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:Il dit bonsoir  tout le monde, allume une bougie, et gagne au fond du corridor,  droite, sa chambre nue et solitaire. Il se dshabille, se couche et attend la visite de madame Lepic. Elle le borde serr, d'un unique renfoncement, et souffle la bougie. Elle lui laisse la bougie et ne lui laisse point d'allumettes. Et elle l'enferme  clef parce qu'il est peureux. Poil de Carotte gote d'abord le plaisir d'tre seul. Il repasse sa journe, se flicite de l'avoir frquemment chapp belle, et compte, pour demain, sur une chance gale. Il se flatte que, deux jours de suite, madame Lepic ne fera pas attention  lui, et il essaie de s'endormir avec ce rve.
:Grand frre Flix aura une tartine de beurre ou de confitures, et Poil de Carotte une tartine de rien parce que il a voulu faire l'homme trop tt, et dclar, devant tmoins, qu'il n'est pas gourmand. Il aime les choses nature, mange d'ordinaire son pain avec affection et, ce soir encore, marche plus vite que grand frre Flix, afin d'tre servi le premier. Parfois le pain sec semble dur. Alors Poil de Carotte se jette dessus, comme on attaque un ennemi, l'empoigne, lui donne des coups de dents, des coups de tte, le morcelle, et fait voler des clats. Rangs autour de lui, ses parents le regardent avec curiosit.
:Son inspection habituelle termine, M. le Directeur de l'Institution Saint-Marc quitte le dortoir. Chaque lve s'est gliss dans ses draps, comme dans un tui, en se faisant tout petit, afin de ne pas se dborder. Le matre d'tude, Violone, d'un tour de tte, s'assure que tout le monde est couch, et, se haussant sur la pointe du pied, doucement baisse le gaz. Aussitt, entre voisins, le caquetage commence. De chevet en chevet, les chuchotements se croisent, et des lvres en mouvement monte, par tout le dortoir, un bruissement confus, o, de temps en temps, se distingue le sifflement bref d'une consonne.
:Violone met des savates, se promne quelque temps entre les lits, chatouillant  le pied d'un lve, l tirant le pompon du bonnet d'un autre, et s'arrte prs de Marseau, avec lequel il donne, tous le soirs, l'exemple des longues causeries prolonges bien avant dans la nuit. Le plus souvent, les lves ont cess leur conversation, par degrs touffe, comme s'ils avaient peu  peu tir leur drap sur leur bouche, et dorment, que le matre d'tude est encore pench sur le lit de Marseau, les coudes durement appuys sur le fer, insensible  la paralysie de ses avant-bras et au remue-mnage des fourmis courant  fleur de peau jusqu'au bout de ses doigts.
:Depuis longtemps trs intrigu, il se tient aux coutes ce soir-l, ds la venue de Violone, souponneux avec raison peut-tre, et dsireux de savoir la vrit sur les allures cachottires du matre d'tude. Il met en jeu toute son habilet de petit espion, simule un ronflement pour rire, change avec affection de ct, en ayant soin de faire le tour complet, pousse un cri perant comme s'il avait le cauchemar, ce qui rveille en peur le dortoir et imprime un fort mouvement de houle  tous les draps ; puis, ds que Violone s'est loign, il dit  Marseau, te torse hors du lit, le souffle ardent :
:Le matre d'tude passe la visite des mains. Les lves, sur deux rangs, offrent machinalement d'abord le dos, puis la paume de leurs mains, en les retournant avec rapidit, et les remettent aussitt bien au chaud, dans les poches o sous la tideur de l'dredon le plus proche. D'ordinaire, Violone s'abstient de les regarder. Cette fois, mal  propos, il trouve que celles de Poil de Carotte ne sont pas nettes. Poil de Carotte, pri de les repasser sous le robinet, se rvolte. On peut,  vrai dire, y remarquer une tache bleutre, mais il soutient que c'est un commencement d'engelure. On lui en veut, srement.
:Imagine-toi que c'tait hier la fte de M. Jques, notre professeur de latin, et que, d'un commun accord, les lves m'avaient lu pour lui prsenter les voeux de toute la classe. Flatt de cet honneur, je prpare longuement le discours o j'intercale  propos quelques citations latines. Sans fausse modestie j'en suis satisfait. Je le recopie au propre sur une grande feuille de papier ministre, et, le jour venu, excit par mes camarades qui murmuraient :  -- "Vas-y, vas-y donc !" -- je profite d'un moment o M. Jques ne nous regarde pas et je m'avance vers sa chaire. Mais  peine ai-je droul ma feuille et articul d'une voix forte :
:Je viens de remettre ton livre  M. Legris, notre professeur d'histoire et de gographie. Certes, il me parut que ce cadeau lui faisait plaisir. Il te remercie vivement. Comme j'tais entr avec mon parapluie mouill, il me l'ta lui-mme des mains pour le reporter au vestibule. Puis nous causmes de choses et d'autres. Il me dit que je devais enlever, si je voulais, le premier prix d'histoire et de gographie  la fin de l'anne. Mais croirais-tu que je restai sur mes jambes tout le temps que dura notre entretien, et que M. Legris, qui,  part cela, fut trs aimable, je le rpte, ne me dsigna mme pas un sige. Est-ce oubli ou impolitesse ? Je l'ignore et serais curieux, mon cher papa, de savoir ton avis.
