendance, poussaient dsormais
le ridicule jusqu' l'hrosme, en se pliant
devant lui avec des "Monsieur l'Administrateur gnral",
bgays  satit comme une
oraison jaculatoire. Jacques Monod lui aussi me dit un jour avoir
reu plus de lettres et de tlgrammes de
flicitations aprs avoir t nomm
directeur de l'Institut Pasteur qu'aprs avoir reu
le prix Nobel de mdecine. Le gnie ncessaire
 une dcouverte fondamentale en biologie attirait
moins d'hommages qu'une lvation administrative.
 [...]
 Une "situation" confre un pouvoir  -  ft-ce
de "faire parler" dans la presse d'un homme politique, d'un crivain,
d'un acteur, d'un cuisinier, d'un industriel, d'un ponte mdical
 -  tandis que la pure notorit, le simple
brouhaha momentan, voire la clbrit
durable, ne permettent de rendre aucun service, ne procurent aucun
moyen d'action prcis. Un poste de pouvoir est donc l'objet
d'une rvrence  la fois hirarchique
et clientliste.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Ils disent que les clipses prsagent malheur,
parce que les malheurs sont ordinaires, de sorte qu'il arrive
si souvent du mal, qu'ils devinent souvent ; au lieu que
s'ils disaient qu'elles prsagent bonheur, ils mentiraient
souvent. Ils ne donnent le bonheur qu' des rencontres
du ciel rares ; ainsi ils manquent peu souvent  devenir.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 La prdiction d'un devin ou d'une sorcire,
si elle dpend de causes extrieures et inanimes,
peut se trouver vrifie soit par hasard, soit par
l'effet d'une connaissance plus avance des signes, soit
par une finesse des sens qui permet de les mieux remarquer. Il
faut dire l-dessus qu'on oublie presque toutes les prdictions ;
ce n'est souvent que leur succs qui nous les rappelle.
Mais le crdit qu'on apporte aux prophtes tient
 des causes plus importantes et plus caches. Souvent
l'accomplissement dpend de nous mmes ou de ceux
qui nous entourent ; et il est clair que, dans beaucoup de
cas, la crainte ou l'esprance font alors arriver la chose.
La crainte d'un accident funeste ne dispose pas bien 
l'viter, surtout si l'on penche  croire qu'on
n'y chappera pas.  
    --- ALAIN   
%
 Il y a une intelligence qui est miroir seulement. Fidle
 retracer les circonstances de ce qui est. Parfaite pour
enseigner et expliquer ; de nul effet pour l'action. Non
qu'elle puisse annoncer, d'aprs l'tat actuel,
l'tat des choses qui suivra ; mais agir d'aprs
cela ce n'est toujours que suivre. Ainsi le docteur en politique
nous annonce la guerre ou la disette ; nous ne serons point
surpris ; nous aurons nos provisions ou nos chaussures de
marche.
 Mais, par l'exemple des provisions, on voit dj
en quoi l'intelligence miroir remet l'homme au-dessous d'une bonne
machine  prvoir ; car une telle machine ne
change pas l'avenir par ses annonces, au lieu que l'homme qui
craint la disette et fait des provisions contribue pour sa part
 semer l'alarme et aggrave la crise, comme on a vu.  
    --- ALAIN   
%
 Plus un pays se sentira menac par son voisin,
plus il s'armera, convainquant ainsi le voisin de prendre des
mesures "dfensives" qui seront perues comme autant
de preuves supplmentaires de son humeur belliqueuse. La
guerre ( laquelle tout le monde finit par s'attendre)
n'est plus alors qu'une question de temps. Plus on augmentera
les impts pour compenser des fraudes fiscales (relles
ou imaginaires), plus les citoyens les plus honntes tendront
 tricher dans leurs dclarations. Toute prdiction
d'une pnurie (fonde ou non) de tel bien de consommation
entrane immdiatement la constitution de stocks
qui crent la pnurie annonce.
 La prdiction d'un vnement a pour rsultat
de faire arriver ce qu'elle a prdit.  
    --- Paul WATZLAWICK   
%
 Quand  la Saint-Mdard il tombe de la pluie,
de la neige, de la grle, des hallebardes et de la suie,
on est tranquille pour quarante jours plus tard, parce que, 
part tout a, qu'est-ce que vous voulez qu'il tombe ?
Oui, je sais, mais enfin c'est plutt rare.  
    --- Pierre DAC   
%
 Certes tout en la maniere qu' un fainant
l'estude sert de tourment,  un yvrongne l'abstinence du
vin, la frugalit est supplice au luxurieux, et l'exercice
geine  un homme delicat et oisif : ainsin est-il
du reste. Les choses ne sont pas si douloreuses, ny difficiles
d'elles mesmes ; mais nostre foiblesse et laschet
les fait telles. Pour juger des choses grandes et haultes, il
faut un'ame de mesme, autrement nous leur attribuons le vice qui
est le nostre. Un aviron droit semble courbe en l'eau. Il n'importe
pas seulement qu'on voye la chose, mais comment on la voye.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Il y a des prjugs universels, ncessaires,
et qui sont la vertu mme. Par tout pays on apprend aux
enfants  reconnatre un Dieu rmunrateur
et vengeur ;  respecter,  aimer leur pre
et leur mre ;  regarder le larcin comme un
crime, le mensonge intress comme un vice, avant
qu'ils puissent deviner ce que c'est qu'un vice et une vertu.
 Il y a donc de trs bons prjugs :
ce sont ceux que le jugement ratifie quand on raisonne.  
    --- VOLTAIRE   
%
 On ne jugera jamais bien des hommes si on ne leur passe
les prjugs de leur temps.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Les magistrats chargs de veiller sur l'ordre public
tels que le lieutenant criminel, le lieutenant civil, le lieutenant
de police, et tant d'autres, finissent presque toujours par avoir
une opinion horrible de la socit. Ils croient
connatre les hommes et n'en connaissent que le rebut. On
ne juge pas d'une ville par ses gouts et d'une maison
par ses latrines. La plupart de ces magistrats me rappellent toujours
le collge o les correcteurs ont une cabane auprs
des commodits, et n'en sortent que pour donner le fouet.  
    --- CHAMFORT   
%
 Que dans chaque sicle et mme dans les plus
clairs, il y a ce qu'on peut appeler 
juste titre "l'esprit du temps" qui ne passera point 
d'autres et qui trompe celui o il est sur l'importance
et mme sur la vrit de la plupart des opinions
qui  sont dominantes.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Les plus petits animaux ont les plus grosses vermines
et les plus petits esprits ont les plus gros prjugs.  
    --- Victor HUGO   
%
 Danger du langage pour la libert de l'esprit.
 -  Chaque mot est un prjug.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Une piqre d'pingle changerait vos propos
sur le duel.  
    --- Jules RENARD   
%
 Un prjug, c'est une vrit
qu'on affirme trop. Il y a des vrits partout,
mais il ne faut pas trop y croire, n'y surtout y tenir.  
    --- Jules RENARD   
%
 Depuis si longtemps que le respect "se perd", comment
en reste-t-il encore ? En ralit, le respect
ne se perd pas, mais il s'affine et se spiritualise ; il
passe du corps  l'esprit, des mythologies ecclsiastiques
 la personne morale ou, comme dit fortement Lon
Brunschvicg, du respect au respectable et de l'admir
 l'admirable ; il n'est plus l'illusion d'une "puissance
trompeuse", mais, comme chez Kant, le respect de la loi. La premire
phrase du trait des Mtores de Descartes
est pour abandonner l'ide aristotlicienne d'un
monde supralunaire plus vnrable que le ntre ;
et comme la mcanique cleste n'a pu se constituer
qu'au prix d'un blasphme, ainsi le respect des cadavres,
en s'opposant  la dissection, aurait rendu impossible
l'essor de l'anatomie humaine ; la psychologie, de son ct,
a eu toutes sortes de prjugs  vaincre
pour se constituer comme science. En vrit, ces
multiples sacrilges n'ont eu d'autre effet que d'approfondir
le respect, de le rendre plus pur et plus spirituel.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 C'est lorsque les familles ennemies ont oubli
le motif de leur inimiti que leur division devient irrmdiable.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Deux sicles aprs Bernoulli et Laplace,
les probabilits n'ont gure connu de diffusion.
Non seulement les mathmatiques alatoires n'ont
pas dans l'enseignement la place qu'elles mritent, non
seulement leurs donnes lmentaires ne sont
pas diffuses exprimentalement, mais l'individu
rsiste  cette destruction du surnaturel, et il
pense diriger un peu  sa guise au lieu d'tre dirig.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 Tout est dit, et l'on vient trop tard depuis plus de sept
mille ans qu'il y a des hommes, et qui pensent. Sur ce qui concerne
les moeurs, le plus beau et le meilleur est enlev ;
l'on ne fait que glaner aprs les anciens et les habiles
d'entre les modernes.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Rien n'est dit. L'on vient trop tt depuis plus
de sept mille ans qu'il y a des hommes. Sur ce qui concerne les
moeurs, comme sur le reste, le moins bon est relev. Nous
avons l'avantage de travailler aprs les anciens, les habiles
d'entre les modernes.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Ils appellent "progrs des lumires" les
progrs de l'industrie. Le progrs de l'industrie
dans quelques-uns est anantissement de l'industrie dans
tous les autres. "A force de machines (dit trs
bien M<SUP>r</SUP> de Bonnald) l'homme ne sera bientt plus lui-mme
qu'une machine ", un tourneur de manivelles.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le progrs rapetisse la terre et grandit l'homme.  
    --- Victor HUGO   
%
 L'art n'est pas perfectible car il est n parfait.
La science est perfectible, car elle est ne incomplte.
L'art est n parfait parce qu'il est un et simple ;
la science est ne incomplte, parce qu'elle est
varie et multiple.
 Le progrs est possible sur Aristote, il ne l'est pas
sur Homre. Le progrs est possible sur Newton,
il ne l'est pas sur Molire.  
    --- Victor HUGO   
%
 L'inventeur le plus humble est raill. Hanway invente
le parapluie et meurt ridicule, aprs avoir t
trente ans suivi, chaque fois qu'il pleuvait, des clats
de rire de toute la ville de Londres.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le vritable progrs semble parfois un recul
et puis un retour. Les rtrogradations de l'humanit
sont comme celles des plantes. Vues de la terre, ce sont
des rtrogradations ; mais absolument ce n'en sont
pas. La rtrogradation n'a lieu qu'aux yeux qui n'envisagent
qu'une portion limite de la courbe. Cercle ou spirale,
comme Goethe le voulait, la marche de l'humanit se fait
suivant une ligne dont les deux extrmes se touchent.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Quoi de plus absurde que le Progrs, puisque l'homme,
comme cela est prouv par le fait journalier, est toujours
semblable et gal  l'homme, c'est--dire
toujours  l'tat sauvage. Qu'est-ce que les prils
de la fort et de la prairie auprs des chocs et
des conflits quotidiens de la civilisation ? Que l'homme
enlace sa dupe sur le Boulevard, ou perce sa proie dans des forts
inconnues, n'est-il pas l'homme ternel, c'est--dire
l'animal de proie le plus parfait ?  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 D'tre sans noyau, c'est un progrs pour
la prune, mais du point de vue de ceux qui les mangent.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Inventeur n. Personne qui fait un ingnieux arrangement
de roues, de leviers et de ressorts, et qui croit que c'est la
civilisation.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Degas avait un grand faible pour Forain.
 Forain disait : Mossieu D'gs, comme Degas disait :
Monsieur Ingres. Ils changeaient leurs mots terribles.
 Quand Forain se construisit un htel, il fit poser le tlphone,
alors encore assez peu rpandu. Il voulut l'utiliser tout
d'abord  tonner Degas. Il l'invite  dner,
prvient un compre qui, pendant le repas, appelle
Forain  l'appareil. Quelques mots changs,
Forain revient... Degas lui dit : "C'est a, le tlphone ?...
On vous sonne, et vous y allez."  
    --- Paul VALERY   
%
 Tout le progrs dont on nous rebat les oreilles
n'a jamais dpass le domaine des choses matrielles.
Le monde est ce qu'il a toujours t et ce qu'il
sera toujours : une petite lite au milieu d'une foule
de brutes ou d'imbciles, avec les malins, dans un coin,
ils ont bien raison, qui tirent les ficelles et gardent les profits.
Il peut durer ou disparatre, je m'en moque.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Ces mitraillettes, que la guerre a mises  la mode,
remplaceront peut-tre d'ici quelque temps le revolver.
Les gens qui rentrent tard le soir chez eux auront une mitraillette.
L'amant quitt par sa matresse, ou le mari surprenant
sa femme avec un tiers, abattront l'ador et l'infidle
avec une mitraillette. Le neurasthnique las de la vie
mettra fin  ses jours avec une mitraillette. Il suffira
d'un qui commence. L'imitation est si forte chez les humains.
Cela entrera dans les moeurs. Le fait est qu'avoir une mitraillette
chez soi pour se dfendre contre un cambrioleur, cela ne
serait pas mal.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Un philosophe du sicle dernier a soutenu, dans
sa candeur, que La Rochefoucauld avait raison pour le pass,
mais qu'il serait infirm par l'avenir. L'ide de
progrs dshonore l'intellect.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'volution du psychisme profond n'ayant pas suivi
celle de l'activit crbrale consciente,
le progrs technique n'est qu'un outil formidable entre
les mains de bestiaux dont les motivations instinctives profondes
(celles qui nous font agir) sont exactement les mmes que
celles d'un crocodile. L'intelligence ne fait que fournir servilement
des armes et des arguments  l'instinct, alors qu'elle
devrait avoir pris les commandes.
 Les cons ne mnent pas le monde, mais pour mener le monde
il faut plaire aux cons. C'est pourquoi tout est fait ici-bas
pour eux, c'est pourquoi quiconque ne l'est pas tout 
fait se sent en exil chez les crtins, et s'indigne, et
pleure, et pisse le sang. Et s'emmerde. Oh, nom de dieu, ce qu'il
s'emmerde... !  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Les gens en avance sur leur poque ne sont pas
heureux. Personne ne les comprend, on se moque d'eux, on leur
fait des misres. Prenez, par exemple, Jsus-Christ.
Il tait chrtien deux cents ans avant tout le monde.
Rsultat : ils l'ont crucifi. Et, en un sens,
on ne peut pas leur donner tort.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 On ne dit rien en vers qu'on ne puisse trs souvent
exprimer aussi bien dans notre prose, et cela n'est pas toujours
rciproque. Le prosateur tient plus troitement
sa pense et la conduit par le plus court chemin, tandis
que le versificateur laisse flotter les rnes et va o
la rime le pousse.  
    --- RIVAROL   
%
 Selon Denys d'Halicarnasse, il y a une prose qui vaut
mieux que les meilleurs vers, et c'est elle qui fait lire les
ouvrages de longue haleine, parce qu'elle seule peut se charger
des dtails, et que la varit de ses priodes
lasse moins que le charme continu de la rime et de la mesure.  
    --- RIVAROL   
%
 Tout grand crivain frappe la prose  son
effigie.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le paradoxe de l'art de la prose est en ceci que si l'on
crit d'aprs l'ide on arrive aisment
au style plat ; au lieu que si l'on s'accorde de suivre les
mots eux-mmes et tout ce que la langue propose, on arrive
quelquefois  relever l'ide elle-mme, qui
sort alors autre et toute neuve d'un mouvement de nature. Cet
accord est proprement le beau. Le beau est un genre de vrai, mais
qui chappe  ceux qui cherchent le vrai.  
    --- ALAIN   
%
 Est prose l'crit qui a un but exprimable par un
autre crit.  
    --- Paul VALERY   
%
 La nature, plus infaillible que la politique, nous enseigne
d'aller au-devant du mal qui nous menace ; il devient incurable
pendant que 1a prudence dlibre sur les remdes.  
    --- Cardinal de RETZ   
%
 Le grand inconvnient de la civilisation, c'est
l'absence du danger.  
    --- STENDHAL   
%
 Une raison, somme toute, est chose trange ;
si je la regarde avec toute ma passion, elle se gonfle jusqu'
devenir une norme ncessit, capable de
remuer ciel et terre ; si je suis sans passion, je la juge
avec ddain.  -  Longtemps j'ai mdit
sur la vraie raison qui m'a fait abandonner mon poste de professeur
de lyce. Lorsque j'y rflchis 
prsent, il me semble que cette situation me convenait
tout  fait. Je commence aujourd'hui  voir clair :
ma raison tait justement que je me sentais entirement
apte  remplir ce poste. Si j'y tais rest,
j'aurais eu tout  perdre, rien  gagner. C'est
pourquoi j'ai jug plus sage de me dmettre de ma
charge et de me faire engager par une troupe de comdiens
ambulants  -  car, n'ayant aucun talent d'acteur, j'avais
tout  gagner.  
    --- Sren KIERKEGAARD   
%
 Car croyez-m'en !  -  le secret pour moissonner
l'existence la plus fconde et la plus grande jouissance
de la vie, c'est de vivre dangereusement ! Construisez vos
villes au pied du Vsuve ! Envoyez vos vaisseaux dans
les mers inexplores ! Vivez en guerres avec vos semblables
et avec vous-mmes ! Soyez brigands et conqurants,
tant que vous ne pouvez pas tre dominateurs et possesseurs,
vous qui cherchez la connaissance !  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La prudence n'est qu'une qualit : il ne faut
pas en faire une vertu.  
    --- Jules RENARD   
%
 On ne peut aller toujours au plaisir par le plus court
chemin. Le rel impose sa loi, ses obstacles, ses dtours.
La prudence est l'art d'en tenir compte : c'est le dsir
lucide et raisonnable.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 C'est un fait que les Juifs, s'ils voulaient  -  ou
si on les y forait, comme semblent le vouloir les antismites  -  ,
pourraient ds maintenant exercer leur prpondrance
et mme littralement leur domination sur l'Europe ;
c'est un fait galement qu'ils n'y travaillent pas et ne
font pas de projets dans ce sens. Pour le moment, ce qu'ils veulent
et souhaitent, et mme avec une certaine insistance, c'est
d'tre absorbs dans l'Europe et par l'Europe, ils
aspirent  s'tablir enfin quelque part o
ils soient tolrs et respects, et 
mettre enfin un terme  leur vie nomade de "Juifs errants".
On devrait bien tenir compte de cette aspiration et de cette pression
(o s'exprime peut-tre dj une attnuation
des instincts juifs) et les favoriser ; et pour cela il serait
peut-tre utile et juste d'expulser du pays les braillards
antismites.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Si la foule rflchissait, elle comprendrait
que la haine du juif comme juif est imbcile. Le juif n'a
pas cr l'tat social actuel ; cet
tat est contraire  ses tendances et  son
caractre ; qu'il en profite souvent, ce n'est pas
niable ; et qu'il ait raison d'en profiter, c'est encore
plus certain. Un systme meurt des abus qu'il engendre.
La civilisation prsente n'est pas juive ; elle est
chrtienne. Ce sont les chrtiens qui l'ont fait
natre, qui la supportent, et qui la dfendent. Les
chrtiens n'ont pas  se plaindre ; ce sont
des imbciles, voil tout.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Moins le blanc est intelligent, plus le noir lui parat
bte.   
    --- Andr GIDE   
%
 Le racisme est une thorie biologiquement sans
fondement au stade o est parvenue l'espce humaine,
mais dont on comprend la gnralisation par la ncessit,
 tous les niveaux d'organisation, de la dfense
des structures primes.  
    --- Henri LABORIT   
%
 S'il fallait l'toile jaune pour reconnatre
les Juifs sous l'Occupation, c'est donc qu'ils n'taient
pas si diffrents que le prtendait la propagande
nazie.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Les penses racistes ordinaires ne vont en gnral
pas trs loin ; mais il n'est pas ncessaire
de voir loin pour y tre entran.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Ce serait raciste de penser que les trangers n'ont
pas le droit d'tre cons.  
    --- COLUCHE   
%
 Pour l'animal raisonnable l'action conforme  la
nature est la mme que l'action conforme  la raison.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Deux excs : exclure la raison, n'admettre
que la raison.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 La raison nous commande bien plus imprativement
qu'un matre ; car en dsobissant 
l'un on est malheureux, et en dsobissant 
l'autre on est un sot.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Le coeur a ses raisons, que la raison ne connat
point ; on le sait en mille choses.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 "Le coeur a ses raisons que la raison ne connat
pas." Un mot de littrateur. Le coeur a ses raisons, en
effet, que la raison connat parfaitement. Nous pouvons
commettre des actions draisonnables et notre raison nous
les faire voir draisonnables.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'esprit n'est pas destin  rgner,
mais  servir : quand il croit dominer, il rentre
au service de la personnalit, au lieu de seconder la sociabilit,
sans qu'il puisse nullement se dispenser d'assister une passion
quelconque. En effet, le commandement rel exige, par-dessus
tout, de la force, et la raison n'a jamais que de la lumire ;
il faut que l'impulsion lui vienne d'ailleurs.  
    --- Auguste COMTE   
%
 Hlas ! pourquoi ne peut-on  la fois
tre raisonnable et ardent ?  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Si la raison est un don du ciel, et que l'on en puisse
dire autant de la foi, le ciel nous a fait deux prsents
incompatibles et contradictoires.  
    --- Denis DIDEROT   
%
 Pour parvenir  pardonner  la raison le
mal qu'elle fait  la plupart des hommes, on a besoin de
considrer ce que ce serait  que l'homme sans sa raison.
C'tait un mal ncessaire.  
    --- CHAMFORT   
%
 Notre raison nous rend quelquefois aussi malheureux que
nos passions ; et on peut dire de l'homme, quand il est dans
ce cas, que c'est un malade empoisonn par son mdecin.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il y a peu d'hommes qui se permettent un usage vigoureux
et intrpide de leur raison, et osent l'appliquer 
tous les objets dans toute sa force. Le temps est venu o
il faut l'appliquer ainsi  tous les objets de la morale,
de la politique et de la socit ; aux rois,
aux ministres, aux grands, aux philosophes ; aux principes
des sciences, des beaux-arts, etc. Sans quoi, on restera dans
la mdiocrit.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il faut se piquer d'tre raisonnable, mais non pas
d'avoir raison.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Nul raisonneur ne croit contre sa raison.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 L'art de raisonner. - Le plus grand progrs qu'aient
fait les hommes consiste  avoir appris  raisonner
juste. Ce n'est pas une chose aussi naturelle que le pense Schopenhauer,
quand il dit : "Tous sont aptes  raisonner, peu 
juger.", mais on ne l'a apprise que tard et maintenant encore
elle n'est pas parvenue  l'empire. Le raisonnement faux
est, dans les temps anciens, la rgle, et les mythologies
de tous les peuples, leur magie et leur superstition, leur culte
religieux, leur droit, sont des mines inpuisables de preuves
 l'appui de cette proposition.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Affirmer vaut mieux que dmontrer. - Une affirmation
a plus de poids qu'un argument, du moins chez la plupart des hommes ;
car l'argument veille la mfiance. C'est pourquoi
les orateurs populaires cherchent  assurer les arguments
de leurs partis par des affirmations.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les consciencieux. - Il est plus commode d'obir
 sa conscience qu' sa raison : car, 
chaque insuccs, la conscience trouve en elle-mme
une excuse et une consolation. C'est pourquoi il y a encore tant
de gens consciencieux et si peu de gens raisonnables.  
    --- Friedrich NIETZSCHE  
%
 Il n'y a rien dans le rel que l'on soit fond
 considrer comme radicalement rfractaire
 la raison humaine.
 [...]
 Mais le principe rationaliste n'implique pas que la science puisse,
en fait, puiser le rel ; il nie seulement
que l'on ait le droit de regarder aucune partie de la ralit,
aucune catgorie de faits comme invinciblement irrductible
 la pense scientifique, c'est--dire comme
irrationnelle dans son essence. Le rationalisme ne suppose nullement
que la science puisse jamais s'tendre jusqu'aux limites
dernires du donn ; mais qu'il n'y a pas,
dans le donn, de limites que la science ne puisse jamais
franchir.  
    --- Le principe rationaliste :
   
%
 Les absents ont toujours tort de revenir.  
    --- Jules RENARD   
%
 Ne dites pas : "Je suis la raison", mais raisonnez.  
    --- Jules RENARD   
%
 Un fait mal observ est plus perfide qu'un mauvais
raisonnement.  
    --- Paul VALERY   
%
 Ce qui ne ressemble  rien est inconnaissable.  
    --- Paul VALERY   
%
 Mchancet de celui qui a raison  -  L'tre
qui "a raison", qui "a droit", qui tient ou le "juste" ou le "vrai"
 -  est toujours sduit  tirer avantage
de cette possession  -  et  glisser vers une mchancet
toute naturelle... "dans l'intrt de la Vrit
ou de la Justice".  
    --- Paul VALERY   
%
 "Avoir raison"... Qui donc y tient encore !... Quelques
sots.  
    --- Andr GIDE   
%
 Quand les gens intelligents se piquent de ne pas comprendre,
il est tout naturel qu'ils y russissent mieux que les
sots.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce jeune musulman, lve de Massignon, qui
vint un matin me parler et que j'envoyai  Marcel de Coppet :
avec des larmes, des sanglots dans la voix, il racontait sa conviction
profonde : l'Islam seul tait en possession de la
vrit qui pouvait apporter la paix au monde,  rsoudre
les problmes sociaux, concilier les plus irrductibles
antagonismes des nations... Berdiaeff rserve ce rle
 l'orthodoxie grecque. De mme le catholique ou
le juif, chacun  sa religion propre. C'est au nom de Dieu
qu'on se battra. Et comment en serait-il autrement, du moment
que chaque religion prtend au monopole de la vrit
rvle ? Car il ne s'agit plus ici
de morale ; mais bien de rvlation. C'est
ainsi que les religions, chacune prtendant unir tous les
hommes, les divisent. Chacune prtend tre la seule
 possder la Vrit. La raison est
commune  tous les hommes, et s'oppose  la religion,
aux religions.  
    --- Andr GIDE   
%
 L'instinct demande  tre dress par
la mthode, mais l'instinct seul nous aide  dcouvrir
une mthode qui nous soit propre et grce 
laquelle nous pouvons dresser notre instinct.  
    --- Jean COCTEAU  
%
 On ne sait jamais qui a raison ou qui a tort. C'est difficile
de juger. Moi, j'ai longtemps donn raison  tout
le monde. Jusqu'au jour o je me suis aperu que
la plupart des gens  qui je donnais raison avaient tort !
Donc j'avais raison ! Par consquent, j'avais tort !
Tort de donner raison  des gens qui avaient le tort de
croire qu'ils avaient raison. C'est--dire que moi qui
n'avais pas tort, je n'avais aucune raison de ne pas donner tort
 des gens qui prtendaient avoir raison, alors
qu'ils avaient tort. J'ai raison, non ? Puisqu'ils avaient
tort ! Et sans raison, encore ! L, j'insiste,
parce que... moi aussi, il arrive que j'aie tort. Mais quand j'ai
tort, j'ai mes raisons, que je ne donne pas. Ce serait reconnatre
mes torts ! ! ! J'ai raison, non ? Remarquez...
il m'arrive aussi de donner raison  des gens qui ont raison
aussi. Mais, l encore, c'est un tort. C'est comme si je
donnais tort  des gens qui ont tort. Il n'y a pas de raison !
En rsum, je crois qu'on a toujours tort d'essayer
d'avoir raison devant des gens qui ont toutes les bonnes raisons
de croire qu'ils n'ont pas tort !  
    --- A tort ou    
%
 Si, en vrit pure on a toujours raison
de ne pas avoir tord, en ralit altre
on a souvent tort d'avoir raison.  
    --- Pierre DAC   
%
 Il est des activits intellectuelles o
ce ne sont pas les gros livres, mais les petits traits
qui font la fiert d'un homme. Si quelqu'un venait 
dcouvrir, par exemple, que les pierres, dans certaines
circonstances restes jusqu'alors inobserves, peuvent
parler, il ne faudrait que quelques pages pour dcrire
et expliquer un phnomne aussi rvolutionnaire.
Les bons sentiments, en revanche, sont un thme sur lequel
on peut toujours recommencer  crire des livres,
et ce n'est pas l du tout une simple affaire d'rudition :
il s'agit d'une mthode grce  laquelle les
plus importants problmes de la vie restent toujours indchiffrs.
On pourrait classer les activits humaines d'aprs
le nombre de mots ncessaires pour les dfinir ;
plus il en faut, plus ce sera mauvais signe pour elles. Toutes
les connaissances qu'il a fallu pour que notre espce passe
des peaux de btes  l'aviation, avec toutes leurs
preuves et sous leur forme dfinitive, ne rempliraient
gure qu'une petite bibliothque de poche ;
alors qu'un meuble grand comme la terre serait loin de suffire
pour accueillir tout le reste, sans mme parler de l'interminable
discussion qui s'est poursuivie non par la plume, mais par l'pe
et les chanes. On serait tent de penser que nous
menons nos affaires humaines fort peu rationnellement, du moins
quand nous n'imitons pas les sciences qui, elles, ont progress
d'une manire si exemplaire.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Il n'est jamais facile de ngocier avec des gens
qui se savent dans leur tort.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Les gens intelligents sont ceux qui changent d'avis avant
les autres.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 J'aimerais perdre la raison  une seule condition :
avoir la certitude de devenir un fou gai et enjou, sans
problmes ni obsessions, hilare du matin au soir.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Etre fidle, pour la pense, ce n'est pas
refuser de changer d'ides (dogmatisme), ni les soumettre
 autre chose qu' elles-mmes (foi), ni les
considrer comme des absolus (fanatisme) ; c'est refuser
d'en changer sans bonnes et fortes raisons, et - puisqu'on ne
peut examiner toujours - c'est tenir pour vrai, jusqu'
nouvel examen, ce qui a une fois t clairement
et solidement jug. Ni dogmatisme, donc, ni inconstance.
On a le droit de changer d'ides, mais seulement quand
c'est un devoir.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 C'est pas parce qu'ils sont nombreux  avoir tort
qu'ils ont raison !  
    --- COLUCHE   
%
 Il est trs surprenant que les richesses des gens
d'Eglise aient commenc par le principe de pauvret.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 M. de Voltaire, voyant la religion tomber tous les jours,
disait une fois : "Cela est pourtant fcheux ;
car de quoi nous moquerons-nous ? - Oh ! lui dit M.
Sabatier de Cabre, consolez-vous ; les occasions ne vous
manqueront pas plus que les moyens. - Ah ! monsieur, repris
douloureusement M. de Voltaire, hors de l'glise point
de salut."  
    --- CHAMFORT   
%
 Je ne sais quel homme disait : "Je voudrais voir
le dernier des rois trangl avec le boyau du dernier
des prtres."  
    --- CHAMFORT  
%
 Le baron de la Houze, ayant rendu quelques services au
pape Ganganelli, ce pape lui demanda s'il pouvait faire quelque
chose qui lui ft agrable. Le baron de la Houze,
rus garon, le pria de lui faire donner un corps
saint. Le pape fut trs surpris de cette demande de la
part d'un Franais. Il lui fit donner ce qu'il demandait.
Le baron, qui avait une petite terre dans les Pyrnes,
d'un revenu trs mince, sans dbouch pour
les denres, y fit porter son saint, le fit accrditer.
Les chalands accoururent, les miracles arrivrent, un village
d'auprs se peupla, les denres augmentrent
de prix, et les revenus du baron triplrent.  
    --- Du bon usage de   
%
 Car tout sentiment religieux est un sentiment servile
et quiconque s'agenouille devant Dieu se faonne 
se prosterner devant un roi.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il n'est pas ncessaire que de pareilles ides
soient vraies, il suffit qu'elles nous rendent plus religieux.
Ds qu'il n'est pas vident qu'elles sont fausses,
il est de la saine philosophie de les admettre par la seule raison
qu'elles sont aptes  remplir leur destination qui est,
non de nous rendre savants (dans des matires o
on ne peut l'tre) mais de nous rendre pieux. Ce ne sont
pas des conclusions qu'on veut par de tels arguments. On veut
des sentiments pour toute consquence et si les prmices
sont propres  les amener, alors on a bien opr
et aussi juste qu'un gomtre qui a dduit
un corollaire d'un axiome.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Si la prire ne change pas notre destin, elle change
nos sentiments, utilit qui n'est pas moindre.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Lorsqu'ils virent qu'ils ne pouvaient point lui faire
une tte de catholique, ils rsolurent au moins de
lui couper sa tte de protestant.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Quand une bigote pouse un dvot, cela ne
donne pas toujours un couple en jaculation*.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Qu'on parcoure une  une les thses morales
exposes dans les chartes du christianisme, et l'on trouvera
partout que les exigences sont tendues outre mesure, afin que
l'homme n'y puisse pas suffire : l'intention n'est pas qu'il
devienne plus moral, mais qu'il se sente le plus possible pcheur.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Encens. - Le Bouddha dit : "Ne flatte pas ton bienfaiteur !"
Que l'on rpte ces paroles dans une glise
chrtienne ;  -  immdiatement elles
nettoient l'air de tout ce qui est chrtien.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le comte objecta que le christianisme, pas moins, avait
dvelopp la civilisation.
 "Et la paresse, en faisant de la pauvret une vertu.
 - Cependant, monsieur, la morale de l'Evangile ?
 - Eh ! eh ! pas si morale ! Les ouvriers de la
dernire heure sont autant pays que ceux de la
premire. On donne  celui qui possde, et
on retire  celui qui n'a pas. Quant au prcepte
de recevoir des soufflets sans les rendre et de se laisser voler,
il encourage les audacieux, les lches et les coquins."
  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 La France est catholique parce que la femme est catholique.
Et la femme est catholique parce qu'elle n'est pas libre.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Nous savons que le prtre est une gueuse, la procureuse
du bon Dieu, une crature qui n'a aucun titre, physique
ou moral,  la qualification d'homme. Un homme ne fait
pas voeu de chastet, ne se condamne point au clibat
 perptuit, ne se promne pas dans
les rues avec une robe de chienlit, ne se fait pas le receleur
moral des dtrousseurs de malheureux, ne leur fournit pas
toutes les fausses clefs et les couteaux empoisonns dont
ils ont besoin, et n'a pas pour mtier d'absoudre le Crime
qui vient de lui graisser la patte. Un homme ne reprsente
pas Dieu sur la terre, ne l'avale point tous les matins, comme
une hutre, entre deux grands coups de vin blanc, et ne
passe point son temps  dposer des pains 
cacheter dans les gosiers de ses contemporains. L'imbcillit
et l'infamie du sacerdoce sont de plus en plus apparents. Nietzsche
n'exagrait pas quand il disait que le temps approche vite
o le prtre sera regard partout comme le
type le plus bas, le plus faux, le plus rpugnant de toutes
les varits de l'espce humaine.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Toutes les religions se ressemblent par la qute.  
    --- Jules RENARD   
%
 La vie n'tait pas si gaie ! La religion a
fait de la mort quelque chose de terrible et d'absurde.  
    --- Jules RENARD   
%
  La religion est si consolante.
 On ne doit rien aux gens qui crvent de misre,
puisqu'ils ont la religion pour les consoler. Il ne tient qu'
eux de manger leurs crotes avec dlices ou mme
de se rjouir en ne mangeant absolument rien. Les ventres
creux sont des tambours excellents pour l'entranement des
misreux  la conqute du Paradis. Tant pis
pour eux s'ils ne comprennent pas leur bonheur.  
    --- Lon BLOY   
%
 Dluge n. Premier essai remarqu de baptme
collectif, qui lessiva tous les pchs (et les pcheurs)
de la cration.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Prier v. Demander que les lois de l'univers soient annules
en faveur d'un unique ptitionnaire, indigne de son propre
aveu.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Sans les religions, les sciences n'eussent pas exist,
car la tte humaine n'aurait pas t habitue
 s'carter de l'apparence immdiate et constante
qui lui dfinit la ralit  
    --- Paul VALERY   
%
 La religion, comme je disais, est peut-tre un instrument
de force, mais oppressif seulement. Qu'est-ce qu'un individu qui
a besoin de croire pour tre fort, et  qui la religion
enseigne de se rsigner ici-bas, dans l'espoir des jouissances
clestes. Le fort est celui qui considre que la
vie a son but et sa fin en elle-mme et que le bonheur est
ici et s'y doit trouver, sans aucun espoir de le trouver dans
une autre vie.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Varenne et Dyssord racontent de ces histoires dont on
ne sait qui les invente et qui sont souvent fort drles.
