
choice=,,,,,,,,, 
:En outre, d'aprs les volonts de sa fille, le colonel stipula que le capitaine ne prendrait aucun passager et qu'il s'arrangerait pour raser les ctes de l'le de faon qu'on pt jouir de la vue des montagnes. 
:- Un officier d'infanterie !... (son pre ayant servi dans la cavalerie, elle avait du mpris pour toute autre arme) un homme sans ducation peut-tre, qui aura le mal de mer, et qui nous gtera tout le plaisir de la traverse ! 
:Avant que le colonel et traduit la question en franais, le jeune homme rpondit en assez bon anglais, quoique avec un accent prononc : 
:- Vous savez, mademoiselle, que nul n'est prophte en son pays. Nous autres, compatriotes de Napolon, nous l'aimons peut-tre moins que les Franais. Quant  moi, bien que ma famille ait t autrefois l'ennemie de la sienne, je l'aime et l'admire. 
:Bien qu'un peu choque de son ton dgag, miss Lydia ne put s'empcher de rire en pensant  une inimiti personnelle entre un caporal et un empereur. Ce lui fut comme un avant-got des singularits de la Corse, et elle se promit de noter le trait sur son journal. 
:- Votre pre ! Par ma foi, c'tait un brave ! J'aurais du plaisir  le revoir, et je le reconnatrais, j'en suis sr. Vit-il encore ? 
:- C'est trs joli, dit-elle en billant. Pardon, mon pre, j'ai un peu mal  la tte, je vais descendre dans ma chambre. 
:Le matelot, d'un mouvement de tte, lui montra une figure qui sortait d'un grand panneau de la golette : c'tait Orso qui venait jouir du clair de lune. 
:- Pensez-vous, monsieur le prfet, qu'un Corse, pour tre homme d'honneur, ait besoin de servir dans l'arme franaise ? 
:- Mademoiselle, dit-il, savez-vous qu'il y a des moments o l'instinct du pays se rveille en moi. Quelquefois, lorsque je songe  mon pauvre pre, ... alors d'affreuses ides m'obsdent. Grce  vous, j'en suis  jamais dlivr. Merci, merci ! 
:- Il y en a certainement un dans ces trois-l qui appartient  della Rebbia, s'cria le colonel. Il s'en sert trop bien. Aujourd'hui quatorze coups de fusil, quatorze pices ! 
:Elle soupira, abandonna sa tte sur l'oreiller et ferma les yeux. On n'aurait pu voir une tte plus belle, plus noble, plus virginale. Phidias, pour sculpter sa Minerve, n'aurait pas dsir un autre modle. 
:- Elle me plat beaucoup, rpondit miss Nevil. Plus que vous, ajouta-t-elle en souriant, car elle est vraiment Corse, et vous tes un sauvage trop civilis. 
:- Non, mais depuis quelque temps vous tes sujet  ces accs d'humeur noire... Vous tiez plus aimable aux premiers jours de notre connaissance. 
:- C'est--dire que vous vous laisseriez mourir de faim ? J'en doute. Vous resteriez un jour sans manger, et puis mademoiselle Colomba vous apporterait un bruccio (1) si apptissant que vous renonceriez  votre projet. -- (1) Espce de fromage  la crme cuit. C'est un mets national en Corse. 
:- Mon frre, vous avez oubli votre pays. C'est  moi qu'il appartient de vous garder lorsque votre imprudence vous expose. J'ai d faire ce que j'ai fait. 
:- Les lches ! dit Colomba. Voyez, mon frre, dj il commencent  se garder ; ils se barricadent ! mais il faudra bien sortir un jour ! 
:- Lieutenant della Rebbia, vous n'tes pas  votre place de bataille, trois jours d'arrts. - Vos tirailleurs sont  cinq mtres trop loin de la rserve, cinq jours d'arrts. - Vous tes en bonnet de police  midi cinq minutes, huit jours d'arrts. 
:- Les plus mchants de notre pays ne sont pas ceux qui sont  la campagne (1). -- (1) Etre alla campagna, c'est--dire tre bandit. Bandit n'est point un terme odieux ; il se prend dans le sens de banni ; c'est l'outlaw des ballades anglaises. 
