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:Ce prince, flatt par les discours de ce sclrat, l'embrassa et revint d'avec lui plus entt que jamais dans son projet : il fit donc ordonner  l'Infante de se prparer  lui obir. La jeune princesse, outre d'une vive douleur, n'imagina rien d'autre chose que d'aller trouver la Fe des Lilas, sa marraine. Pour cet effet, elle partit la mme nuit dans un joli cabriolet attel d'un gros mouton qui savait tous les chemins. Elle y arriva heureusement. La fe, qui aimait l'Infante, lui dit qu'elle savait tout ce qu'elle venait lui dire, mais qu'elle n'et aucun souci, rien ne pouvant lui nuire si elle excutait fidlement ce qu'elle allait lui prescrire.
:" Que faites-vous, ma fille ? dit-elle, voyant la princesse dchirant ses cheveux et meurtrissant ses belles joues ; voici le moment le plus heureux de votre vie. Enveloppez-vous de cette peau, sortez de ce palais, et allez tant que la terre pourra vous porter : lorsqu'on sacrifie tout  la vertu, les dieux savent en rcompenser. Allez, j'aurai soin que votre toilette vous suive partout ; en quelque lieu que vous vous arrtiez, votre cassette, o seront vos habits et vos bijoux, suivra vos pas sous terre ; et voici ma baguette que je vous donne : en frappant la terre, quand vous aurez besoin de cette cassette, elle paratra  vos yeux : mais htez-vous de partir, et ne tardez pas."
:Heureusement, le lendemain tait un jour de fte ; ainsi elle eut le loisir de tirer sa cassette, d'arranger sa toilette, de poudrer ses beaux cheveux, et de mettre sa belle robe couleur du temps. Sa chambre tait si petite, que la queue de cette belle robe ne pouvait pas s'tendre. La belle princesse se mira et s'admira elle-mme avec raison, si bien qu'elle rsolut, pour se dsennuyer, de mettre tour  tour ses belles robes, les ftes et les dimanches ; ce qu'elle excuta ponctuellement. Elle mlait des fleurs et des diamants dans ses beaux cheveux, avec un art admirable et souvent elle soupirait de n'avoir pour tmoins de sa beaut que ses moutons et ses dindons, qui l'aimaient autant avec son horrible peau d'ne, dont on lui avait donn le nom dans cette ferme.
:Un jour de fte, que Peau d'Ane avait mis la robe couleur du soleil, le fils du roi,  qui cette ferme appartenait, vint y descendre pour se reposer, en revenant de la chasse. Ce prince tait jeune, beau et admirablement bien fait, l'amour de son pre et de la reine sa mre, ador des peuples. On offrit  ce jeune prince une collation champtre qu'il accepta : puis il se mit  parcourir les basses-cours et tous les recoins. En courant ainsi de lieu en lieu, il entra dans une sombre alle, au bord de laquelle il vit une porte ferme. La curiosit lui fit mettre l'oeil  la serrure ; mais que devint-il en apercevant la princesse si belle et si richement vtue, qu' son air noble et modeste, il la prit pour une divinit.
:Le prince le prit avidement des mains de cet homme, et le mangea avec une telle vivacit, que les mdecins, qui taient prsents, ne manqurent pas de dire que cette fureur n'tait pas un bon signe : effectivement, le prince pensa s'trangler par la bague qu'il trouva dans un morceau du gteau ; mais il la tira adroitement de sa bouche et son ardeur  dvorer ce gteau se ralentit, en examinant cette fine meraude, monte sur un jonc d'or dont le cercle tait si troit, qu'il jugea ne pouvoir servir qu'au plus joli doigt du monde. Il baisa mille fois cette bague, la mit sous son chevet et l'en tirait  tout moment quand il croyait n'tre vu de personne.
:Les princesses d'abord arrivrent, puis les duchesses, les marquises et les baronnes mais elles eurent beau toutes s'amenuiser les doigts, aucune ne put mettre la bague. Il en fallut venir aux grisettes, qui toutes jolies qu'elles taient, avaient toutes les doigts trop gros. Le prince, qui se portait mieux, faisait lui-mme l'essai. Enfin, on en vint aux filles de chambre ; elles ne russirent pas mieux. Il n'y avait plus personne qui n'et essay cette bague sans succs, lorsque le prince demanda les cuisinires, les marmitonnes, les gardeuses de moutons : on amena tout cela ; mais leurs gros doigts rouges et courts ne purent seulement aller par-del de l'ongle.
:Le roi et la reine, charms de voir que Peau d'Ane tait une grande princesse, redoublrent leurs caresses, mais le prince fut encore plus sensible  la vertu de la princesse et son amour s'accrut par cette connaissance. L'impatience du prince, pour pouser la princesse, fut telle, qu' peine donna-t-il le temps de faire les prparatifs convenables pour cet auguste mariage. Le roi et la reine, qui taient affols de leur belle-fille, lui faisaient mille caresses et la tenaient incessamment dans leurs bras ; elle avait dclar qu'elle ne pouvait pouser le prince sans le consentement du roi son pre : aussi fut-il le premier  qui on envoya une invitation, sans lui dire quelle tait l'pouse ; la Fe des Lilas, qui prsidait  tout, comme de raison, l'avait exig,  cause des consquences.
:L'Infante courut au-devant de lui ; il la reconnut aussitt, et l'embrassa avec une grande tendresse, avant qu'elle et le temps de se jeter  ses genoux. Le roi et la reine lui prsentrent leur fils, qu'il combla d'amitis. Les noces se firent avec toute la pompe imaginable. Les jeunes poux, peu sensibles  ces magnificences, ne virent et ne regardrent qu'eux. Le roi, pre du prince, fit couronner son fils ce mme jour, et, lui baisant la main, le plaa sur son trne. Malgr la rsistance de ce fils si bien n, il lui fallut obir. Les ftes de cet illustre mariage durrent prs de trois mois ; mais l'amour des deux poux durerait encore, tant ils s'aimaient, s'ils n'taient pas morts cent ans aprs.