Celle-ci par exemple, tout  fait de circonstance aprs
la messe  laquelle nous venons d'assister. Une femme s'approche
de l'autel pour communier, tenant un petit enfant dans ses bras.
Au moment que le prtre lui prsente l'hostie, l'enfant
tend le bras pour la saisir : "Caca !" lui dit
le prtre pour l'arrter. C'est merveilleux !
A la fois drle, et  la fois satirique touchant
cette merveilleuse religion.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Crmonie  Saint-Germain-des-Prs.
Rgnier  ct de moi, spar
par une balustrade. Comme moi, il reste assis au lieu de se lever
 plusieurs reprises comme le veut le rite. Je regarde
le prtre qui officie prparer sa communion :
le vin dans le ciboire, l'hostie casse et plonge
dans le vin, le ciboire recouvert de la plaquette, le prtre
traant au-dessus avec la main des signes mystrieux.
Absolument comme un prestidigitateur : Messieurs, Mesdames,
vous voyez ce chapeau. Il n'y a rien dedans. Je le pose sur cette
table. Attention : Un, deux, trois, et le chapeau repris
un pigeon s'en chappe. Les pigeons, ici, ce sont les fidles.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 J'ai racont  Vallette, tantt, avec
intention, la petite scne de ce Gorgouloff avec son drapeau.
"Vous savez, lui ai-je dit, ce n'est pas loin des gens qui saluent
drapeau dans la rue." Il s'est tout de suite cabr :
"C'est un symbole. On a fait de grandes choses avec les symboles.
On a amen les hommes  se sacrifier  une
ide. C'est tout de mme beau de se sacrifier 
une ide."  Je ne me suis pas laiss faire :
"C'est de l'alination mentale. Comme les premiers chrtiens
qui se laissaient dvorer pour dmontrer leur foi.
Des alins. Tout ce qui est sentiment religieux
est alination mentale  un degr ou un autre.
L'homme sur le champ de bataille qui court avec entrain 
la mort : un alin provisoire. L'tre
qui prte un pouvoir magique, surnaturel,  un objet
quelconque : croix, statuette, etc., etc., un alin
partiel. Tout ce qui est superstition, croyance aveugle, est un
degr de folie.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 A un bout de l'an de Guillaume Apollinaire, 
Saint-Thomas d'Aquin, dans une chapelle voisine, des gens communiaient.
Ils taient l  genoux devant l'autel. Le
prtre assistant se mit  cracher dans son mouchoir.
Celui qui officiait se mettait les doigts dans le nez. Il offrit
ensuite, des mmes doigts, l'hostie  ses clients.
Je regardais la physionomie de ces gens retournant s'asseoir,
le visage confit en recueillement et prcaution. Aucun
rapport, dcidment, entre le Saint-Esprit et l'esprit.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Le christianisme, avant tout, console ; mais il y
a des mes naturellement heureuses et qui n'ont pas besoin
d'tre consoles. Alors, celles-ci, le christianisme
commence par les rendre malheureuses, n'ayant sinon pas d'action
sur elles.  
    --- Andr GIDE   
%
 Le catholicisme est inadmissible. Le protestantisme est
intolrable. Et je me sens profondment chrtien.  
    --- Andr GIDE   
%
 Les perscutions ont toujours (ou presque), jusqu'
prsent, au nom d'une religion. Que la libre pense
 son tour perscute, la religion trouve cela monstrueux.
Mais peut-on vraiment dire qu'il y ait perscution ?
J'ai toujours quelque peine  accepter pour vrai ce qu'on
a tout intrt  nous faire croire.  
    --- Andr GIDE   
%
 Nous sommes empoisonns de religion. Nous sommes
habitus  voir des curs qui sont 
guetter la faiblesse et la souffrance humaines, afin d'achever
les mourants d'un coup de sermon qui fera rflchir
les autres. Je hais cette loquence de croque-mort. Il
faut prcher sur la vie, non sur la mort ; rpandre
l'espoir, non la crainte ; et cultiver en commun la joie,
vrai trsor humain. C'est le secret des grands sages, et
ce sera la lumire de demain. Les passions sont tristes.
La haine est triste. La joie tuera les passions et la haine. Mais
commenons par nous dire que la tristesse n'est jamais
ni noble, ni belle, ni utile.  
    --- ALAIN   
%
 Depuis deux mille ans, Jsus se venge sur nous
de n'tre pas mort sur un canap.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Chez moi, c'est l'esprit scientifique qui a dtruit
la croyance en Dieu ; et je pensais qu'il la dtruirait
de mme chez tous les hommes. J'aurais aussi cru, a priori,
que les deux guerres mondiales auraient nui aux religions ;
on aurait pu penser que Dieu, s'Il existe, ne les aurait pas permises.
C'est le contraire qui s'est produit. En prsence de ces
catastrophes, on a cout les voix qui bercent la
misre humaine plutt que celle de la raison.
 Et pourtant je crois encore que la science finira par nuire aux
religions, mais pas comme je l'avais cru d'abord, en dmontrant
vraiment que Dieu n'existe pas. Mais le dveloppement de
l'esprit scientifique amnera de plus en plus les hommes
 rexaminer sans cesse les fondements de leurs
croyances, et  ne pas croire aveuglment ce qu'on
leur a appris dans leur enfance. Il faudra "reconsidrer"
les religions, et il me parat fatal qu'elles rsistent
mal  ce perptuel examen. Combien de temps durera
leur dcadence ? Faudra-t-il quelques gnrations
ou quelques sicles ? Je ne sais pas. Mais je crois
que, dans quelques milliers d'annes, on ne considrera
plus les cathdrales gothiques que comme des vestiges d'une
religion disparue, et qu'aucune autre n'aura remplace.  
    --- Paul LEVY   
%
 A un enfant qui meurt, et aux parents de cet enfant,
ferez-vous, si la religion les console, l'loge de l'athisme ?
Qu'on ne se mprenne pas : cela,  mon sens,
ne prouve rien contre l'athisme et beaucoup contre la
religion. "L'me d'un monde sans me, disait Marx,
l'esprit d'un monde sans esprit..." C'est la misre qui
fait la religion, et c'est pourquoi celle-ci est misrable.
Qui interdirait l'opium au mourant ? Et que sommes-nous d'autres,
hors l'oubli ou le divertissement, que des mourants ?  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Toutes les religions ont une explication de la "cration"
du monde, tous les livres sacrs commencent par l.
 Pas une seule religion n'a souponn quelle est
la vritable forme de la Terre, la nature du ciel et des
toiles, les lois de la gravitation, les rapports entre
la Terre, la Lune, le Soleil et les plantes, la constitution
du corps humain, le rle des micro-organismes dans les maladies,
etc.
 Tous les livres saints, ds qu'ils se mlent d'expliquer
ce monde cr par le dieu qu'ils exaltent, dconnent
 perdre haleine.
 ~
 Tout se passe comme si les livres "sacrs", fondements
intouchables de la foi, taient les oeuvres d'ignorants
fumeux et prtentieux, d'illumins en tat
d'excitation, de monomaniaques en proie  une ide
fixe et n'en sachant pas plus sur la nature des choses que ce
qu'en savaient les bonnes gens de leur poque.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Dites voir, s'ils l'avaient empal, leur Jsus-Christ,
o les porteraient-ils, les stigmates, les lus
de Dieu ?  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Peu  peu, les vieilles religions perdent leur
venin, les plus rcentes sont les pires.  
    --- Roland TOPOR   
%
 J'ai renonc  trouver un sens 
la phrase de Malraux : "Le vingt et unime sicle
sera religieux ou ne sera pas", et je ne crois pas qu'elle en
ait un. En effet, religieux ou pas, le vingt et unime
sicle sera. Mais il risque (et en cela Malraux pourrait
avoir raison) d'tre plus religieux que le vingtime,
dans lequel les idologies avaient pris en partie la place
de la foi pour justifier le besoin humain d'exterminer des mcrants,
et de s'en inventer s'il le faut.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 En matire de religion, j'prouve quelque
peine  admettre que le monde ait vcu dans le paganisme
et l'obscurantisme durant des millions d'annes et que
le vrai Dieu ne se soit manifest que voil deux
mille ans, c'est--dire hier.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le remords. - Le remords est, comme la morsure d'un chien
contre la pierre, une btise.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Remords. - Ne jamais donner libre cours au remords, mais
se dire tout de suite : ce serait l ajouter une seconde
btise  la premire. - Si l'on a fait du
mal, il faut songer  faire le bien. - Si l'on est puni
 cause de sa mauvaise action, il faut subir sa peine avec
le sentiment que par l on fait une chose bonne :
on empche, par l'exemple, les autres de tomber dans la
mme folie. Tout malfaiteur puni doit se considrer
comme un bienfaiteur de l'humanit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La mauvaise conscience fait la part du feu, pour mieux
combattre l'incendie ; grce au vsicatoire
du remords, tout ce qu'il y a d'impur et de vil dans notre nature
se rassemble autour d'une action prcise au lieu de circuler
en nous  l'tat diffus. Le remords est concentration,
il circonscrit en mme temps qu'il exalte, il prcipite
par une espce de "crise" le poison insidieux qui est cach
dans notre me. L'abcs de fixation du remords nous
immunise contre la septicmie morale. Ainsi la douleur
est de nature dialectique : il faut s'offrir courageusement
 cette dialectique comme  une chirurgie bienfaisante
qui sparera en nous le juste et l'injuste ; il faut
faire pnitence.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Le remords n'est pas un principe moral, puisqu'il ne nous
dit pas ce qu'il faut faire, puisqu'il nous dit trop tard ce qu'il
aurait mieux valu ne pas faire ; les leons de ce
dmon intrieur sont, en gnral,
des leons perdues ; il est bien rare que la "voix
de la conscience" parle en nous comme un instinct ou pressentiment
des tches  venir, comme une prcaution contre
ce que nous appelons justement les "cas de conscience" ;
elle reste muette au moment o, pour agir, nous attendrions
ses oracles ; et elle ne se prononce, reproche drisoire
et posthume, que lorsque l'irrparable est accompli.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Le temps efface le souvenir des malheurs, jamais celui
des fautes. La morsure d'un remords se ravive chaque jour plus
cruelle dans notre conscience,  mesure que la vie passe.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Sur la corde raide de la vie, les remords font office
de balanciers.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Combien de gens abusent de leur rputation !
On reprochoit  un peintre fameux de certains mauvais tableaux.
 "Allez ! Allez ! dit-il, on ne croira jamais que ce
soit moi qui les aie faits."  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Quand il s'agit d'obtenir les honneurs, on rame avec le
mrite personnel, et on vogue  pleines voiles avec
la naissance.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 On appela  la cour le clbre Levret,
pour accoucher la feue Dauphine. M. le Dauphin lui dit :
"Vous tes bien content, M. Levret, d'accoucher Madame la
Dauphine ? cela va vous faire de la rputation. -
Si ma rputation n'tait pas faite, dit tranquillement
l'accoucheur, je ne serais pas ici."  
    --- CHAMFORT   
%
 Le talent, c'est comme l'argent : il n'est pas ncessaire
d'en avoir pour en parler.  
    --- Jules RENARD   
%
 Un instant supposez-le mort, et vous verrez, s'il n'a
pas de talent !  
    --- Jules RENARD   
%
 Les peintres peuvent toujours dirent que leur tableau
est mal clair.  
    --- Jules RENARD   
%
 Un homme qui ne demande jamais de service  personne
finit par se faire la rputation d'un homme qui n'en rend
pas.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 C'est le fait d'un ignorant d'accuser les autres de ses
propres checs ; celui qui a commenc de s'instruire
s'en accuse soi-mme ; celui qui est instruit n'en
accuse ni autrui ni soi-mme.  
    --- EPICTETE   
%
 La plus grande bassesse de l'homme est la recherche de
la gloire, mais c'est cela mme qui est la plus grande marque
de son excellence ; car, quelque possession qu'il ait sur
la terre, quelque sant et commodit essentiel qu'il
ait, il n'est pas satisfait, s'il n'est dans l'estime des hommes.
Il estime si grande la raison de l'homme, que, quelque avantage
qu'il ait sur la terre, s'il n'est plac avantageusement
aussi dans la raison de l'homme, il n'est pas content. C'est la
plus belle place du monde : rien ne le peut dtourner
de ce dsir, et c'est la qualit la plus ineffaable
du coeur de l'homme.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 J'ai ou dire au cardinal Imperiali : "Il n'y
a point d'homme que la Fortune ne vienne visiter une fois en sa
vie. Mais, lorsqu'elle ne le trouve pas prt  la
recevoir, elle entre par la porte et passe par la fentre."  
    --- MONTESQUIEU   
%
 La raison pourquoi les sots russissent ordinairement
dans leurs entreprises, c'est que, ne sachant et ne voyant jamais
quand ils sont importuns, ils ne s'arrtent jamais. Or,
il n'y a pas d'homme assez sot pour ne savoir pas dire :
"Donnez-moi cela."  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Quand on voit un homme actif qui a fait sa fortune, cela
vient de ce que, de cent mille voies, la plupart fausses, qu'il
a employes, quelqu'une a russi. De l,
on argumente qu'il sera propre pour les affaires publiques. Cela
n'est pas vrai. Quand on se trompe dans quelques projets pour
sa fortune, ce n'est qu'un coup d'pe dans l'eau.Mais,
dans les entreprises d'Etat, il n'y a pas de coup d'pe
dans l'eau.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Vous demandez comment on fait fortune. Voyez ce qui se
passe au parterre d'un spectacle, le jour o il y a foule ;
comme les uns restent en arrire, comme les premiers reculent,
comme les derniers sont ports en avant. Cette image est
si juste que le mot qui l'exprime a pass dans le langage
du peuple. Il appelle faire fortune : se pousser. "Mon fils,
mon neveu se poussera." Les honntes gens disent :
s'avancer, avancer, arriver, termes adoucis, qui cartent
l'ide accessoire de force, de violence, de grossiret,
mais qui laissent subsister l'ide principale.  
    --- CHAMFORT   
%
 Les succs produisent les succs, comme
l'argent produit l'argent.  
    --- CHAMFORT   
%
 Clbrit : l'avantage d'tre
connu de ceux qui ne vous connaissent pas.  
    --- CHAMFORT   
%
 L'envie veut abaisser et l'mulation galer.
L'une s'afflige des succs, l'autre y aspire. Celle l
est jalouse de tout mrite et l'autre en est ambitieuse.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le mrite a besoin d'enseigne et aux yeux de la
foule la richesse et la puissance l'indiquent seules.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Laissez la bonne conduite et l'amour de l'tude.
Mon exemple fait voir o ces qualits conduisent.
Livrez-vous  l'intrigue seule.  
    --- STENDHAL   
%
 Les meilleurs dissimulateurs. - Tous ceux qui sont habitus
au succs sont pleins d'astuce pour prsenter toujours
leurs dfauts et leurs faiblesses comme de la force apparente :
ce pourquoi ils doivent les connatre particulirement
bien.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Oui, je sais. Tous les grands hommes furent d'abord mconnus ;
mais je ne suis pas un grand homme, et j'aimerais autant tre
connu tout de suite.  
    --- Jules RENARD   
%
 Pour arriver, il faut faire ou des salets, ou
des chefs-d'oeuvres. Etes-vous plus capable des unes que des autres ?  
    --- Jules RENARD   
%
 Pour arriver, il faut mettre de l'eau dans son vin, jusqu'
ce qu'il n'y ait plus de vin.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y a des moments o tout russit. Il ne
faut pas s'effrayer : a passe.  
    --- Jules RENARD   
%
 Ces livres qu'crivent des gens bien-pensants,
pour nous expliquer que ce qu'ils appellent "la russite"
consiste  envoyer promener notre jeunesse et 
sacrifier notre ge mr, de faon 
avoir les moyens, arrivs  quatre-vingts ans, de
passer notre vieillesse  faire la foire, m'agacent prodigieusement.
Nous conomisons toute notre vie pour investir notre or
dans Dieu sait quel attrape-nigaud ; or,  force d'pargner
et de tirer des plans sur la comte, nous sommes devenus
mesquins, troits d'esprit, durs. Nous remettons la cueillette
des roses  demain, parce qu'aujourd'hui tout notre temps
est pris  travailler,  faire des affaires, 
tramer des manigances. Mais hlas ! quand vient demain,
les roses sont fanes ; d'ailleurs, nous nous en fichons
de ces roses qui ne servent  rien et n'ont pour ainsi
dire aucune valeur marchande ; quand vient demain, ce sont
plutt les choux gras qui nous intressent.  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Tirer son pingle du jeu.
 Quand vous assassinez un vieux rentier, aprs l'avoir
cambriol profitablement, faites en sorte que les pices
 conviction puissent tre trouves chez le
percepteur ou le juge de paix et, sans vous dcouvrir le
moins du monde, suggrez habilement  la justice
l'une ou l'autre de ces deux pistes. Si vous tes manieur
d'affaires, arrangez-vous pour que les capitaux soient centraliss
en un point dtermin de l'espace que nous appellerons,
si vous voulez, votre caisse ; munissez-vous, au pralable,
de tous les horaires utiles et lorsque le bon moment sera venu,
empruntez les ailes du condor et envolez-vous en silence, aprs
avoir coup, autant que possible, toutes les communications.
Les co-intresss se dbrouilleront 
leur tour comme ils pourront dans une comptabilit que
vous aurez rendue aussi parfaitement inextricable qu'une fort
vierge de l'Amazone ou du Haut-Congo.  
    --- Lon BLOY   
%
 Ce n'est pas la peur d'entreprendre, c'est la peur de
russir, qui explique plus d'un chec.  
    --- Emil CIORAN   
%
 S'il n'est pas rconfortant, il est en tout cas
flatteur de penser qu'on mourra sans avoir donn toute
sa mesure.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Que peut-il y avoir de plus faux que le dicton "Rien ne
russit comme la russite" ?
 Comme vous l'avez dj compris , j'espre,
la hirarchologie dmontre clairement que rien n'choue
comme la russite, quand un travailleur atteint finalement
son niveau d'incomptence.  
    --- L.J. PETER et R.   
%
 Le mcontentement ne vient pas avec l'chec,
qui incite  la patience, mais avec le succs, qui
rend exigeant.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Sans doute le moins estimable des rves de jeunesse
est-il le dsir de clbrit
 D'abord parce que la clbrit est une indication
quantitative et non qualitative. L'ampleur n'en est  aucun
degr proportionnelle (ni directement ni inversement, d'ailleurs)
au bien-fond du motif pour lequel elle se met 
draper un quidam. En d'autres termes, c'est une grandeur, ce n'est
pas une valeur.
 Ensuite parce que c'est un dsir de dupe. Dans un double
sens. Le premier, qu'elle ne nous parat jamais suffisante.
J'ai connu des crivains, des savants, des peintres jouissant
d'une gloire mondiale et qui, du lever au coucher, s'puisaient
en propos envieux et en dnigrements obsessionnels envers
des rivaux fort loigns d'galer leur rputation.
Ils ne suspendaient l'talage de leur aigreur que pour
dtailler  leur auditoire tous les articles du
catalogue rcent des tmoignages d'admiration dont
ils avaient eux-mmes t l'objet. Je les
voyais, en somme, d'autant plus malheureux qu'ils taient
plus illustres. Leur clbrit dtruisait
leur srnit. Elle la rongeait aussi dans
un deuxime sens. Pour un auteur, un chercheur, un artiste,
la clbrit transforme le monde extrieur
en source intarissable d'extermination de leurs forces et de leur
libert. Elle met en pices chaque jour ce loisir
intrieur, l'otium des Anciens, cette rserve spirituelle
de silence et d'nergie sans laquelle ne nat point
d'oeuvre, ni mme d'envie d'en faire.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 L'unicit de l'existence m'empche de me
contenter de la russite des autres.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 La russite, c'est d'abord et surtout d'tre
au travail quand les autres vont  la pche.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Je n'ai jamais t content de ce que je
faisais. Quand je ne ferai plus rien je m'offrirai le luxe d'tre
content de ce que j'ai fait.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Si nous rvions toutes les nuits la mme chose,
elle nous affecterait autant que les objets que nous voyons tous
les jours. Et si un artisan tait sr de rver
toutes les nuits, douze heures durant, qu'il est roi, je crois
qu'il serait presque aussi heureux qu'un roi qui rverait
toutes les nuits, douze heures durant, qu'il serait artisan.
 Si nous rvions toutes les nuits que nous sommes suivis
par des ennemis, et agits par ces fantmes pnibles,
et qu'on passt tous les jours en diverses occupations,
comme quand on fait voyage, on souffrirait presque autant que
si cela tait vritable, et on apprhenderait
de dormir, comme on apprhende le rveil quand on
craint d'entrer dans de tels malheurs en effet. Et en effet il
ferait  peu prs les mmes maux que la ralit.
 Mais parce que les songes sont tous diffrents, et qu'un
mme se diversifie, ce qu'on y voit affecte bien moins que
ce qu'on voit en veillant,  cause de la continuit,
qui n'est pourtant pas si continue et gale qu'elle ne
change aussi, mais moins brusquement, si ce n'est rarement comme
quand on voyage ; et alors on dit : "il me semble que
je rve" ; car la vie est un songe un peu moins inconstant.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Relie par des rves bien dirigs le travail
du soir au travail du matin.  
    --- Jules RENARD   
%
 Une mprise au sujet du rve.
 Dans le rve, l'homme , aux poques de civilisation
informe et rudimentaire, croyait apprendre  connatre
un second monde rel ; l est l'origine de
toute mtaphysique. Sans le rve, on n'aurait pas
trouv l'occasion de couper le monde en deux. La division
en me et corps se rattache aussi  la plus ancienne
conception du rve, de mme que la croyance 
un simulacre corporel de l'me, partant l'origine de toute
croyance aux esprits, et vraisemblablement aussi de la croyance
aux dieux. "Le mort continue  vivre ; car il apparait
aux vivants dans le rve" : c'est ainsi qu'on raisonna
jadis, durant beaucoup de milliers d'annes.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le rveil fait aux rves une rputation
qu'ils ne mritent pas.  
    --- Paul VALERY   
%
 Le rve est le phnomne que nous
n'observons que pendant son absence. Le verbe rver n'a
presque pas de "prsent"*. 
 *Je rve, tu rves,  -  ce sont figures de
rhtorique, car c'est un veill qui parle
ou un candidat au rveil.   
    --- Paul VALERY   
%
 Pour que l'argumentation fonde sur le rve
afin de contester la ralit du rel soit
valable, il faudrait que l'on puisse traiter en rve cette
perception du rel  -  la simuler  -  et
non pas seulement formuler  -  la possibilit dont
on veut faire tat.
 Qu'est-ce qui me prouve que je ne rve pas ? C'est
que je suis dans l'tat dans lequel j'ai dfini
le rve et qui dfinit le rve  -  et
que je n'en connais pas d'autre.  
    --- Paul VALERY   
%
 On croit que les rves sont faits pour tre
raliss. C'est le problme des rves.
Les rves sont faits pour tre rvs.  
    --- COLUCHE   
%
 La dernire raison des rois, le boulet. La dernire
raison des peuples, le pav.  
    --- Victor HUGO   
%
 Les grandes rvolutions naissent des petites misres
comme les grands fleuves des petits ruisseaux.  
    --- Victor HUGO   
%
 La populace ne peut faire que des meutes. Pour
faire une rvolution il faut le peuple.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le peuple est conduit par la misre aux rvolutions
et ramen par les rvolutions  la misre.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le gouvernement a trouv un moyen d'empcher
les rvolutions. Il s'est dit : les rvolutions
naissent des barricades et les barricades naissent des pavs.
Il macadamise les boulevards et le faubourg Saint-Antoine.  
    --- Victor HUGO   
%
 La Rvolution franaise est le premier essai
de l'humanit pour prendre ses propres rnes et se
diriger elle-mme. C'est l'avnement de la rflexion
dans le gouvernement de l'humanit. C'est le moment correspondant
 celui o l'enfant, conduit jusque-l par
les instincts spontans, le caprice et la volont
des autres, se pose en personne libre, morale et responsable de
ses actes.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Les rvolutions seules savent dtruire les
institutions depuis longtemps condamnes. En temps de calme,
on ne peut se rsoudre  frapper, lors mme
que ce qu'on frappe n'a plus de raison d'tre. Ceux qui
croient que la rnovation qui avait t ncessite
par tout le travail intellectuel du XVIII<SUP>e</SUP> sicle et
pu se faire pacifiquement se trompent. On et cherch
 pactiser, on se ft arrt 
mille considrations personnelles, qui en temps de calme
sont fort prises ; on n'et os dtruire
franchement ni les privilges ni les ordres religieux,
ni tant d'autres abus. La tempte s'en charge. Le pouvoir
temporel des papes est assurment prim.
Eh bien ! tout le monde en serait persuad qu'on ne
se dciderait point encore  balayer cette ruine.
Il faudrait attendre pour cela le prochain tremblement de terre.
Rien ne se fait par le calme : on n'ose qu'en rvolution.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Je n'aime pas les pauvres. Leur existence, qu'ils acceptent,
qu'ils chrissent, me dplat ; leur
rsignation me dgote. A tel point
que c'est, je crois, l'antipathie, la rpugnance qu'ils
m'inspirent, qui m'a fait rvolutionnaire. Je voudrais
voir l'abolition de la souffrance humaine afin de n'tre
plus oblig de contempler le repoussant spectacle qu'elle
prsente. Je ferais beaucoup pour cela. Je ne sais pas
si j'irais jusqu' sacrifier ma peau ; mais je sacrifierais
sans hsitation celle d'un grand nombre de mes contemporains.
Qu'on ne se rcrie pas. La frocit est beaucoup
plus rare que le dvouement.  
    --- Georges DARIEN   
%
 La misre et la pauvret sont si fondamentalement
dgradantes, et exercent sur la nature humaine un effet
si paralysant, qu'aucune classe de la population n'est jamais
vraiment consciente des souffrances qu'elle endure. Il faut que
d'autres le lui disent, et souvent elle refuse catgoriquement
de les croire. Ce que les gros employeurs de main-d'oeuvre disent
des agitateurs est indniablement vrai. Les agitateurs
sont des gens indiscrets se mlant de ce qui ne les regarde
pas, qui fondent sur une partie de la population parfaitement
satisfaite de son sort et sment en son sein les graines
du mcontentement. C'est  bien pour cela que les agitateurs
sont absolument indispensables. Sans eux, au stade inachev
qui est le ntre, il n'y aurait nul progrs vers
la civilisation. Si l'esclavage a t aboli aux
Etats-Unis, ce n'est pas  la suite d'actions menes
par les esclaves, ni mme parce qu'ils auraient exprim
un dsir explicite d'tre librs.
Il a t aboli uniquement grce aux pratiques
totalement illgales de certains agitateurs de Boston et
d'ailleurs, qui eux-mmes n'taient ni esclaves,
ni propritaires d'esclaves, et qui en vrit
n'avaient rien  voir avec la question. Ce sont indniablement
les abolitionnistes qui ont mis le feu aux poudres, c'est par
eux que tout a commenc. Et il est trs curieux
de noter que les esclaves eux-mmes leur apportrent
bien peu d'aide, et mme bien peu de sympathie ; et
lorsqu' la fin de la guerre les esclaves se retrouvrent
libres, et mme si totalement libres qu'ils taient
libres de mourir de faim, nombre d'entre eux regrettrent
amrement leur nouvelle situation.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Insurrection n. Rvolution qui a chou.
Tentative infructueuse pour substituer le dsordre 
un mauvais gouvernement.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 De ce qu'un petit-fils d'Adam venu au monde sans malice
est juste bon  rincer des bouteilles ou  balayer
les lieux, il ne s'ensuit pas logiquement qu'on doive le laisser
crever de faim toute sa vie.
 C'est  l'homme  rparer, lorsque ses moyens
le lui permettent, les petites injustices du bon Dieu. Si la piti
le lui conseille, son intrt le lui commande, car
plus un tre est prs de la bte, plus ses
reprsailles sont  redouter, le jour  -  fatal  -  o
lui parvient enfin la notion de l'iniquit dont il est
l'innocente victime et o ses yeux viennent  s'ouvrir
sur la disproportion des parts.
 Payer ce qu'on doit est le meilleur moyen de ne pas s'exposer
 payer un jour plus que son d.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 C'est une ide assez commune que rvolution
et guerre sont filles de pauvret. Mais ce n'est qu'une
demi-vrit. Ce ne sont point les pauvres qui sont
redoutables, ce sont les humilis et les offenss.
L'aiguillon du besoin ne fait qu'un animal peureux ; pense
de vol, non pense de vengeance. Et la pense s'occupe
toute  chercher un repas aprs l'autre. Tte
et ventre. Les passions veulent du loisir, et un sang riche. On
croit que la faim conduirait  la colre ;
mais c'est l une pense d'homme bien nourri. Dans
le fait une extrme faim tarit d'abord les mouvements de
luxe, et premirement la colre. J'en dirais autant
du besoin de dormir, plus imprieux peut-tre que
la faim. Ainsi la colre ne serait pas naturellement au
service des dsirs, comme on veut d'abord croire.  
    --- ALAIN   
%
 Dblayer pour reconstruire, sans savoir grand-chose
du monument futur sinon qu'il sera le plus beau, cela s'appelle
faire une Rvolution.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Je crains que le rvolt ne soit jamais
capable de porter autant d'amour  ceux qu'il aime que
de haine  ceux qu'il hait. Les vrais ennemis de la socit
ne sont pas ceux qu'elle exploite ou tyrannise, ce sont ceux qu'elle
humilie. Voil pourquoi les partis de rvolution
comptent un si grand nombre de bacheliers sans emploi.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Une vie libre ne peut acqurir des biens nombreux,
parce que la chose n'est pas facile sans se faire le serviteur
de la foule ou de matres ; mais elle a acquis tout
ce qu'elle a par une prodigalit continue ; et si
jamais elle obtient des biens nombreux, il lui sera facile de
les dispenser pour gagner la bienveillance du proche.  
    --- EPICURE   
%
 Prendre avec simplicit, et lcher facilement.  
    --- MARC-AURELE   
%
 Je reviens donc  mon sujet : la Fortune aime
les gens peu rflchis, elle aime les audacieux
et ceux  qui plat le proverbe "Les ds sont
jets." Mais la sagesse rend quelque peu timide et c'est
pourquoi vous voyez en gnral ces malheureux sages
aux prises avec la pauvret, avec la faim, avec la fume,
vivre oublis, obscurs, dtests ; et
les fous regorger d'argent, tenir le gouvernail de l'Etat,
bref tre florissants de toutes les faons. En effet
si on pense que le bonheur c'est de plaire aux princes, frquenter
ces dieux couverts de pierreries, mes familiers, quoi de plus
inutile que la sagesse, et mme de plus dcri
chez ce genre d'homme ? S'il s'agit d'acqurir des
richesses, quel gain peut bien raliser un marchand si,
suivant la sagesse, il se formalise d'un parjure ; si, pris
 mentir, il rougit, s'il fait le moindre cas des scrupules
inquiets des sages, face au vol et  l'usure ? Et
si on vise aux honneurs et aux richesses ecclsiastiques,
un ne ou un boeuf y arrivera plus vite qu'un sage. Si vous
tes men par le plaisir, les filles, rle
principal de cette comdie, se donnent de tout coeur aux
fous, mais ont en horreur le sage et le fuient comme un scorpion.
Enfin quiconque est dispos  vivre un peu gaiement
et joyeusement, exclut avant tout le sage et accepte plutt
n'importe quel animal. Bref, de quelque ct qu'on
se tourne, vers les pontifes, les princes, les juges, les magistrats,
les amis, les ennemis, les grands, les petits, tout s'obtient
contre argent comptant ; or comme le sage les mprise,
ils prennent l'habitude de le fuir consciencieusement.  
    --- ERASME   
%
 Le mpris des richesses tait dans les philosophes
un dsir cach de venger leur mrite de l'injustice
de la fortune par le mpris des mmes biens dont
elle les privait ; c'tait un secret pour se garantir
de l'avilissement de la pauvret ; c'tait
un chemin dtourn pour aller  la considration
qu'ils ne pouvaient avoir par les richesses.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Les philosophes ne condamnent les richesses que par le
mauvais usage que nous en faisons ; il dpend de nous
de les acqurir et de nous en servir sans crime et, au
lieu qu'elles nourrissent et accroissent les vices, comme le bois
entretient et augmente le feu, nous pouvons les consacrer 
toutes les vertus et les rendre mme par l plus
agrables et plus clatantes.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 N'envions point  une sorte de gens leurs grandes
richesses ; ils les ont  titre onreux, et
qui ne nous accommoderait point : ils ont mis leur repos,
leur sant, leur honneur et leur conscience pour les avoir ;
cela est trop cher, et il n'y a rien  gagner 
un tel march.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 De tous les moyens de faire sa fortune, le plus court
et le meilleur est de mettre les gens  voir clairement
leurs intrts  vous faire du bien.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Les traits dcouvrent la complexion et les moeurs
 mais la mine dsigne les biens de fortune : le plus
ou le moins de mille livres de rente se trouve crit sur
les visages.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La prosprit tourne plus la tte
que l'adversit ; c'est que l'adversit vous
avertit, et que la prosprit fait qu'on s'oublie.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 L'argent est trs estimable lorsqu'on le mprise.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Les affaires. Elles seules donnent du poids en ployant
l'esprit vers la terre.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Je suis brouill avec la trsorerie, parce
que je regarde l'argent comme le fumier (comme un engrais) et
qu'ils le regardent comme la rcolte.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Un ambassadeur anglais  Naples avait donn
une fte charmante, mais qui n'avait pas cot
bien cher. On le sut, et on partit de l pour dnigrer
sa fte, qui avait d'abord bien russi. Il s'en vengea
en vritable Anglais et en homme  qui les guines
ne cotaient pas grand-chose. Il annona une autre
fte. On crut que c'tait pour prendre sa revanche
et que la fte serait superbe. On accourt. Grande affluence.
Point d'apprts. Enfin, on apporte un rchaud 
esprit-de-vin. On s'attendait  quelque miracle. "Messieurs,
dit-il, ce sont les dpenses et non l'agrment d'une
fte, que vous cherchez. Regardez bien (et il ouvre son
habit dont il montre la doublure) : c'est un tableau du Dominicain,
qui vaut cinq mille guines. Mais ce n'est pas tout :
voyez ces dix billets ; ils sont de mille guines
chacun, payables  vue sur la banque d'Amsterdam." Il en
fait un rouleau et les met sur le rchaud allum.
"Je ne doute pas, messieurs, que cette fte ne vous satisfasse
et que vous ne vous retiriez tous contents de moi. Adieu, Messieurs,
la fte est finie."  
    --- CHAMFORT   
%
 On offrait  M... une place qui ne lui convenait
pas ; il rpondit : "Je sais qu'on vit avec de
l'argent, mais je sais aussi qu'il ne faut pas vivre pour de l'argent.  
    --- CHAMFORT   
%
 Dans le temps qu'on tablit plusieurs impts
qui portaient sur les riches, un millionnaire, se trouvant parmi
des gens riches qui se plaignaient du malheur des temps, dit :
"Qui est-ce qui est heureux dans ces temps-ci ? Quelques
misrables."  
    --- CHAMFORT   
%
 Mon peu d'assurance vient de l'habitude o je suis
de manquer d'argent.
 Quand j'en manque, je suis timide partout ; comme j'en manque
souvent, cette mauvaise disposition de tirer les raisons d'tre
timide de tout ce que je vois est devenue presque habituelle pour
moi.
 Il faut absolument m'en gurir ; le meilleur moyen
serait d'tre assez riche pour porter pendant un an au moins,
chaque jour, cent louis en or sur moi. Ce poids continuel, que
je saurais tre d'or, dtruirait la racine du mal.  
    --- STENDHAL   
%
 Les gens riches sont bien injustes et bien comiques lorsqu'ils
se font juges ddaigneux de tous les pchs
et crimes commis pour de l'argent. Voyez les effroyables bassesses
et les dix ans de soins qu'ils se donnent  la cour pour
un portefeuille.  
    --- STENDHAL   
%
 Une femme avait pour toute fortune une belle pice
de cinq francs toute neuve. Elle se dit : il faut que j'achte
une tire-lire pour la mettre. Elle acheta une tire-lire qui lui
cota 5 francs. Quand elle eut sa tirelire, elle s'aperut
qu'elle n'avait plus sa pice.
 Ceci est l'histoire de beaucoup de gens.  
