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:Prcher l'union quand on s'gorge, c'est crier dans le dsert. Il est des temps, o les mes sont si agites qu'elles sont sourdes  toute exhortation directe.
:Le pre Barbeau tait un homme de bon courage, pas mchant, et trs port pour sa famille, sans tre injuste  ses voisins et paroissiens.
:-- Bellement, bellement, dit-il, il ne faut te chagriner, ma bonne femme. Ce n'est pas par manire de reproche que je t'ai dit cela, mais par manire de remerciement, bien au contraire. Ces deux enfants-l sont beaux et bien faits ; ils n'ont point de dfauts sur le corps, et j'en suis content.
:-- Oui-da ! dit le pre : est-ce la vrit ? Tant qu' moi, ce sont les premiers bessons que je vois. Le cas n'est point frquent. Mais voici la mre Sagette qui a de la connaissance l-dessus, et qui va nous dire ce qui en est.
:--  la bonne heure ! fit le pre Barbeau en se grattant la tte ; mais j'ai ou dire que les bessons prenaient tant d'amiti l'un pour l'autre, que quand ils se quittaient ils ne pouvaient plus vivre, et qu'un des deux, tout au moins, se laissait consumer par le chagrin, jusqu' en mourir.
:La mre Sagette parlait d'or et on la crut. On lui promit de faire comme elle disait, et on lui fit un beau prsent avant de la renvoyer. Puis comme elle avait bien recommand que les bessons ne fussent point nourris du mme lait, on s'enquit vitement d'une nourrice.
:Enfin le pre Barbeau fit un arrangement avec une nourrice pour quinze livres, et il ne se tenait plus qu' cent sous d'pingles, lorsque sa femme lui dit :
:-- Bah ! notre matre, je ne vois pas pourquoi nous allons dpenser cent quatre-vingts ou deux cents livres par an, comme si nous tions des messieurs et dames, et comme si j'tais hors d'ge pour nourrir mes enfants.
:-- Ce que tu dis l n'est pas faux, ma femme, rpondit le pre Barbeau en regardant sa femme, qui tait encore frache et forte comme on en voit peu ; mais si, pourtant,  mesure que ces enfants grossiront, ta sant venait  dprir ?
:Les bessons croissaient  plaisir sans tre malades plus que d'autres enfants, et mmement ils avaient le temprament si doux et si bien faonn qu'on et dit qu'ils ne souffraient point de leurs dents ni de leur crot, autant que le reste du petit monde.
:-- a se dit comme a, reprit Landry, et pourtant celui qui restera avec nos parents aura plus de consolation et moins d'ennui que celui qui ne verra plus ni son besson, ni son pre, ni sa mre, ni son jardin, ni ses btes, ni tout ce qui a coutume de lui faire plaisir.
:L-dessus il conduisit ses bessons auprs de leur mre pour qu'elle leur ft son compliment ; mais la mre Barbeau eut tant de peine  se retenir de pleurer, qu'elle ne put rien leur dire et se contenta de les embrasser.
:-- Allons, petit, lui dit-il tout bas, il nous faut partir pour la Priche avant que ta mre te voye, car tu sais qu'elle a du chagrin, et il faut lui pargner les adieux. Je vas te conduire chez ton nouveau matre et porter ton paquet.
:L-dessus, Landry ayant promis de faire de son mieux, s'en alla au labourage, o il fit bonne contenance et bon office tout le jour, et d'o il revint ayant grand apptit ; car c'tait la premire fois qu'il travaillait aussi rude, et un peu de fatigue est un souverain remde contre le chagrin.
:-- Hlas ! faut-il, mon Dieu, disait-elle en sanglotant, que cet enfant-l me donne tant de souci ! Il me fera mourir, c'est bien sr.
:-- Est-ce moi, ma mre, qui vous donne du souci ? s'exclama Landry en se jetant  son cou. Si c'est moi, punissez-moi et ne pleurez point. Je ne sais en quoi j'ai pu vous fcher, mais je vous en demande pardon tout de mme.
:Et, pendant ce temps-l, la rivire coulait bien tranquillement, frtillant sur les branches qui pendaient et trempaient le long des rives, et s'en allant dans les terres, avec un petit bruit, comme quelqu'un qui rit et se moque  la sourdine.