:Orso dtourna la tte, prit la lampe, et, sans rpondre, monta dans sa chambre. Alors Colomba donna poudre et provisions  l'enfant, et la reconduisit jusqu' la porte en lui rptant : 
:- Mon frre, dit Colomba d'un ton de clinerie, j'ai aussi quelque chose  vous offrir. Les habits que vous avez l sont trop beaux pour ce pays-ci. Votre jolie redingote serait en pices au bout de deux jours si vous la portiez dans le maquis. Il faut la garder pour quand viendra miss Nevil. 
:Et elle lui faisait endosser une large veste de velours vert ayant dans le dos une norme poche. Elle lui mettait sur la tte un bonnet pointu de velours noir brod en jais et en soie, de la mme couleur, et termin par une espce de houppe. 
:- Vous avez raison, mon frre, disait Colomba ; je sais bien ce qui me manque, et je ne demande pas mieux que d'tudier, surtout si vous voulez bien me donner des leons. 
:Un matin, aprs djeuner, Colomba sortit un instant, et, au lieu de revenir avec un livre et du papier, parut avec son mezzaro sur la tte. Son air tait plus srieux encore que de coutume. 
:L'enfant, tournant la tte  droite et  gauche, semblait chercher de quel ct elle pourrait se sauver, et sans doute elle se serait enfuie si elle n'et t retenue par le soin de conserver un gros paquet qu'on voyait sur l'herbe  ses pieds. 
:- Elle dit que ses Lucquois, qu'elle a pris pour dfricher, lui demandent maintenant trente-cinq sous et les chtaignes,  cause de la fivre qui est dans le bas de Pietranera. 
:- Les fainants !... Je verrai. - Sans faon, mon lieutenant, voulez-vous partager notre dner ? Nous avons fait de plus mauvais repas ensemble du temps de notre pauvre compatriote qu'on a rform. 
:- La belle vie que celle de bandit ! s'cria l'tudiant en thologie aprs avoir mang quelques bouches. Vous en tterez peut-tre un jour, monsieur della Rebbia, et vous verrez combien il est doux de ne connatre d'autre matre que son caprice. 
:- Si j'tais un coquin, poursuivit Brandolaccio, une canaille, un suppos, je n'aurais qu' ouvrir ma besace, les pices de cent sous y pleuvraient. 
:- Pas de btises, mon lieutenant, s'cria Brandolaccio en lui rendant les deux pices. Est-ce que vous me prenez pour un mendiant ? J'accepte le pain et la poudre, mais je ne veux rien autre chose. 
:Orso avait quitt ses honntes compagnons depuis un quart d'heure, lorsqu'il entendit un homme qui courait derrire lui de toutes ses forces. C'tait Brandolaccio. 
:- C'est un peu fort, mon lieutenant, s'cria-t-il hors d'haleine, un peu trop fort ! voil vos dix francs. De la part d'un autre, je ne passerais pas l'espiglerie. Bien des choses de ma part  mademoiselle Colomba. Vous m'avez tout essouffl ! Bonsoir. 
:- Mon frre, dit Colomba en lui versant du caf, vous savez peut-tre que Charles-Baptiste Pietri est mort la nuit passe ? Oui, il est mort de la fivre des marais. 
:- Orso, rpondit Colomba, chacun honore ses morts  sa manire. La ballata nous vient de nos aeux, et nous devons la respecter comme un usage antique. Madeleine n'a pas le don, et la Fiordispina, qui est la meilleure voceratrice du pays, est malade. Il faut bien quelqu'un pour la ballata. 
:- Crois-tu que Charles-Baptiste ne trouvera pas son chemin dans l'autre monde si l'on ne chante de mauvais vers sur sa bire ? Va  l veille si tu veux, Colomba ; j'irai avec toi, si tu crois que je le doive, mais n'improvise pas ; cela est inconvenant  ton ge, et... je t'en prie, ma soeur. 
:Pour Colomba,  la vue de l'homme  qui elle avait voil une haine mortelle, sa physionomie mobile prit aussitt une expression sinistre. Elle plit ; sa voix devint rauque, le vers commenc expira sur ses lvres... Mais bientt, reprenant sa ballata, elle poursuivit avec une nouvelle vhmence : 
:Deux ou trois jeunes gens mirent prcipitamment leur stylet dans la manche gauche de leur veste, et escortrent Orso et sa soeur jusqu' la porte de leur maison. 