    --- Victor HUGO   
%
 L'argent touffe bon nombre de questions auxquelles,
le cas chant, on serait bien oblig de
rpondre, tandis qu'il ne soulve qu'une seule interrogation
nouvelle, difficile et superflue, celle de savoir comment on va
le dpenser. De cette faon, le fondement moral
s'effondre sous nos pieds. Les occasions d'exister se voient rduites
en proportion de l'augmentation de ce qu'on appelle les moyens.
Lorsqu'on est devenu riche, le mieux qu'on puisse faire pour se
cultiver consiste  persvrer dans les projets
qu'on entretenait au temps de la pauvret.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 On reproche frquemment aux hommes de tourner leurs
voeux principalement vers l'argent et de l'aimer plus que tout
au monde. Pourtant il est bien naturel, presque invitable
d'aimer ce qui, pareil  un prote infatigable,
est prt  tout instant  prendre la forme
de l'objet actuel de nos souhaits si mobiles ou de nos besoins
si divers. Tout autre bien, en effet, ne peut satisfaire qu'un
seul dsir, qu'un seul besoin : les aliments ne valent
que pour celui qui a faim, le vin pour le bien portant, les mdicaments
pour le malade, une fourrure pendant l'hiver, les femmes pour
la jeunesse, etc. [...] L'argent seul est le bien absolu, car
il ne pourvoit pas uniquement  un seul besoin "in concreto"
mais au besoin en gnral, "in abstracto".  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 Danger de la richesse. - Seul devrait possder
celui qui a de l'esprit : autrement, la fortune est un danger
public. Car celui qui possde, lorsqu'il ne s'entend pas
 utiliser les loisirs que lui donne la fortune, continuera
toujours  vouloir acqurir du bien : cette
aspiration sera son amusement, sa ruse de guerre dans sa lutte
contre l'ennui. C'est ainsi que la modeste aisance, qui suffirait
 la vie de l'esprit, se transforme en vritable
richesse, rsultat trompeur de la dpendance et
de la pauvret intellectuelles. Cependant, le riche apparat
tout autrement que pourrait le faire attendre son origine misrable,
car il peut prendre le masque de la culture et de l'art :
il peut acheter ce masque. Par l il veille l'envie
des plus pauvres et des illettrs - qui jalousent en somme
toujours l'ducation et qui ne voient pas que celle-ci
n'est qu'un masque - et il prpare ainsi peu  peu
un bouleversement social : car la brutalit sous un
vernis de luxe, la vantardise de comdien, par quoi le
riche fait talage de ses "jouissances de la culture",
voquent, chez le pauvre, l'ide que "l'argent seul
importe", - tandis qu'en ralit, si l'argent importe
quelque peu, l'esprit importe bien davantage.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La possession possde. - Ce n'est que jusqu'
un certain degr que la possession rend l'homme plus indpendant
et plus libre ; un chelon de plus et la possession
devient le matre, le possdant l'esclave :
il faut ds lors qu'il lui sacrifie son temps, sa rflexion,
et il se sent ds lors oblig  certaines
frquentations, attach  un lieu, incorpor
 un Etat - tout cela peut-tre  l'encontre
de ses besoins intimes et essentiels.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 AFFAIRES (les). - Passent avant tout. Une femme doit viter
de parler des siennes. Sont dans la vie ce qu'il y a de plus important.
Tout est l.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Les autres dveloppent en nous surtout le mauvais
instinct de la proprit ; il suffit d'tre
un instant chez eux pour vouloir aussitt tre chez
soi.  
    --- Jules RENARD   
%
 Vous revendez trois mille francs ce que vous avez eu pour
cinq cents, et vous dites, trs tranquille : "C'est
une affaire." Mais non ! C'est un vol.  
    --- Jules RENARD   
%
 Si l'argent ne fait pas le bonheur, rendez-le !  
    --- Jules RENARD   
%
 Faire travailler l'argent.
 Il y a des peuples qui crvent dans les usines ou les
catacombes noires pour velouter la gueule des vierges engendres
par des capitalistes surfins, et aussi pour que "le mystrieux
sourire de la Joconde" ne leur soit pas refus. C'est ce
qui s'appelle faire travailler l'argent !  
    --- Lon BLOY  
%
 Il serait impossible de dire prcisment
ce que c'est que les Affaires. C'est la divinit mystrieuse,
quelque chose comme l'Isis des mufles par qui toutes les autres
divinits sont supplantes. Ce ne serait pas dchirer
le Voile que de parler, ici ou ailleurs, d'argent, de jeu, d'ambition,
etc. Les Affaires sont les Affaires, comme Dieu est Dieu, c'est--dire
en dehors de tout. Les Affaires sont l'Inexplicable, l'Indmontrable,
l'Incirconscrit, au point qu'il suffit d'noncer ce Lieu
Commun pour tout trancher, pour museler  l'instant les
blmes, les colres, les plaintes, les supplications,
les indignations et les rcriminations. Quand on a dit
ces Neuf Syllabes, on a tout dit, on a rpondu 
tout et il n'y a plus de Rvlation  esprer.  
    --- Les Affaires sont les   
%
  Avoir des charges.
 Il faudrait n'avoir aucune exprience de la vie pour ignorer
que plus on est riche, plus les charges sont pesantes parce qu'on
a moins de prtextes pour s'en plaindre, et il faudrait
tre sourd ou bien insensible pour ne pas entendre, 
cet gard, les gmissements des riches et n'en avoir
pas le coeur dchir.  
    --- Les Affaires sont les   
%
 Faire fortune.
 On fait fortune  peu prs comme on fait la vie,
c'est--dire en se surveillant assez pour ne jamais rien
faire de propre ou d'utile aux autres et pouvant donner lieu 
un soupon de dsintressement. Alors l'argent
vient  vous comme les insectes et les limaces 
un fruit tomb.  
    --- Les Affaires sont les   
%
 Ce qui cote les yeux de la tte.
 Un aveugle me disait un jour que son chien lui cotait
les yeux de la tte.  
    --- Les Affaires sont les   
%
 Distance n. La seule chose que les riches soient prts
 accorder aux pauvres, en souhaitant qu'ils la gardent.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Terre n. Nom de notre plante, mais aussi de la
surface de celle-ci, considre comme tant
susceptible d'tre sujette  la proprit.
Le principe de proprit qui permet l'appartenance
prive est l'une des fondations de notre socit
moderne, et reste d'une importance considrable dans son
organisation. Pouss  sa conclusion logique, il
signifie que certains ont le droit d'empcher l'existence
d'autres personnes ; car le droit de possder implique
le droit d'occuper avec exclusivit ; et, dans les
faits, des lois interdisant mme le passage sont promulgues
partout o la proprit territoriale est
reconnue. Il s'ensuit que si l'ensemble habitable de terra firma
est en possession de A, B et C, il n'y a plus d'endroit pour D,
E, F et G afin de natre, et, mme s'ils taient
ns clandestinement, plus d'endroit pour exister.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Il n'y a rien qui donne de l'assurance, et je dirais presque
de l'esprit, et l'aplomb de ses propres ides, comme mille
francs dans sa poche et  soi.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je racontais ce matin  Duhamel l'histoire de Bloy
racontant que les Rothschild lui avaient vol cinq cents
francs, parce que, leur ayant crit pour leur demander
mille francs et comptant fermement les recevoir, il n'avait reu
d'eux que cinq cents francs. Dubamel me dit  ce propos :
"H ! h ! mfiez-vous des millionnaires.
Ils vous volent toujours quelque chose.".  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 ... il est plus difficile de rendre que de ne pas recevoir.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Comme si les chteaux, les belles proprits,
les parcs, les vieilles anciennes demeures seigneuriales n'taient
pas la parure d'un pays, ne faisaient pas partie de son histoire,
n'voquaient pas son pass. Comme si le luxe n'tait
pas ncessaire, n'avait pas ses bienfaits, son utilit
mme, conomiquement. Un pays serait dans un bel
tat, qui ne serait peupl que de pauvres.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je ne suis pas ennemi de l'extrme opulence, car
elle est une charge presque aussi pesante qu'un grand nom, j'admire
ceux qui n'en sont pas crass, je plains les autres,
et qui n'taient pas ns pour un tel risque. Ce
qui me dgote, c'est prcisment ce
que vous souhaitez tous, dont vous tes si fiers, que vous
appelez d'un mot ignoble : l'aisance. Etre 
l'aise... se mettre  l'aise... les lieux d'aisance...
voil prcisment o je voulais en
venir : on n'est  l'aise que sur son pot.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Ce qui prime tout dans la vie, c'est l'argent.
 Sans argent, il n'y a pas de bonheur possible, et, jusqu'
une certaine limite, l'argent fait le bonheur. Cette limite varie
selon les besoins de chaque individu.
 Il ne faut pas manquer d'argent, et il ne faut pas en avoir beaucoup
trop. Parce que ceux qui en ont beaucoup trop se le font prendre
par ceux qui n'en ont pas assez - et s'ils ne se laissent pas
prendre leur argent, ils deviennent odieux.
 C'est bien vident que Rockefeller n'est pas l'homme le
plus heureux du monde parce qu'il en est le plus riche, mais il
est bien vident aussi que l'homme le plus pauvre du monde
est le plus malheureux de tous.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Saint Louis, vers 1260..., j'tais bien jeune 
cette poque ! Saint Louis ayant tabli un
droit de page  l'entre de Paris, les charlatans,
les saltimbanques, en un mot les acteurs qui avaient un singe
ne payaient que 4 deniers  -  mais si c'tait un
jongleur, il jonglait, faisait quelques grimaces devant celui
qui percevait l'impt, et il en tait dispens,
et c'est de l que vient l'expression : payer en monnaie
de singe.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 On accepte l'ide qu'un homme sans valeur peut
gagner de l'argent, mais qu'un homme de valeur parvienne 
s'enrichir, on ne le lui pardonne pas !  
    --- Sacha GUITRY   
%
 J'ai rapport ailleurs (Hommage  Marcel
Proust, NRF) l'anecdote du pourboire au concierge de l'htel
Ritz. "Pouvez-vous me prter cinquante francs ? - Tout
de suite, Monsieur Proust. - Gardez-les, c'tait pour vous."
 Inutile d'ajouter que, le lendemain, le concierge dut recevoir
le triple.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 On dit que la plupart des hommes tombent en quelque sorte
 genoux sur la seule mention de l'argent. Je n'ai vu rien
de tel. Je vois bien que les hommes ont besoin d'argent et s'occupent
premirement  en gagner ; cela veut dire seulement
que l'homme mange au moins deux fois par jour, et choses semblables.
Mais un homme qui ne pense qu' manger et  gagner,
cela est rare ; c'est une sorte de monstre. Et pareillement,
celui qui ne pense qu' tendre ses affaires, et
 ajouter des millions  des millions est une sorte
de monstre. Quant aux oprations intellectuelles que suppose
cette manie d'acqurir, elles sont tellement communes et
faciles que personne ne les jugera au-dessus de soi. O
donc courent les hommes ds qu'ils sont assurs
de leur pte ? Ils courent au stade, et ils
acclament un homme fort, un homme agile, un homme courageux ;
ce sont des valeurs qui ne s'achtent point, des valeurs
estimes bien plus haut que l'argent. Ou bien ils vont
au concert, et crient de tout leur coeur et casseraient les banquettes
en l'honneur de quelque artiste ; et certes ils savent que
le plus riche des hommes ne peut s'offrir cette gloire. Quant
aux puissances de pur esprit, nul ne les mconnat ;
nul ne les mesure aux millions. Personne ne demande si Einstein
est bien riche.  
    --- ALAIN   
%
 Mettre de l'argent de ct pour l'avoir devant
soi, est, pour paradoxale qu'elle soit, une faon comme
une autre d'assurer ses arrires  effet de ne pas
l'avoir dans le dos.  
    --- Pierre DAC   
%
 Dans notre socit de consommation et d'pargne,
un homme qui a de l'argent est un homme considr.
Un homme qui n'en a pas est galement un homme considr,
mais lui, comme un pauvre type.  
    --- Pierre DAC   
%
 Si la fortune vient en dormant, a n'empche
pas les emmerdements de venir au rveil.  
    --- Pierre DAC  
%
 Ce qui devrait importer  l'individu, semble-t-il,
c'est son revenu net, disponible. Mais ce n'est pas ainsi que
se forme le jugement ; il s'assied sur ce qui est pris et
non sur ce qui reste. Il est plus pnible de "rendre" 1 000
francs que de ne pas les gagner.
 A la premire gnration, disons vers 1900,
Pierre gagne 10 et rend 1 ; il lui reste 9 : plus tard,
vers 1935, son fils Paul gagne 14 et rend 2 ; comme i1 lui
reste 12, il pourrait tre plus satisfait que son pre,
mais il peste contre ce prlvement. En 1971, Louis,
fils de Paul, gagne 25 et rend 9 ; loin de se flatter des
16 dont il dispose et dont n'aurait pas os rver
son grand-pre, il peste contre les 9. Encore une gnration
et ce sera l'meute permanente.  
    --- La psychologie de la   
%
 L'argent ne se plat pas chez les pauvres, qui ne
le gardent jamais trs longtemps, quand ils en ont un peu,
alors qu'il se sent trs bien chez les riches, qui peuvent
l'hberger indfiniment. C'est sans doute pourquoi,
si l'on connat des riches bien-pensants, on en voit rarement
de bien-dpensants.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Un riche ne l'est jamais assez pour consentir 
l'tre un peu moins.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Ce qui est terrible, c'est de se plaindre de ses difficults
devant un riche, et l'entendre, lui, se plaindre plus que vous,
de sorte qu' la fin on est oblig de s'apitoyer
sur lui. Il faut bien consoler plus chanceux que soi !  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il parat que la crise rend les riches plus riches
et les pauvres plus pauvres. Je ne vois pas en quoi c'est une
crise. Depuis que je suis petit, c'est comme a.  
    --- COLUCHE   
%
 L'argent ne fait pas le bonheur des pauvres. Ce qui est
la moindre des choses.  
    --- COLUCHE   
%
 Le drame quand on a pris l'habitude de gagner de l'argent
c'est que plus rien n'est gratuit.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Si les scandales continuent, si les pauvres s'obstinent
dans leur mauvaise humeur, l'argent finira par gcher jusqu'au
plaisir d'tre riche.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le bon sens de Marcel Dassault trnant dans son
bureau des Champs-Elyses entre deux Monet qui auraient
d s'orthographier  l'anglaise : "L'homme le
plus riche ne fait que deux repas par jour et sa voiture n'a que
quatre roues."
 Le genre de mauvaise foi qui ne souffre pas la contradiction.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 L'argent qui corrompt tout ne laisse intacte que la misre.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le ridicule dshonore plus que le dshonneur.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Toute navet court le risque d'un ridicule
et n'en mrite aucun.  -  Dans toute navet,
il y a confiance sans rflexion.  -  Toute navet
est tmoignage d'innocence.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 [...] le ridicule attaque tout, et ne dtruit rien.  
    --- Benjamin CONSTANT   
%
 L'odieux est la porte de sortie du ridicule.  
    --- Victor HUGO   
%
 Talleyrand lisant au Moniteur le nom bourgeois d'un nouveau
ministre, M. Cunin-Gridaine disait :  -  Je comprends
Cunin, mais pourquoi Gridaine ?  
    --- Victor HUGO   
%
 Le claqueur du Franais s'appelle Vacher. [...]
 Vacher a modifi son nom. Sur son acte de naissance il
s'appelle Vachier. Provost disait devant M<SUP>lle</SUP> Brohan : pourquoi
diable Vacher a-t-il chang son nom ? M<SUP>lle</SUP> Brohan
dit :  -  C'est qu'il n'aime pas qu'on le tutoie.  
    --- Victor HUGO   
%
 M. Marc, premier mdecin du roi, trs factieux
pour mdecin,  M. Vivien : "Vous tes
le plus populaire des prfets de P[aris]. Toutes les filles
ont toujours dit : Vit viens."  
    --- STENDHAL   
%
 Le rieur a l'immense avantage d'tre dispens
de fournir ses preuves : il peut, selon son humeur, dverser
le ridicule sur ce qui lui plat, et cela sans appel, dans
les pays du moins o, comme en France, sa tyrannie est
accepte pour une autorit lgitime. Les
seules choses qui chappent au ridicule sont les choses
mdiocres et vulgaires, en sorte que celui qui a la faiblesse
de s'interdire tout ce qui peut y prter s'interdit par
l mme tout ce qui est lev.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Cherchez le ridicule en tout, vous le trouverez.  
    --- Jules RENARD   
%
 Qui n'a jamais t ridicule ne sait point
rire.  
    --- ALAIN   
%
 Celui qui redoute le ridicule n'ira jamais loin en bien
ni en mal, il restera en de de ses talents, et
lors mme qu'il aurait du gnie, il serait encore
vou  la mdiocrit.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Pensent profondment ceux-l seuls qui n'ont
pas le malheur d'tre affligs du sens du ridicule.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Redouter l'chec, c'est redouter le ridicule, il
n'y a rien de plus mesquin. Aller de l'avant  -  c'est
justement ne pas craindre de devenir la rise de ses semblables.  
    --- Emil CIORAN   
%
      Aux lecteurs
      
      Amis lecteurs, qui ce livre lisez,
      Despouillez-vous de toute affection,
      Et, le lisant, ne vous scandalisez :
      Il ne contient mal ne infection.
      Vray est qu'icy peu de perfection
      Vous apprendrez, sinon en cas de rire ;
      Aultre argument ne peut mon cueur lire,
      Voyant le dueil qui vous mine et consomme :
      Mieux est de ris que de larmes escripre,
      Pour ce que rire est le propre de l'homme.  
    --- Franois RABELAIS   
%
 Il faut rire avant que d'tre heureux, de peur de
mourir sans avoir ri.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Un projet assez vain serait de vouloir tourner un homme
fort sot et fort riche en ridicule ; les rieurs sont de son
ct.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La plus perdue de toutes les journes est celle
o l'on n'a pas ri.  
    --- CHAMFORT   
%
 Faire rire les autres n'est pas un art difficile tant
qu'on se moque de savoir si c'est de notre trait d'esprit ou de
nous-mme qu'on rit.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Avoir toujours devant les yeux cette grande vrit,
que le succs est pour qui fait rire.  
    --- STENDHAL   
%
 Un mystique ne rit pas. Un tre triste est, de bonne
foi, injuste envers Molire, comme un malade se dgote
des aliments les plus sains.  
    --- STENDHAL   
%
 Il arriva que le feu prit dans les coulisses d'un thtre.
Le bouffon vint en avertir le public. On pensa qu'il faisait de
l'esprit et on applaudit ; il insista ; on rit de plus
belle. C'est ainsi, je pense, que prira le monde :
dans la joie gnrale des gens spirituels qui croiront
 une farce.  
    --- Sren KIERKEGAARD   
%
 [...] ce qui, par-dessus tout, contribue le plus directement
 notre bonheur, c'est une humeur enjoue, car cette
bonne qualit trouve tout de suite sa rcompense
en elle-mme. En effet, celui qui est gai a toujours motif
de l'tre par cela mme qu'il est. Rien ne peut remplacer
aussi compltement tous les autres biens que cette qualit,
pendant qu'elle-mme ne peut tre remplace
par rien. Qu'un homme soit jeune, beau, riche et considr ;
pour pouvoir juger de son bonheur, la question sera de savoir
si, en outre, il est gai ; en revanche, est-il gai, alors
peu importe qu'il soit jeune ou vieux, bien fait ou bossu, pauvre
ou riche ; il est heureux. Dans ma premire jeunesse,
j'ai lu un jour dans un vieux livre la phrase suivante :
Qui rit beaucoup est heureux et qui pleure beaucoup est malheureux ;
la remarque est bien niaise ; mais,  cause de sa
vrit si simple, je n'ai pu l'oublier, quoiqu'elle
soit le superlatif d'un truism (en anglais, vrit
triviale). Aussi devons-nous, toutes les fois qu'elle se prsente,
ouvrir  la gaiet portes et fentres, car
elle n'arrive jamais  contre-temps, au lieu d'hsiter,
comme nous le faisons souvent,  l'admettre, voulant nous
rendre compte d'abord si nous avons bien,  tous gards,
sujet d'tre contents, ou encore de peur qu'elle ne nous
drange de mditations srieuses ou de graves
proccupations ; et cependant il est bien incertain
que celles-ci puissent amliorer notre condition, tandis
que la gaiet est un bnfice immdiat.
Elle seule est, pour ainsi dire, l'argent comptant du bonheur ;
tout le reste n'en est que le billet de banque ; car seule
elle nous donne le bonheur dans un prsent immdiat ;
aussi est-elle le bien suprme pour des tres dont
la ralit a la forme d'une actualit indivisible
entre deux temps infinis.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 Rire. - Rire, c'est se rjouir d'un prjudice,
mais avec bonne conscience.   
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Les rieurs ne rgneront jamais.  
    --- Ernest RENAN   
%
 Si vous avez envie de rire, vous me trouverez spirituel.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il ne faut pas rire tant qu'on n'est qu' l'extrieur
des choses, mais il faut d'abord y entrer. Il faut rire du milieu
des choses. Plus clairement, je ne ris pas de toute politique,
car il peut en tre de belle que j'ignore, mais je ris des
hommes politiques que je connais, et de la politique qu'ils font
sous mes yeux. Que le rire soit, non pas frivole, mais srieux
et intrieur, et d'une philosophie consciente ! On
n'a le droit de rire des larmes que si on a pleur. Le
ridicule n'existe que par moments, mais rien n'est tout 
fait ni toujours ridicule.
 Il ne faut rire que des belles choses qu'on peut aimer. Le banal
ne fait pas rire. Avant que de rire des grands hommes, il faut
savoir les aimer de toute son me.
 Le rire est inattaquable puisqu'il rit de lui-mme, mais
il meurt tout seul au milieu des figures graves et pensives.
 Renan a dit : "Les rieurs ne rgneront jamais." Il
est vrai qu'ils se moquent de rgner.  
    --- Jules RENARD   
%
 Nous sommes ici-bas pour rire.
 Nous ne le pourrons plus au purgatoire ou en enfer.
 Et, au paradis, ce ne serait pas convenable.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le vice olympien.  -  En dpit de ce philosophe
qui, en bon Anglais qu'il tait, a essay de discrditer
le rire auprs de tous les penseurs  -  "le rire,
dit Hobbes, est une grave infirmit de la nature humaine,
dont toute tte pensante devra s'efforcer de s'affranchir" -  ,
j'oserai mme tablir une hirarchie des philosophes
d'aprs la qualit de leur rire  -  en plaant
au sommet ceux qui sont capables d'clats de rire dors.
Et  supposer que les dieux philosophent, eux aussi, ce
que plusieurs conclusions m'incitent fortement  croire,
je ne doute pas qu'ils ne sachent aussi, tout en philosophant,
rire d'une faon nouvelle et surhumaine  -  et
aux dpens de toutes les choses srieuses !
Les dieux sont espigles : il semble que, mme
pendant les actes sacrs, ils ne puissent s'empcher
de rire.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Une certaine vision ironique conserve-t-elle les individus,
ou cette vision est-elle le signe d'une bonne sant foncire,
permettant de franchir les tapes morbides ? Je ne
sais. Ce qui est certain, c'est que l'injure des ans s'attaque
moins  des gaillards comme Adrien Hbrard ou Georges
Clemenceau qu' d'autres, d'aspect plus robuste et durable.
Se fichant de presque tout et de tout le monde, ces privilgis
de la dure n'attachent plus  leur sant
ni  la fuite des heures ce prix excessif qui engendre
la mlancolie et met les tissus organiques en dpression.
Selon Alphonse Daudet, l'ironie est le grand antiseptique et je
pense que cette comparaison va trs loin. Plus que l'Acadmie
franaise, le rire confre, ds ici-bas,
l'immortalit conditionnelle.  
    --- Lon DAUDET   
%
 La facult de rire aux clats est preuve
d'une me excellente. Je me mfie de ceux qui vitent
le rire et refusent son ouverture. Ils craignent de secouer l'arbre,
avares qu'ils sont de fruits et d'oiseaux, craintifs qu'on s'aperoive
qu'il ne s'en dtache pas de leurs branches.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Il ne faut pas avoir trop raison quand on veut avoir les
rieurs de son ct ; avoir un tantinet tort
est mme une preuve de bon got.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
  "Mets les rieurs de ton ct"  -  et
le bateau chavire. Il te verse avec eux dans le vulgaire.  
    --- Paul VALERY   
%
 On se fait rarement rire seul parce qu'on se surprend
difficilement soi-mme.  
    --- Paul VALERY   
%
 Pour ce que rire est le propre de l'homme...
 Je ne sais si c'est vrai.
 Mais pourquoi le rire serait un moyen, une ressource de l'tre
le plus pensant ? de l'homme ?
 Ce vomissement du cerveau  -  cette quation d'une
image ou d'une ide ou d'une concidence avec une
chatouille ?  
    --- Paul VALERY   
%
 Le rire dit : Je ne suis pas comme cela, MOI !  
    --- Paul VALERY   
%
 Vraiment, j'ai presque du regret de n'avoir pas fait du
thtre, quand je vois jouer du Molire. J'ai
bien chang de ce que j'tais  vingt ans.
Je n'aimais pas Molire. Je ne voyais que le thtre
tragique, romantique, les grands premiers rles 
tirades. Aujourd'hui, je trouve cela assommant,  clater
de rire, absolument oppos au caractre franais,
et qu'il n'y a de thtre que le thtre
comique. Je suis sr l-dessus d'tre dans
le vrai. Il n'y a que le comique qui soit la reprsentation
de la vie.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je pensais ce soir, et je l'ai recherch, pour
le plaisir d'en lire les mots, au mot de Chamfort : La plus
perdue de toutes les journes est celle o on n'a
pas ri. Quelle merveille, ce mot ! Que de choses il contient,
il exprime. De quelle extrme sensibilit il est
n ! Et combien de gens aujourd'hui connaissent Chamfort,
 -  heureusement ! Et il n'y a pas mme une
plaque sur la maison dans laquelle il est mort ! Et les manuels
littraires font si petit cas de lui ! Je le rpterai
une fois de plus : il est  mettre  ct,
et  galit, de La Rochefoucauld.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Je suis depuis longtemps en admiration pour cette pense
de Chamfort : La plus perdue de toutes les journes
est celle o l'on n'a pas ri, si profonde, sous un certain
sens, qu'il est bien probable qu'on doit l'entendre gnralement,
si amre, si dsabuse, expression d'une
ironie porte  son plus grand degr, le
summum de la dception et de la misanthropie.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Le rire est directement contraire  cette forcene
attention  soi, qui est le fond du srieux. Le
rire secoue tout le corps comme un vtement, laissant chaque
partie s'battre  sa guise. Par essence le rire
est un abandon de gouvernement, et le premier remde contre
cet absurde gouvernement qui noue et paralyse. Le rire rtablit
les changes en dliant ; il are, nettoie
et repose. Quoi de mieux ? Mais le rire a ceci de mauvais
qu'il attaque le srieux en son centre et menace de le
dtrner. Et c'est un scandale, pour celui qui s'est
fait de belles raisons d'tre triste, que toutes ces raisons
se perdent soudain par cette ngation de toute attitude
qu'est le rire. "Ne prtendez point" se ramne 
ceci : "ne tendez point". Mais on veut prtendre.
Ainsi le rire est comme une violence, et une tentative de vous
faire sauter comme un nourrisson. Il faut toutes les prcautions
de l'art comique pour que le rire soit vainqueur. Mais aussi ce
triomphe est beau.  
    --- ALAIN   
%
 L'art de dire finement les choses... Qu'ai-je affaire
de paratre spirituel ? L'paisseur des grands
comiques, des Cervants, Molire, Rabelais. Leur
rire est gnrosit. Celui qui sourit seulement
se croit suprieur ; il se prte ; l'autre
se donne.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il n'y a pas de comique en dehors de ce qui est humain.
Un paysage pourra tre beau, gracieux, sublime, insignifiant
ou laid ; il ne sera jamais risible. On rira d'un animal,
mais parce qu'on aura surpris chez lui une attitude d'homme ou
une expression humaine. On rira d'un chapeau ; mais ce qu'on
raille alors, ce n'est pas le morceau de feutre ou de paille,
c'est la forme que des hommes lui ont donne, c'est le
caprice humain dont il a pris le moule. Comment un fait aussi
important, dans sa simplicit, n'a-t-il pas fix
d'avantage l'attention des philosophes ? Plusieurs ont dfini
l'homme "un animal qui sait rire". Ils auraient aussi bien pu
le dfinir un animal qui fait rire, car si quelque animal
y parvient, ou quelque objet inanim, c'est par une ressemblance
avec l'homme, par la marque que l'homme y imprime ou par l'usage
que l'homme en fait.  
    --- Henri BERGSON   
%
 Quelques gnrations encore, et le rire,
rserv aux initis, sera aussi impraticable
que l'extase.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le sarcastique et prophtique proverbe qui dit :
"Rira bien qui rira le dernier" gagnerait  tre
ainsi modifi : "quand celui qui rit le dernier a
bien fini de rire, personne ne rigole plus.  
    --- Pierre DAC   
%
 Il faut rire de tout. C'est extrmement important.
C'est la seule humaine faon de friser la lucidit
sans tomber dedans.  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Il ne faut pas gter les choses prsentes
par le dsir des absentes, mais rflchir
au fait que celles-l mmes ont fait partie des choses
souhaitables.  
    --- EPICURE   
%
 Il vaut mieux employer notre esprit  supporter
les infortunes qui nous arrivent qu' prvoir celles
qui nous peuvent arriver.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Il vaut mieux s'occuper de l'tre que du nant.
Songe donc  ce qui te reste, plutt qu'
ce que tu n'as plus.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ne pas pouvoir prendre longtemps au srieux ses
ennemis, ses malheurs et jusqu' ses mfaits  -  c'est
le signe caractristique des natures pleines et fortes,
en qui se trouve en surabondance la force plastique et rgnratrice,
qui permet de gurir et mme d'oublier. (Un bon exemple
dans ce genre, pris dans le monde moderne, c'est Mirabeau, qui
n'avait pas la mmoire des insultes, des infamies que l'on
commettait  son gard ; et qui ne pouvait
pas pardonner, uniquement parce qu'il  -  oubliait). Un
tel homme, en une seule secousse, se dbarrasse de beaucoup
de vermine qui chez d'autres s'installe  demeure ;
c'est ici seulement qu'est possible le vritable "amour
pour ses ennemis",  supposer qu'il soit possible sur terre.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Lequel vaut mieux : d'avoir des remords ou des regrets ?  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Tous les partis qu'on rate sont "magnifiques".  
    --- Jules RENARD   
%
 Reconsidrer v. Chercher une justification pour
une dcision dj prise.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Rflexion n. Dmarche de l'esprit 
travers laquelle nous percevons avec clart notre relation
avec les vnements du pass, et qui nous
rend capable d'viter  l'avenir les prils
que nous ne rencontrerons plus.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Le ressentiment est une grande consolation.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'homme insoucieux, l'imprvoyant, est moins accabl
et dmont par l'vnement catastrophique
que 1e prvoyant.
 Pour l'imprvoyant, le minimum d'imprvu.  -  Quoi
d'imprvu pour qui n'a rien prvu ?  
    --- Paul VALERY   
%
 Je lisais hier un article sur une espce de fous
 opinions, qui,  force de voir les choses toujours
sous le mme angle, finissent par se croire perscuts,
et sont bientt dangereux et bons  enfermer. Cette
lecture, qui me jetait dans de tristes penses (quoi de
plus triste  considrer qu'un fou ?), me rappela
pourtant une bonne rponse que j'avais entendue. Comme
on parlait, en prsence d'un sage, d'un demi-fou 
perscutions, qui, par surcrot, avait toujours froid
aux pieds, ce sage dit  : "Dfaut de circulation,
dans le sang, et de circulation dans les ides. " Le mot
est bon  mditer.  
    --- ALAIN   
%
 Le regret n'est pas si videmment nuisible qu'on
est tent de le penser. Il essaie de sauver le pass,
il est l'unique recours que nous ayons contre les manoeuvres de
l'oubli, le regret est la mmoire qui passe  l'attaque.  
    --- Emil CIORAN  
%
 Celui-ci veut accrocher un tableau. Il possde un
clou mais pas de marteau. Le voisin en a un, que notre homme dcide
d'emprunter. Mais voil qu'un doute le saisit. Et si le
voisin s'avisait de me le refuser ? Hier, c'est tout juste
s'il a rpondu d'un vague signe de tte quand je
l'ai salu. Peut-tre tait-il press ?
Mais peut-tre a-t-il fait semblant d'tre press
parce qu'il ne m'aime pas ! Et pourquoi ne m'aimerait-il
pas ? J'ai toujours t fort civil avec lui,
il doit s'imaginer des choses. Si quelqu'un dsirait emprunter
un de mes outils  moi, je le prterais volontiers.
Pourquoi refuse-t-il de me prter son marteau, hein ?
Comment peut-on refuser un petit service de cette nature ?
Ce sont les gens comme lui qui empoisonnent la vie de tout un
chacun ! Il s'imagine sans doute que j'ai besoin de lui.
Tout a parce que Mssieu possde un marteau.
Je m'en vais lui dire ma faon de penser, moi ! Et
notre homme se prcipite chez le voisin, sonne 
la porte et, sans laisser le temps de dire un mot au malheureux
qui lui ouvre la porte, s'crie, furibond : "Et gardez-le
votre sale marteau, espce de malotrus !"
 [...]
 Peu de mcanismes pourraient produire un effet aussi dvastateur
que celui qui consiste  affronter brusquement un partenaire
qui ne se  doute de rien en lui assenant la conclusion d'une longue
rflexion fonde sur des postulats imaginaires et
dans laquelle il joue un rle  -  ngatif,
certes, mais fondamental. Effarement, colre, prtendue
incomprhension, refus dsespr de
toute culpabilit  -  autant de preuves concluantes
du fait qu'on avait vu juste. On avait accord sa confiance
et ses faveurs  quelqu'un qui n'en tait pas digne.
Une fois encore, on s'est fait avoir, on s'est montr trop
bon  -  une poire.  
    --- Une histoire de marteau   
%
 On craint mille morts, et l'on n'en vit jamais qu'une...
Toute angoisse est imaginaire ; le rel est son antidote.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Si les hommes qui se sont donns  l'tude
de la sagesse sont gnralement malheureux, surtout
dans leur progniture, je pense que c'est parce que la
nature, dans sa prvoyance, veille  ce que la contagion
de la sagesse ne se rpande pas trop parmi les mortels.
C'est ainsi que Cicron, comme on sait, eut un fils dgnr
et les enfants du sage Socrate, comme le fait remarquer justement
un crivain, ressemblaient plus  leur mre
qu' leur pre, c'est--dire qu'ils taient
fous.  
    --- ERASME   
%
 Conviez un sage  un bon repas, il le troublera
par son morne silence ou ses questions dplaces.
Invitez-le au bal, vous croirez voir un chameau danser. Entranez-le
au spectacle, son seul visage empchera le peuple de s'amuser
et le sage Caton sera forc de quitter le thtre,
faute d'avoir pu se drider le sourcil. S'il survient dans
une conversation, c'est l'arrive du loup de la fable.
S'agit-il d'un achat, d'un contrat, bref d'un de ces actes ncessaires
au cours ordinaire de la vie ? Votre sage a plutt
l'air d'une bche que d'un homme. Ainsi ne peut-il tre
utile ni  lui-mme, ni  sa patrie, ni aux
siens dans la moindre circonstance, car il ignore tout des ralits
les plus lmentaires et il est  mille lieues
de l'opinion commune et des usages courants. Il est donc fatal
qu'il soit dtest pour tre aussi diffrent
des autres par sa manire de vivre et de penser. En effet,
tout ce qui se fait chez les mortels est plein de folie, fait
par des fous, devant des fous. S'il en est un qui veuille s'opposer
 tous les autres, je lui conseillerai de faire comme Timon,
de partir dans un dsert pour y jouir seul de sa sagesse.  