:Mais tous ses noms et surnoms me feraient bien oublier celui qu'elle avait reu au baptme et que vous auriez peut-tre plus tard envie de savoir. Elle s'appelait Franoise ; c'est pourquoi sa grand'mre, qui n'aimait point  changer les noms, l'appelait toujours Fanchon.
:-- Oui-da, le beau besson de la Bessonnire, seigneur de la Joncire au bord de la rivire, rpondit la petite Fadette en ricanant toujours, vous tes bien sot de vous mettre mal avec moi qui venais vous donner des nouvelles de votre besson et vous dire o vous le retrouverez.
:-- Je suis bien sot de t'couter, mchante fille, dit alors Landry en lui tournant le dos et en se remettant  marcher. Tu ne sais pas plus que moi o est mon frre, et tu n'es pas plus savante l-dessus que ta grand'mre, qui est une vieille menteuse et une pas grand'chose.
:Toutes ces mauvaises paroles, que Landry coutait quasi malgr lui, lui firent passer la sueur froide par tout le corps. Il n'y croyait pas absolument, mais enfin la famille Fadet tait rpute avoir tel entendement avec le diable, qu'on ne pouvait pas tre bien assur qu'il n'en ft rien.
:-- Je ne peux pas te promettre ma poule blanche, parce qu'elle est  ma mre, rpondit Landry ; mais je te promets de la demander pour toi, et je rpondrais que ma mre ne la refusera pas, parce qu'elle sera si contente de revoir Sylvinet, que rien ne lui cotera pour te rcompenser.
:-- Allons ! dit-elle d'un air tout fier et tout content, retourne de ce pas au bord de la rivire ; descends-la jusqu' ce que tu entendes bler ; et o tu verras un agneau bureau, tu verras aussitt ton frre : si cela n'arrive pas comme je te le dis, je te tiens quitte de ta parole.
:" Dieu de mon me, pensa-t-il, cette fille m'a annonc la chose ; j'entends l'agneau, mon frre est l. Mais s'il est mort ou vivant, je ne peux le savoir. "
:Et en lui-mme, il se disait : " C'est pourtant vrai que le grelet m'a prdit que je le retrouverais avant que la pluie ait commenc. Pour sr, cette fille-l en sait plus long que nous. "
:Mais, comme il s'approchait, la petite Fadette prit un air fier et quasi fch ; et se dcidant enfin  le regarder, elle le fit d'une manire si mprisante, qu'il en fut tout dmont et n'osa point lui porter la parole.
:Ce jour-l, qui tait toujours pour les deux bessons une grande et belle fte, parce qu'il y avait danse et jeux de toutes sortes sous les grands noyers de la paroisse, amena pour eux de nouvelles peines auxquelles ils ne s'attendaient mie.
:Et tout aussitt la petite Fadette qui s'apprtait gaiement  passer l'eau sans montrer crainte ni tonnement du feu follet, heurta contre Landry, qui tait assis par terre dans la brune, et se retira en jurant ni plus ni moins qu'un garon, et des mieux appris.
:-- Eh ! pourquoi le perdrais-je ? Mais je vois bien ce qui t'inquite, rpondit la petite Fadette en riant. Allons, donne-moi la main, poltron ; le follet n'est pas si mchant que tu crois, et il ne fait de mal qu' ceux qui s'en peurent. J'ai coutume de le voir, moi, et nous nous connaissons.
:L-dessus, avec plus de force que Landry n'et suppos qu'elle en avait, elle le tira par le bras et l'amena dans le gu en courant et en chantant :
:-- Innocent, lui dit-elle, ce feu-l ne brle point, et si tu tais assez subtil pour le manier, tu verrais qu'il ne laisse pas seulement sa marque.
:Mais il ne fit pas connatre sa pense  la petite Fadette, et quand il se vit sain et sauf  la rive, il eut grande envie de la planter l et de s'ensauver  la Bessonnire. Mais il n'avait point le coeur ingrat, et il ne voulut point la quitter sans la remercier.
:-- Si je suis fautif, Fadette, ne l'imputez qu' moi. Ni mon frre, ni mon pre, ni ma mre, ni personne chez nous n'a eu connaissance du secours que vous m'avez dj une fois donn. Mais pour cette fois-ci, ils le sauront, et vous aurez une rcompense telle que vous la dsirerez.