:J'apprends que tu dois aller  Paris. Je partage la joie que tu auras en visitant la capitale que je voudrais connatre et o je serai de coeur avec toi. Je conois que mes travaux scolaires m'interdisent ce voyage, mais je profite de l'occasion pour te demander si tu ne pourrais pas m'acheter un ou deux livres. Je sais les miens par coeur. Choisis n'importe lesquels. Au fond, ils se valent. Toutefois je dsire spcialement la Henriade,  par Franois-Marie Arouet de Voltaire, et la  Nouvelle Hlose, par Jean-Jacques Rousseau. Si tu me les rapportes (les livres ne cotent rien  Paris), je te le jure que le matre d'tude ne me les confisquera jamais.
: -- Prends garde de marcher dessus, dit-il  Poil de Carotte, va doucement. Si je ne craignais les rhumes, je mettrais des chaussons. Au moindre bruit, le ver rentre dans son trou. On ne l'attrape que s'il s'loigne trop de chez lui. Il faut le saisir brusquement, et le serrer un peu, pour qu'il ne glisse pas. S'il est  demi rentr, lche-le : tu le casserais. Et un ver coup ne vaut rien. D'abord il pourrit les autres, et les poissons dlicats les ddaignent. Certains pcheurs conomisent leurs vers ; ils ont tort. On ne pche de beaux poissons qu'avec des vers entiers, vivants et qui se recroquevillent au fond de l'eau. Le poisson s'imagine qu'ils se sauvent, court aprs et dvore tout de confiance.
:Poil de Carotte : Oh ! les miens aussi. Chacun se plaint pour qu'on le plaigne, et pour flatter les jaloux. Mais je sais que nous sommes riches. Le premier jour du mois, papa reste un instant seul dans sa chambre. J'entends grincer la serrure du coffre-fort. Elle grince comme les rainettes, le soir. Papa dit un mot que personne ne connat, ni maman, ni mon frre, ni ma soeur, personne, except lui et moi, et la porte du coffre-fort s'ouvre. Papa y rend de l'argent et va le dposer sur la table de la cuisine. Il ne dit rien, il fait seulement sonner les pices, afin que maman, occupe au fourneau, soit avertie. Papa sort. Maman se retourne et ramasse vite l'argent. Tous les mois a se passe ainsi, et a dure depuis longtemps, preuve qu'il y a plus d'un million dans le coffre-fort.
:La chasse continue, et Poil de Carotte qui hausse les paules de remords, tant il se trouve bte, embote le pas de son pre avec une nouvelle ardeur, s'applique  poser exactement le pied gauche l ou M. Lepic a pos son pied gauche, et il carte les jambes comme s'il fuyait un ogre. Il ne se repose que pour attraper une mre, une poire sauvage et des prunelles qui resserrent la bouche, blanchissent les lvres et calment la soif. D'ailleurs, il a dans une des poches du carnier le flacon d'eau-devie. Gorge par gorge, il boit presque tout  lui seul, car M. Lepic, que la chasse grise, oublie d'en demander.
:Poil de Carotte  Il montre sa pice. Madame Lepic montre la sienne. Poil de Carotte les manie, les compare et apprte sa phrase.  C'est drle. O l'as-tu retrouve, toi, maman ? Moi, le l'ai retrouve dans cette alle, au pied du poirier. J'ai march vingt fois dessus, avant de la voir. Elle brillait. J'ai cru d'abord que c'tait un morceau de papier, ou une violette blanche. Je n'osais pas la prendre. Elle sera tombe de ma poche, un jour que je me roulais sur l'herbe, faisant le fou. Penche-toi, maman, remarque l'endroit o la sournoise se cachait, son gte. Elle peut se vanter de m'avoir caus du tracas.
:Les Poules Les Perdrix C'est le chien Le Cauchemar Sauf votre respect Le Pot Les Lapins La Pioche La Carabine La Taupe La Luzerne Le Timbale La Mie de pain Le Trompette Ma Mche Le Bain Honorine La Marmite Rticence Agathe Le Programme L'Aveugle Le Jour de l'An Aller et retour Le Porte-plume Les Joues rouges Les Poux Comme Brutus Lettres choisies de Poil de Carotte  M. Lepic et quelques rponses de M. Lepic  Poil de Carotte Le Toiton Le Chat Les Moutons Parrain La Fontaine Les Prunes Mathilde Le Coffre-fort Les Ttards Coup de thtre En Chasse La Mouche La Premire Bcasse L'Hameon La Pice d'argent Les Ide personnelles La Tempte de feuilles La Rvolte Le Mot de la fin L'Album de Poil de Carotte