    --- ERASME   
%
 L'ame qui loge la philosophie doit, par sa sant,
rendre sain encores le corps. Elle doit faire luire jusques au
dehors son repos et son ayse ; doit former  son moule
le port exterieur, et l'armer par consequent d'une gratieuse fiert,
d'un maintien actif et allegre, et d'une contenance contente et
debonnaire. La plus expresse marque de la sagesse, c'est une esjoussance
constante ; son estat est comme des choses au dessus de la
Lune : toujours serein.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 La sagesse est  l'me ce que la sant
est pour le corps.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Les plus sages le sont dans les choses indiffrentes,
mais ils ne le sont presque jamais dans leurs plus srieuses
affaires.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Peu de tout. Puisqu'on ne peut tre universel en
sachant tout ce qui se peut savoir sur tout, il faut savoir peu
de tout. Car il est bien plus beau de savoir quelque chose de
tout que de savoir tout d'une chose ; cette universalit
est la plus belle. Si on pouvait avoir les deux encore mieux,
mais s'il faut choisir, il faut choisir celle-l, et le
monde le sait et le fait, car le monde est un bon juge souvent.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 C'est la profonde ignorance qui inspire le ton dogmatique.
Celui qui ne sait rien croit enseigner aux autres ce qu'il vient
d'apprendre lui-mme ; celui qui sait beaucoup pense
 peine que ce qu'il dit puisse tre ignor,
et parle plus indiffremment.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 L'esprit de modration et une certaine sagesse
dans la conduite laissent les hommes dans l'obscurit ;
il leur faut de grandes vertus pour tre connus et admirs,
ou peut-tre de grands vices.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 On peut bien dire  un homme sage "Vous tes
fou". On peut bien dire  un homme d'esprit "Vous tes
un sot". Mais le moyen de dire  un sot qu'il est un sot
et  un fou qu'il est un fou ?  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Une docte ignorance est une ignorance qui se connot.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le mot sage dit  un enfant, c'est un mot qu'il
comprend toujours et qu'on ne lui explique jamais.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 M... disait qu'un esprit sage, pntrant
et qui verrait la socit telle qu'elle est, ne
trouverait partout que de l'amertume. Il faut absolument diriger
sa vue vers le ct plaisant, et s'accoutumer 
ne regarder l'homme que comme un pantin et la socit
comme la planche sur laquelle il saute. Ds lors, tout
change : l'esprit des diffrents tats, la
vanit particulire  chacun d'eux, ses diffrentes
nuances dans les individus, les friponneries, etc., tout devient
divertissant, et on conserve la sant.  
    --- CHAMFORT   
%
 Ombre dans la flamme. - La flamme n'est pas aussi lumineuse
pour elle-mme que pour les autres qu'elle claire :
de mme aussi le sage.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Novices en philosophie. - Vient-on de recevoir la sagesse
d'un philosophe, on s'en va par les rues avec le sentiment d'tre
rform et devenu un grand homme ; car on ne
trouve que des gens qui ne connaissent pas cette sagesse, par
consquent on a sur tout une nouvelle dcision inconnue
 proposer : parce qu'on reconnat un code,
on pense ds lors pouvoir se poser aussi en juge.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Le sage qui se fait passer pour fou. - La charit
du sage le pousse parfois  paratre mu,
fch, rjoui, pour ne pas blesser son entourage
par la froideur et la lucidit de sa vraie nature.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 A quoi l'on peut mesurer la sagesse. - L'augmentation
de la sagesse se laisse mesurer exactement d'aprs la diminution
de bile.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La sagesse des Nations, cette imbcile.  
    --- Jules RENARD   
%
 Sur la folie  -  Lettre  Dominique.
 Les cas les plus intressants sont ceux qui ne s'loignent
pas infiniment de la normale. On trouve alors que l'quilibre
mental est une apparence, que le fou est un grossissement de l'homme
sain,  -  que tout esprit sain vu  la loupe est
un grouillement d'lments de dmence.
 Peut-tre dans le sage sont-ils assez divers pour se compenser
 peu prs et chez le fou, sont-ils moins varis,
et les impulsions s'ajoutent-elles jusqu' rompre tous
les obstacles que la prsence du rel oppose aux
puissances nerveuses ?  
    --- Paul VALERY   
%
 ... il y a une part de btise chez le redresseur
de torts, le redresseur d'erreurs. Le vrai sage c'est celui qui
se dit : quels niais, tous ces gens qui se laisse duper.
Aprs tout, si cela leur plat ? L'essentiel,
c'est que moi, je ne sois pas dupe. Le misanthrope est comique
qui dit son fait  tout le monde. Le redresseur d'erreurs
peut l'tre tout autant.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 La sagesse est d'tre fou lorsque les circonstances
en valent la peine.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Ce qui est troublant, chez Jean Cocteau, c'est qu'il faille
le prendre au srieux. On a tt fait de dceler
le dsquilibr quand il est prcisment
un quilibriste.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 C'est une grande sagesse que d'oser paratre imbcile
mais il y faut un certain courage que je n'ai pas toujours eu.  
    --- Andr GIDE   
%
 Celui qui proteste fera plus tard, du savoir renoncer,
la sagesse de sa vie.  
    --- Andr GIDE   
%
 Toutes les penses qu'alimentait nagure
le dsir, toutes les inquitudes qu'il soulevait,
ah ! qu'il devient difficile de les comprendre, alors que
la source de la convoitise tarit. Et comment s'tonner
ds lors de l'intransigeance de ceux qui n'ont jamais t
mens par le dsir ?...Il semble, l'ge
venant, qu'on se soit surfait quelque peu ses exigences et l'on
s'tonne de voir de plus jeunes que soi s'en laisser tourmenter
encore. Les vagues retombent lorsque le vent ne souffle plus ;
tout l'ocan s'endort pour pouvoir reflter le ciel.
Savoir souhaiter l'invitable, toute la sagesse est l.
Toute la sagesse du vieillard.  
    --- Andr GIDE   
%
 La sagesse commence o finit la crainte de Dieu.
Il n'est pas un progrs de la pense qui n'ait paru
d'abord attentatoire, impie.  
    --- Andr GIDE   
%
 Sans doute, est-il bien peu de prceptes de sagesse
(et je doute si mme il y en a quelques-uns) qui, pris sous
un certain biais, ne semble folie.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il y a quelque... romantisme  se dsoler
que les choses ne soient pas autrement qu'elles ne sont ;
c'est--dire qu'elles ne peuvent tre. C'est sur
le rel qu'il nous faut difier notre sagesse, et
non point sur l'imaginaire. Mme la mort doit tre
admise par nous et nous devons nous lever jusqu'
la comprendre ; jusqu' comprendre que l'merveillante
beaut de ce monde vient de ceci prcisment
que rien n'y dure et que sans cesse ceci doit cder place
et matire pour permettre  cela, qui n'a pas encore
t, de se produire ; le mme, mais renouvel,
rajeuni ; le mme, et pourtant imperceptiblement plus
voisin de cette perfection  laquelle il tend sans le savoir
et dont se forme lentement le visage mme de Dieu.  
    --- Andr GIDE   
%
  -  Sois sage ! 
 Ce conseil salutaire est ordinairement le premier qu'on nous
donne. Combien il est prmatur ! On nous le
donne sur tous les tons, du ton de la prire au ton de
la menace, ce qui tend  le dconsidrer
aux yeux mmes de ceux qui nous proposent la sagesse. Ils
y renoncent assez vite et, sitt que nous avons l'ge
dit "de raison", il n'en est plus question  -  et il n'en
est plus question d'ailleurs.
 Jusqu' l'ge de dix ans, nos parents nous recommandent
d'tre sages. De dix  vingt ans, nos professeurs
nous invitent  tre srieux, puis viennent
nos premires matresses qui nous supplient d'tre
gentils. Enfin, voici nos pouses qui nous demandent d'tre
bons  -  et qui vont nous prier bientt d'tre
indulgents.
 Et c'est alors qu'ayant bien travaill, beaucoup souffert
et bien aim, nous nous apercevons qu'il faut avoir vcu
pendant cinquante annes pour suivre le conseil qu'on nous
donnait jadis. Ayant atteint la soixantaine, nous nous efforons
en effet d'tre sages.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Le dfaut de l'homme inculte est qu'il croit trop.
Un esprit cultiv allge ; comme si beaucoup
d'ides y vivaient ensemble par une politique provisoire,
sans s'accorder toutes ; et c'est le propre d'un esprit juste,
dans tous les sens de ce mot, que le oui et le non y vivent en
paix, comme on voit en Montaigne ; aussi les lourds et prcipits
jugeurs ne le peuvent suivre. Il est pourtant clair qu'il y a
une manire d'tre assur en ses opinions
qui n'est pas bonne, comme les fous et les maniaques le font voir.
 Il est vrai qu'aussi le sage ne doute point de tout, et Montaigne
non plus. Ces dbats ne se terminent point en deux ou trois
arguments. J'ai observ chez des hommes de sens une masse
difficile  dplacer, reposant sur elle-mme
et bien assise, nullement prte  s'crouler
par ici ou par l. Je dirais d'eux non pas qu'ils doutent
de beaucoup de choses, mais plutt qu'ils sont assurs
de beaucoup de choses. Et voila un quilibre que ni les
mtiers ni les sciences ne peuvent donner, parce que le
fait et l'argument y ont une force brutale ; la guerre habite
en ces dogmatiques.  
    --- ALAIN   
%
 X m'insulte. Je m'apprte  le gifler. Rflexion
faite, je m'abstiens.
 Qui suis-je ? quel est mon vrai moi : celui de la rplique
ou celui de la reculade ? Ma premire raction
est toujours nergique ; la seconde, flasque. Ce qu'on
appelle "sagesse" n'est au fond qu'une perptuelle "rflexion
faite", c'est--dire la non-action comme premier mouvement.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le sage est celui qui consent  tout, parce qu'il
ne s'identifie avec rien. Un opportuniste sans dsirs.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Qu'est-ce qu'un sage ? Un Lucifer gteux.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il y a bien des annes, quand je me piquais encore
un peu de littrature, je me souviens avoir crit
une nouvelle trs courte, la plus courte que j'aie jamais
crite, et dont je crois qu'elle fut aussi la dernire.
Elle tenait en une phrase, et devait s'appeler Le sage. La voici :
"Tout  la fin de sa vie, le sage comprit que la sagesse
non plus n'avait pas d'importance." C'tait encore de la
littrature. Que la sagesse n'ait pas d'importance, la
plupart le comprennent bien avant, qui ne sont sages qu'
cette condition. La sagesse n'est qu'un rve de philosophe,
dont la philosophie doit aussi nous librer. La sagesse
n'existe pas : il n'y a que des sages, et ils sont tous diffrents,
et aucun bien sr ne croit  la sagesse...  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Sagesse comparative : ce sont les trahisons qui donnent
tout son prix  la fidlit, les maladies
qui permettent d'apprcier, lorsqu'elle rapparat,
la bonne sant, la mort des autres qui incite 
se fliciter gostement au sortir des cimetires
d'tre encore en vie.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le sceptique est le dsespoir du diable. C'est
que le sceptique, n'tant l'alli de personne, ne
pourra aider ni au bien ni surtout au mal. Il ne coopre
avec rien, mme pas avec soi.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'clectisme en philosophie est scepticisme. 
 Je parle ici d'un scepticisme strile, c'est--dire,
non pas de celui qui consiste  nier l'indmontrable
ou l'inintelligible, mais de celui qui consiste  tout
affirmer sans rien croire, ou  tout croire sans rien prouver,
la crdulit ayant remplac la certitude.  
    --- Jean-Franois REVEL  
%
 Mais, parce que selon le saige Salomon sapience n'entre
poinct en me malivole et science sans conscience n'est
que ruine de l'me, il te convient servir, aymer et craindre
Dieu, et en luy mettre toutes tes penses et tout ton espoir,
et par foy forme de charit, estre  luy
adjoinct en sorte que jamais n'en soys desampar par pch.  
    --- Science sans conscience.
    
%
 C'est une bonne drogue que la science ; mais nulle
drogue n'est assez forte pour se preserver sans alteration et
corruption, selon le vice du vase qui l'estuye.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Si la Physique n'avoit d'autres inventions que celles
de la poudre et du feu grgeois, on feroit fort bien de
la bannir comme la Magie.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Qui diroit que le stylocratohyodien soit
un petit muscle qui ne sert (lui dixime) qu' remuer
un trs petit os ? Un nom si grand et si grec ne semble-t-il
pas promettre un agent qui remueroit toute notre machine ?
Et je suis persuad que, quant aux vaisseaux omphalomsentriques,
un simple petit monosyllabe auroit pu remplir avec honneur toutes
les fonctions de ce magnifique terme.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 C'est une belle allgorie, dans la Bible, que cet
arbre de la science du bien et du mal qui produit la mort. Cet
emblme ne veut-il pas dire que lorsqu'on a pntr
le fond des choses, la perte des illusions amne la mort
de l'me, c'est--dire un dsintressement
complet sur tout ce qui touche et occupe les autres hommes ?  
    --- CHAMFORT   
%
 Cette physique moderne si vante, si infrieure
cependant  celle d'Aristote si mconnue, n'a pour
mrite propre qu'un peu d'industrie mcanique applique
avec succs  mesurer quelques distances et 
dterminer avec prcision quelques formes. Des chiffres
lui suffisent pour exprimer toutes ses dcouvertes, ce
qui ne leur suppose pas une grande beaut.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'exprience fait l'art, l'inexprience
la fortune. On fait des dcouvertes en cherchant et des
trouvailles par hasard.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Les thories ont caus plus d'expriences
que les expriences n'ont caus de thories.
On voit par l de quelle utilit est au progrs
des arts ce qui est purement rationnel dans chaque science.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Notre XIX<SUP>e</SUP> sicle,  la diffrence
du XVIII<SUP>e</SUP>, n'est pas dogmatique ; il semble viter
de se prononcer, il n'est pas press de conclure ;
il y a mme de petites ractions superficielles qu'il
a l'air de favoriser en craignant de les combattre. Mais, patience !
sur tous les points on est  l'oeuvre ; en physique,
en chimie, en zoologie, en botanique, dans toutes les branches
de l'histoire naturelle, en critique historique, philosophique,
en tudes orientales, en archologie, tout insensiblement
change de face ; et le jour o le sicle prendra
la peine de tirer ses conclusions, on verra qu'il est 
cent lieues,  mille lieues de son point de dpart.
Le vaisseau est en pleine mer ; on file des noeuds sans compter ;
le jour o l'on voudra relever le point, on sera tout tonn
du chemin qu'on aura fait.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Le phnomne passe. Je cherche les lois.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Un savant, c'est un homme qui est  peu prs
certain.  
    --- Jules RENARD   
%
 Quand les femmes seront enfin aussi savantes que des hommes
 -  que des hommes savants  -   amour,
vous ne serez plus le sel de la vie : vous en serez le chlorure
de sodium.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Laissez-moi m'interrompre un instant pour, pendant que
j'y pense, vous faire part de la rflexion que formulait
l'autre jour Franois Coppe, devant dix personnes
que je pourrais citer :
  -  C'est drle, on parle souvent du ple
Nord, plus rarement du ple Sud, et jamais du ple
Ouest ni du ple Est. Pourquoi cette injustice ?...
ou cet oubli ?  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Longtemps on admira la mthode scientifique de
cette brute de saint Thomas, lequel ne croyait qu'aux choses qu'il
avait de ses yeux vu, palpes de ses mains.
 Homais, Bouvard, Pcuchet et Paul Leroy-Beaulieu rptent
 chaque instant et non sans vidente satisfaction :
  -  Moi, je suis un type dans le genre de saint Thomas.
 Propos qui ne saurait faire leur loge.
 Plus la science marche, et particulirement depuis quelques
annes, plus on s'aperoit qu'en dehors de ce qu'on
voit et de ce qu'on touche, grouillent des mondes et des mondes
de phnomnes, dont les manifestations chappent
 la pitoyable perception de ces gauches moignons qui s'appellent
nos cinq sens.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 La science.
 Et voila le labarum* des imbciles. La science !
Avant le vingtime sicle, la mdecine pour
ne parler que de cette gueuse, n'avait aucun besoin de la science
et daignait  peine s'en recommander. Depuis fort longtemps,
elle croupissait dans les djections de ses malades. Maintenant
elle piaffe dans sa propre ordure.
 La putrfaction se plaignait de n'avoir pas son prophte.
Alors Pasteur est venu, Pasteur au nom doux et mliben,
et le Microbe, en retard de soixante sicles sur la cration,
est enfin sorti du nant. Quelle rvolution !
A partir de lui, tout change. La  recherche de la petite
bte remplace l'ancien esprit des Croisades. On ne connat
plus que la science, et chaque matassin revendique son animalcule.
Tous les srums, toutes les pestes liquides, tous les coulements
des morts, tout ce qui se passait nagure au fond des spulcres,
est aujourd'hui restitu  la lumire, prconis,
mobilis, inject, aval. La rage, la tuberculose
et le cholra sont devenus des apritifs ou des
pousse-caf. Le moujick de la bande vient de dcouvrir
mme un jus contre la vieillesse. Il ne tient qu'aux parents
d'avantager leurs enfants de quarante ferments d'infection, ds
le berceau, et de faire de leurs corps des vases de purulence.
Ils sont  l'Institut Pasteur tout un lot de citoyens utiles
exclusivement vous  la recherche des moyens de
pourrir.  
    --- Lon BLOY   
%
 De Groux digrait mal ( la suite d'autres
griefs) que Lon Bloy lui dise et lui rpte :
 "Il faut, voyez-vous... il faut se vomir... sur les autres."  
    --- Andr GIDE   
%
 On nous annonce un nouveau timbre poste,  l'effigie
Pasteur, ce savant imbcile qui croyait  la Sainte
Vierge. On ne dira pas que nous ne vivons pas dans une poque
d'idoltrie.  
    --- Paul LEAUTAUD    
%
 Extrait d'un discours du "savant" Jean Perrin, de l'Acadmie
des Sciences, et quelque chose dans le gouvernement actuel :
 Je ne pensais d'abord qu' la recherche pure. C'est d'elle
en effet, qu'est venu, outre tout l'largissement de notre
intelligence, le formidable accroissement de puissance, qui est
le grand fait de l'histoire contemporaine.
 C'est par elle seule que nous pouvons esprer quelque
chose de vraiment beau, qui librera tous les hommes de
toute servitude, et leur donnera ainsi les nobles loisirs sans
lesquels il n'est pas de haute culture. Et cette mme recherche
finira par nous pargner la dchance et
la maladie, transformant en une aventure clatante la destine
mdiocre qui nous semblait promise.
 Encore un sot complet, - il en a d'ailleurs le visage, avec son
air d'hurluberlu, - qui s'imagine que la science changera les
hommes, les fera tous senss, intelligents, gnreux,
les fera tous du mme compos chimique et de la mme
structure organique, supprimera chez tous les passions, les rivalits,
les haines, fera de tous des tres de "haute culture", tous
accessibles aux "nobles loisirs". Dire que toute notre poque,
depuis la Rvolution, repose sur ces neries !
  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Une excellente dfinition du savant par M. Hector
Talvart : "Un savant est un homme qui sait beaucoup de choses
qu'il faudrait connatre mieux que lui pour savoir s'il
n'est pas un ne."   
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 La dcouverte scientifique n'est pas une preuve
de gnie, pas mme d'intelligence. Il n'y faut que
des connaissances techniques, servies par le hasard. Un "savant",
qui mlange des corps, qui exprimente un srum,
qui "travaille" un animal tout vivant ligot sur une table,
ne sait pas ce qu'il produira, et cherche. C'est un mot courant
dans les recherches de laboratoires : le phnomne
possible. Le mathmaticien Henri Poincar a racont
avoir trouv la solution de son problme le plus
difficile dans l'inconscience du premier sommeil. Nous les avons
vus, au dbut de la guerre, ces "savants", renier d'un
coup de plume tout ce qu'ils admiraient auparavant chez leurs
confrres allemands. Quand se sont-il tromps ?
Quand ils admiraient, ou quand ils ont dnigr ?
Si leur science vaut leur jugement, on voit si nous devons tre
sceptique.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Le pouvoir, non le savoir, exerc par la science.
 La valeur d'avoir pass quelques temps  pratiquer
exactement une science exacte ne rside pas dans ses rsultats ;
car, en proportion de la mer des objets de science, ceux-ci ne
sont qu'une quantit insignifiante. Mais on en tire un
accroissement d'nergie, de capacit de raisonner,
de constance  persvrer ; on a appris
 atteindre une fin par des moyens appropris 
cette fin. C'est en ce sens qu'il est trs prcieux,
en vue de tout ce que l'on fera plus tard, d'avoir t
un jour homme de science.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Il est facile d'imiter les hommes de science. Leurs dcouvertes
sont transmissibles, celles des artistes ne le sont pas. La contemplation
prolonge de la Joconde ne nous donne pas le talent de
Vinci. Mais, si un savant de gnie invente la poudre et
qu'il en donne la formule, tous les imbciles en font :
ils nous l'ont bien prouv, et ce n'est pas fini.  
    --- Marcel PAGNOL   
%
 [...] la science ne libre qu'un bien petit nombre
d'esprits faits par elle, prdestins. Elle asservit
les autres. La complexit de son immense machinerie exige
des sacrifices croissants, une discipline chaque jour plus stricte,
la totale dpendance de l'ouvrier  l'outil merveilleux
dont il ne connat rien qu'un levier ou qu'un crou !
Il serait fou d'imaginer un quipement plantaire
arriv au dernier degr de la perfection, et rest
nanmoins sous le contrle de la multitude. L'aristocratie
polytechnique,  laquelle seront finalement remis les destins
de notre minuscule univers, apparatra bientt ce
qu'elle est rellement, la plus inhumaine de toutes, la
plus ferme. Une parole de roi pouvait changer jadis un
pauvre diable en seigneur, il faudra demain vingt annes
d'tudes et une manire de gnie pour faire
un ingnieur capable d'utiliser quelques-uns des puissants
moyens mis par la science au service du plus dangereux des tres,
dont le pouvoir de destruction est pratiquement sans limites,
car il est le seul  prfrer  ses
besoins,  ses passions.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Le dbut de la science moderne date du moment o
aux questions gnrales se sont substitues
des questions limites ; o au lieu de demander :
"Comment l'univers a-t-il t cr ?
De quoi est faite la matire ? Quelle est l'essence
de la vie ?", on a commenc  se demander :
"Comment tombe une pierre ? Comment l'eau coule-t-elle dans
un tube ? Quel est le cours du sang dans le corps ?".
Ce changement a eu un rsultat surprenant. Alors que les
questions gnrales ne recevaient que des rponses
limites, les questions limites se trouvrent
conduire  des rponses de plus en plus gnrales.  
    --- Franois JACOB   
%
 Contrairement  ce qu'on croit souvent, la dmarche
scientifique ne consiste pas simplement  observer, 
accumuler des donnes exprimentales pour en dduire
une thorie. On peut parfaitement examiner un objet pendant
des annes sans jamais en tirer la moindre observation
d'intrt scientifique. Pour apporter une observation
de quelque valeur, il faut dj, au dpart,
avoir une certaine ide de ce qu'il y a  observer.
Il faut dj avoir dcid ce qui est
possible. Si la science volue, c'est souvent parce qu'un
aspect encore inconnu des choses se dvoile soudain ;
pas toujours comme consquence de l'apparition d'un appareillage
nouveau, mais grce  une manire nouvelle
d'examiner les objets, de les considrer sous un angle
neuf. Ce regard est ncessairement guid par une
certaine ide de ce que peut bien tre la "ralit".
Il implique toujours une certaine conception de l'inconnu, de
cette zone situe juste au-del de ce que la logique
et l'exprience autorisent  croire.  
    --- Franois JACOB   
%
 La rgle du jeu en science, c'est de ne pas tricher.
Ni avec les ides, ni avec les faits. C'est un engagement
aussi bien logique que moral. Celui qui triche manque simplement
son but. Il assure sa propre dfaite. Il se suicide. En
fait, les fraudes en science sont  la fois surprenantes
et intressantes. Surprenantes parce que, sur des questions
importantes, il est enfantin de penser que la supercherie passera
longtemps inaperue ; il faut donc que le tricheur
croie dur comme fer non seulement  la possibilit,
mais  la ralit du rsultat qu'il
entend dmontrer par sa fraude. Intressantes aussi
parce que les fraudes vont du truquage dlibr
des rsultats  ce qui n'est que dviation
lgre, parfois mme inconsciente, par rapport
au comportement normal du scientifique. Elles touchent ainsi 
des aspects psychologiques et idologiques de la science
et des scientifiques. Elles peuvent donc aider  comprendre
certaines des ides prconues qui, 
une priode donne, font obstacle au dveloppement
scientifique. En ce sens, les fraudes font partie de l'histoire
des sciences.  
    --- Franois JACOB   
%
 Il est vrai que les innovations de la science peuvent
servir au meilleur comme au pire, qu'elles sont sources de malheurs
comme de bienfaits. Mais ce qui tue et ce qui asservit, ce n'est
pas la science. Ce sont l'intrt et l'idologie.
Malgr le Dr Frankenstein et le Dr Folamour, les massacres
de l'histoire sont plus le fait de prtres et d'hommes politiques
que de scientifiques. Et le mal ne vient pas seulement de situations
o l'on utilise intentionnellement la science 
des fins de destruction. Il peut aussi tre une consquence
lointaine et imprvisible d'actions mises en oeuvre pour
le bien de l'humanit. Qui aurait pu prvoir la
surpopulation comme suite aux dveloppements de la mdecine ?
Ou la dissmination de germes rsistants aux antibiotiques
comme suite  l'usage mme de ces mdicaments ?
Ou la pollution comme suite  l'emploi d'engrais permettant
d'amliorer les rcoltes ? Tous problmes
pour lesquels ont t ou seront trouves
des solutions.  
    --- Franois JACOB   
%
 Que cesse l'opposition "Science contre Nature", "artificiel
contre naturel". La science est l'tude de tout ce qui
est, c'est--dire de la nature. La comprhension
de la nature se fait par la science, et ne se fait que par elle.
C'est la science qui a dcouvert, par exemple, le rle
des vitamines dans la sant, celui des micro-organismes
dans la maladie, d'o la ncessit d'une
nourriture quilibre, de la propret et
de l'asepsie. Il n'y a qu'une manire d'aborder la comprhension
de l'existant, c'est l'utilisation du seul outil que nous ayons :
notre raison. Encore cet outil ncessite-t-il un apprentissage :
ce que Descartes appelait "la Mthode" et qui est tout
simplement la logique scientifique stricte.  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Les spcialistes n'en ont jamais fini. Non qu'ils
n'en aient pas fini, simplement, en ce moment : il leur est
tout  fait impossible d'imaginer que leur activit
prenne fin. Peut-tre mme de le souhaiter. Peut-on
se figurer, par exemple, que l'homme aura encore une me,
quand la biologie et la psychologie lui auront appris 
la comprendre,  la traiter dans son entier ? Nanmoins,
nous aspirons  ce moment ! Tout est l. Le
savoir est une attitude, une passion. C'est mme, au fond,
une attitude illicite : comme le got de l'alcool,
de l'rotisme ou de la violence, le besoin de savoir entrane
la formation d'un caractre qui n'est plus en quilibre.
Il est tout  fait faux de dire que le chercheur poursuive
la vrit, c'est elle qui le poursuit. Il la subit.
Le Vrai est vrai, le fait est rel indpendamment
du chercheur : simplement le chercheur en a la passion ;
la dipsomanie du fait dtermine son caractre, et
il se soucie comme d'une guigne de savoir si ses constatations
engendreront quelque chose de total, d'humain, d'accompli, ou
si elles engendreront quoi que ce soit. C'est une nature contradictoire,
souffrante, et cependant extraordinairement nergique.  
    --- Robert MUSIL   
%
 La connaissance  petite dose enchante ; a
forte dose, elle doit. Plus on en sait, moins
on veut en savoir. Car celui qui n'a pas souffert de la connaissance
n'aura rien connu.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Objection contre la science : ce monde ne mrite
pas d'tre connu.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'homme de Science le sait bien, lui, que, sans la Science,
l'homme ne serait qu'un stupide animal sottement occup
 s'adonner aux vains plaisirs de l'amour dans les folles
prairies de l'insouciance, alors que la Science, et la Science
seule, a pu, patiemment, au fil des sicles, lui apporter
l'horloge pointeuse et le parcmtre automatique sans lesquels
il n'est pas de bonheur terrestre possible.  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Scrupules, vermine de la volont.  
    --- Jules RENARD   
%
 Qui n'a point la maladie du scrupule ne doit mme
pas songer  tre honnte.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il est ridicule d'tre trop prudent  -  et
pourtant bien des pchs s'inscrivent en quelque
sorte dans notre me  l'encre sympathique, et ne
deviennent lisibles qu' la chaleur des scrupules qui nous
les font apparatre ; nos scrupules pourchassent les
sophismes subtils de l'amour-propre, dmasquent les pchs
faussement vniels, nous rendent exigeants et impitoyables
pour nous-mmes. Hlas ! qui dira jamais 
quel moment le scrupule moral devient manie et dlire !  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Il n'y a peut-tre rien qui ennoblit plus un tre
humain que de savoir garder un secret. Cela donne  toute
sa vie une signification, valable pour lui seul il est vrai, cela
le dlivre de tout vain gard vis--vis du
monde qui l'entoure, il se suffit  lui-mme et se
sent heureux avec son secret, mme, on peut presque le dire,
si ce secret est des plus funestes.  
    --- Sren KIERKEGAARD   
%
 Un secret qu'on est vraiment seul  dtenir,
un tel secret rendrait malades les plus robustes, et on peut mme
se demander s'il existe une conscience assez intrpide
pour supporter ce tte--tte, sans en mourir ;
seule une psychanalyse approprie, en divulguant le grand
secret qui nous consume, nous rendrait le sommeil et l'apptit.
Ce qu'il y a de plus puissant dans le secret, ce n'est donc pas
le mutisme qu'il impose, c'est la complicit qu'il cre
entre ceux qui en sont porteurs ; il est  la fois
tacite et explicite, exclusif et confiant ; il ferme la bouche
aux initis, il calfeutre portes et fentres, mais
ce silence dont il s'enveloppe est un silence qui en dit long.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Toute secte, en quelque genre que ce puisse tre,
est le ralliement du doute et de l'erreur.
 Scotistes, thomistes, raux, nominaux, papistes, calvinistes,
molinistes, jansnistes ne sont que des noms de guerre.
 Il n'y a point de secte en gomtrie ; on
ne dit point un euclidien, un archimdien.
 Quand la vrit est vidente, il est impossible
qu'il s'lve des partis et des factions. Jamais
on n'a disput s'il fait jour  midi.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Le sage se rfugie dans les livres des Anciens
o il n'apprend que de pures arguties de langage. Le fou
aborde les ralits et en fait l'preuve
de prs ; il acquiert par l, si je ne me trompe,
le vritable bon sens. C'est ce qu'Homre parat
avoir bien vu, tout aveugle qu'il tait, quand il dit :
"Le fou s'instruit  ses dpens." Il y a en effet
deux obstacles principaux qui empchent de parvenir 
la connaissance des choses : l'hsitation, qui rpand
une fume sur l'esprit, et la crainte, qui  la
vue du pril vous dtourne d'agir. Mais la Folie
vous en dlivre  merveille. Peu de mortels comprennent
les nombreux avantages qu'il y a  tre sans hsitation
et  tout oser.  
    --- ERASME   
%
 Le bon sens est la chose du monde la mieux partage :
car chacun pense en tre si bien pourvu, que ceux mme
qui sont les plus difficiles  contenter en toute autre
chose, n'ont point coutume d'en dsirer plus qu'ils en
ont. En quoi il n'est pas vraisemblable que tous se trompent ;
mais plutt cela tmoigne que la puissance de bien
juger, et distinguer le vrai d'avec le faux, qui est proprement
ce qu'on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement gale
en tous les hommes ; et ainsi que la diversit de
nos opinions ne vient pas de ce que les uns sont plus raisonnables
que les autres, mais seulement de ce que nous conduisons nos penses
par diverses voies, et ne considrons pas les mmes
choses. Car ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, mais le principal
est de l'appliquer bien. Les plus grandes mes sont capables
des plus grands vices, aussi bien que des plus grandes vertus ;
et ceux qui ne marchent que fort lentement peuvent avancer beaucoup
d'avantage, s'ils suivent toujours le droit chemin, que ne font
ceux qui courent, et qui s'en loignent.  
    --- DESCARTES   
%
 Il reste extraordinaire et presque incomprhensible
que Descartes estimt le bon sens "la chose du monde la
mieux partage" et "naturellement gale 
tous les hommes". Je la tiens tout au contraire pour une qualit
des plus rares... ou c'est que je comprend mal Descartes.  
    --- Andr GIDE   
%
 Il faut dj passablement d'intelligence
pour souffrir de n'en avoir pas davantage. Rien de plus fat qu'un
niais.  
    --- Andr GIDE   
%
 Contrairement  ce que disait Descartes, la chose
du monde la mieux partage, ce n'est pas le bon sens, mais
la btise : car chacun pense en tre si bien
dpourvu que ceux mmes qui sont les plus difficiles
 contenter en toute autre chose n'ont point coutume d'en
dsirer moins qu'ils en ont.  
    --- Umberto ECO   
%
 Il n'y a rien de plus estimable que le bon sens et la
justesse de l'esprit dans le discernement du vrai et du faux.
Toutes les autres qualits d'esprit ont des usages borns ;
mais l'exactitude de la raison est gnralement
utile dans toutes les parties et dans tous les emplois de la vie.  
    --- ARNAULD &#38; NICOLE   
%
 Le sens commun n'est pas une qualit si commune
que l'on pense. Il y a une infinit d'esprits grossiers
et stupides que l'on ne peut rformer en leur donnant l'intelligence
de la vrit, mais en les retenant dans les choses
qui sont  leur porte, et en les empchant
de juger de ce qu'ils ne sont pas capables de connatre.  
    --- ARNAULD &#38; NICOLE   
%
 Tout le monde se plaint de sa mmoire, et personne
ne se plaint de son jugement.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 On trouve des moyens pour gurir de la folie, mais
on n'en trouve point pour redresser un esprit de travers.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Nous ne trouvons gure de gens de bon sens, que
ceux qui sont de notre avis.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Quand on veut reprendre avec utilit, et montrer
 un autre qu'il se trompe, il faut observer par quel ct
il envisage la chose, car elle est vraie ordinairement de ce ct-l,
et lui avouer cette vrit, mais lui dcouvrir
le ct par o elle est fausse. Il se contente
de cela, car il voit qu'il ne se trompait pas, et qu'il manquait
seulement  voir tous les cts ; or
on ne se fche pas de ne pas tout voir, mais on ne veut
pas s'tre tromp ; et peut-tre que cela
vient de ce que naturellement l'homme ne peut tout voir, et de
ce que naturellement il ne se peut tromper dans le ct
qu'il envisage, comme les apprhensions des sens sont toujours
vraies.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 D'o vient qu'un boiteux ne nous irrite pas, et
un esprit boiteux nous irrite ? A cause qu'un boiteux
reconnat que nous allons droit, et qu'un esprit boiteux
dit que c'est nous qui boitons ; sans cela nous en aurions
piti et non colre.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 On dit quelquefois : "Le sens commun est fort rare" ;
que signifie cette phrase ? Que dans plusieurs hommes la
raison commence est arrte dans ses progrs
par quelques prjugs ; que tel homme qui juge
trs sainement dans une affaire, se trompera toujours grossirement
dans une autre.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Nous avons des aveugles, des borgnes, des bigles, des
louches, des vues longues, des vues courtes, ou distinctes, ou
confuses, ou faibles, ou infatigables. Tout cela est une image
assez fidle de notre entendement ; mais on ne connat
gure de vues fausses. Il n'y a gure d'hommes qui
prennent toujours un coq pour un cheval, ni un pot de chambre
pour une maison. Pourquoi rencontre-t-on souvent des esprits,
assez justes d'ailleurs, qui sont absolument faux sur des choses
importantes ?
 ...
 Les plus grands gnies peuvent avoir l'esprit faux sur
un principe qu'ils ont reu sans examen. Newton avait l'esprit
trs faux quand il commentait l'Apocalypse.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Tout est fcond except le bon sens.  
    --- Ernest RENAN   
%
 A l'gard des sciences occultes, le bon
sens consiste souvent  prendre pour des vrits
absolues l'nonc tendancieux d'observations, que
l'on croit scientifiquement valables. Le bon sens consiste 
croire, en dpit de toutes les preuves exprimentales,
"qu'il pourrait peut-tre bien y avoir quelque chose de
vrai l-dedans". Le bon sens consiste  avoir un
peu honte des superstitions,  affecter de les plaisanter
devant tmoins, quitte  accomplir quand mme
des pratiques magiques (en se cachant s'il y a lieu).  