:-- C'est vrai, a, Fanchon, dit Landry qui tait la bonne foi mme ; je suis dans mon tort, je l'ai senti, et j'en ai eu de la honte ; j'aurais d te parler ; j'en ai eu l'intention, mais tu m'as fait une mine si courrouce que je n'ai point su m'y prendre.
:-- Voyons, Fanchon Fadet, lui dit-il, il faut que cette affaire-l s'arrange et se finisse entre nous. Tu es mcontente de moi, et je ne suis pas bien content de moi-mme. Il faut que tu me dises ce que tu souhaites et pas plus tard que demain je te l'apporterai.
:-- Voil des paroles trop rudes pour quelqu'un qui vous offre rparation. Si tu ne veux point de cadeau, il y a peut-tre moyen de te rendre service et de te montrer par l qu'on te veut du bien et non pas du mal. Allons, dis-moi ce que j'ai  faire pour te contenter.
:Et la petite Fadette, que Landry avait suivie jusqu' sa maison, tira la corillette et entra si vite que la porte fut pousse et recorille avant que le besson et pu rpondre un mot.
:-- Que voulez-vous ? dit-elle ; Landry est encore un petit enfant, et,  son ge, pourvu qu'on trouve  qui parler, on ne regarde pas si c'est une tte de chvre ou une figure chrtienne.
:La vivacit de Landry et la peur des gamins firent grandement rire les assistants. On applaudissait  Landry, mais la Madelon tournant la chose contre lui, il y eut des garons de l'ge de Landry, et mme de plus gs, qui eurent l'air de rire  ses dpens.
:Landry fut fch d'abord d'tre oblig de trouver toujours la petite Fadette sur son chemin, mais comme elle paraissait avoir une peine, il en eut compassion. Et voil l'entretien qu'ils eurent ensemble :
:-- Non, Landry ; aussi vrai que j'aime Dieu, je ne connais pas ce tort-l ; je n'ai jamais song  moi-mme, et si je me reproche quelque chose, c'est de vous avoir caus du dsagrment contre mon gr.
:-- Eh bien, Fadette, n'est-ce point la vrit ? dit Landry. On te reproche de ne pas aimer l'ouvrage, et ta grand'mre elle-mme dit  qui veut l'entendre, qu'elle aurait du profit  prendre une domestique  ta place.
:-- Et, en supposant, ma pauvre Fanchon, dit Landry, tout mu des larmes qu'elle recommenait  verser, que tu m'aies caus une fcherie avec une fille dont je serais amoureux comme tu dis, que pourrais-tu donc faire pour nous remettre en bon accord ?
:-- Tiens ! ne dis pas a, s'exclama Landry en lui prenant la main et le bras tout ensemble ; je crois que a ne peut tre une punition de t'embrasser...  moins que la chose ne te chagrine et ne te rpugne, venant de moi...
:Landry tait comme affol, et il eut envie de courir aprs elle. Il s'y reprit  trois fois avant de se dcider  redescendre du ct de la rivire. Enfin, sentant que le diable tait aprs lui, il se mit  courir aussi et ne s'arrta qu' la Priche.
:Et Landry se sentait comme touff de honte, de fatigue et d'impatience. Il s'asseyait sur la crche de ses boeufs, et avait peur que la charmeuse ne lui et t le courage, la raison et la sant.
:-- Fadette, Fadette, dit Landry, ce que vous dites l n'est point bon. C'est vous qui vous tes joue de moi. Vous me dtestez, et pourtant vous m'avez fait croire autre chose.
:-- Allons donc ! rpondit le pre Naubin ; il ne faut pas prendre a au srieux. C'tait une amusette d'enfants et les Barbeau ne sont point btes, les enfants pas plus que le pre ni la mre, entendez-vous ?
:Sylvinet n'entendit plus rien que des pas qui s'loignaient, et, pour n'tre point surpris aux coutes par son frre, qui revenait vers lui, il entra vivement dans le cimetire et le laissa passer.
:Or, un soir que Landry songeait  quitter la Bessonnire de bonne heure, comme il avait coutume de faire, son pre lui dit, en prsence de sa mre, de sa soeur ane et de son besson :
:-- J'entends bien, mon cher pre, rpondit Landry, et souffrez-moi encore une question avant que je vous rponde. Est-ce  cause de sa famille, ou seulement  cause d'elle-mme, que vous regardez la Fanchon Fadette comme une mauvaise connaissance pour moi ?