:- Malheureusement je ne l'ai pas sur moi, mais vous l'aurez dans cinq minutes. Son pre a t souffrant. Nous avons craint un moment qu'il n'et gagn nos terribles fivres. Heureusement, le voil hors d'affaire, et vous en jugerez par vous-mme, car vous le verrez bientt, j'imagine. 
:Orso parcourut la lettre qui relatait en dtail les aveux de Tomaso, et Colomba lisait en mme temps par-dessus l'paule de son frre. 
:- Je vous ai fait part, monsieur, dit-il, des renseignements que j'ai reus. Je me retire, et je vous abandonne  vos rflexions. J'attendrai que votre raison vous ait clair, et j'espre qu'elle sera plus puissante que les... suppositions de votre soeur. 
:- Au moins, mon frre, s'cria Colomba les mains jointes, attendez jusqu' demain matin. Laissez-moi revoir les papiers de mon pre... Vous ne pouvez me refuser cela. 
:- Que diable lui veut-elle ? pensa Orso ; mais il se hta de dcacheter la lettre de miss Lydia, et, pendant qu'il lisait, Chilina montait auprs de sa soeur. 
:- C'est le prfet qui les a tous embobelins, le vieillard ; on n'a plus de courage aujourd'hui, et les jeunes gens se soucient du sang de leur pre comme s'ils taient tous des btards. 
:- De la part d'un misrable comme parat tre ce Bianchi, tout s'explique, dit Orso, tromp par l'air de modration de sa soeur. 
:- La lettre contrefaite, continua Colomba, dont les yeux commenaient  briller d'un clat plus vif, est date du 11 juillet. Tomaso tait alors chez son frre, au moulin. 
:Il y eut un moment d'tonnement gnral. Le maire plit visiblement ; Orso, fronant le sourcil, s'avana pour prendre connaissance des papiers que le prfet lisait avec beaucoup d'attention. 
:- On se moque de nous ! s'cria de nouveau Orlanduccio en se levant avec colre. Allons-nous-en, mon pre, nous n'aurions jamais d venir ici ! 
:- Monsieur Barricini, dit Orso avec une fureur concentre, je vous tiens pour un faussaire. Ds aujourd'hui j'enverrai ma plainte contre vous au procureur du roi, pour faux et pour complicit avec Bianchi. Peut-tre aurai-je encore une plainte plus terrible  porter contre vous. 
:- Orlanduccio, dit Orso, me parat un garon de courage et j'augure mieux de lui, monsieur le prfet. Il a t prompt  tirer son stylet, mais  sa place j'en aurais peut-tre agi de mme ; et je suis heureux que ma soeur n'ait pas un poignet de petite matresse. 
:- Vous pouvez me faire arrter, monsieur... c'est--dire si je me laisse prendre. Mais, si cela arrivait, vous ne feriez que diffrer une affaire maintenant invitable. Vous tes homme d'honneur, monsieur le prfet, et vous savez bien qu'il n'en peut rien autrement. 
:- Si vous faisiez arrter mon frre, ajouta Colomba, la moiti du village prendrait son parti, et nous verrions une belle fusillade. 
:- Au moins, monsieur le prfet, vous rendrez  ma soeur la justice de croire que ses convictions sont profondes ; et, j'en suis sr maintenant, vous les croyez vous-mme bien tablies. 
:Le prfet, aprs tre rest une heure chez l'adjoint du maire, aprs tre entr pour quelques minutes chez les Barricini, partit pour Corte, escort d'un seul gendarme. Un quart d'heure aprs, Chilina porta la lettre qu'on vient de lire et la remit  Orlanduccio en propres mains. 
:- Bah ! ces Anglais sont des gens singuliers. Elle me disait, la dernire nuit que j'ai passe dans sa chambre, qu'elle serait fches de quitter la Corse sans avoir vu une belle vendette. Si vous le vouliez, Orso, on pourrait lui donner le spectacle d'un assaut contre la maison de nos ennemis ? 
:- Les lches coquins ! s'cria-t-il, se venger sur une pauvre bte, lorsqu'ils n'osent me rencontrer en face ! 
:- Je suis le matre ici, ajouta-t-il d'un ton svre, et j'entends qu'on m'obisse. Le premier qui s'avisera de parler encore de tuer ou de brler, je pourrai bien le brler  son tour. Allons ! qu'on me selle le cheval gris. 