    --- Marcel BOLL   
%
 Ah ! tant pis pour moi ! La musique m'embte.
La peinture, j'en ignore, et une sculpture me ravit autant qu'une
figure de cire chez un coiffeur. Encore celle-ci est-elle anime ;
elle semble vivre. Elle tourne lentement sur une vis, et elle
soulve et abaisse comme un prsident de Cour, son
toupet avec une rgularit opinitre.
 C'est qu'il vous manque un sens, me dira-t-on. La psychologie
m'avait dj dit que je n'en ai que cinq. Un sens
de plus, un de moins, qu'importe, pourvu qu'il me reste le bon !  
    --- Jules RENARD   
%
 Mfiez-vous, parce que l'on commence par dire des
neries... Ensuite, on sort quelques balourdises...
 Puis des stupidits, et de stupidits en stupidits...
on en arrive aux inepties et, un jour on se surprend 
profrer des normits.
 Il est trop tard, l'esprit est fauss !  
    --- Raymond DEVOS   
%
 Faire comprendre des choses complexes  des gens
simples frise souvent l'abus de confiance.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Plus l'homme cultive les arts, moins il bande.
 Il se fait un divorce de plus en plus sensible entre l'esprit
et la brute.
 La brute seule bande bien, et la fouterie est le lyrisme du peuple.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Foutre, c'est aspirer  entrer dans un autre, et
l'artiste ne sort jamais de lui-mme.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Le christianisme a fait boire du poison  Eros :
il n'en est pas mort, mais il est devenu vicieux.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ce petit appendice ( transformations !) que
nous autres hommes nous avons au bas du ventre, qu'il nous fait
faire de folies !  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Le spermatozode est le bandit  l'tat
pur.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Affectivement, je me moque bien de l'avenir de l'espce,
c'est vrai. Si l'on me dit que c'est pour mes enfants et les enfants
de mes enfants que je souhaite un monde diffrent, et que
cela est "bien", je rpondrai que ce n'est alors que l'expression
de mon narcissisme, du besoin que j'prouve de me prolonger,
de truquer avec la mort  travers une descendance qui ne
prsente pour moi d'intrt que parce qu'elle
est issue de moi. Ne vaut-il pas mieux alors rester clibataire,
ne pas se reproduire, que de limiter les "autres"  cette
petite fraction rapidement trs mlange
et indiscernable de nous-mmes ? Sommes-nous si intressants
que nous devions infliger notre prsence au monde futur
 travers celle de notre progniture ? Depuis
que j'ai compris cela, rien ne m'attriste autant que cet attachement
narcissique des hommes aux quelques molcules d'acide dsoxyribonuclique
qui sortent un jour de leurs organes gnitaux.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Pourquoi faut-il se mettre  deux pour faire un
troisime ? Pourquoi seule de toutes les fonctions
du corps, la reproduction est-elle assure par un organe
dont un individu ne possde jamais que la moiti,
ce qui l'oblige  dpenser beaucoup de temps et
d'nergie pour trouver une autre moiti ?  
    --- Franois JACOB   
%
 Pour la biologie moderne, tout tre vivant se forme
par l'excution d'un programme inscrit dans ses chromosomes.
Chez les organismes sans sexe, se reproduisant par exemple par
fission, le programme gntique est exactement recopi
 chaque gnration. Tous les individus de
la population sont alors identiques,  l'exception de quelques
rares mutants. De telles populations ne peuvent s'adapter que
par slection de ces mutants sous la pression du milieu.
En revanche, ds lors que la sexualit devient condition
ncessaire de la reproduction, chaque programme est form,
non plus par copie exacte d'un seul programme, mais par rassortiment
de deux programmes diffrents. En consquence, chaque
programme gntique, c'est--dire chaque
individu, devient diffrent de tous les autres, 
l'exception des jumeaux identiques. Chaque enfant conu
par un couple donn est le rsultat d'une loterie
gntique.
 [...]
 Le rassortiment du matriel gntique
 chaque gnration permet de juxtaposer
rapidement des mutations favorables qui, chez les organismes dpourvus
de sexualit, resteraient spares. Une population
pourvue de sexualit peut donc voluer plus vite
qu'une population qui en est dpourvue. A long terme, les
populations sexues peuvent survivre l o
s'teindraient des populations asexues. De plus,
les organismes  reproduction sexue offrent une
plus grande diversit de phnotypes dans leur descendance.
A court terme, ils ont donc plus de chances de produire des individus
adapts aux conditions nouvelles cres par
des variations de l'environnement. La sexualit fournit
ainsi une marge de scurit contre les incertitudes
du milieu. C'est une assurance sur l'imprvu.  
    --- Franois JACOB   
%
 Un homme normal, au point de vue sexuel, devrait tre
capable de faire l'amour avec n'importe qui et mme avec
n'importe quoi, car l'instinct de l'espce est aveugle ;
il travaille en gros. C'est ce qui explique les moeurs coulantes,
attribues au vice, du peuple et surtout des marins. L'acte
sexuel compte seul. Une brute s'inquite peu des circonstances
qui le provoquent. Je ne parle pas de l'amour.
 Le vice commence au choix. Selon l'hrdit,
l'intelligence, la fatigue nerveuse du sujet, ce choix se raffine
jusqu' devenir inexplicable, comique ou criminel.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 La grandeur de la volupt procde de la
perte de l'esprit. Si l'on ne se sentait pas devenir fou, la sexualit
serait une salet et un pch.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Que je hais ces sottises, de ne pas croire l'Eucharistie,
etc. Si l'Evangile est vrai, si Jsus-Christ est Dieu,
quelle difficult y a-t-il l ?  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Si ma tante en avait on l'appellerait mon oncle, et si
mon oncle en tait on l'appellerait ma tante.  
    --- Pierre DAC   
%
 Si, avec un si, on peut mettre Paris dans une bouteille,
on doit pouvoir aussi, avec un si bmol ou naturel, mettre
une contrebasse dans un porte-documents ou un hlicon dans
un carton  chapeau.  
    --- Pierre DAC   
%
 La conviction certaine que l'on pourrait si l'on voulait
est cause d'inertie chez maints bons esprits  -  et ce
n'est pas sans raison.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Si j'avais du talent, on m'imiterait. Si l'on m'imitait,
je deviendrait  la mode. Si je devenait  la mode,
je passerais bientt de mode. Donc, il vaut mieux que je
n'aie pas de talent.  
    --- Jules RENARD   
%
 Si tous mes admirateurs achetaient mes livres, j'en aurais
beaucoup moins.  
    --- Jules RENARD   
%
 Un homme avait le numro de loterie 60 015.
Le 60 016 sortit. Cet homme crut avoir t
prs de gagner.
 Tout le monde en toute occasion pense de mme. J'ai failli
tomber, mourir, faire fortune. L'histoire est pleine de ces raisonnements.
 Ces proximits sont imaginaires.
 Il n'y a de degrs que dans le SI...  
    --- Paul VALERY   
%
 Le Si est instrument essentiel de l'action mentale.  
    --- Paul VALERY   
%
 Si seulement... ! ainsi commencent les rcriminations
les plus vaines. Il faut prendre son parti de ses maux.  
    --- Andr GIDE   
%
 Le silence est le parti le plus sr de celui qui
se dfie de soi-mme.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Un homme est plus fidle au secret d'autrui qu'au
sien propre ; une femme au contraire garde mieux son secret
que celui d'autrui.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Toute rvlation d'un secret est la faute
de celui qui l'a confi.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 L'on doit se taire sur les puissants : il y a presque
toujours de la flatterie  en dire du bien ; il y
a du pril  en dire du mal pendant qu'ils vivent,
et de la lchet quand ils sont morts.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 L'on se repent rarement de parler peu, trs souvent
de trop parler ; maxime use et triviale que tout
le monde sait, et que tout le monde ne pratique pas.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Le stupide est un sot qui ne parle point, en cela plus
supportable que le sot qui parle.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Ce qui manque aux orateurs en profondeur, ils vous le
donnent en longueur.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Ordinairement, un homme qui ne parle pas ne pense pas.
Je parle de celui qui n'a pas de raisons pour ne pas parler. Chacun
est bien aise de mettre au jour ce qu'il croit avoir bien pens ;
les hommes sont faits comme cela.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Peut-tre cet ouvrage est-il trop long : toute
plaisanterie doit tre courte, et mme le srieux
devrait bien tre court aussi.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Qui ne sait pas se taire n'obtient point d'ascendant.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Rduire ses adversaires au silence n'est pas les
convaincre, mais seulement les embarrasser, avantage ignoble.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Quand tu t'imposes le silence, tu trouves des penses ;
quand tu te fais une loi de parler, tu ne trouves rien 
dire.  
    --- STENDHAL   
%
 Il n'y a d'incontest que le silence.  
    --- Victor HUGO   
%
 C'est ne pas mpriser assez certaines gens que
de dire tout haut qu'on les mprise. Le silence seul est
le souverain mpris.  -  Et ce que je dis ici est
dj trop.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Le silence tait si absolu que je me croyais sourd.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il vaudrait mieux se taire toujours. On ne dit rien quand
on parle. Ou les mots dpassent la pense, ou ils
la diminuent. Que d'aplomb chez les uns ! Que de restrictions
de scrupules chez les autres !  
    --- Jules RENARD   
%
 On fait crdit d'esprit aux silencieux, comme jadis
aux btards de naissance.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Ce dont on ne peut parler, il faut le taire.  
    --- Ludwig WITTGENSTEIN   
%
 Le nombre de btises qu'une personne intelligente
peut dire dans une journe n'est pas croyable. Et j'en
dirais sans doute autant que les autres, si je ne me taisais plus
souvent.  
    --- Andr GIDE   
%
 C'est le tic-tac d'une pendule qui fait apprcier
le silence. Sans ce tic-tac on est un sourd.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Un jeune homme et une jeune fille, tous les deux muets,
se parlaient par gestes. Qu'ils avaient l'air heureux !
 De toute vidence, la parole n'est pas, ne peut tre,
le vhicule du bonheur.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Un silence abrupt au milieu d'une conversation nous ramne
soudain  l'essentiel : il nous rvle
de quel prix nous devons payer l'invention de la parole.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Dans les pays latins o la parole ne cote
rien, le laconisme est tenu pour de la btise.  
    --- Emil CIORAN   
%
 "Au commencement tait le Verbe", dit le suppos
Evangile du suppos Jean. Le Verbe, c'est 
dire la parole, mais vous aviez compris. C'est--dire aussi
le baratin, pour le cas o vous n'auriez compris que jusqu'
un certain point.
 Quel aveu !  
    --- Franois CAVANNA   
%
 Parler pour ne rien dire et ne rien dire pour parler sont
les deux principes majeurs et rigoureux de tous ceux qui feraient
mieux de la fermer avant de l'ouvrir.  
    --- Pierre DAC   
%
 On se tait aussi, dans les monastres, pour couter
Dieu. Et comme il ne dit rien ("Dieu ne parle pas me disait un
prtre, parce qu'Il coute"), ce silence n'en finit
pas : Dieu nous coute l'couter, et cela fait
un grand silence, en effet, qui est le vrai de la religion.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 "Le contraire de prier c'est rire" ai-je crit
quelque part. Mais on ne peut pas toujours rire : devant
les plus grandes choses, il faut prier, pleurer ou se taire.
 Tais-toi.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 C'est dj assez triste de n'avoir rien
 dire. Si, en plus, il fallait se taire...  
    --- Philippe BOUVARD   
%
  "Y'aurait beaucoup  dire", phrase prfre
des gens n'ayant rien  dire et qui sont obligs
de faire semblant.  
    --- Jos ARTUR   
%
 De tous ceux qui n'ont rien  dire, les plus agrables
sont ceux qui se taisent.  
    --- COLUCHE   
%
 Pourquoi l'homme se croit-il dshonor s'il
ne parle pas devant un tableau ? Car le flot sonore des btises
creuses que l'on entend malgr soi dans les muses
constitue une telle torture qu'on devrait, dans une socit
police, afficher partout : "Il est interdit de commenter
 voix haute les oeuvres d'art." Pourquoi le silence, obligatoire
au thtre et au concert, ne le serait-il pas dans
les galeries ?  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Tout notre mal vient de ne pouvoir tre seuls :
de l le jeu, le luxe, la dissipation, le vin, les femmes,
l'ignorance, la mdisance, l'envie, l'oubli de soi-mme
et de Dieu.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La solitude est bonne aux grands esprits et mauvaise aux
petits. La solitude trouble les cerveaux qu'elle n'illumine pas.  
    --- Victor HUGO   
%
 L'homme intelligent aspirera avant tout  fuir
toute douleur, toute tracasserie et  trouver le repos
et les loisirs ; il recherchera donc une vie tranquille,
modeste, abrite autant que possible contre les importuns ;
aprs avoir entretenu pendant quelque temps des relations
avec ce que l'on appelle les hommes, il prfrera
une existence retire, et, si c'est un esprit tout 
fait suprieur, il choisira la solitude. Car plus un homme
possde en lui-mme, moins il a besoin du monde extrieur
et moins les autres peuvent lui tre utiles. Aussi la supriorit
de l'intelligence conduit-elle  l'insociabilit.
Ah ! si la qualit de la socit pouvait
tre remplace par la quantit, cela vaudrait
alors la peine de vivre mme dans le grand monde :
mais, hlas ! cent fous mis en un tas ne font pas
encore un homme raisonnable.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 On ne peut tre vraiment soi qu'aussi longtemps
qu'on est seul ; qui n'aime donc pas la solitude n'aime pas
la libert, car on n'est libre qu'tant seul. Toute
socit a pour compagne insparable la contrainte
et rclame des sacrifices qui cotent d'autant plus
cher que la propre individualit est plus marquante. Par
consquent, chacun fuira, supportera ou chrira
la solitude en proportion exacte de la valeur de son propre moi.
Car c'est l que le mesquin sent toute sa mesquinerie et
le grand esprit toute sa grandeur ; bref, chacun s'y pse
 sa vraie valeur.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 Du pays des anthropophages. - Dans la solitude le solitaire
se ronge le coeur ; dans la multitude c'est la foule qui
le lui ronge. Choisis donc !  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Pour l'ducation.  -  J'ai vu clair peu
 peu sur le dfaut le plus gnral
de notre faon d'enseigner et d'duquer. Personne
n'apprend, personne n'aspire, personne n'enseigne  -  
supporter la solitude.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Je ne demande plus aux hommes qu'une chose : c'est
de me laisser beaucoup de temps  moi, beaucoup de solitude,
et pourtant de se prter quelquefois encore  mon
observation.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Je me disais qu'une triste chose de notre condition misrable,
tait l'obligation d'tre sans cesse vis--vis
de soi-mme. C'est ce qui rend si douce la socit
des gens aimables : ils vous font croire un instant qu'ils
sont un peu vous ; mais vous retombez bien vite dans votre
triste unit. Quoi ! l'ami le plus chri, la
femme la plus aime et le mritant ne prendront
jamais sur eux une partie du poids ? Oui, quelques instants
seulement. Mais ils ont le manteau de plomb  traner.  
    --- Eugne DELACROIX   
%
 Multitude, solitude : termes gaux et convertibles
pour le pote actif et fcond. Qui ne sait pas peupler
sa solitude, ne sait pas non plus tre seul dans une foule
affaire.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Seul adj. En mauvaise compagnie.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 La solitude est l'aphrodisiaque de l'esprit, comme la
conversation celui de l'intelligence.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le grand avantage qu'il y a  aller voir du monde,
c'est de se dire qu'on a tout pour tre heureux pourvu qu'on
reste seul avec soi.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il est inlgant de se plaindre de la vie
tant qu'on peut s'amnager une heure de solitude par jour.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Etre seul, c'est tre soi, rien d'autre. Comment
serait-on autre chose ? Personne ne peut vivre  notre
place, ni mourir  notre place, ni souffrir ou aimer 
notre place, et c'est ce qu'on appelle la solitude : ce n'est
qu'un autre nom pour l'effort d'exister.  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Mieux vaut une conscience tranquille qu'une destine
prospre. J'aime mieux un bon sommeil qu'un bon lit.  
    --- Victor HUGO   
%
 Le sommeil est une rcompense pour les uns, un
supplice pour les autres. Pour tous, il est une sanction.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 Non plus tempre par la lumire,
ni bride par le monde extrieur, la pense
de l'insomnieux dveloppe complaisamment ses branches et
les tale jusqu' l'norme, jusqu'au monstrueux,
dans la nuit.  
    --- Andr GIDE   
%
 Avez-vous remarqu que, quel que soit le bruit
qui vous rveille, il cesse aussitt que vous tes
veill ?  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Son sommeil tait, de beaucoup, ce qu'elle avait
de plus profond.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Le sommeil, faites-y attention, est bien plus tyrannique
que la faim. On conoit un tat o l'homme
se nourrirait sans peine, n'ayant qu' cueillir. Mais rien
ne le dispense de dormir ; rien n'abrgera le temps
de dormir ; c'est le seul besoin peut-tre auquel nos
machines ne peuvent point pourvoir. Si fort, si audacieux, si
ingnieux que soit l'homme, il sera sans perceptions, et
par consquent sans dfense, pendant le tiers de
sa vie. La socit serait donc fille de peur, bien
plutt que de faim.  
    --- ALAIN   
%
 De deux hommes faisant socit, il est naturel
que l'un soit chasseur et l'autre forgeron, ce qui cre
des diffrences et un certain empire  chacun sur
certaines choses et sur certains outils ; mais il ne se peut
point que, de deux hommes, un seul soit toujours gardien du sommeil.
C'est peu de dire qu'on aurait alors un gardien mcontent ;
on aurait premirement un gardien somnolent. Cette part
de repos et de garde veille, la mme pour
tous, est sans doute la plus ancienne loi. Au surplus, il y a
galit pour la garde. Un enfant bien veill
peut garder Hercule dormant.
 Ne perdons pas l'occasion de dire une chose vraie. La force en
cette relation, ne donne aucun avantage. Elle se trouve dchue
par cette ncessit de dormir. Le plus fort, le
plus brutal, le plus attentif, le plus souponneux, le
plus redout des hommes doit pourtant revenir 
l'enfance, fermer les yeux, se confier, tre gard,
lui qui gardait.  
    --- ALAIN   
%
 Ne croyez donc jamais d'emble au malheur des hommes.
Demandez-leur seulement s'ils peuvent dormir encore ?...
Si oui, tout va bien. Ca suffit.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 Le lien est indissoluble entre l'insomnie et le dsespoir.
Je crois bien que la perte totale de l'esprance ne se
conoit pas sans le concours de l'insomnie. Le paradis
et l'enfer ne prsentent d'autre diffrence que
celle-ci : on peut dormir, au paradis, tout son sol ;
en enfer, on ne dort jamais. Dieu ne punit-il pas l'homme en lui
tant le sommeil pour lui donner la connaissance ?
N'est-ce pas le chtiment le plus terrible que d'tre
interdit de sommeil ? Impossible d'aimer la vie quand on
ne peut dormir.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Bien plus que le temps, c'est le sommeil qui est l'antidote
du chagrin. L'insomnie, en revanche, qui grossit la moindre contrarit
et la convertit en coup du sort, veille sur nos blessures et les
empche de dprir.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Pour tre heureux, il faut beaucoup dormir et bien
dfquer. L'insomniaque et son cousin germain, le
constip, sont les damns de la terre.  
    --- Frdric DARD   
%
 C'est rusticit que de donner de mauvaise grce :
le plus fort et le plus pnible est de donner ; que
cote-t-il d'y ajouter un sourire ?  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Le sourire est le signe le plus dlicat et le plus
sensible de la distinction et de la qualit de l'esprit.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Esprit. - Les auteurs les plus spirituels produisent le
plus imperceptible des sourires.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Rire et sourire. - Plus l'esprit devient joyeux et sr
de lui-mme, plus l'homme dsapprend le rire bruyant ;
en revanche il est pris sans cesse d'un sourire plus intellectuel,
signe de son tonnement devant les innombrables charmes
cachs de cette bonne existence.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ne plus sourire que d'une lvre.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le sourire est le commencement de la grimace.  
    --- Jules RENARD   
%
 Le sourire est la perfection du rire. Car il y a toujours
de l'inquitude dans le rire, quoique aussitt calme ;
mais dans le sourire tout se dtend, sans aucune inquitude
ni dfense. On peut donc dire que l'enfant sourit mieux
encore  sa mre que sa mre ne lui sourit ;
ainsi l'enfance est toujours la plus belle. Mais dans tout sourire
il y a de l'enfance ; c'est un oubli et un recommencement.
Tous les muscles prennent leur repos et leur aisance, principalement
ces muscles puissants des joues et des mchoires, si naturellement
contracts dans la colre, et dj
dans l'attention. Le sourire ne fait pas attention ; les
yeux embrassent tout autour de leur centre. En mme temps
la respiration et le coeur travaillent largement et sans gne,
d'o cette couleur de vie et cet air de sant. Comme
la dfiance veille la dfiance, ainsi le
sourire appelle le sourire ; il rassure l'autre sur soi et
toutes choses autour. C'est pourquoi ceux qui sont heureux disent
bien que tout leur sourit. Et l'on peut, d'un sourire, gurir
les peines de quelqu'un qu'on ne connat pas. C'est pourquoi
le sourire est l'arme du sage, contre ses propres passions et
contre celles d'autrui. Il les touche l dans leur centre
et dans leur force, qui n'est jamais dans les ides ni
dans les vnements, mais dans cette colre
arme qui ne peut sourire.  
    --- ALAIN   
%
 Le grand dialecticien Bayle a rfut Spinosa.
Ce systme n'est donc pas dmontr comme
une proposition d'Euclide. S'il l'tait, on ne saurait
le combattre. Il est donc au moins obscur.
 J'ai toujours eu quelque soupon que Spinosa, avec sa
substance universelle, ses modes et ses accidents, avait entendu
autre chose que ce que Bayle entend, et que par consquent
Bayle peut avoir eu raison sans avoir confondu Spinosa. J'ai toujours
cru surtout que Spinosa ne s'entendait pas souvent lui-mme,
et que c'est la principale raison pour laquelle on ne l'a pas
entendu.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Virgile dit (&AElig;. VI, 727) :
           Mens agitat
molem, et magno se corpore miscet.
           L'esprit
rgit le monde ; il s'y mle, il l'anime.
 Virgile a bien dit ; et Benot Spinosa, qui n'a pas
la clart de Virgile, et qui ne le vaut pas, est forc
de reconnatre une intelligence qui prside 
tout. S'il me l'avait nie, je lui aurais dit : "Benot,
tu es fou ; tu as une intelligence et tu la nies, et 
qui la nies-tu ?"  
    --- VOLTAIRE   
%
 Vous tes trs confus, Baruch* Spinosa ;
mais tes-vous aussi dangereux qu'on le dit ? Je soutiens
que non : et ma raison, c'est que vous tes confus,
que vous avez crit en mauvais latin, et qu'il n'y a pas
dix personnes en Europe qui vous lisent d'un bout  l'autre,
quoiqu'on vous ait traduit en franais. Quel est l'auteur
dangereux ? c'est celui qui est lu par les oisifs de la cour
et par les dames.  
    --- VOLTAIRE   
%
 La pauvret et inutilit de Spinoza me confond,
compare  son immense influence et rputation.
 Le mot existence a caus de grands ravages. Du reste,
le langage permettant de croire penser  des choses, quand
on se borne  se dire et rpter des noms,
et  croire sparer, et pouvoir tre spars,
des facteurs qui sont insparables  -  , on prend
pour une analyse des choses ce qui n'est qu'une analyse d'un certain
langage ou procd conventionnel de notation. Ainsi,
les pseudo-ides d'Etre, essence, substance, existence
et toute la logique du vide.  
    --- Paul VALERY   
%
 Lon Brunschvicg m'a racont qu'tant
jeune tudiant en philosophie, il rencontra Degas, rue
de Douai, chez Ludovic Halvy, et il lui fut prsent.
 Degas, apprenant qu'il avait affaire  un mtaphysicien,
l'attira dans l'embrasure d'une fentre, et lui dit vivement :
"Voyons jeune homme, SPINOZA, pouvez-vous m'expliquer cela en
cinq minutes ?"
 Je trouve que cette question ahurissante donne  penser.
 Peut-tre ne serait-il pas tout  fait anti-philosophique,
ni sans consquences intressantes de diviser toutes
les connaissances en deux classes, celles qui peuvent s'expliquer
en cinq minutes et les autres...  
    --- Paul VALERY   
%
 Il nous arrive de moquer les Italiens pour le culte outrancier
qu'ils vouent  leurs "campionissimi", leur partialit
exclusive, leur mauvaise foi. Heureux "campionissimi" ! Pareille
chose ne risque pas d'arriver  nos champions. Non, certes,
que nous n'ayons besoin d'idoles, comme tout le monde. Nous savons
mme fort bien nous en forger quand le besoin s'en fait
sentir. Mais nous avons trop d'esprit pour accepter gnreusement
d'tre l'esclave de nos admirations. Le Franais,
n malin, a peur d'tre dupe.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Il est toujours grandiose et significatif d'atteindre,
au jour prescrit, l'objectif qu'on s'tait fix.
Champion olympique avec prmditation, a
ira bien chercher dans les dix ans de frisson ferme.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Je crois avoir identifi les raisons de l'extraordinaire
engouement de mes contemporains pour des sports qu'ils n'exercent
pas personnellement. C'est d'abord l'identification des freluquets
aux gros bras. C'est ensuite une rudition  peu
de frais. C'est enfin un folklore que la caution de quelques intellos
finit par transformer en patrimoine.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 A moins qu'elles ne viennent en aide  cette
haute probit du savant qui s'appuie sur la conviction
et sur les ides, on fait dire  peu prs
tout ce qu'on veut aux statistiques. Je n'en citerai qu'un exemple
et qui, bien entendu, ne sera point emprunt  la
discussion actuellement pendante devant la Chambre. Il y a quelque
temps, un calculateur supputa qu'en dix ans, de 1829 
1838, il avait comparu devant les assises 33 avocats et 33 prtres,
et il en conclut que la criminalit tait identiquement
la mme pour les prtres et les avocats. Cette opinion
eut cours jusqu'au moment o survint un redresseur de chiffres
qui dit : pardon : il y a 40 447 prtres et 8
993 avocats.  -  Ce petit dtail avait t
oubli.  
    --- Victor HUGO   
%
 La statistique a dmontr que la mortalit
dans l'arme augmente sensiblement en temps de guerre.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Les chiffres sont des innocents qui avouent facilement
sous la torture ; mais cette facilit mme leur
permet ensuite de reprendre vite leurs aveux. Que l'emploi de
statistiques soit une faon de mentir n'est que trop vident,
mais c'est le cas de tous les modes d'expression, parole, criture,
photographie, cinma, etc. Chacun d'eux, dirait Joseph
Prudhomme est un moyen de dire la vrit et au besoin
de la travestir.
 Ce n'est pas l'instrument qu'il faut incriminer, mais celui qui
s'en sert ; un marteau peut servir  enfoncer des
clous, mais aussi  dfoncer un crne. Jamais
encore un juge d'instruction n'a traduit un marteau en cours d'assises.  
    --- Alfred SAUVY   
%
 Semaine pouvantable : pas un seul sondage
d'opinion. Tant pis, nous essaierons de deviner tout seuls nos
propres intentions.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Selon les sondages, les Franais consomment cinquante-huit
rouleaux annuels de papier hyginique par tte. Qu'est-ce
qu'ils entendent par tte ?  
    --- Frdric DARD   
%
 Quand dans un discours se trouvent des mots rpts,
et qu'essayant de les corriger, on les trouve si propres qu'on
gterait le discours, il les faut laisser, c'en est la marque ;
et c'est l la part de l'envie, qui est aveugle, et qui
ne sait pas que cette rptition n'est pas faute
en cet endroit ; car il n'y a point de rgle gnrale.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Si Montaigne avait vcu de nos jours, que de critiques
n'et-on pas fait de son style ! car il ne parlait
ni franais, ni allemand, ni breton, ni suisse. Il pensait,
il s'exprimait au gr d'une me singulire
et fine. Montaigne est mort, on lui rend justice ; c'est
cette singularit d'esprit, et consquemment de
style, qui fait aujourd'hui son mrite.
 La Bruyre est plein de singularit ; aussi
a-t-il pens sur l'me, matire pleine de
choses singulires.
 Combien Pascal n'a-t-il pas d'expressions de gnie ?
 Qu'on me trouve un auteur clbre qui ait approfondi
l'me, et qui dans les peintures qu'il fait de nous et de
nos passions, n'ait pas le style un peu singulier ?  
    --- MARIVAUX   
%
 L'homme le plus dpourvu d'imagination ne parle
pas longtemps sans tomber dans la mtaphore. Or c'est ce
perptuel mensonge de la parole, c'est le style mtaphorique,
qui porte un germe de corruption. Le style naturel ne peut tre
que vrai, et, quand il est faux, l'erreur est de fait, et nos
sens la corrigent tt ou tard ; mais les erreurs dans
les figures ou dans les mtaphores annoncent de la fausset
dans l'esprit et un amour de l'exagration qui ne se corrige
gure.  
    --- RIVAROL   
%
 On appelle manir en littrature
ce qu'on ne peut pas lire sans l'imaginer aussitt accompagn
de quelque gesticulation menue, de quelque pincement de bouche
ou de quelque contorsion, c'est  dire de quelque mouvement
peu franc, peu partag par la totalit de l'homme.
Le manir o l'on imagine le geste est proprement
le manir. Quand on y imagine le pincement, c'est
le prcieux, l'affterie. Quand on y imagine la
contorsion, c'est tout  fait le ridicule.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 C'est le style qui fait la dure de l'oeuvre et
l'immortalit du pote. La belle expression embellit
la belle pense et la conserve ; c'est tout 
la fois une parure et une armure. Le style sur l'ide,
c'est l'mail sur la dent.  
    --- Victor HUGO   
%
 Celui-l seul sait crire qui crit
de telle sorte qu'une fois la chose faite, on n'y peut changer
un mot.  
    --- Victor HUGO   
%
 Montaigne luttant contre l'expression disait :  -  que
le gascon y arrive si le franais n'y peut aller.  -    
    --- Victor HUGO   
%
 Le style, c'est l'oubli de tous les styles.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il y eut un style de la plume d'oie, un style de la plume
sergent-major ; il y a un style du stylo, et peut-tre
un style de la machine  crire ; car aucun
de ces procds ne manque d'arrt ; tous
offrent l'occasion d'attendre, et  un moment o
on n'attendrait pas ; le corps humain se tord et dtord,
et nous fait ressentir la houle animale, c'est--dire la
vraie difficult de penser, qui n'est jamais o
on la cherche.  
    --- ALAIN   
%
 On ne peut traduire que les auteurs sans style. D'o
le succs des mdiocres, ils passent facilement
dans n'importe quelle langue !  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'architecture n'a rien  voir avec les "styles".
 Les Louis XV, XVI, XIV ou le Gothique, sont  l'architecture
ce qu'est une plume sur la tte d'une femme ; c'est
parfois joli, mais pas toujours et rien de plus.  
    --- LE CORBUSIER   
%
 L'homme est ainsi fait, qu' force de lui dire
qu'il est un sot, il le croit ; et,  force de se
le dire  soi-mme, on se le fait croire. Car l'homme
fait lui seul une conversation intrieure, qu'il importe
de bien rgler : Corrumpunt mores bonos colloquia
prava*. Il faut se tenir en silence autant qu'on peut, et ne s'entretenir
que de Dieu, qu'on sait tre la vrit ;
et ainsi on se la persuade  soi-mme.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Autre bel exemple d'anacoluthe : "L'homme est ainsi
fait, qu' force de lui dire qu'il est un sot, il le croit."
(Pascal.) Il faudrait, logiquement : " qu' force
de s'entendre dire qu'il est un sot...".  
    --- Andr GIDE   
%
 Il y a des maux effroyables et d'horribles malheurs o
l'on n'ose penser, et dont la seule vue fait frmir ;
s'il arrive que l'on y tombe, l'on se trouve des ressources que
l'on ne se connaissait point, l'on se roidit contre son infortune,
et l'on fait mieux qu'on ne l'esprait.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Telle est l'troite dpendance o
la parole met la pense, qu'il n'est pas de courtisan un
peu habile qui n'ait prouv qu' force de
dire du bien d'un sot ou d'un fripon en place, on finit part en
penser.  
    --- RIVAROL   
%
 La position victorieuse. - Une bonne attitude 
cheval ravit le courage de l'adversaire, le coeur du spectateur,
-  quoi bon alors attaquer encore ? Tiens-toi comme
quelqu'un qui a vaincu.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Choses vues. Un vieil homme court derrire un tramway,
l'attrape, le lche et roule  terre. Le conducteur
fait arrter. Le vieil homme se relve et monte.
Le conducteur le rprimande : "Il est interdit...
La compagnie dcline..." ; mais surtout un monsieur
bien, qui est sur la plate forme, lui dit : 
  -  Vous vous tes fait mal.
  -  Non.
  -  Si, si ! Vous avez d vous faire mal au
coude gauche, qui est sale, et au droit. Vous ne sentez rien maintenant,
mais vous sentirez. Ca vous prendra cette nuit : vous
ne pourrez pas dormir. Demain, vous aurez une courbature. Vous
ferez venir le mdecin.
 Et le vieil homme, honteux, aimerait presque autant tre
sous les roues du tramway.  
    --- Jules RENARD   
%
 M Leuret, le mdecin des fous, est en train de
devenir fou. La contagion de la folie a ceci de remarquable que
ne se communiquant pas par le toucher comme la peste, la rage,
la vrole, etc., ne se communiquant pas par l'air respirable
comme le typhus, le cholra, la fivre jaune etc.,
la maladie se communique videmment par l'imagination.
Troisime agent morbide, troisime vhicule
 contagion auquel les mdecins n'avaient pas pens.
Plus on ira, plus on reconnatra que les maladies peuvent
natre, empirer, gurir par l'imagination. Beaucoup
de remdes, beaucoup de systmes mdicaux
sont efficaces par cela seul que le malade y croit. En mdecine
comme en autre chose, la foi sauve. Ceci n'est qu'une vue jete
de ct sur une immense question ; j'y reviendrai.  
    --- Victor HUGO   
%
 Mon pre m'a cont comment un de ses camarades
mourut du cholra par persuasion. Il avait pari
qu'il coucherait dans les draps d'un cholrique ;
il le fit, prit le cholra, et mourut presque sur l'heure.
Or ses camarades, dont mon pre tait, avaient bien
pris soin de purifier tout, ne conservant que des apparences.
Ces apparences suffirent  tuer le malheureux. Il se trompait
en ceci qu'il croyait que le courage gurit de la peur.
Nous n'avons directement aucune action sur ces mouvements intrieurs
du ventre, si sensibles dans les moindres peurs. Et mon exemple
est bon en ceci que le microbe visait justement l.  
    --- ALAIN   
%
 Tout le monde connat la fameuse scne o
tous,  force de dire  Basile "Vous tes
ple  faire peur", finissent par lui faire croire
qu'il est malade. Cette scne me revient  l'esprit
toutes les fois que je me trouve au milieu d'une famille troitement
unie, o chacun surveille la sant des autres. Malheur
 celui qui est un peu ple ou un peu rouge ;
toute la famille l'interroge avec un commencement d'anxit :
"Tu as bien dormi ?", "Qu'as-tu mang hier ?",
"Tu travailles trop", et autres propos rconfortants. Viennent
ensuite des rcits de maladies "qui n'ont pas t
prises assez tt".
 Je plains l'homme sensible et un peu poltron qui est aim,
choy, couv, soign de cette manire-l.
Les petites misres de chaque jour, coliques, toux, ternuements,
billements, nvralgies, seront bientt pour
lui d'effroyables symptmes, dont il suivra le progrs,
avec l'aide de sa famille, et sous l'oeil indiffrent du
mdecin, qui ne va pas, vous pensez bien, s'obstiner 
rassurer tous ces gens-l au risque de passer pour un ne.  