:L, tout puis par le chagrin et la grande hte de sa course, il tomba en travers du chemin, sans pouvoir lui parler, mais en lui faisant connatre par signes qu'elle aurait  marcher sur son corps avant de le quitter.
:-- Tu n'en sais rien toi-mme, Fadette, tu n'as jamais aim, et quand l'amour te viendra, tu ne te souviendras gure de ton pauvre Landry. Ah ! si tu m'avais aim de la manire dont je t'aime, tu ne me quitterais pas comme a.
:Landry trouvait un grand soulagement  entendre raisonner Cadet Caillaud de la sorte, et, depuis ce jour-l il fit une grande amiti avec lui, et se consola un peu de ses ennuis en les lui confiant. Et mmement, il lui dit un jour :
:Il fallut bien que le pre Barbeau en passt par cette condition de ne pas insister davantage. Il tait trop prudent pour brusquer les choses et se devait tenir pour content de ce qu'il avait obtenu.
:Depuis ce moment-l il ne fut plus question de la petite Fadette  la Bessonnire. On vita mme de la nommer, car Landry devenait rouge, et tout aussitt ple, quand son nom chappait  quelqu'un devant lui, et il tait bien ais de voir qu'il ne l'avait pas plus oublie qu'au premier jour.
:Fanchon promit, et ils se quittrent aprs s'tre rpt plus de deux cents fois qu'ils s'aimaient et s'aimeraient toujours.
:Personne ne sut dans le pays que Landry y tait venu. Quelqu'un qui l'aurait pu dire  Sylvinet l'aurait fait retomber dans son mal. Il n'et point pardonn  son frre d'tre venu voir la Fadette et non pas lui.
:-- Je vous suis oblig de votre confiance, Fadette, dit le pre Barbeau sans ouvrir le panier, quoiqu'il en ft un peu curieux, mais je n'ai pas le droit de recevoir votre argent ni de surveiller vos affaires. Je ne suis point votre tuteur. Sans doute votre grand'mre a fait un testament ?
:-- C'est donc une chose de consquence ? dit le pre Barbeau, dont les yeux s'attachaient en dpit de lui-mme sur le couvercle du panier ; et il le prit par l'anse pour le soupeser. Mais il le trouva si lourd qu'il s'en tonna, et dit :
:La petite Fadette, qui avait un esprit du diable, s'amusa en elle-mme de l'envie qu'il avait de voir le panier. Elle fit mine de l'ouvrir ; mais le pre Barbeau aurait cru manquer  sa dignit en la laissant faire.
:-- Ce n'est pas le tout, dt la petite Fadette ; il y a encore l, au fond du panier, quelque petite chose que je ne connais gure.
:C'tait environ le tiers en plus de tout l'avoir que le pre Barbeau possdait en btiments, et, comme les gens de campagne ne ralisent gure en espces sonnantes, jamais il n'avait vu tant d'argent  la fois.
:Si honnte homme et si peu intress que soit un paysan, on ne peut pas dire que la vue de l'argent lui fasse de la peine ; aussi le pre Barbeau en eut, pour un moment, la sueur au front. Quand il eut tout compt :
:C'tait tout ce que voulait la petite Fadette, que le pre Barbeau st  quoi s'en tenir l-dessus. Si elle se sentait un peu fire devant lui d'tre riche, c'est parce qu'il ne pouvait plus l'accuser de vouloir exploiter Landry.
:La mre Barbeau en parla  son mari, qui n'y fut point contraire. Il lui dit qu' Chteau-Meillant la Fadette tait tenue en rputation de grand savoir, et que de tous les cts on venait la consulter aussi bien que sa dame.
:-- Allez voir votre garon et donnez-lui quelque chose  manger, car il n'a plus la fivre ; et ne lui parlez point de moi surtout, Si vous voulez que je le gurisse. Je reviendrai ce soir,  l'heure o vous m'avez dit que son mal empirait et le tcherai de couper encore cette mauvaise fivre.
:Le soir venu, la fivre recommena et bien fort. Sylvinet s'assoupissait, battait la campagne en rvassant, et, quand il s'veillait, avait peur des gens qui taient autour de lui.