:- Comment, Orso, dit Colomba en le tirant  l'cart, vous souffrez qu'on nous insulte ! Du vivant de notre pre, jamais les Barricini n'eussent os mutiler une bte  nous. 
:- Comment, coquins ! s'cria Orso transport de fureur, vous imitez les infamies de nos ennemis ! Quittez-moi, misrables. Je n'ai pas besoin de vous. Vous n'tes bons qu' vous battre contre des cochons. Je jure Dieu que si vous osez me suivre je vous casse la tte ! 
:- Vos esprances ? Diantre ! espriez-vous faire mieux avec un fusil  deux coups ?... Ah  ! comment diable vous ont-ils touch ? Il faut que ces gaillards-l aient la vie plus dure que les chats. 
:- C'est pour vous que je parle, ma fille, dit le colonel ; et si je vous savais en sret dans l'htel d'Ajaccio, je vous assure que je serais fch de quitter cette le maudite sans avoir serr la main  ce brave della Rebbia. 
:- C'est moi qui l'ai donne  Orso, dit le colonel, et je voudrais la savoir au fond de la mer... C'est--dire... le brave garon ! je suis bien aise qu'il l'ait eue entre les mains ; car, sans mon Manton, je ne sais trop comment il s'en serait tir. 
:- Mais je vous assure que vous vous trompez ; le village ne peut pas tre de ce ct-l. Je parierais que nous lui tournons le dos. Tenez, ces lumires que nous voyons si loin, certainement c'est l qu'est Pietranera. 
:- Je suis sortie de Pietranera, poursuivit Colomba, sans tre remarque, parce que j'tais avec vous... autrement on m'aurait suivie... Etre si prs de lui et ne pas le voir !... Pourquoi ne viendriez-vous pas avec moi voir mon pauvre frre ? Vous lui feriez tant de plaisir ! 
:- L-bas ! rpondit le bandit. Mais avancez doucement : il dort, et c'est la premire fois que cela lui arrive depuis son accident. Vive Dieu ! on voit bien que par o passe le diable une femme passe bien aussi. 
:- J'ai accompagn votre soeur, dit miss Lydia... pour qu'on ne pt souponner o elle allait... et puis, je voulais aussi... m'assurer... Hlas ! que vous tes mal ici ! 
:Colomba s'tait assise derrire Orso. Elle le souleva avec prcaution et de manire  lui soutenir la tte sur ses genoux. Elle lui passa les bras autour du cou, et fit signe  miss Lydia de s'approcher. 
:- Plus prs ! plus prs ! dit-elle : il ne faut pas qu'un malade lve trop la voix. Et comme miss Lydia hsitait, elle lui prit la main et la fora de s'asseoir tellement prs, que sa robe touchait Orso, et que sa main, qu'elle tenait toujours, reposait sur l'paule du bless. 
:Aussitt elle se leva, et posant sans crmonie la tte d'Orso sur les genoux de miss Nevil, elle courut auprs des bandits. 
:- Si vous ne pouvez marcher, dit Brandolaccio, il faudra que je vous porte. Allons, mon lieutenant, un peu de courage ; nous aurons le temps de dcamper par le ravin, l derrire. Monsieur le cur va leur donner de l'occupation. 
:- Le prfet ? vous lui rpondrez qu'il se mle de sa prfecture. Votre pre ?...  la manire dont vous causiez avec Orso, j'aurais cru que vous aviez quelque chose  dire  votre pre. 
:- Eh bien ! Ors' Anton', dit le plus g des bandits au jeune homme, voil votre affaire finie. Ordonnance de non-lieu. Mes compliments. Je suis fch que l'avocat ne soit plus dans l'le pour le voir enrager. Et votre bras  ? 
:- Ma chre Colomba, dit le colonel, nous ne reviendrons jamais  Pise  temps pour notre luncheon. Est-ce que vous n'avez pas faim ? Voil Orso et sa femme dans les antiquits ; quand ils se mettent  dessiner ensemble, ils n'en finissent pas. 
:- Mon avis serait, continua le colonel, que nous allassions  cette petite ferme l-bas. Nous y trouverons du pain, et peut-tre de l'alealico, qui sait ? mme de la crme et des fraises, et nous attendrons patiemment nos dessinateurs. 