    --- ALAIN   
%
 Il se produit sans doute quelque rsistance du
mme genre chez les libres penseurs, lorsqu'ils se sont
convaincus que les objets de la religion n'existent pas ;
ils nient alors les apparences, et, par exemple, les effets de
la prire, parce qu'ils sont assurs qu'aucun Dieu
n'coute la prire. Mais il se peut bien qu'une
telle action s'explique sans aucun Dieu, par un jeu de sentiments
qui est apparence, il est vrai, et trompeuse,  l'gard
de Dieu, mais qui soit trs relle et efficace par
la structure de notre propre machine. Et c'est pourquoi je voudrais
voir, dans les programmes de leurs congrs, cette question,
fondamentale  mon avis : de la vrit
des religions.  
    --- ALAIN   
%
 Nous ne comprenons la torture ; mais cela se faisait
il y a un sicle et demi ; et la pense suivait
l'action. C'est pourquoi c'est une trs mauvaise preuve
en faveur d'une religion que de dire qu'elle a dur ;
et Pascal a trop raison lorsqu'il dit : "Pratiquez et vous
croirez." Parbleu oui je croirais, et c'est pourquoi je ne veux
pas pratiquer. Toute concession vaut preuve ; et le respect
de forme est tout de suite respect de coeur. La machine va plus
vite que le raisonnement ; j'ai t poli avec
cet homme que je ne connaissais point ; je l'aime dj.
On peut dire : "Je l'aime dj parce que je
suis content de lui et de moi", mais c'est une raison qui vient
ensuite ; mon premier salut a tout dcid.
Nos prjugs ne sont point des penses, ce
sont des actions. Si je fuis une fois, j'aurai peur ; si
je salue trop bas une fois, je serai plat ; si je joue, je
serai joueur ; si je bois, je serai ivrogne. Mais non pas
sans remde. Si je me prive une fois de boire, me voil
sobre aussi bien. Nous sommes en paix, et pacifiques. Vienne la
guerre, on s'y mettra ; non peu  peu, mais tout de
suite. Cette pense n'accable pas ; elle est tonique
et vivifiante au contraire ; nous nous sentons responsables
de tout ce qui arrive, et porteurs de progrs. Mais ne
posons pas le fardeau par terre, non, pas mme une minute.  
    --- ALAIN   
%
 Bien pitre vraiment est celui pour qui il y a
de nombreux motifs raisonnables de sortir de la vie.  
    --- EPICURE   
%
 [...] quiconque fait tord  autrui volontairement
et contre la loi  -  sans rpondre  un
tort  lui caus  -  commet une injustice ;
or quand nous disons "volontairement", nous entendons qu'on agit
en connaissant la personne atteinte et les moyens employs.
Or celui qui, dans un transport de colre, s'gorge
de sa propre main, agit volontairement et contre la droite raison,
ce que n'autorise pas la loi. Il commet donc une injustice. Mais
 l'gard de qui ? Est-ce  l'gard
de la cit et non  l'gard de lui-mme ?
Car, si l'on convient que c'est volontairement qu'il souffre,
nul ne subit l'injustice volontairement. Aussi la cit
elle-mme le punit-elle et un certain dshonneur
s'attache  quiconque se donne la mort, puisqu'on dit qu'il
a commis une injustice contre la cit.  
    --- ARISTOTE   
%
 Tous les inconvenients ne valent pas qu'on veuille mourir
pour les eviter.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Remarquez que la science des poisons tait commune
chez les anciens parce que le danger de la captivit tait
continuel. Dmosthnes portait la mort dans son
anneau pour en user aussitt que la rpublique serait
perdue.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 En aot de l'an 1769, et durant les mois qui suivirent,
j'ai plus song au suicide que jamais auparavant ;
j'ai toujours trouv au fond de moi qu'un homme chez qui
l'instinct de survie tait si affaibli qu'il pouvait le
subjuguer sans effort, pourrait se donner la mort sans que cela
soit un pch.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Le suicide n'est pas une lchet comme le
disent les prcheurs qui exagrent. Ce n'est pas
non plus un acte de courage. C'est une lutte entre deux craintes.
Il y a suicide quand la crainte de la vie l'emporte sur la crainte
de la mort.  
    --- Victor HUGO   
%
 Absorption et non-absorption de poisons. - Le seul argument
dfinitif qui, de tout temps, ait empch
les hommes d'absorber un poison, ce n'est pas la crainte de la
mort qu'il pourrait occasionner, mais son mauvais got.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La pense du suicide est une puissante consolation ;
elle aide  passer plus d'une mauvaise nuit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Que de gens ont voulu se suicider, et se sont contents
de dchirer leur photographie !  
    --- Jules RENARD   
%
 Un jour,  Londres, j'avais envie de me pendre.
Le jour tait jaune et sulfureux. Les fumes descendaient
des toits bas dans la rue o elles roulaient. Un dimanche...
 J'ai trouv en cherchant un cordon dans une armoire un
volume d'Aurlien Scholl. J'ai ri et fus sauv.  
    --- Paul VALERY   
%
 Il n'y a qu'un problme philosophique vraiment
srieux : c'est le suicide. Juger que la vie vaut
ou ne vaut pas la peine d'tre vcue, c'est rpondre
 la question fondamentale de la philosophie. Le reste,
si le monde a trois dimensions, si l'esprit a neuf ou douze catgories,
vient ensuite. Ce sont des jeux ; il faut d'abord rpondre.  
    --- Albert CAMUS   
%
 On ne peut apporter  l'encontre du suicide que
ce type d'argument : il n'est pas naturel de mettre fin 
ses jours avant d'avoir montr jusqu'o l'on peut
aller, jusqu'o l'on peut s'accomplir. Bien que les suicids
croient en leur prcocit, ils consument un acte
avant d'avoir atteint la maturit, avant d'tre mrs
pour une destruction voulue. On comprend aisment qu'un
homme souhaite en finir avec la vie. Mais que ne choisit-il le
sommet, le moment le plus faste de sa croissance ? Les suicides
sont horribles pour ce qu'ils ne sont pas faits  temps ;
ils interrompent un destin au lieu de le couronner. L'on doit
cultiver sa fin. Pour les Anciens, le suicide tait une
pdagogie ; la fin germait et fleurissait en eux.
Et lorsqu'ils s'teignaient de bon gr, la mort
tait une fin sans crpuscule.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Ne se suicident que les optimistes, les optimistes qui
ne peuvent plus l'tre. Les autres, n'ayant aucune raison
de vivre, pourquoi en auraient-ils de mourir ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 On ne redoute l'avenir que lorsqu'on n'est pas sr
de pouvoir se tuer au moment voulu.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Je passe mon temps  conseiller le suicide par
crit et  le dconseiller par la parole.
C'est que dans le premier cas il s'agit d'une issue philosophique ;
dans le second, d'un tre, d'une voix, d'une plainte...  
    --- Emil CIORAN   
%
 Se dbarrasser de la vie, c'est se priver du bonheur
de s'en moquer.
 Unique rponse possible  quelqu'un qui vous annonce
son intention d'en finir.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'ide du suicide est l'ide la plus tonique
qui soit.  
    --- Emil CIORAN   
%
 En temps de paix, le kamikaze s'tiole. N'ayant
nul porte-avions sur lequel s'abattre, il se sent inutile 
la socit. L'envie de se suicider l'treint
et, croyez-moi, pour quelqu'un dont la raison de vivre est de
mourir, l'ide de mort est invivable. Je ne sais pas si
je suis clair, mais a m'est gal.  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Le suicide, c'est une vengeance personnelle, et moi, personnellement,
je ne m'en veux pas.  
    --- COLUCHE   
%
 Le suicide permet d'viter ce qu'on n'est pas capable
de supporter (c'est un antalgique souverain, et sans risque d'accoutumance) ;
c'est en quoi l'ide du suicide, pense sereinement,
fait partie de celles qui rassurent ou qui aident  vivre
(elle constitue un anxiolytique commode et, chez l'homme sain,
sans effets secondaires).  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Presque tout ce qui va au-del de l'adoration d'un
Etre suprme et de la soumission du coeur 
ses ordres ternels est superstition.  
    --- VOLTAIRE  
%
 Les songes ont toujours t un grand objet
de superstition ; rien n'tait plus naturel. Un homme
vivement touch de la maladie de sa matresse songe
qu'il la voit mourante ; elle meurt le lendemain : donc
les dieux lui ont prdit sa mort.
 Un gnral d'arme rve qu'il gagne
une bataille ; il la gagne en effet : les dieux l'ont
averti qu'il serait vainqueur.
 On ne tient compte que des rves qui ont t
accomplis ; on oublie les autres.  
    --- Rves et superstition :
  
%
 Vous pensez que Dieu oubliera votre homicide si vous vous
baignez dans un fleuve, si vous immolez une brebis noire, et si
on prononce sur vous des paroles. Un second homicide vous sera
donc pardonn au mme prix, et ainsi un troisime,
et cent autres meurtres ne vous coterons que cent brebis
noires et cent ablutions ! Faites mieux, misrables
humains : point de meurtres et point de brebis noires.  
    --- Superstition et bonne conscience   
%
 Remarquez que les temps les plus superstitieux ont toujours
t ceux des plus horribles crimes.  
    --- Superstition et bonne conscience   
%
 Et qu'est-ce donc que le sang d'un saint Janvier que vous
liqufiez tous les ans quand vous l'approchez de sa tte ?
Ne vaudrait-il pas mieux faire gagner leur vie  dix mille
gueux, en les occupant  des travaux utiles, que de faire
bouillir le sang d'un saint pour les amuser ? Songer plutt
 faire bouillir leur marmite.  
    --- Superstition et bonne conscience   
%
 TREIZE. - Eviter d'tre treize  table, a
porte malheur. Les esprits forts ne devront jamais manquer de
plaisanter : "Qu'est-ce que a fait ? Je mangerai
pour deux." Ou bien, s'il y a des dames, de demander si l'une
d'elles n'est pas enceinte.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Superstition de la simultanit.
 Ce qui est simultan a un lien commun, pense-t-on. Un
parent meurt au loin, en mme temps nous rvons de
lui, - vous voyez bien ! Mais d'innombrables parents meurent
et nous ne rvons pas d'eux. C'est comme  propos
des naufrags qui font des voeux : on ne voit pas
plus tard dans les temples les ex-voto de ceux qui ont pri.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 [...] les marins normands, le croirait-on jamais !
attribuent  une influence lunaire le phnomne
des mares...
 J'ai essay de combattre cette bizarre superstition, mais
rien n'y fait. D'aprs eux, c'est la lune qui rgit
la mare. Cette croyance est, parait-il, commune 
beaucoup de gens de mer.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Le meilleur moyen de consoler un malheureux est de l'assurer
qu'une maldiction certaine pse sur lui. Ce genre
de flatterie l'aide  mieux supporter ses preuves,
l'ide de maldiction supposant lection,
misre de choix.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il y a chez le superstitieux cette part de bon sens qui
consiste  penser que le monde ne se limite pas 
ce que l'on en voit et que les comptes rendus les plus minutieux
de nos instruments d'investigation les plus puissants seront toujours
incomplets.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Le pape annonce qu'il n'ira pas  Lourdes parce
qu'il est malade. C'est formidable, non ? Les gens, eux,
y vont justement parce qu'ils sont malades.  
    --- COLUCHE  
%
 Un homme perdit sa hache. Il souponna le fils du
voisin et se mit  l'observer. Son allure tait
celle d'un voleur de hache ; l'expression de son visage tait
celle d'un voleur de hache. Tous ses mouvements, tout son tre
exprimait distinctement le voleur de hache. Bientt, creusant
son jardin, voici que l'homme trouve sa hache.
 Un autre jour, il revit le fils du voisin. Tous ses mouvements,
tout son tre n'avaient plus rien d'un voleur de hache.  
    --- Le voleur de hache   
%
 Ah ! sans la pipe la vie serait aride, sans le cigare
elle serait incolore, sans la chique elle serait intolrable !
Les imbciles vous disent toujours : "singulier plaisir !
tout s'en va en fume." Comme si tout ce qu'il y a de plus
beau ne s'en allait pas en fume ! et la gloire ?
et l'amour ? et les rves o vont-ils, o
vont-ils, mes amis ? Dites-moi donc si les plus beaux spasmes
des adolescents, si les plus larges baisers des Italiennes, si
les plus grands coups d'pe des hros ont
laiss autre chose dans le monde que n'en a laiss
ma dernire pipe.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Le cigare donne  ceux qui sont pauvres l'illusion
de la richesse. Il en donne l'assurance  ceux qui sont
fortuns  -  et il la leur renouvelle 
chaque cigare nouveau. Il faut renouveler ses assurances.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 C'est  coup d'excitants (caf, tabac) que
j'ai crit tous mes livres. Depuis qu'il m'est impossible
d'en prendre, ma "production" est tombe  zro.
A quoi tient l'activit de l'esprit !  
    --- Emil CIORAN   
%
 Quand un homme se passionne pour sa gloire posthume, il
n'imagine que chacun de ceux qui se souviennent de lui mourront
aussi trs vite, ainsi que ceux qui leur succdent,
jusqu' ce que sa mmoire s'teigne compltement,
tels des flambeaux qui, passant de l'un  l'autre, s'allument
et s'teignent. Mais suppose que les gens qui conserveront
son souvenir soient immortels et que sa mmoire soit immortelle ;
qu'est-que cela lui fait  lui ? Je ne dis pas 
lui une fois mort, mais pour lui vivant, qu'est-ce que leur loge ?  
    --- MARC-AURELE   
%
 Que chacun examine ses penses, il les trouvera
toutes occupes au pass ou  l'avenir. Nous
ne pensons presque point au prsent ; et, si nous
y pensons, ce n'est que pour en prendre lumire pour disposer
de l'avenir. Le prsent n'est jamais notre fin : le
pass et le prsent sont nos moyens ; le seul
avenir est notre fin. Ainsi nous ne vivons jamais, mais nous esprons
de vivre ; et, nous disposant toujours  tre
heureux, il est invitable que nous ne le soyons jamais.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Il faut, bien loin de se plaindre, remercier l'auteur
de la nature, de ce qu'il nous donne cet instinct qui nous emporte
sans cesse vers l'avenir. Le trsor le plus prcieux
de l'homme est cette esprance qui nous adoucit nos chagrins,
et qui nous peint des plaisirs futurs dans la possession des plaisirs
prsents. Si les hommes taient assez malheureux
pour ne s'occuper que du prsent, on ne smerait
point, on ne btirait point, on ne planterait point, on
ne pourvoirait  rien ; on manquerait de tout au milieu
de cette fausse jouissance. Un esprit comme M. Pascal pouvait-il
donner dans un lieu commun aussi faux que celui-l ?
La nature a tabli que chaque homme jouirait du prsent
en se nourrissant, en faisant des enfants, en coutant
des sons agrables, en occupant sa facult de penser
et de sentir, et qu'en sortant de ces tats, souvent au
milieu de ces tats mmes, il penserait au lendemain,
sans quoi il prirait de misre aujourd'hui.
 Il n'y a que les enfants et les imbciles qui pensent
au prsent ; faudra-t-il leur ressembler ?  
    --- VOLTAIRE   
%
 Un habile homme doit rgler le rang de ses intrts
et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidit le
trouble souvent en nous faisant courir  tant de choses
 la fois que, pour dsirer trop les moins importantes,
on manque les plus considrables.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 La vie est courte, si elle ne mrite ce nom que
lorsqu'elle est agrable, puisque si l'on cousait ensemble
toutes les heures que l'on passe avec ce qui plat, l'on
ferait  peine d'un grand nombre d'annes une vie
de quelques mois.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Le regret qu'ont les hommes du mauvais emploi du temps
qu'ils ont dj vcu, ne les conduit pas
toujours  faire de celui qui leur reste  vivre
un meilleur usage.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Les enfants n'ont ni pass ni avenir, et ce qui
ne nous arrive gures, ils jouissent du prsent.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Ceux qui emploient mal leur temps sont les premiers 
se plaindre de sa brivet ; comme ils le consument
 s'habiller,  manger,  dormir, 
de sots discours,  se rsoudre sur ce qu'ils doivent
faire, et souvent  ne rien faire, ils en manquent pour
leurs affaires ou pour leurs plaisirs ; ceux au contraire
qui en font un meilleur usage, en ont de reste.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Le roi de Prusse, qui ne laisse pas d'avoir employ
son temps, dit qu'il n'y a peut-tre pas d'homme qui ait
fait la moiti de ce qu'il aurait pu faire.  
    --- CHAMFORT   
%
 Il est vrai que tous les hommes renvoient leurs projet
au lendemain et s'en repentent ensuite. Je crois cependant que
l'homme le plus actif trouve autant  se repentir que le
plus paresseux, car celui qui fait le plus est aussi celui qui
voit le mieux, et le plus clairement, ce qu'il aurait encore pu
faire.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 C'tait  l'poque o le temps
n'avait pas de barbe.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Les gens qui n'ont jamais le temps sont ceux qui en font
le moins.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Le temps et la vrit sont amis ; quoiqu'il
y ait beaucoup de moments contraires  la vrit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il faut du loisir pour l'agrment de la vie ;
les esprits qui ont toute leur charge ne sauraient avoir de douceur.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 L'homme ordinaire ne se proccupe que de passer
le temps, l'homme de talent que de l'employer.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 La longueur de la journe. - Quand on a beaucoup
de choses  y mettre, la journe a cent poches.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Il faut tre toujours ivre. Tout est l :
c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau
du Temps qui brise vos paules et vous penche vers la terre,
il faut vous enivrer sans trve.
 Mais de quoi ? De vin, de posie ou de vertu, 
votre guise. Mais enivrez-vous.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Le temps perdu ne se rattrape jamais.
  -  Alors, continuons de ne rien faire.  
    --- Jules RENARD   
%
 O est le risque d'en appeler  la postrit :
on n'y est jug que par contumace.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Nous avons beau dire : "Mon temps... je perds mon
temps... je prends mon temps..." - ce possessif est drisoire :
c'est toujours lui qui nous possde.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 C'est quand on se dit : "plus un jour  perdre !"
qu'on emploie le plus stupidement son temps. Rien d'excellent
ne se fait qu' loisir.  
    --- Andr GIDE   
%
 Excellente est l'attitude de celui qui a bien employ
le temps qu'on lui octroie et ne s'est pas ml d'tre
son propre juge. La dure humaine n'appartient qu'
ceux qui ptrissent la minute, la sculptent et ne se proccupent
pas du verdict.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Celui qui parle de l'avenir est un coquin, c'est l'actuel
qui compte. Invoquer sa postrit, c'est faire un
discours aux asticots.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 Si la semaine de 40 heures tait rduite
de moiti, les fins de mois auraient lieu tous les 15 jours.  
    --- Pierre DAC   
%
 Ma mission est de tuer le temps et la sienne de me tuer
 son tour. On est tout  fait  l'aise entre
assassins.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le temps, complice des exterminateurs, fiche la morale
par terre. Qui, aujourd'hui, en veut  Nabuchodonosor ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Contrairement  la plupart des branches de la physique,
la biologie fait du temps l'un de ses principaux paramtres.
La flche du temps, on la trouve  travers l'ensemble
du monde vivant, qui est le produit d'une volution dans
le temps. On la trouve aussi dans chaque organisme qui se modifie
sans cesse pendant toute sa vie. Le pass et l'avenir reprsentent
des directions totalement diffrentes.  
    --- Franois JACOB   
%
 Le temps n'a jamais travaill pour personne :
il est  son propre compte, et il est clair qu'
la longue il ne russit  personne.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 De toutes les manires d'tre en retard,
la pire est celle qui consiste  se croire en avance.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Une pendule arrte donne l'heure exacte,
deux fois par jour.  
    --- Jos ARTUR   
%
 L'on ne ressent jamais plus douloureusement l'irrversibilit
du temps que dans le remords. L'irrparable n'est que l'interprtation
morale de cette irrversibilit.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Vis ton prsent, et laisse ton pass pour
l'avenir.  
    --- Frdric DARD   
%
 Le con ne perd jamais son temps. Il perd celui des autres.  
    --- Frdric DARD   
%
 Selon un prjug dit moderne, le passage
du temps  lui seul assouplirait les moeurs et civiliserait
les rapports humains. Quelle erreur ! Le temps dtriore
autant qu'il amliore. Il se moque d'apporter le progrs
ou la rgression, l'honnte homme ou le pdant
pontifiant. Plus encore que le sicle des lumires,
notre sicle des ombres a donn dans ce grossier
historicisme. La libration des esprits ne suit pas plus
un cours uniforme que ne le fait la libration des moeurs.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 La flnerie est un passe-temps de pauvre ou un art
de richissime.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Mettre  la scne un personnage indigne
et raconter sa vie, ce n'est point plaider sa cause ni prendre
son parti.
 Un auteur dramatique n'est pas fatalement un moraliste. Et d'ailleurs
ses pices peuvent tre morales sans que cela soit
visible, trop visible. Pour faire triompher  tout prix
la morale, que de mensonges ont t commis au thtre !
 Pourquoi ne reconnat-on pas aux auteurs dramatiques les
mmes droits qu'aux romanciers ?
 Pourquoi faut-il que nous faussions constamment la vrit ?
 Devons-nous prendre sans cesse des gants et mnager les
susceptibilits du public parce qu'il lui plat de
feindre une candeur hypocrite ?
 J'ai fait jouer nagure une pice dont le personnage
principal tait un vilain monsieur, un trs vilain
monsieur. C'tait mon droit. On me l'a pourtant contest,
et Arthur Meyer, qui tait un homme bien intelligent cependant,
m'a dit : "C'est dommage que, venant d'tre dcor
de la Lgion d'honneur, vous donniez justement cette pice-l !"  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Qu'entendez-vous par pice bien construite ?
 Est-ce parce que vous en voyez la charpente, que vous la croyez
bien btie ?
 Que vous vantiez la construction d'un aqueduc ou de la tour Eiffel,
soit, mais que penseriez-vous d'un monsieur qui s'extasierait
sur la "construction" de la cathdrale d'Amiens ou du Petit
Trianon ?  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Un bon acteur est un monsieur qui fait croire au public
qu'il mange un poulet qu'on vient de lui servir et qui est en
carton.
 Tandis qu'un grand acteur mangera du poulet, du poulet vritable,
en faisant croire au public qu'il fait semblant de manger d'un
poulet en carton.
 Augmentant la difficult, pour son plaisir, en somme,
il aura fait semblant de faire semblant.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Qu'est-ce que la tolrance ? C'est l'apanage
de l'humanit. Nous sommes tous ptris de faiblesses
et d'erreurs ; pardonnons-nous rciproquement nos
sottises, c'est la premire loi de la nature.  
    --- VOLTAIRE   
%
 Nul doute que tous les hommes ne prsentent pas
les mmes dispositions pour tre civiliss,
et si la majorit d'entre eux peut s'apprivoiser comme
les chiens et les moutons par prdisposition hrditaire,
ce n'est pas une raison pour que les autres voient briser leur
nature afin qu'on puisse les rduire au mme niveau.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Le public fait preuve d'une tolrance tonnante.
Il pardonne tout sauf le gnie.  
    --- Oscar WILDE   
%
 S'il fallait tolrer aux autres tout ce qu'on se
permet  soi-mme, la vie ne serait plus tenable.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Faire des concessions ? 
 Oui, c'est un point de vue - mais sur un cimetire.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 La tolrance n'est point l'indiffrence,
elle n'est point de s'abstenir d'exprimer sa pense pour
viter de contredire autrui, elle est le scrupule moral
qui se refuse  l'usage de toute autre arme que l'expression
de la pense.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 Le droit de supprimer tous ceux qui nous agacent devrait
figurer en premire place dans la constitution de la Cit
idale.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il existe jusqu' une faon intolrante
de dfendre la tolrance, dans les relations politiques
et culturelles modernes, comme il a exist, dans la civilisation
religieuse du pass, une manire sainte d'envoyer
des hommes au bcher par charit chrtienne
et par amour du prochain. L'infamie que nous attachons 
tout individu d'un parti hostile au ntre, notre besoin
de lui imputer une vilenie morale et de l'liminer continuent,
pour la plupart d'entre nous, en pleine re "pluraliste"
et en toute fraternit rpublicaine, d'aller de
soi.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 L'intolrance  l'gard des ides
est corrige en France par la tolrance 
l'gard des personnes, le sectarisme par la camaraderie.  
    --- Jean-Franois REVEL   
%
 La question est une invention merveilleuse et tout 
fait sre pour perdre un innocent qui a la complexion faible,
et sauver un coupable qui est n robuste.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La Providence nous met quelquefois  la torture
en y employant la pierre, la gravelle, la goutte, le scorbut,
la lpre, la vrole grande ou petite, le dchirement
d'entrailles, les convulsions des nerfs, et autres excuteurs
des vengeances de la Providence.
 Or comme les premiers despotes furent, de l'aveu de tous leurs
courtisans, des images de la Divinit, ils l'imitrent
tant qu'ils purent.  
    --- VOLTAIRE   
%
 J'ai entendu dire une bonne chose  l'ambassadeur
turc, le 18 fvrier 1742. Je lui disois (chez Locmaria,
o nous dnions), que je trouvois contraire aux maximes
d'un bon gouvernement que le Grand-Seigneur ft trangler
ses bachas  sa fantaisie. "Il les fait trangler,
dit-il, sans en dire la raison, pour ne pas rvler
ou faire connatre les dfauts de son serviteur."
Que dites-vous des hommes qui dorent mme la statue de la
Tyrannie ?  
    --- MONTESQUIEU   
%
 J'ai remarqu que, de dix personnes condamnes
 la question, il y en a neuf qui la souffrent. Si tant
d'innocents ont t condamns  une
si grande peine, quelle cruaut ! Si tant de criminels
ont chapp  la mort, quelle injustice !  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Au rebours des autres sicles qui pratiqurent
la torture ngligemment, celui-ci, plus exigeant, y apporte
un souci de purisme qui fait honneur  notre cruaut.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Torture nom commun, trop commun, fminin, mais
ce n'est pas de ma faute. Du latin tortura, action de tordre.
 Bien plus que le costume trois pices ou la pince 
vlo, c'est la pratique de la torture qui permet de distinguer
 coup sr l'homme de la bte.
 L'homme est en effet le seul mammifre suffisamment volu
pour penser enfoncer des tisonniers dans l'oeil d'un lieutenant
de vaisseau dans le seul but de lui faire avouer l'ge du
capitaine.  
    --- Pierre DESPROGES   
%
 Ceux qui n'ont  s'occuper ni de leurs plaisirs
ni de leurs besoins sont  plaindre.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il y a des travaux corrupteurs, mais l'oisivet
l'est davantage.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il n'est pas d'individu plus fatalement malavis
que celui qui consume la plus grande partie de sa vie 
la gagner.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Le travail est la meilleure des rgularits
et la pire des intermittences.  
    --- Victor HUGO   
%
 Quelqu'un disait  Alexandre Dumas :  -  Vous
travaillez donc toujours ?
 Il rpondit :  -  Que voulez-vous ?
je n'ai pas autre chose  faire.  
    --- Victor HUGO   
%
 Les apologistes du travail.  -  Dans la glorification
du "travail", dans les infatigables discours sur la "bndiction
du travail", je vois la mme arrire-pense
que dans les louanges des actes impersonnels et conformes 
l'intrt gnral : la crainte
de tout ce qui est individuel. On se rend maintenant trs
bien compte,  l'aspect du travail  -  c'est--dire
de ce dur labeur du matin au soir  -  que c'est l
la meilleure police, qu'elle tient chacun en bride et qu'elle
s'entend vigoureusement  entraver le dveloppement
de la raison, des dsirs, du got de l'indpendance.
Car le travail use la force nerveuse dans des proportions extraordinaires,
et la soustrait  la rflexion,  la  mditation,
aux rves, aux soucis,  l'amour et  la haine,
il place toujours devant les yeux un but minime et accorde des
satisfactions faciles et rgulires. Ainsi une socit,
o l'on travaille sans cesse durement, jouira d'une plus
grande scurit : et c'est la scurit
que l'on adore maintenant comme divinit suprme.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 A chaque minute nous sommes crass
par l'ide et la sensation du temps. Et il n'y a que deux
moyens pour chapper  ce cauchemar,  -  pour
l'oublier : le Plaisir et le Travail. Le Plaisir nous use.
Le Travail nous fortifie. Choisissons.
 Plus nous nous servons d'un de ces moyens, plus l'autre nous
inspire de rpugnance.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Travail immdiat, mme mauvais, vaut mieux
que la rverie.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Les pauvres croient [...] que le travail ennoblit, libre.
La noblesse d'un mineur au fond de son puits, d'un mitron dans
la boulangerie ou d'un terrassier dans une tranche, les
frappe d'admiration, les sduit. On leur a tant rpt
que l'outil est sacr qu'on a fini par les en convaincre.
Le plus beau geste de l'homme est celui qui soulve un
fardeau, agite un instrument, pensent-ils. "Moi, je travaille",
dclarent-ils, avec une fiert douloureuse et lamentable.
La qualit de bte de somme semble,  leurs
yeux, rapprocher de l'idal humain. Il ne faudrait pas
aller leur dire que le travail n'ennoblit pas et ne libre
point ; que l'tre qui s'tiquette Travailleur
restreint, par ce fait mme, ses facults et ses
aspirations d'homme ; que, pour punir les voleurs et autres
malfaiteurs et les forcer  rentrer en eux-mmes,
on les condamne au travail, on fait d'eux des ouvriers. Ils refuseraient
de vous croire. Il y a, surtout, une conviction qui leur est chre,
c'est que le travail, tel qu'il existe, est absolument ncessaire.
On n'imagine pas une pareille sottise. La plus grande partie du
labeur actuel est compltement inutile. Par suite de l'absence
totale de solidarit dans les relations humaines, par suite
de l'application gnrale de la doctrine imbcile
qui prtend que la concurrence est fconde, les
nouveaux moyens d'action que des dcouvertes quotidiennes
placent au service de l'humanit sont ddaigns,
oublis. La concurrence est strile, restreint l'esprit
d'initiative au lieu de le dvelopper ;  
    --- Georges DARIEN   
%
 Toute profession implique un prjug. La
ncessit de faire carrire contraint tout
un chacun  choisir son camp. Nous vivons dans une poque
qui appartient aux gens surmens et sous-duqus :
une poque o les gens travaillent tant qu'ils deviennent
d'une btise absolue. Et, si cruel que puisse paratre
ce jugement, je ne peux m'empcher de dire que de tels gens
ont le sort qu'ils mritent. La meilleure faon
de ne rien connatre de la vie, c'est d'essayer de se rendre
utile.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Au travail, le plus difficile, c'est d'allumer la petite
lampe du cerveau. Aprs, a brle tout seul.  
    --- Jules RENARD   
%
 Une seule exprience se fortifie en moi :
tout dpend du travail. On lui doit tout, et c'est le grand
rgulateur de la vie.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'homme qui mange n'est pas toujours beau, l'homme qui
pleure est parfois laid, l'homme qui aime est souvent grotesque,
l'homme qui meurt est d'ordinaire affreux, mais l'homme qui travaille
n'est jamais ridicule.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 La vrit, c'est que, ds que le
besoin d'y subvenir ne nous oblige plus, nous ne savons que faire
de notre vie, et que nous la gchons au hasard.  
    --- Andr GIDE   
%
 La premire condition du bonheur est que l'homme
puisse trouver joie au travail. Il n'y a vraie joie dans le repos,
le loisir, que si le travail joyeux le prcde.
 Le travail le plus pnible peut-tre accompagn
de joie ds que le travailleur sait pouvoir goter
le fruit de sa peine. La maldiction commence avec l'exploitation
de ce travail par un autrui mystrieux qui ne connat
du travailleur que son "rendement".  
    --- Andr GIDE   
%
 Il est vident qu'on travaille d'abord pour bien
faire, pour tre content de soi, autant qu'on peut l'tre,
pour toucher  peu prs au but, et aussi pour plaire,
pour obtenir les suffrages de ceux qu'on aime, pour savoir qu'on
ne s'est pas tromp... Mais on travaille encore pour russir,
pour s'enrichir - et, cela, c'est pour la femme. Si l'on a 
ct de soi une femme qu'on dteste, on se
venge en ne russissant pas.   
    --- Sacha GUITRY   
%
 L'Homme est un tre de dsir. Le travail
ne peut qu'assouvir des besoins. Rares sont les privilgis
qui russissent  satisfaire les seconds en rpondant
au premier. Ceux-l ne travaillent jamais.  
    --- Henri LABORIT   
%
 Je n'ai jamais trs bien compris pourquoi une semaine
de grve s'appelle une "semaine d'action".  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Les hommes travaillent gnralement trop
pour pouvoir encore rester eux-mmes. Le travail :
une maldiction que l'homme a transforme en volupt.
OEuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du travail, tirer
de la joie d'un effort qui ne mne qu' des accomplissements
sans valeur, estimer qu'on ne peut se raliser autrement
que par le labeur incessant  -  voil une chose
rvoltante et incomprhensible. Le travail permanent
et soutenu abrutit, banalise et rend impersonnel. Le centre d'intrt
de l'individu se dplace de son milieu subjectif vers une
fade objectivit ; l'homme se dsintresse
alors de son propre destin, de son volution intrieure,
pour s'attacher  n'importe quoi : l'oeuvre vritable,
qui devrait tre une activit de permanente transfiguration,
est devenue un moyen d'extriorisation qui lui fait quitter
l'intime de son tre. Il est significatif que le travail
en soit venu  dsigner une activit purement
extrieure : aussi l'homme ne s'y ralise-t-il
pas  -  il ralise.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Si je travaille autant c'est parce que j'prouve
plus de plaisir  terminer une tche qu'
m'en dbarrasser, parce que je suis trs paresseux
et qu'il me faudrait dployer davantage d'efforts pour
refuser certaines collaborations que pour les assurer.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Ah ! la volupt d'abattre du travail comme
on abat des arbres, de s'attaquer  une montagne de papier
comme on escalade le mont Blanc pour donner, peu  peu,
au bureau  -  par traitement ou par limination
 -  l'aspect du Sahara.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Faut-il que ce qui fait le plus d'honneur  l'esprit
humain soit souvent ce qui est le moins utile ? Un homme
avec les quatre rgles d'arithmtique et du bon
sens devient un grand ngociant, un Jacques Coeur, un Delmet,
un Bernard, tandis qu'un pauvre algbriste passe sa vie
 chercher dans les nombres des rapports et des proprits
tonnantes, mais sans usage, et qui ne lui apprendront
pas ce que c'est que le change. Tous les arts sont  peu
prs dans ce cas ; i1 y a un point pass lequel
les recherches ne sont plus que pour la curiosit :
ces vrits ingnieuses et inutiles ressemblent
 des toiles qui, places trop loin de nous,
ne nous donnent point de clart.   
    --- VOLTAIRE   
%
      Que dites-vous ?... C'est
inutile ?... Je le sais !
      Mais on ne se bat pas dans l'espoir
du succs !
      Non ! non, c'est bien plus beau
lorsque c'est inutile !  
    --- Edmond ROSTAND   
%
 L'utilit ou l'inutilit essentielles de
nos penses sont le seul principe constant de leur gloire
ou de leur oubli.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il y a maintenant une doctrine de la morale, foncirement
errone, doctrine surtout trs fte
en Angleterre : d'aprs elle les jugements "bien"
et "mal" traduisent l'accumulation des expriences sur
ce qui est "utile" et "inutile" ; d'aprs elle ce
qui est appel bien conserve l'espce, ce qui est
appel mal est nuisible  l'espce. Mais
en ralit les mauvais instincts sont utiles, conservateurs
de l'espce et indispensables au mme titre que les
bons :  -  si ce n'est que leur fonction est diffrente.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Je n'ai rien fait de passable en ce monde qui ne m'ait
d'abord paru inutile, inutile jusqu'au ridicule, inutile jusqu'au
dgot. Le dmon de mon coeur s'appelle  -  A
quoi bon ?  
    --- Georges BERNANOS   
%
 A lire Valry on acquiert cette sagesse
de se sentir un peu plus sot qu'avant.  
    --- Andr GIDE   
%
 Faut-il que des gens soient btes pour me trouver
intelligent !  
    --- Paul VALERY   
%
 "Colosse de la pense pour album", dit Julien Gracq
sur Valry.
 Ce mot si vache est assez juste hlas ! Quand on
pense  la quantit d'crivains que Valry
a mpriss.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Si j'ai attaqu Valry, c'est que son influence
est strilisante, masculante mme spirituellement,
et littrairement non moins. Ce fut un malheur pour moi
de l'avoir pris comme modle au moment o je me
suis mis  crire en franais. Cette prose
dvitalise m'avait btement sduit,
de mme que cette apparence de rigueur, apparence seulement,
car, au fond, c'est de la prtention d'un bout 
l'autre. C'est un esprit constip, subtil et pinailleur,
qui pouvait aisment tromper le barbare dcadent
que j'tais.  