:La Fadette revint, et, comme le matin, resta seule avec lui pendant une petite heure, ne faisant d'autre magie que de lui tenir les mains et la tte bien doucement, et de respirer frachement auprs de sa figure en feu.
:Et, comme le matin, elle lui ta le dlire et la fivre ; et quand elle se retira, recommandant toujours qu'on ne parlt point  Sylvinet de son assistance, on le trouva dormant d'un sommeil paisible, n'ayant plus la figure rouge et ne paraissant plus malade.
:Que le remde ft inutile ou souverain de lui-mme, il est bien sr qu'en trois jours, elle dbarrassa Sylvinet de sa fivre, et qu'il n'et jamais su comment si, en s'veillant un peu vite, la dernire fois qu'elle vint, il ne l'et vue penche sur lui et lui retirant tout doucement ses mains.
:-- Et alors, reprit le pre Barbeau, aviez-vous fait savoir la chose  Landry, et ne serait-ce point  cause de votre argent que mon fils faisait semblant d'tre pris de vous ?
:-- Je vous la donne, dit la Fadette. Aussi vrai que j'aime Dieu, vous tes, aprs moi, la seule personne au monde qui ait connaissance de cette chose-l.
:-- Et, pour ce qui est de l'amour de Landry, pensez-vous, Fanchon, qu'il vous l'ait conserv ? et avez-vous reu, depuis le dcs de votre grand'mre, quelque marque qu'il ne vous ait point t infidle ?
:-- J'ai reu la meilleure marque l-dessus, rpondit-elle ; car je vous confesse qu'il est venu me voir trois jours aprs le dcs, qu'il m'a jur qu'il mourrait de chagrin, ou qu'il m'aurait pour sa femme.
:-- Cela, pre Barbeau, je ne serais pas oblige de vous le dire ; mais je le ferai pour vous contenter. Je lui rpondais que nous avions encore le temps de songer au mariage, et que je ne me dciderais pas volontiers pour un garon qui me ferait la cour contre le gr de ses parents.
:Cette ouverture, qu'elle avait bien prvue, rendit la petite Fadette bien contente ; mais ne voulant pas le laisser voir, parce qu'elle voulait  tout jamais tre respecte de sa future famille, elle n'y rpondit qu'avec mnagement. Et alors le pre Barbeau lui dit :
:-- Je ne le pense point, rpondit la mre Barbeau ; car tantt, se sentant mal, il s'est couch en disant : " O est donc cette Fadette ? M'est avis qu'elle m'avait soulag. Est-ce qu'elle ne reviendra plus ? " Et je lui ai dit que je venais vous chercher, dont il a paru content et mme impatient.
:-- Si vous pensez si mal de moi, Fanchon Fadet, c'est sans doute que mon frre Landry m'a bien mal-trait dans ses paroles, et qu'il vous a fait voir le peu d'amiti qu'il me portait, car, si vous me connaissez ou croyez me connatre, ce ne peut tre que par lui.
:-- Aussi, vous me hassez, Fadette ? je ne m'tais point abus l-dessus, et je savais bien que vous m'tiez l'amour de mon frre en lui disant du mal de moi.
:-- Vous m'avez pourtant bien malmen hier au soir, Fanchon, et je ne sais comment il se fait que je ne vous en veux point. Je vous trouve mme bien bonne de venir me voir, aprs tout ce que vous avez  me reprocher.
:-- Miracle ou non, dit le pre Barbeau, cette fille-l a un grand esprit, et je crois bien que a doit porter bonheur de l'avoir dans une famille.
:Sylvinet partit trois jours aprs pour aller qurir son frre  Arthon. Il avait demand  son pre et  la Fadette, comme une grande rcompense, de pouvoir tre le premier  lui annoncer son bonheur.
:Comme on ne pouvait pas tre bien sr qu'elle n'et pas l-dessus des connaissances plus grandes encore que celles qu'elle avouait, on n'osa point rsister davantage, et la mre Barbeau elle-mme se rendit, non sans verser beaucoup de larmes. Landry tait dsespr ; mais sa femme lui dit :
:-- Mon vieux, dt la mre, notre bru en sait l-dessus plus long qu'elle n'en veut dire ; mais on n'attrape pas une mre comme moi, et je crois bien que j'en sais aussi long que notre Fadette.