    --- Emil CIORAN   
%
 La vanit est si ancre dans le coeur de
l'homme, qu'un soldat, un goujat, un cuisinier, un crocheteur
se vante et veut avoir des admirateurs ; et les philosophes
mmes en veulent ; et ceux qui crivent contre
veulent avoir la gloire d'avoir bien crit ; et ceux
qui les lisent veulent avoir la gloire de les avoir lus ;
et moi, qui cris ceci, ai peut-tre cette envie ;
et peut-tre que ceux qui le liront ...  
    --- Blaise PASCAL   
%
 Qui peut, avec les plus rares talents et le plus excellent
mrite, n'tre pas convaincu de son inutilit,
quand il considre qu'il laisse en mourant un monde qui
ne se sent pas de sa perte, et o tant de gens se trouvent
pour le remplacer ?  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La vue d'un homme puissant nous pntre
de respect et de crainte. Il faut que nous soyons bien pervers !  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Le philosophe, qui fait tout par vanit, a-t-il
droit de mpriser le courtisan, qui fait tout pour l'intrt ?
Il me semble que l'un emporte les louis d'or et que l'autre se
retire content, aprs en avoir entendu le bruit. D'Alembert,
courtisan de Voltaire par un intrt de vanit,
est-il bien au-dessus de tel ou tel courtisan de Louis XIV, qui
voulait une pension ou un gouvernement ?  
    --- CHAMFORT   
%
 Le Franais ne dsire pas assez profondment
d'aller  son but pour que la passion l'empche de
faire attention  toutes les jouissances ou  tous
les dsappointements de vanit qu'il rencontre dans
son chemin. L'homme qui va  un rendez-vous, ou qui va
voir si le dcret qui le nomme  une place importante
est sign, a assez d'attention de reste pour tre
jaloux d'un cabriolet  la mode.  
    --- STENDHAL   
%
 Elevons un peu notre pense. Qu'est-ce que
le dsir de la gloire chez les hommes,  bord de
cette terre qui vogue dans l'espace infini o elle naufragera
un jour ? Il me semble voir  bord d'un gros vaisseau
destin au naufrage, ou plutt dont le naufrage est
continuel et dj commenc, de nombreux passagers
desquels pas un n'arrivera, et dont les premiers morts ont un
dsir insens d'occuper la mmoire des survivants,
de ceux qui vont bientt disparatre et s'abmer
 leur tour. Il est vrai qu' le voir de prs,
le vaisseau est immense, que les passagers d'un pont ne connaissent
pas ceux d'un autre pont, et que la poupe ignore la proue ;
cela fait l'illusion d'un monde. Il est vrai encore qu'en mme
temps qu'on meurt en un coin du vaisseau, on danse, on se marie,
on fte les naissances tout  ct,
et que l'quipage se reproduit et ne diminue pas. Mais,
qu'importe ? il n'est pas moins vou tout entier 
un seul et mme terme. Nul ne sortira de cette masse flottante
pour aller porter son nom ni celui de ses semblables sur les rivages
inconnus, sur les continents et les les sans nombre qui
toilent le merveilleux azur. Tout se passe entre soi et
 huis-clos. Est-ce la peine ?  -  J'ai fait
la paraphrase, mais Pascal a rendu d'un mot cette pense :
"Combien de royaumes nous ignorent !"  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Tout  l'heure un enfant dguenill
passait rue de La Tour-d'Auvergne avec un affreux caniche. L'enfant
siffla le chien et l'appela : H ! Guizot !
 Le chien accourut.
 Puis l'enfant continua sa marche en chantant : Guizot, Gui,
gui, gui, gui, zo, zo.
 Faites-vous donc un grand nom pour que les gamins le jettent
aux chiens !  
    --- Victor HUGO   
%
 Ton savoir n'est rien, si tu ne sais pas que les autres
le savent.  
    --- Arthur SCHOPENHAUER   
%
 Rechercher l'honneur veut dire : "Se rendre suprieur
et dsirer que cela paraisse aussi publiquement." La premire
chose manque-t-elle et la seconde est-elle nanmoins dsire,
on parle de vanit. La seconde manque-t-elle sans qu'elle
soit regrette, on parle d'orgueil.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Primitivement l'individu fort traite, non seulement la
nature, mais encore la socit et les individus
faibles comme des objets de proie : il les exploite tant
qu'il peut, puis continue son chemin. Parce qu'il vit dans une
grande incertitude, alternant entre la faim et l'abondance, il
tue plus de btes qu'il ne peut en consommer, pille et maltraite
plus d'hommes qu'il ne serait ncessaire. Sa manifestation
de puissance est en mme temps une expression de vengeance
contre son tat de misre et de crainte ; il
veut, en outre, passer pour plus puissant qu'il n'est, voil
pourquoi il abuse des occasions : le surcrot de crainte
qu'il engendre est pour lui un surcrot de puissance. Il
remarque  temps que ce n'est pas ce qu'il est, mais ce
pour quoi il passe qui le soutient ou l'abat : voil
l'origine de la vanit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Vers la lumire. - Les hommes se pressent vers
la lumire, non pour mieux voir, mais pour mieux briller.
- On considre volontiers comme une lumire celui
devant qui l'on brille.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Contre la vanit
 
 Ne t'enfle pas, autrement
 La moindre piqre te fera crever.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 DECORATION de la Lgion d'honneur. - La
blaguer mais la convoiter. Quand on l'obtient, toujours dire qu'on
ne l'a pas demande.  
    --- Gustave FLAUBERT   
%
 Oui, je porte ma dcoration. Il faut avoir le courage
de ses faiblesses.  
    --- Jules RENARD   
%
 L'espce de petite piquante dcharge au
cerveau que nous donne la vue de notre nom imprim dans
un journal.  
    --- Jules RENARD   
%
 La vanit est le sel de la vie.  
    --- Jules RENARD   
%
 Un jour  Sainte-Hlne, un triste
jour dont nul soleil ne dvorait plus les brumes, quelqu'un
fit cette remarque ingnieuse, qu'il n'y a pas de fume
sans feu.
  -  Il y a, dit l'Empereur, la gloire.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Il y a dans l'homme un tratre qui se nomme vanit,
qui livre les secrets contre de l'encens.  
    --- Paul VALERY   
%
 C'est presque toujours par vanit qu'on montre
ses limites - en cherchant  les dpasser...  
    --- Andr GIDE   
%
 Etre grand ne lui suffit pas ; il ne se plat
que suprieur.  
    --- Andr GIDE   
%
 L'ignorance de l'homme n'est pas seulement utile, elle
est galement belle alors que son prtendu savoir
se rvle souvent pire qu'inutile et, accessoirement,
fort laid. A qui vaut-il mieux avoir affaire ? A
l'homme qui ne sait rien sur un sujet mais qui, chose extrmement
rare, est conscient de son ignorance, ou bien  celui qui
sait quelque chose dans ce domaine mais qui croit tout savoir ?
  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Il n'y a pas que le pdantisme des savants. Il
y a aussi celui des ignorants, chez les gens sans instruction,
qui n'ont lu que deux ou trois livres d'cole communale,
et qui ne ratent pas une occasion de s'en souvenir, au sujet de
n'importe quoi.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Toulet avait le chic, lui, pour les gnalogies.
Je me rappelle qu'un jour, au caf, un type, qui prtendait
remonter aux Croisades, numrait, pour nous pater,
tous ses anctres. Quand il eut fini, Toulet lui dit, avec
cet air qu'il avait : "Mais vous en oubliez un ? Et
le comte Charles Henri, qui a t condamn
en 1852, pour faux et usage de faux ?" Le type ne savait
plus ou se mettre.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il semble aussi qu'on mette une certaine vanit,
 maladie gale,  tre plus malade
que le voisin. "Si vous aviez ce que j'ai !...". Comme les
gens qui vous disent que leur chien n'a pas son pareil, que leur
vin est d'un cru unique, que leur voiture a une carrosserie comme
on n'en fait plus, que le mdecin qui les a soigns
est un de plus grands mdecins de Paris, etc., etc.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Insolence de certains croyants qui disent : Mon Dieu !
Mein Gott !... Dio mio !... comme on dit : Mon
chapeau, mon caf au lait.
  -  Et quoi de plus sincre que ce Mon ?
Entre un Dieu et un Moi, il n'y a place pour personne...  
    --- Paul VALERY   
%
 La plupart des hommes choisissent des compagnes qui sont
au-dessus de leur physique et des carrires qui sont au-dessus
de leurs moyens. Et il est tonnant de penser que chaque
fois qu'un homme pouse une femme, il s'imagine qu'il pouse
sa femme. Ils disent : "Le jour o j'ai pous
ma femme..." Ils disent mme : "Le jour o je
me suis spar de ma femme..." Ils ressemblent 
ces gens qui dclarent : "Mon train part 
17 h 12", et qui continuent  l'appeler leur
train, mme quand ils l'ont manqu.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 La vanit n'est pas toujours un dfaut.
Elle peut tre une force. On voit des crivains sans
grand talent fournir une assez jolie carrire pousss
par la confiance en soi, ports uniquement par la certitude
des mrites qu'ils se figurent avoir. Ils arrivent 
communiquer aux autres l'illusion qu'ils ont d'eux-mmes.
C'est mme un spectacle fort amusant : dupes des deux
cts.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Il est toujours avantageux de porter un titre nobiliaire.
Etre de quelque chose, a pose un homme, comme tre
de garenne, a pose un lapin.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Il arrive qu' se placer haut pour mieux juger
l'ensemble, on paraisse simplement vouloir prendre une place en
vue.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Rien de plus triste que le journal de Jules Renard, rien
ne dmontre mieux l'horreur des Lettres. Il a d
se dire : "Chacun est bas, petit, arriviste. Personne n'ose
l'avouer ; je l'avouerai et je serai unique." Il en rsulte
chez le lecteur propre, et qui gotait Renard, une gne
insurmontable.
 On quitte ce brviaire de l'homme de lettres, de l'arriviste
intgre, avec la certitude que les grenouilles ont trouv
un roi. (Par grenouilles j'entends ce qui s'attrape avec un bout
de ruban rouge.)  
    --- Jean COCTEAU   
%
 A cette poque ingrate j'aimerais crire
un livre de gratitudes. Entre autres avances de Gide, celle qu'il
m'a faite en rformant mon criture. Je m'tais,
par stupidit d'extrme jeunesse, fabriqu
une criture. Cette fausse criture, rvlatrice
pour un graphologue, me faussait jusqu' l'me. Je
bouclais d'une petite boucle la grande boucle de mes j majuscules.
Un jour qu'il sortait de chez moi, Gide,  la porte, me
dit en surmontant une gne : "Je vous conseille de
simplifier vos j."  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Quand je vois tout les artistes qui faisaient profession
de mpriser le monde parce qu'ils n'y taient pas
encore reus, tomber dans le snobisme aprs la quarantaine,
je me flicite d'avoir eu la chance d'aller dans le monde
 seize ans et d'en avoir eu par-dessus la tte 
vingt-cinq.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 C'est le fait d'un vaniteux que de grossir ses malheurs.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Est ennuyeux quiconque n'a pas de vanit, quiconque
ne veut faire aucune impression. Le vaniteux peut tre exasprant,
mais non ennuyeux. Que faire avec quelqu'un qui ne vise 
aucune sorte d'effet ? Que lui dire ? Et qu'attendre
de lui ?  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le dsir de paratre intelligent augmente
les capacits d'une intelligence. Toute vanit stimule.
Ceux qui en sont dpourvus demeurent en de
d'eux-mmes, laissent inexploite une partie de leurs
dons.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Le jour o les esturgeons apprendront le prix du
caviar, ils deviendront prtentieux.  
    --- Jos ARTUR   
%
 Michel Serres qu'un parcours exemplaire dans la marine,
dans la philosophie puis  l'Acadmie franaise
n'a pas priv de son humour me raconte qu'aprs
l'attribution du Nobel  Jacques Monod, les chercheurs
de l'Institut Pasteur l'avaient baptis "Monoprix".  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Je connais des vaniteux qui passent tellement de temps
 dire du bien d'eux qu'ils n'ont mme pas le loisir
de dire du mal des autres.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 J'aime tellement ceux qui m'aiment que je finis par oublier
leur manque de got.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Si comme la verit, le mensonge n'avoit qu'un visage,
nous serions en meilleurs termes. Car nous prendrions pour certain
l'oppos de ce que diroit le menteur. Mais le revers de
la verit a cent mille figures et un champ indefiny.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 ... chaque degr de bonne fortune qui nous lve
dans le monde nous loigne davantage de la vrit,
parce qu'on apprhende plus de blesser ceux dont l'affection
est plus utile et l'aversion plus dangereuse. Un prince sera la
fable de toute l'Europe, et lui seul n'en saura rien. Je ne m'en
tonne pas : dire la vrit est utile
 celui  qui on la dit, mais dsavantageux
 ceux qui la disent, parce qu'ils se font har. Or
ceux qui vivent avec les princes aiment mieux leurs intrts
que celui du prince qu'ils servent ; et ainsi, ils n'ont
garde de lui procurer un avantage en se nuisant  eux-mmes.
 Ce malheur est sans doute plus grand et plus ordinaire dans les
plus grandes fortunes ; mais les moindres n'en sont pas exemptes,
parce qu'il y a toujours quelque intrt 
se faire aimer des hommes. Ainsi, la vie humaine n'est qu'une
illusion perptuelle ; on ne fait que s'entre-tromper
et s'entre-flatter. Personne ne parle de nous en notre prsence
comme il en parle en notre absence. L'union qui est entre les
hommes n'est fonde que sur cette mutuelle tromperie ;
et peu d'amitis subsisteraient, si chacun savait ce que
son ami dit de lui lorsqu'il n'y est pas, quoiqu'il en parle alors
sincrement et sans passion.
 L'homme n'est donc que dguisement, que mensonge et hypocrisie,
et en soi-mme et  l'gard des autres. Il
ne veut pas qu'on lui dise la vrit, il vite
de la dire aux autres ; et toutes ces dispositions, si loignes
de la justice et de la raison, ont une racine naturelle dans son
coeur.  
    --- Blaise PASCAL   
%
 L'illusion est dans les sensations. L'erreur est dans
les jugements. On peut  la fois connatre la vrit
et jouir de l'illusion.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 En toutes choses les sots restent en de
et les fols vont au del de la vrit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Toute vrit n'est pas bonne  dire.
Car tant dite seule et isole elle peut conduire
 l'erreur et  de fausses consquences.
Mais toutes les vrits seraient bonnes 
dire si on les disait ensemble et si on avait une gale
facilit de les persuader toutes  la fois.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Condillac ! une vrit vague vaut mieux
qu'une erreur fixe.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Si je me trompe, c'est au moins par de bonnes raisons.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 En morale, en littrature, les erreurs d'optique
sont produites par l'irrflexion.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Ceux qui ne se rtractent jamais s'aiment plus
que la vrit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 L'erreur agite, la vrit repose.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il est presque impossible de porter le flambeau de la
vrit parmi la foule sans roussir une barbe.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Les hommes, en gnral, n'aiment pas la
vrit, et les littrateurs moins que les
autres. En revanche, ils aiment fort la satire, ce qui est bien
diffrent : mais la vrit, c'est--dire
cet ensemble non arrang de qualits et de dfauts,
de vertus et de vices, qui constituent une personne humaine, ils
ont toute la peine du monde  s'en accommoder. Ils veulent
leur homme, leur hros tout d'une pice, tout un :
ange ou dmon ! c'est leur gter leur ide
que de venir leur montrer dans un miroir fidle le visage
d'un mort avec son front, son teint et ses verrues.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Il ne faut pas dire toute la vrit, mais
il ne faut dire que la vrit.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je sais que, ayant rsolu de dire la vrit,
je dirai peu de chose.  
    --- Jules RENARD   
%
 Il n'est pas possible de dire la vrit,
mais on peut faire des mensonges transparents : c'est 
vous de voir au travers.  
    --- Jules RENARD   
%
 Ce n'est pas le moindre charme de la vrit,
qu'elle scandalise.  
    --- Jules RENARD   
%
 Ds qu'une vrit dpasse
cinq lignes, c'est du roman.  
    --- Jules RENARD   
%
 Une des erreurs de logique les plus ordinaires est celle-ci :
quelqu'un est envers nous vridique et sincre,
donc il dit la vrit. C'est ainsi que l'enfant
croit aux jugements de ses parents, le chrtien aux affirmations
du fondateur de l'Eglise.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 La vrit ne tolre pas d'autres
dieux. - La foi en la vrit commence avec le doute
au sujet de toutes les "vrits" en quoi l'on a
cru jusqu' prsent.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 C'est tout bonnement un prjug moral de
croire que la vrit a plus de valeur que l'apparence,
c'est mme l'hypothse la plus mal fonde
qui soit au monde. Qu'on en fasse une bonne fois l'aveu :
il n'y a de vie possible qu' la faveur d'estimations et
d'apparences inhrentes  sa perspective, et si
l'on voulait, comme ces philosophes aussi balourds que pleins
d'un vertueux enthousiasme, supprimer compltement le "monde
des apparences", eh bien !  supposer que vous le
puissiez, il ne resterait rien non plus de votre "vrit".
Qu'est-ce qui nous force, en effet,  supposer qu'il y
ait une opposition radicale entre le "vrai" et le "faux" ?
Ne suffit-il pas d'admettre qu'il y a dans l'apparence des degrs,
pour ainsi dire des ombres et des harmonies d'ensemble, plus claires
ou plus fonces, diffrentes valeurs, pour parler
le langage des peintres ?  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 C'est lorsqu'il parle en son nom que l'homme est le moins
lui-mme. Donnez-lui un masque et il vous dira la vrit.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Toutes les vrits ne sont pas bonnes 
dire. Il y en a d'autres, en plus grand nombre, qui ne sont pas
meilleurs  entendre.  
    --- Lon BLOY   
%
 Ce qui est simple est toujours faux. Ce qui ne l'est pas
est inutilisable.  
    --- Paul VALERY   
%
 D'aprs quoi voulez-vous que l'on crive
l'histoire ? sinon d'aprs des documents qui, s'ils
sont faux, fausseront  leur tour toute la machine et les
dductions, conclusions, etc., qui dpendront de
cela. La vrit (historique) ne s'impose jamais
d'elle-mme. Elle est au contraire dsavantage
par ceci que les mes "croyantes" s'imaginent qu'elle finira
toujours par triompher et parce qu'elles se reposent l-dessus ;
cependant que les faussaires travaillent  faire triompher
le mensonge. C'est peut-tre ce qui explique un peu que
le mensonge ait partout la partie si belle et triomphe si communment.
C'est aussi parce que le mensonge est avantageux, flatteur, plaisant
(tout au moins pour le plus grand nombre), tandis que la vrit
gne et blesse toujours quelques-uns par quelques cts.
Elle a du mal  se faire entendre parce qu'elle fait mal
 entendre. Son bienfait n'est connaissable, ou reconnaissable,
qu'aprs.  
    --- Andr GIDE   
%
 C'est souvent lorsqu'elle est le plus dsagrable
 entendre qu'une vrit est le plus utile
 dire, et lorsqu'elle risque de rencontrer l'opposition
la plus vive. Mais il y a souvent pril  ne point
souffler dans le sens du vent.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce qui, probablement, fausse tout dans la vie, c'est qu'on
est convaincu qu'on dit la vrit parce qu'on dit
ce qu'on pense.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 ... la vrit qui est bonne  entendre
n'est jamais bonne  dire pour cette raison qu'on n'est
jamais sr de la connatre.  
    --- Sacha GUITRY /L'Esprit /   
%
 La vrit est trop nue ; elle n'excite
pas les hommes.  
    --- Jean COCTEAU   
%
 Les plus irrparables sottises sont celles que
l'on commet au nom des principes. Les plus dangereuses erreurs,
celles o la proportion de vrit reste assez
forte pour qu'elles trouvent un chemin jusqu'au coeur de l'homme.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 Qui croit en la vrit est naf ;
qui n'y croit pas est stupide. La seule bonne route passe sur
le fil du rasoir.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Nous n'avons le choix qu'entre des vrits
irrespirables et des supercheries salutaires. Les vrits
qui ne permettent pas de vivre mritent seules le nom de
vrits. Suprieures aux exigences du vivant,
elles ne condescendent pas  tre nos complices.
Ce sont des vrits "inhumaines", des vrits
de vertige, et que l'on rejette parce que nul ne peut se passer
d'appuis dguiss en slogans ou en dieux.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On vit dans le faux aussi longtemps qu'on n'a pas souffert.
Mais quand on commence  souffrir, on n'entre dans le vrai
que pour regretter le faux.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Une fausse erreur n'est pas forcment une vrit
vraie.  
    --- Pierre DAC   
%
 Il y a belle lurette que les scientifiques ont renonc
 l'ide d'une vrit ultime et intangible,
image exacte d'une "ralit" qui attendrait au coin
de la rue d'tre dvoile. Ils savent maintenant
devoir se contenter du partiel et du provisoire. Une telle dmarche
procde souvent  l'encontre de la pente naturelle
 l'esprit humain qui rclame unit et cohrence
dans sa reprsentation du monde sous ses aspects les plus
divers.  
    --- Franois JACOB   
%
 Un bon lieu commun est toujours plus humain qu'une dcouverte
nouvelle. Il n'est pas une seule pense importante dont
la btise ne sache aussitt faire usage, elle peut
se mouvoir dans toutes les directions et prendre tous les costumes
de la vrit. La vrit, elle, n'a
jamais qu'un seul vtement, un seul chemin : elle est
toujours handicape.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Il n'y a que le vrai qui ne soit pas vraisemblable, il
n'y a que le romanesque artificiel qui soit en tous points convaincant.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 L'erreur, comme le rire, est le propre de l'homme. Mais
infiniment plus cratrice.  
    --- Roland TOPOR   
%
 Chacun sa vrit, dit-on. Chaque classe,
chaque profession, chaque communaut, chaque province,
chaque ge prsente la sienne, pour ne pas parler
des mouvements politiques. Ces images sont contradictoires ?
Oui. Nous voulons le progrs, mais pas les consquences
du progrs. Nous voulons plus d'galit,
mais sans toucher aux hirarchies profondes et subtiles
qui nous relient. Nous sommes contre les privilges, ceux
des autres. Au fond, nous sommes injustes avec notre sicle.
Il est  notre image qui est double, joignant le meilleur
au pire. Ce n'est pas la vrit qui est diverse,
trompeuse. Seulement la faon de regarder la vrit.  
    --- Jean-Franois DENIAU   
%
 La vrit est une. Le mensonge est multiple.
La partie n'est pas gale.  
    --- Jean-Franois DENIAU   
%
 Les rois et les reines qui ne portent leurs vtements
qu'une fois, bien qu'ils soient faits par un tailleur ou une couturire
 la mesure de leurs majests, ne connaissent pas
le plaisir de porter un vtement qui leur va. Ils ne sont
que des porte-manteaux de bois sur lesquels on pend les vtements
propres. Chaque jour, nos vtements pousent plus
exactement notre personnalit, recevant la marque du caractre
de celui qui les porte, si bien que nous hsitons 
les laisser de ct, retardant le moment de le faire,
leur administrant des soins mdicaux et entourant leur
dpart de quelque solennit, comme nous le faisons
pour notre corps. Nul homme n'a jamais baiss dans mon
estime parce qu'il avait un habit rapic ;
cependant je suis sr que la plupart des gens dsirent
bien plus avoir des vtements  la mode, ou du moins
propres et sans raccommodages, que d'avoir la conscience nette.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Armure n. Sorte d'habit port par un homme dont
le tailleur est un forgeron.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 J'ai connu dans le temps, quand j'tais jeune,
un jeune Chinois  qui je donnais quelques leons
de franais. C'tait un garon fort lgant,
depuis peu  Paris, et qui habitait place de la Madeleine.
Comme je m'tonnais un jour de le voir toujours habill
 l'europenne, sa natte soigneusement cache
sous son vtement, et lui demandais pourquoi il dlaissait
ainsi son costume national, il m'en donna la raison. "J'tais
trop remarqu, me dit-il. Le soir, quand je me promenais
sur le boulevard, toutes les femmes me tiraient la queue."  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Pendant qu'il parlait prudent et prliminaire,
j'essayais de me reprsenter tout ce qu'il excutait
chaque jour ce cur pour gagner ses calories, des tas de
grimaces et des promesses encore, dans le genre des miennes...
Et puis je me l'imaginais pour m'amuser, tout nu devant son autel...
C'est ainsi qu'il faut s'habituer  transposer ds
le premier abord les hommes qui viennent vous rendre visite, on
les comprend bien plus vite aprs a, on discerne
tout de suite dans n'importe quel personnage sa ralit
d'norme et d'avide asticot. C'est un bon truc d'imagination.
Son sale prestige se dissipe, s'vapore. Tout nu, il ne
reste plus devant vous en somme qu'une pauvre besace prtentieuse
et vantarde qui s'vertue  bafouiller futilement
dans un genre ou dans un autre. Rien ne rsiste 
cette preuve. On s'y retrouve instantanment. Il
ne reste plus que les ides, et les ides ne font
jamais peur. Avec elles, rien n'est perdu, tout s'arrange. Tandis
que c'est parfois difficile  supporter le prestige d'un
homme habill. Il garde des sales odeurs et des mystres
plein ses habits.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE  
%
 Quant aux vertus, nous les acqurons d'abord par
l'exercice, comme il arrive galement dans les arts et
les mtiers. Ce que nous devons excuter aprs
une tude pralable, nous l'apprenons par la pratique ;
par exemple, c'est en btissant que l'on devient architecte,
en jouant de la cithare que l'on devient citharde. De
mme, c'est  force de pratiquer la justice, la temprance
et le courage que nous devenons justes, temprants et courageux.  
    --- L'habitude, cause essentielle de  
%
 Qu'est-ce que vertu ? Bienfaisance envers le prochain.
 [...]
 Mais quoi ! n'admettra-t-on de vertus que celles qui sont
utiles au prochain ? Eh ! comment puis-je en admettre
d'autres ? Nous vivons en socit ; il
n'y a donc de vritablement bon pour nous que ce qui fait
le bien de la socit.  
    --- Conception sociale du vice   
%
 Quelques thologiens disent que le divin empereur
Antonin n'tait pas vertueux ; que c'tait
un stocien entt, qui, non content de commander
aux hommes, voulait encore tre estim d'eux ;
qu'il rapportait  lui-mme le bien qu'il faisait
au genre humain ; qu'il fut toute sa vie juste, laborieux,
bienfaisant, par vanit, et qu'il ne fit que tromper les
hommes par ses vertus ; je m'crie alors : "Mon
Dieu, donnez-nous souvent de pareils fripons !"  
    --- Conception sociale du vice   
%
 La fortune fait paratre nos vertus et nos vices,
comme la lumire fait paratre les objets.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 L'hypocrisie est un hommage que le vice rend 
la vertu.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 L'intrt que l'on accuse de tous nos crimes
mrite souvent d'tre lou de nos bonnes actions.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 On a fait une vertu de la modration pour borner
l'ambition des grands hommes, et pour consoler les gens mdiocres
de leur peu de fortune, et de leur peu de mrite.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Les scrupules et la grandeur ont t de
tout temps incompatibles, et ces maximes faibles d'une prudence
ordinaire sont plus propres  dbiter  l'cole
du peuple qu' celle des grands seigneurs. Le crime d'usurper
une couronne est si illustre qu'il peut passer pour une vertu ;
chaque condition des hommes a sa rputation particulire :
l'on doit estimer les petits par la modration, et les
grands par l'ambition et par le courage. Un misrable pirate
qui s'amusait  prendre de petites barques du temps d'Alexandre
passa pour un infme voleur, et ce grand conqurant
qui ravissait les royaumes entiers est encore honor comme
un hros ;  
    --- Cardinal de RETZ   
%
 S'il est ordinaire d'tre vivement touch
des choses rares, pourquoi le sommes-nous si peu de la vertu.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 La grande rgle est de chercher  plaire
autant qu'on le peut faire sans intresser sa probit :
car il est de l'utilit publique que les hommes aient du
crdit et de l'ascendant sur l'esprit les uns des autres :
chose  laquelle on ne parviendra jamais par une humeur
austre et farouche. Et telle est la disposition des choses
et des esprits dans une nation polie qu'un homme, quelque vertueux
qu'il ft, s'il n'avoit dans l'esprit que de la rudesse,
seroit presque incapable de tout bien et ne pourroit qu'en trs
peu d'occasions mettre sa vertu en pratique.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 On parle beaucoup de l'exprience de la vieillesse.
La vieillesse nous te les sottises et les vices de la jeunesse ;
mais elle ne nous donne rien.  
    --- MONTESQUIEU   
%
 Pourquoi les femmes vertueuses ont-elles toujours moins
d'esprit que celles qui ne le sont pas ?  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Les philosophes reconnaissent quatre vertus principales
dont ils font driver toutes les autres. Ces vertus sont
la justice, la temprance, la force et la prudence. On
peut dire que cette dernire renferme les deux premires,
la justice et la temprance, et qu'elle supple,
en quelque sorte,  la force, en sauvant  l'homme
qui en a le malheur d'en manquer, une grande partie des occasions
o elle est ncessaire.  
    --- CHAMFORT   
%
 Avoir de la vertu, c'est savoir bien faire sans que l'inclination
nous y porte et s'abstenir de faire mal quoique la passion nous
y pousse.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le succs sanctifie les intentions. - Il ne faut
point craindre de suivre le chemin qui mne  une
vertu, lors mme que l'on s'apercevrait que l'gosme
seul, - par consquent l'utilit et le bien-tre
personnels, la crainte, les considrations de sant,
de rputation et de gloire, sont les motifs qui y poussent.
On dit que ces motifs sont vils et intresss :
mais s'ils nous incitent  une vertu, par exemple le renoncement,
la fidlit au devoir, l'ordre, l'conomie,
la mesure et la modration, il faut les couter,
quelle que soit la faon dont on les qualifie. Car, lorsque
l'on a atteint ce  quoi ils tendent, la vertu atteinte
ennoblit  tout jamais les motifs lointains de nos actes
grce  l'air pur qu'elle fait respirer et au bien-tre
moral qu'elle communique, et, plus tard nous n'accomplissons plus
ces mmes actes pour les mmes motifs grossiers qui
autrefois nous y incitaient.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 On n'est jamais si bien puni que pour ses vertus.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Il est inhumain de bnir qui nous maudit.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Ces gens qui prtendent que ce qui les perdit,
c'est d'tre bons...
 Sans doute : mais  quoi ?  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Franklin qui ne passe pas pour avoir invent grand'chose,
ni le paratonnerre, a crit qu'un vice cote plus
cher que deux enfants.
 Et une vertu, donc !  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 N'avons-nous pas oubli le sens du mot "vertu" ?
Jadis elle reprsentait tout ce qu'un homme avait de bon,
sans tenir compte de ce qu'il pouvait avoir aussi de mauvais,
 l'instar de l'ivraie dans le bon grain. Or, nous avons
aboli la vertu pour lui substituer les vertus. Notre idal
moderne, ce n'est plus le hros  -  il avait vraiment
trop de dfauts  -  mais le sous-fifre qui n'a
rien  se reprocher ; ce n'est plus l'homme qui fait
du bien, mais celui qu'on ne prend pas en train de faire du mal.
Conformment  cette nouvelle thorie, l'tre
le plus vertueux dans l'tat de nature doit tre
l'hutre. Elle est toujours  la maison, toujours
sobre. Elle ne fait pas de bruit. Elle n'a jamais maille 
partir avec la police. Je ne crois pas qu'il lui arrive jamais
d'enfreindre un seul des Dix Commandements. Elle ne s'amuse jamais
et elle ne donne jamais, de son vivant, un seul instant de plaisir
 aucune autre crature.  
    --- Jerome K. JEROME   
%
 Il n'y a rien de plus touchant que la bienveillance et
la compassion dont les Pauvres font preuve les uns envers les
autres ; que l'aide qu'ils s'apportent entre eux ; que
leur esprit de sacrifice ; que leur amour du travail ;
que l'instinct sr qui leur fait comprendre l'utilit
de la rsignation et la ncessit de la souffrance ;
que leur simple et profonde honntet. Ce sont l
des vertus, ou je ne m'y connais pas. Sans ces vertus, l'existence
des Pauvres telle qu'elle est serait vraiment impossible. Les
bourgeois ne l'ignorent pas. Bien qu'ils n'aient pas l'habitude
d'en faire usage pour eux-mmes, ils savent quelle est la
valeur de ces vertus et tout le parti qu'on en peut tirer lorsqu'elles
sont mises en pratique par d'autres.  
    --- Georges DARIEN   
%
 Nos vertus, nous les devons  l'impuissance o
nous sommes d'avoir des vices.  
    --- Jules RENARD   
%
 Rien n'apprend mieux  gnraliser
que d'avoir quelques vices.  
    --- Jules RENARD   
%
 Hypocrite n. Personne qui, professant des vertus qu'il
ne respecte pas, rend vident l'avantage de sembler tre
ce qu'il ddaigne.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Quand je dis que les gens qui ne sont pas irrprochables
valent souvent mieux que les autres, c'est que j'en ai fait l'exprience.
La notion absolue du devoir rend les gens secs, troits,
borns, finit par faire d'eux des mcaniques dtestables.
Un coquin est souvent un homme suprieur, mal 
l'aise au milieu de nos prjugs.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Pour manier les hommes, il faut pratiquer leurs vices
et en rajouter. Voyez les papes : tant qu'ils forniquaient,
s'adonnaient  l'inceste et assassinaient, ils dominaient
le sicle ; et l'Eglise tait toute-puissante.
Depuis qu'ils en respectent les prceptes, ils ne font
que dchoir : l'abstinence, comme la modration,
leur aura t fatale ; devenus respectables,
plus personne ne les craint. Crpuscule difiant
d'une institution.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Il est plus ais d'avancer avec des vices qu'avec
des vertus. Les vices, accommodants de nature, s'entraident, sont
pleins d'indulgence les uns  l'gard des autres,
alors que les vertus, jalouses, se combattent et s'annulent, et
montrent en tout leur incompatibilit et leur intolrance.  
    --- Emil CIORAN   
%
 C'est se tromper sur les vertus que de fonder leur valeur
sur leur origine, comme de vouloir, au nom de cette origine, les
invalider. Qu'elles viennent toutes de l'animalit, et
donc du plus bas (du moins de ce qui nous parat tel :
il est clair que la matire et le vide, d'o tout
vient, y compris l'animalit, n'ont ni haut ni bas nulle
part), j'en suis personnellement persuad. Mais c'est dire
aussi qu'elles nous lvent, et c'est pourquoi le
contraire de toute vertu, sans doute, est une forme de bassesse.
  
    --- Andr COMTE-SPONVILLE   
%
 Il y aurait moins de femmes vertueuses s'il y avait moins
d'hommes avares...  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Une ambition  satisfaire est moins puissante qu'un
vice  entretenir.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Ni la bont, ni l'indulgence, ni la solidarit
ne sont des vertus naturelles.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Que les chiens soient interdits de paradis tendrait 
prouver que la fidlit n'est pas considre
comme une vertu cardinale.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Dusses-tu vivre trois mille ans et autant de fois dix
mille ans, souviens-toi pourtant que personne ne perd une autre
vie que celle qu'il vit et qu'il n'en vit pas d'autre que celle
qu'il perd. Donc le plus long et le plus court reviennent au mme.
Car le prsent est gal pour tous ; est donc
gal aussi ce qui prit ; et la perte apparat
ainsi comme instantane ; car on ne peut perdre ni
le pass ni l'avenir ; comment en effet pourrait-on
vous enlever ce que vous ne possdez pas ?  
    --- MARC-AURELE   
%
 Qu'il est ridicule et trange, celui qui s'tonne
de quoi que ce soit qui arrive dans la vie !  
    --- MARC-AURELE   
%
 Le raisonnement de Marc-Aurle, suivant lequel
qu'on vive quelques jours ou des sicles, cela ne compte
gure, puisque la mort ne nous ravit que le prsent,
et non le pass ni l'avenir qui ne nous appartiennent pas,
 -  ce raisonnement ne rsiste pas  l'analyse
ni aux exigences profondes de notre nature. Mais combien est pathtique
l'Antiquit finissante dans ses tentatives pour minimiser
l'importance de la mort !  
    --- Emil CIORAN   
%
 La vie n'est de soy ny bien ny mal : c'est la place
du bien et du mal selon que vous la leur faictes.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 La vie est une comdie, laquelle il n'importe combien
elle soit longue, mais qu'elle soit bien joue.  
    --- Franois des RUES   
%
 Si la vie est misrable, elle est pnible
 supporter ; si elle est heureuse, il est horrible
de la perdre. L'un revient  l'autre.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Il n'y a pour l'homme que trois vnements :
natre, vivre et mourir. Il ne se sent pas natre,
il souffre  mourir, et il oublie de vivre.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Vivre sans le vouloir est chose pouvantable, mais
ce serait bien pis encore d'tre ternel sans l'avoir
demand.  
    --- Georg Christoph LICHTENBERG   
%
 Il est remarquable que l'infiniment petit est peupl
d'une prodigieuse quantit d'tres anims
et que l'infiniment grand ne l'est pas ; de telle sorte qu'on
pourrait dire, en n'employant toutefois ces expressions que d'une
manire relative, que l'infiniment petit est peupl
et que l'infiniment grand est dsert.  
    --- Victor HUGO   
%
 Je suis arriv dans la vie  l'indiffrence
complte. Que m'importe, pourvu que je fasse quelque chose
le matin, et que je sois quelque part le soir !  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 De ce que la vie serait en dfinitive (ce que je
crois) une partie qu'il faut toujours perdre, il ne s'ensuit point
qu'il ne faille pas la jouer de son mieux et tcher de la
perdre le plus tard possible.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 La meilleure preuve de la misre de l'existence
est celle qu'on tire de la contemplation de sa magnificence.  
    --- Sren KIERKEGAARD   
%
 Vivre, ce n'est pas glisser sur une agrable surface,
ce n'est pas jouer avec le monde pour y trouver son plaisir ;
c'est consommer beaucoup de belles choses, c'est tre le
compagnon de route des toiles, c'est savoir, c'est esprer,
c'est aimer, c'est admirer, c'est bien faire. Celui-l
a le plus vcu, qui, par son esprit, par son coeur et par
ses actes, a le plus ador !  
    --- Ernest RENAN   
%
 Il est remarquable qu'on ne trouve rien ou presque rien
d'crit sur la manire de gagner sa vie et qui soit
digne de mmoire : comment gagner sa vie d'une faon
non seulement honnte et honorable mais franchement sduisante
et glorieuse. En effet, si gagner de quoi vivre ne rpond
pas  ces critres, alors la vie elle-mme
n'y rpond pas non plus. A en croire la littrature,
on pourrait penser que cette interrogation n'est jamais venue
dranger les mditations d'une seule personne. Serait-ce
donc que les hommes sont trop dgots par
leur propre exprience pour en parler ?  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 Toute croyance  la valeur et  la dignit
de la vie repose sur une pense inexacte ; elle est
possible seulement parce que la sympathie pour la vie et les souffrances
universelles de l'humanit est trs faiblement dveloppe
dans l'individu. Mme les rares hommes dont les penses
s'lvent en gnral au-dessus d'eux-mmes
n'embrassent pas du regard cette vie universelle, mais seulement
des parties limites. Si l'on est capable de diriger son
observation sur des exceptions, je veux dire sur les grands talents
et les mes pures, si l'on prend leur production pour but
de toute l'volution de l'univers et que l'on prenne plaisir
 leur action, on peut alors croire  la valeur
de la vie, parce qu'on nglige alors les autres hommes
et qu'ainsi l'on pense inexactement.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Modestie de l'homme. - Que peu de plaisir suffit 
la plupart pour trouver la vie bonne, que l'homme est modeste !  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Trop et trop peu. - De nos jours, les hommes vivent tous
beaucoup trop et pensent trop peu : ils ont tout 
la fois la colique et une faim dvorante, c'est pourquoi
ils maigrissent  vue d'oeil, malgr toute la nourriture
qu'ils absorbent. - Celui qui dit maintenant : "Il ne m'est
rien arriv" passe pour un imbcile.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Dans ta vie, il faut apprendre  compter ;
mais non pas sur les autres.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Nous devons  Ibsen deux formules du jargon sentimental
intellectuel de l'entre-deux-guerres* : "vivre sa vie" et
"en beaut". La premire menait les femmes faibles
au trottoir ou chez la proxnte. La seconde lgitimait
toutes les loufoqueries. L'une et l'autre comportaient le sermon
laque. J'ai vu trop d'applications, douloureuses ou comiques,
de ces insanits, pour n'en pas garder rancune 
leur auteur responsable.  
    --- Lon DAUDET   
%
 J'avais justement lu le matin, dans le Soir d'hier, une
srie d'aphorismes de Ren Wisner qui n'a pas grand
talent mais qui a crit pour une fois dans cette srie
un mot assez juste : Qu'est-ce que l'conomie ?
L'art de ne pas vivre.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 L'art de vivre consiste d'abord, il me semble, 
ne se point quereller soi-mme sur le parti qu'on a pris
ni sur le mtier qu'on fait. Non pas, mais le faire bien.
Nous voudrions voir une fatalit dans ces choix que nous
trouvons faits et que nous n'avons pas faits mais ces choix ne
nous engagent point, car il n'y a point de mauvais lot ;
tout lot est bon si l'on veut le rendre bon. Il n'y rien qui marque
mieux la faiblesse que de discuter sur sa propre nature ;
nul n'a le choix ; mais une nature est assez riche pour contenter
le plus ambitieux. Faire de ncessit vertu est
le beau et grand travail.  
    --- ALAIN   
%
 Dieu a sagement agi en plaant la naissance avant
la mort ; sans cela, que saurait-on de la vie ?  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 J'tais comme arriv au moment, 
l'ge peut-tre, o on sait bien ce qu'on perd
 chaque heure qui passe. Mais on n'a pas encore acquis
la force de sagesse qu'il faudrait pour s'arrter pile sur
la route du temps et puis d'abord si on s'arrtait on ne
saurait quoi faire non plus sans cette folie d'avancer qui vous
possde et qu'on admire depuis toute sa jeunesse. Dj
on en est moins fier d'elle de sa jeunesse, on n'ose pas encore
l'avouer en public que ce n'est peut-tre que cela sa jeunesse,
de l'entrain  vieillir.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 La grande fatigue de l'existence n'est peut-tre
en somme que cet norme mal qu'on se donne pour demeurer
vingt ans, quarante ans, davantage, raisonnable, pour ne pas tre
simplement, profondment soi-mme, c'est--dire
immonde, atroce, absurde. Cauchemar d'avoir  prsenter
toujours comme un petit idal universel, sur-homme du matin
au soir, le sous-homme claudicant qu'on nous a donn.  
    --- Louis-Ferdinand CELINE   
%
 Quel petit nombre d'heures, d'instants, chaque jour, sont
vraiment occups  vivre ! Pour quelques triomphantes
oasis, quels immenses dserts  traverser !  
    --- Andr GIDE   
%
 Ceux qui prtendent agir d'aprs des rgles
de vie, me paraissent, si belles que puissent tre celles-ci,
des idiots, ou tout au moins des maladroits, incapables de profiter
de la vie - je veux dire : de se laisser instruire par la
vie. Des tres en tout cas insupportables.  
    --- Andr GIDE   
%
 "Ma vie a t domine par trois phrases
que rptait  ma premire enfance
une excellente parente  qui j'avais t
confi.
 1. On est ce qu'on est.
 2. Il faut ce qu'il faut.
 3. Ca cotera ce que a cotera."
 C'est Paul Desjardins qui,  Pontigny, nous racontait
cela, et beaucoup mieux que je ne fais ici.  
    --- Andr GIDE   
%
 Ce qu'on appelle une raison de vivre est en mme
temps une excellente raison de mourir.  
    --- Albert CAMUS   
%
 On a toujours beaucoup plus de chances d'apprendre un
vnement extraordinaire par le journal que de le
vivre ; en d'autres termes, c'est dans l'abstrait que ce
passe de nos jours l'essentiel, et il ne reste plus  la
ralit que l'accessoire.  
    --- Robert MUSIL   
%
 Il n'existe gure que deux arts de vivre :
l'un consiste  se mettre  la place des autres,
l'autre  la leur prendre.  
    --- Antoine BLONDIN   
%
 Certains se demandent encore si la vie a un sens ou non.
Ce qui revient en ralit  s'interroger
si elle est supportable ou pas. L s'arrtent les
problmes et commencent les rsolutions.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Nous ne sommes des rats que si la vie a un sens.
Car dans ce cas seulement, tout ce que nous n'avons pas accompli
constitue une chute ou un pch. Dans un monde pourvu
d'une finalit extrieure, un monde qui tend vers
quelque chose, nous sommes obligs d'tre jusqu'
nos limites.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Vivre, c'est perdre du terrain.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Vivre c'est composer. Tout homme qui ne meurt pas de faim
est suspect.  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'essence de la vie rside dans la peur de mourir.
Si cette peur disparaissait, la vie perdrait sa raison d'tre.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Si vous n'attendez pas tout de la vie, vous n'aurez rien !  
    --- Frdric DARD   
%
 Un homme qui serait en peine de connatre s'il change,
s'il commence  vieillir, peut consulter les yeux d'une
jeune femme qu'il aborde, et le ton dont elle lui parle :
il apprendra ce qu'il craint de savoir. Rude cole.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 L'on craint la vieillesse, que l'on est pas sr
de pouvoir atteindre.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 L'on espre de vieillir et l'on craint la vieillesse ;
c'est--dire l'on aime la vie et l'on fuit la mort.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 Avoir de l'exprience, ce n'est pas avoir vieilli,
c'est avoir vu, et l'on voit mieux jeune que vieux.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Vieillesse. Devait en effet tre plus honore
dans des temps o chacun ne pouvait gure savoir
que ce qu'il avait vu.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 J'avais besoin de l'ge pour apprendre ce que je
voulais savoir, et j'aurais besoin de la jeunesse pour bien dire
ce que je sais.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Le soir de la vie apporte avec soi ses lumires
et sa lampe pour ainsi dire.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La France sera sauve quand les vieux regarderont
en avant et quand les jeunes regarderont en arrire.  
    --- Victor HUGO   
%
 A vingt ans, les illusions ;  cinquante
les prjugs.  
    --- Victor HUGO   
%
 Il est bon d'tre ancien et mauvais d'tre
vieux.  
    --- Victor HUGO   
%
 J'aime encore beaucoup  respirer les fleurs, mais
je n'en cueille plus.  
    --- Charles-Augustin SAINTE-BEUVE   
%
 Lorsque les vieilles gens vous diront que vous ne pouvez
faire quelque chose, essayez, et vous dcouvrirez que vous
pouvez le faire. Que les vieux agissent comme des vieux, les jeunes
comme des jeunes.  
    --- Henry D. THOREAU   
%
 La jeunesse coute les conseils de l'ge
mr. Elle a une confiance illimite en elle-mme.  
    --- Isidore DUCASSE (LAUTREAMONT)   
%
 La vieillesse, c'est quand on commence  dire :
"Jamais je ne me suis senti aussi jeune".  
    --- Jules RENARD   
%
 On ne peut pas tre et avoir t.
 Vous vous trompez, cher employ des Pompes funbres,
et la preuve, c'est qu'on peut avoir t un imbcile
et l'tre encore.  
    --- Lon BLOY   
%
 La frleuse rpondait au vieillard :
"C'est vrai, vous avez le plaisir, mais nous avons l'amusement".  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 J'tais n pour rester jeune, et j'ai eu
l'avantage de m'en apercevoir, le jour o j'ai cess
de l'tre.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Il vaut mieux gcher sa jeunesse que de n'en rien
faire du tout.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Je nie absolument que chaque ge ait ses plaisirs,
la Jeunesse gardant tout pour elle.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 On me demandait l'autre jour : "Qu'est-ce que vous
faites ? - Je m'amuse  vieillir, rpondis-je.
C'est une occupation de tous les instants."  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 Les jeunes gens rient dans leur solidit et leur
entrain, d'entendre quelquefois des hommes de cinquante ans regretter
leur jeunesse et leur pauvret. Je haussais aussi les paules
 leur ge. Plus tard, j'ai compris. Ce n'est pas
la pauvret qu'on regrette. Ce serait trop bte.
Ce n'est mme pas la jeunesse. Les choses qu'on a vcues,
il est bien rare qu'on dsire les revivre. Ce qu'on regrette,
c'est le bon temps de l'insensibilit, de l'insouciance,
de l'irrflexion, le temps o l'on passe, rapide,
le temps o la mort n'a pas de signification bien prcise.
Vieillir, c'est devenir de plus en plus sensible, et voir, chaque
jour davantage, nous quitter une  une les choses que l'on
aime  -  le temps o l'on n'a plus  attendre
que des gnons, comme dit, dans une autre formule, le directeur
du Mercure. Qui m'aurait dit, quand j'tais jeune, que
je deviendrais si sensible, qu'il me viendrait aussi ce besoin
d'aimer... On dit pourtant qu'on devient plus sec avec les annes.
Je prends le chemin tout contraire, je crois bien.  
    --- Paul LEAUTAUD   
%
 C'est la fivre de la jeunesse qui maintient le
reste du monde  la temprature normale. Quand la
jeunesse se refroidit, le reste du monde claque des dents.  
    --- Georges BERNANOS   
%
 On a l'ge qu'on parat dans les circonstances
frivoles de la vie, mais on a l'ge qu'on a dans les affaires
srieuses. Les deux ensemble. De l des confusions
et des dceptions qui rendent nos entreprises tour 
tour trompeusement faciles ou faussement difficiles.  
    --- Vladimir JANKELEVITCH   
%
 Les vieux, qui sont vieux, comme leur nom l'indique, n'applaudissent
jamais  l'amlioration de quoi que ce soit. Ils
voient d'un mauvais oeil l'avenir.
 Cela tient  ce que, pour eux, l'avenir est chose incertaine.
 Ils disent qu'ils ont t heureux "comme a"
toute leur vie, et qu'il faut les laisser tranquilles.
 Ce n'est pas uniquement par raison de sant qu'ils disent
cela. Et leur crainte de l'inconnu est tout autant morale que
physique. 
 La nouveaut bouleverse les vieux en art, en mcanique,
en mdecine, en tout.
 C'est dommage, parce qu'ils ne font, en somme, qu'ajourner leur
plaisir et leur confort. Une chose nouvelle cesse vite d'tre
une chose nouvelle, et ils l'adoptent toujours - un peu trop tard.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Se mfier des vieux qui disent : "Place aux
jeunes !"
 Ils n'ont qu' s'en aller, s'ils aiment tant les jeunes !
 Or, il faut observer que ceux qui disent : "Place aux jeunes !"
ne leur offrent jamais que les places des autres.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Quand je cesserai de m'indigner, j'aurai commenc
ma vieillesse.  
    --- Andr GIDE   
%
 Le vieux lierre soutient le mur, qui l'avait longtemps
soutenu.  
    --- Andr GIDE   
%
 Plus on vit, moins il semble utile d'avoir vcu.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Dans un jardin public, cette pancarte : "A
cause de l'tat (ge et maladie) des arbres, il est
procd  leur remplacement."
 Le conflit des gnrations, mme ici !
Le simple fait de vivre, ft-ce pour un vgtal,
est affect d'un coefficient fatal. Aussi n'est-on content
de respirer que lorsqu'on oublie que l'on est vivant.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Vu,  la devanture d'une librairie catholique,
un livre au titre stupfiant : La joie de vieillir.
 L'Eglise,  -  quelle entreprise d'escamotage !  
    --- Emil CIORAN   
%
 L'expression homme du pass n'a rien de pjoratif.
On a connu quantit d'hommes d'avenir qui, faute d'avoir
t, ne ft-ce qu'un jour, les hommes du prsent,
n'ont jamais russi  se faire un pass.  
    --- Andr FROSSARD   
%
 Les tres humains, autant que le vin, ont besoin
d'acidit pour vieillir. Sinon, ils se madrisent.  
    --- Roland TOPOR   
%
 J'ai des ambitions de vieux  -  les honneurs,
le pouvoir et l'argent  -  tayes par des
certitudes de jeunes  -  la dure, le tonus et
la sant.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le pire n'est pas, quand on vieillit, de ne plus distinguer
nettement certains mots mais de les confondre avec d'autres et
de rpondre  ct en laissant croire
non que l'oreille faiblit mais que l'esprit draille.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le malheur tant, comme le bonheur, affaire de
comparaisons, il convient,  partir d'un certain ge,
d'avoir toujours  sa botte plus vieux et plus dshrit
que soi. Un septuagnaire rhumatisant que l'on place 
ct d'un nonagnaire paralys n'ose
plus se plaindre de ses articulations.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le refus de la vieillesse et de ses atteintes passe par
deux constatations subjectives : les gens parlent de moins
en moins distinctement, les escaliers ont des marches de plus
en plus hautes.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Les vieux savent tout. Sauf qu'ils sont vieux.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Le vin d'honneur de la retraite : vritable
crmation sociale  l'issue de laquelle l'excut
rentre chez lui avec la canne  pche, symbole d'une
nouvelle vie et d'une mort prochaine.  
    --- Philippe BOUVARD   
%
 Dans les circonstances o nous pouvons agir, nous
pouvons aussi nous abstenir ; l o nous disons :
non, nous sommes matres aussi de dire : oui. Ainsi
donc, si l'excution d'une belle action dpend de
nous, il dpendra aussi de nous de ne pas excuter
un acte honteux ; et si nous pouvons nous abstenir d'une
bonne action, l'accomplissement d'un acte honteux dpend
encore de nous. Si donc l'excution des actes honorables
et honteux est en notre pouvoir, nous pouvons aussi ne pas les
commettre  -  or c'est en cela que consiste l'honntet
et le vice  -  ,  coup sr il dpend
de nous d'tre gens de bien ou malhonntes. Aussi
prtendre que :
      Nul n'est mchant volontairement
      et que nul n'est heureux contre son
gr
 est, semble-t-il, une affirmation qui participe  la fois
de l'erreur et de la vrit. Car nul n'est heureux
involontairement, mais le vice ne va pas sans participation de
notre volont.  
    --- ARISTOTE   
%
 Ainsi d'un homme qui cde  la peur, je
ne dirai jamais qu'il a choisi de cder  1a peur.
Car il n'est pas difficile de cder  la peur ;
il est inutile de le vouloir ; la peur tire continuellement ;
il n'y a qu' la laisser faire. Comme pour dormir le matin,
il suffit de s'abandonner. Le paresseux ne choisit point la paresse ;
la paresse se passe trs bien d'tre choisie. La
gourmandise de mme, et la luxure, et tous les pchs ;
cela va tout seul. L'automobile, au tournant, ira dans le ravin ;
elle ira toute seule dans le ravin. Ds que l'homme ne
se dirige plus, les forces extrieures le reprennent. Et
si j'cris n'importe quoi, ce sera une sottise. Le bavard
qui se lance, ou qui seulement s'endort, ira de sottise en sottise.
Ce que les anciens, hommes de jeux et de sports, avaient trs
bien vu, disant que la force gouvernante ou volont est
directement bonne et que nul n'est mchant volontairement.  
    --- ALAIN   
%
 L'ame qui n'a point de but estably, elle se perd :
car, comme on dict, c'est n'estre en aucun lieu, que d'estre par
tout.  
    --- Michel de MONTAIGNE   
%
 Nous avons plus de force que de volont ;
et c'est souvent pour nous excuser  nous mme que
nous nous imaginons que les choses sont impossibles.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Il y a peu de choses impossibles d'elles-mmes ;
et l'application pour les faire russir nous manque plus
que les moyens.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Les humeurs du corps ont un cours ordinaire et rgl,
qui meut et qui tourne imperceptiblement notre volont ;
elles roulent ensemble et exercent successivement un empire secret
en nous : de sorte qu'elles ont une part considrable
 toutes nos actions, sans que nous le puissions connatre.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Nous ne dsirerions gure de choses avec
ardeur, si nous connaissions parfaitement ce que nous dsirons.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 On ne souhaite jamais ardemment ce qu'on ne souhaite que
par raison.  
    --- LA ROCHEFOUCAULD   
%
 Il y a de certaines gens qui veulent si ardemment et si
dterminment une certaine chose, que de peur de
la manquer, ils n'oublient rien de ce qu'il faut faire pour la
manquer.  
    --- Jean de LA BRUYERE   
%
 On ne persuade aux hommes que ce qu'ils veulent. Il ne
s'agit donc pour les dissuader que de leur faire voir que ce qu'ils
veulent en effet n'est pas ce qu'ils pensent vouloir.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 La volont est  notre me ce qu'est
le coeur  notre corps.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Souhaiter, c'est rver ; vouloir, c'est penser.  
    --- Victor HUGO   
%
 La volont forte est admire de tout le
monde, parce que personne ne l'a et parce que chacun se dit que,
s'il l'avait, il n'y aurait plus de limite pour lui ni pour son
gosme.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 But et voies. - Bien des gens sont obstins en
ce qui touche la voie une fois prise, peu en ce qui touche le
but.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 "Veuille tre toi-mme ! " - Les natures
actives et couronnes de succs n'agissent pas selon
l'axiome "connais-toi toi-mme", mais comme si elles voyaient
se dessiner devant elles le commandement : "Veuille tre
toi-mme et tu seras toi-mme."  -  La destine
semble toujours leur avoir laiss le choix ; tandis
que les inactifs et les contemplatifs rflchissent,
pour savoir comment ils ont fait pour choisir une fois, le jour
o ils sont entrs dans le monde.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Entre la certitude que j'ai de mon existence et le contenu
que j'essaie de donner  cette assurance, le foss
ne sera jamais combl. Pour toujours, je serai tranger
 moi-mme. En psychologie comme en logique, il y
a des vrits mais point de vrit.
Le "connais-toi toi-mme" de Socrate a autant de valeur
que le "sois vertueux" de nos confessionnaux. Ils rvlent
une nostalgie en mme temps qu'une ignorance. Ce sont des
jeux striles sur de grands sujets. Ils ne sont lgitimes
que dans la mesure exacte o ils sont approximatifs.  
    --- Albert CAMUS   
%
 Une fatalit s'attache  toutes les bonnes
rsolutions.
 On les prend toujours trop tt.  
    --- Oscar WILDE   
%
 Je n'ai pas eu ce que je dsirais tant, et, un
peu plus tard, je me suis aperu qu'il tait heureux
pour moi de n'avoir pas ralis mon dsir
ttu.  
    --- Jules RENARD   
%
 La joie d'avoir travaill est mauvaise : elle
empche de continuer.  
    --- Jules RENARD   
%
 Je n'admet pas que l'on contrarie mes projets, surtout
quand j'ai la certitude de ne jamais les mettre  excution.  
    --- Jules RENARD   
%
 On peut tout faire, avec de la volont ; mais,
d'abord, comment avoir de la volont ?  
    --- Jules RENARD   
%
 C'est la pire lassitude, quand on ne veut plus vouloir.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Un lascar sera celui qui, ayant su prciser parmi
les lobes du cerveau la case de la Volont, la fcondera,
la dveloppera par un procd  lui ;
car l'homme ne meurt pas que d'urmie, de pleursie
ou de congestion, mais aussi de son impuissance  avoir
raison de lui-mme, de la souffrance aigu qu'il endure
 rompre avec des habitudes sur la malfaisance desquelles
il ne s'illusionne mme pas.
 Il meurt de s'attarder  jouer le poker dans le nuage
d'une salle de caf enfume et de rpter
tous les soirs : 
  -  Ma parole, on n'a pas ide de se coucher 
des heures pareilles ! C'est la dernire fois !
A qui de faire ?
 Il meurt de s'crier :
  -  J'ai bu huit bocks ! C'est trop. Encore un,
garon ! C'est le dernier.
 Il meurt de constater :
  -  Comment, je n'ai plus de tabac ! J'en fume pour
vingt sous par jour ; c'est ridicule ! Qui est-ce qui
me donne une cigarette ? C'est la dernire.  
    --- Georges COURTELINE   
%
 Il faut se faire aussi des serments  soi-mme
- et, ceux-l, les tenir.  
    --- Sacha GUITRY   
%
 Les esprits valent selon ce qu'ils exigent.
 Je vaux ce que je veux.   
    --- Paul VALERY   
%
 Je n'ai pas de volont  -   -  en toutes
choses qui ne dpendent pas de moi seul. Je n'ai rien voulu
dans l'ordre extrieur  -  J'ai subi, accept,
suivi.
 Il me semble que dcider en ces choses extrieures
c'est agir en violation des droits et prrogatives du hasard,
lequel ne manque pas de rcompenser  sa faon.
Car les hommes savent parfois ce qu'ils font, mais ils ne savent
jamais ce que fait ce qu'ils font.  
    --- Paul VALERY   
%
 Balzac pensait sans doute qu'il n'est pas pour l'homme
de plus grande honte ni de plus vive souffrance que l'abdication
de sa volont. Je l'ai vu une fois, dans une runion
o il tait question des effets prodigieux du haschisch.
Il coutait et questionnait avec une attention et une vivacit
amusantes. Les personnes qui l'ont connu devinent qu'il devait
tre intress. Mais l'ide de penser
malgr lui-mme le choquait vivement. On lui prsenta
du dawamesk ; il l'examina, le flaira et le rendit sans y
toucher. La lutte entre sa curiosit presque enfantine
et sa rpugnance pour l'abdication se trahissait sur son
visage expressif d'une manire frappante. L'amour de la
dignit l'emporta. En effet, il est difficile de se figurer
le thoricien de la volont, ce jumeau spirituel
de Louis Lambert, consentant  perdre une parcelle de cette
prcieuse substance.  
    --- Charles BAUDELAIRE   
%
 Nous possdons, avec la volont, une force
de ptrissage, de rfection, de refonte organique
dont nous ne souponnons pas encore l'importance. J'appelle
application de la volont non le fait de rpter :
"Je veux", en serrant les dents et les poings, mais l'exercice
quotidien appuy, prcis, portant au mme
endroit, de la facult qui meut toute notre machine. L'assiduit
et l'attention sont deux rebouteuses de premier ordre. Chacun
de nous, s'il se guette avec clairvoyance et s'il a le courage
de se prendre en main, a en soi le docteur idal, le docteur
passionn pour son client, le docteur toujours prt,
dont rvent les pauvres neurasthniques et les vieilles
dames couvertes de petites lsions. L'homme ignore les
trois quarts de ses ressources et il meurt sans les avoir employes,
comme il meurt sans avoir jou de la centime partie
des combinaisons intellectuelles que lui permettrait la souplesse
infinie de son cerveau. Nous sommes comparables  des laboureurs
qui vivraient sur un hectare de culture, abandonnant cinq cents
hectares  la friche.  
    --- Lon DAUDET   
%
 Chacun sait qu'une certaine espce de fous font
ce qu'on leur suggre, et qu'ils veulent aussi ce qu'ils
font, ce qui fait qu'ils croient faire ce qu'ils veulent. Prouvez
que nous ne sommes pas tous ainsi.  
    --- ALAIN   
%
 Il ne faudrait vouloir qu'une chose et la vouloir sans
cesse. On est sr alors de l'obtenir. Mais moi, je dsire
tout ; alors je n'obtiens rien. Je dcouvre toujours
et trop tard que l'une m'tait venue tandis que je courais
 l'autre.  
    --- Andr GIDE   
%
 Je n'admets pas que rien me nuise ; je veux que tout
me serve, au contraire. J'entends tourner tout  profit.  
    --- Andr GIDE   
%
 Oui, je crois que l'application manque beaucoup plus souvent
que le don. L'insuffisance d'application provient souvent d'un
doute sur sa propre importance ; mais est due plus frquemment
encore  une suffisance excessive.  
    --- Andr GIDE   
%
 Je prends une rsolution debout ; je m'allonge
 -  et l'annule.  
    --- Emil CIORAN   
%
 On parle des maladies de la volont, et on oublie
que la volont elle-mme est une maladie, que c'est
une activit non naturelle que de vouloir.  
    --- Emil CIORAN   
%
 Quand on veut, on pourrait.  
    --- Ambrose BIERCE   
%
 Qu'on parcoure l'histoire ancienne et moderne, on ne trouvera
point d'exemple de prince qui ait donn sept mille cus
de pension  un homme de lettres,  titre d'homme
de lettres. Il y a eu de plus grands potes que Voltaire ;
il n'y en eut jamais de si bien rcompenss, parce
que le got ne met jamais de bornes  ses rcompenses.
Le roi de Prusse comble de bienfaits les hommes  talents,
prcisment par les mmes raisons, qui engagent
un prince d'Allemagne  combler de bienfaits un bouffon
ou un nain.  
    --- LA BEAUMELLE   
%
 Ce La Beaumelle est le mme qui a depuis fait imprimer
des lettres falsifies de M. de Voltaire,  Amsterdam,
 Avignon, accompagnes de notes infmes contre
les premiers de l'Etat.
      On a toujours du got pour son
premier mtier. 
 On demande, aprs de pareils exemples, s'il ne vaut pas
mille fois mieux tre laquais dans une honnte maison
que d'tre le bel esprit des laquais ;  
    --- VOLTAIRE   
%
 Voltaire n'a dans tous ses crits qu'un seul caractre
constant, celui de moqueur d'hommes et de livres.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Voltaire. Le jugement droit, l'imagination orne
et riche, l'esprit agile, le got vif, le sens moral dtruit.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Il ne faut pas plus d'attention pour lire Voltaire que
pour entendre un homme qui parle. Aussi, en le lisant, on a l'attitude
d'un homme qui coute plutt que l'attitude d'un
homme qui lit.  -  Il a mis dans ses livres un degr
de clart qui n'est ncessaire que dans les conversations
ordinaires.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 D'Alembert se trouva chez Voltaire avec un clbre
professeur de droit  Genve. Celui-ci, admirant
l'universalit de Voltaire, dit  d'Alembert :
"Il n'y a qu'en droit public que je le trouve un peu faible. -
Et moi, dit d'Alembert, je ne le trouve un peu faible qu'en gomtrie."  
    --- CHAMFORT   
%
 Des deux hommes qui ont domin le dix-huitime
sicle, Jean-Jacques a plus fait pour la rvolution
Voltaire pour la civilisation.  
    --- Victor HUGO   
%
 Bont de l'exil.
 Voltaire est plus Voltaire  Ferney qu' Paris.  
    --- Victor HUGO   
%
 On ne meurt qu'une fois.
 Voltaire, qu'on ne lit plus assez, aujourd'hui, a rpondu
victorieusement  tout cela et  beaucoup d'autres
choses dans son immortel Dictionnaire philosophique. Avec une
inconcevable noblesse de langage, il y explique le gnie
et, en gnral, toutes les manifestations de l'me
humaine, qu'on croyait auparavant l'effet d'un souffle inspirateur,
par l'extrme difficult de faire caca. Un efficace
purgatif, et Napolon devient immdiatement un imbcile.
Plongez-vous dans les foirades de Voltaire qui n'tait
pas constip, lui, je vous en rponds, et vous verrez
si ce n'est pas mourir deux fois.  
    --- Lon BLOY   
%
 Tout le monde a plus d'esprit que Voltaire.
 Ce qui est demand par le Bourgeois, c'est un niveau,
rien de plus. Tout le monde, c'est lui-mme, indfiniment,
au ras de la crotte, et il a raison d'imaginer Voltaire plus bas.
Voltaire est son orifice excrmentiel.  
    --- Lon BLOY   
%
 Les voyages forment la jeunesse, a dit un sage, mais,
regrette je ne sais quel observateur, ils dforment les
chapeaux.  
    --- Alphonse ALLAIS   
%
 Voyageur. Bah ! ceux qui ont fait le tour du monde
peuvent faire durer leur conversation un quart d'heure de plus.  
    --- Jules RENARD   
%
 Ce qu'il y a de meilleur  l'tranger ce
sont les compatriotes qu'on y rencontre.  
    --- Paul-Jean TOULET   
%
 Oui, en somme, je m'aperois que les voyages, a
sert surtout  embter les autres une fois qu'on
en est revenu !...  
    --- Sacha GUITRY   
%
 On sait que Guillaume le Conqurant, lorsqu'il
dbarqua  Hastings, s'emptra si bien dans
son armure qu'il s'tala de tout son long et s'ouvrit le
genou, ce qui tait une manire de se couronner
avant la lettre, mais n'en prouve pas moins que les Franais,
fussent-ils assurs de leurs prestiges et de leurs pouvoirs,
ont toujours eu tendance  s'embrouiller les pieds lorsqu'ils
tentent d'en mettre un sur le sol britannique. Les Anglais, si
indiffrents qu'ils se montrent  l'endroit de notre
comportement et de nos moeurs, n'ont pas t sans
le remarquer. Et il faut bien avouer qu'ils ont abus de
la situation, s'ingniant avec une froide malice 
compliquer, voire  dcourager, les tentatives de
rapprochement. Je ne parle que pour mmoire du systme
mtrique qu'ils se refusent obstinment 
adopter, des oeufs  la coque qu'ils entament par le petit
bout et de la circulation  gauche qui vous prcipite
 chaque coin de rue sous les roues d'un autobus. L'important
est qu'il faille plus gnralement prendre en toutes
choses le contre-pied des habitudes europennes si l'on
veut tirer son pingle d'un jeu de socit
auquel il est bien entendu que l'Angleterre a donn ses
rgles. Ici, le moindre de vos gestes vous engage, vous
compromet, celui de saisir une fourchette comme celui de lier
une conversation. Chaque instant ouvre une chausse-trappe sous
vos pas, vous colle une tiquette dans le dos. Vous pouvez
bien contempler un cul-de-jatte jouant des cymbales sur un passage
clout, ce n'est pas lui qui est pittoresque, c'est vous.
A quelque dtail imperceptible, vous vous tes
laiss reconnatre pour ce que vous tes, et
si par bonheur vous n'avez pas choqu le Londonien, du
moins l'avez-vous diverti. L'Anglais a la bonne franquette terriblement
lucide. En face de lui, on a le sentiment de voyager en premire
avec un ticket de troisime.  
    --- Antoine BLONDIN  
%
 Toutes les fois qu'une proposition est inconcevable, il
ne la faut pas nier  cette marque, mais examiner le contraire ;
et si on le trouve manifestement faux, on peut affirmer le contraire,
tout incomprhensible qu'il est.
 Il me semble qu'il est vident que les deux contraires
peuvent tre faux. Un boeuf vole au sud avec des ailes,
un boeuf vole au nord sans ailes ; vingt mille anges ont
tu hier vingt mille hommes ; vingt mille hommes ont
tu hier vingt mille anges ; ces propositions contraires
sont videmment fausses.  
    --- Logique ! (commentaire sur   
%
 Le serpent a ses pieds en dedans de lui-mme :
ses anneaux lui en tiennent lieu.  
    --- Joseph JOUBERT   
%
 Crainte et intelligence.  -  Si ce que l'on affirme
maintenant expressment est vrai, qu'il ne faut pas chercher
dans la lumire la cause du pigment noir de la peau :
ce phnomne pourrait peut-tre rester le
dernier effet de frquents accs de rage accumuls
pendant des sicles (et d'afflux de sang sous la peau) ?
Tandis que, chez d'autres races plus intelligentes, le phnomne
de pleur et de frayeur, tout aussi frquent, aurait
fini par produire la couleur blanche de la peau ? - Car le
degr de crainte est une mesure de l'intelligence :
et le fait de s'abandonner souvent  une colre
aveugle est le signe que l'animalit est encore toute proche
et voudrait de nouveau prvaloir,  -  gris-brun,
ce serait peut-tre l la couleur primitive de l'homme,
 -  quelque chose qui tient du singe et de l'ours, comme
de juste.  
    --- Friedrich NIETZSCHE   
%
 Quand je dis vrai, je suis libre  l'gard
de toute cause de dtermination. C'est d'ailleurs parce
que je suis libre  l'gard de ce dont je parle
que je puis en parler "vraiment". La vrit-sur
se fonde dans la libert--l'gard-de. Si
mon jugement tait la consquence d'un enchanement
causal, il ne pourrait tre vrai : on ne peut dire
que le perroquet qui dit "j'ai faim" (Ou, comme un que je connais,
et qui rpond au nom de Socrate : "Socrate a faim")
dise vrai, mme s'il a faim, car il dit qu'il a faim au
moment o il a faim parce qu'il a faim et non parce qu'il
est vrai qu'il ait faim.  
    --- Marcel CONCHE