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:Il m'aperut, et, avant que personne et pu lui demander aucune explication :
:"Tiens, dit-il, j'ai trouv a dans ton grenier. Tu n'y avais donc jamais regard ?"
:L'arrive d'Augustin Meaulnes, qui concida avec ma gurison, fut le commencement d'une vie nouvelle.
:Et c'est l que tout commena, environ huit jours avant Nol.
:Le plus jeune des Roy, qui allait aux champs mont sur sa truie au triple galop, criait : "Moi ! Moi !" d'une voix perante.
:Demain, rpondis je, avec ma grand'mre, j'irai les chercher en voiture au train de 4 h 2.
:La conversation finit l. De nouveau la boutique fut un endroit plein d'tincelles et de bruit, o chacun ne pensa que pour soi.
:"C'est de ce garon que vous tes en peine ?" dit-elle enfin.
:C'taient bien deux voitures arrtes, le cheval de l'une attach derrire l'autre. Un homme avait saut  terre et hsitait...
:Nous tions l, stupfaits. Mon pre s'approcha. Il claira la carriole avec sa lampe.
:"Il n'y a aucune trace de voyageur, poursuivit l'homme. Pas mme une couverture. La bte est fatigue ; elle boitille un peu".
:"Mais oui, il a t chez sa mre. Allons, dors. Ne t'inquite pas !
:Et, satisfait, il teignit sa lumire et se tourna dans son lit pour dormir.
:Il s'avana jusqu' la chaire et dit, du ton trs assur de quelqu'un qui rapporte un renseignement :
:Je pense qu'Augustin tait dans cet tat de fatigue o la colre monte et vous surprend sans qu'on puisse la contenir.
:"Oh ! cria-t-il. Parce que tu es rest trois jours chapp, tu crois que tu vas tre le matre maintenant ?"
:"Tu vas te laisser !" dit-il, les narines gonfles, secouant la tte comme un blier.
:"Il ne peut plus rien supporter maintenant. Il fait le malin. Il s'imagine peut-tre qu'on ne sait pas o il a t !"
: -- Imbcile ! Je ne le sais pas moi-mme", rpondit Meaulnes, dans le silence dj grand.
:Puis, haussant les paules, la tte dans les mains, il se mit  apprendre ses leons.
:C'est l que nous nous retrouvmes, Augustin et moi, le soir de ce mme jour d'hiver.
:Enfin une nuit, vers le 15 fvrier, ce fut lui-mme qui m'veilla en me posant doucement la main sur l'paule.
:Meaulnes, sans mot dire, remisa sous le hangar la bche et la pioche qu'il avait sur l'paule...
: -- Eh bien, nous irons en voiture, cet t, ds que les journes seront longues".
:"Excusez-moi, ma pauvre dame, dit le grand garon, je crois bien que j'ai mis le pied dans vos chrysanthmes".
: -- Eh bien, le boulanger du Vieux-Nanay, rpondit la femme avec tonnement.
: -- C'est  quelle distance d'ici, au juste, Le Vieux-Nanay ? poursuivit Meaulnes trs inquiet.
:Mais Meaulnes, compltement drout, l'interrompit pour dire :
:"Le Vieux-Nanay serait-il le bourg le plus rapproch d'ici ?"
:Pour s'y reconnatre, il grimpa sur le talus d'o il avait saut.
:"Voil la sente dont le vieux m'a parl", se dit Augustin.
: -- Et si Frantz rentrait ds ce soir, avec sa fiance ?
:"Tiens, dit le premier, tu n'as pas mme ferm la fentre. Le vent a dj teint une des lanternes. Il va falloir la rallumer.
: -- O ! l l ! rpondit le "comdien", voyag ? Oui, j'ai voyag ! Mais je n'ai rien vu ! Que veux-tu voir dans une roulotte ?"
:Aprs un moment de rflexion amre et risible  la fois, il s'approcha de son partenaire et lui confia, les deux bras carts :
:Il ajouta, sur le ton d'un boniment forain, avec une dernire rvrence :
: -- Tais-toi, tu me ferais mettre en colre", rpondait l'autre du ton le plus tranquille.
:"Voil sans doute ce qu'on appelle une jeune fille excentrique -- peuttre une actrice qu'on a mande pour la fte".
: -- Comment ? Quel tait ce nom ?" fit-elle, toujours avec la mme gravit.
:Ils arrivaient en vue de l'embarcadre. Elle s'arrta soudain et dit pensivement :
:Il ravala d'un coup toute cette peine d'enfant, puis, regardant toujours fixement la fentre, il reprit d'une voix altre :
:"Je vais m'apprter pour repartir, dit-il. Qu'on ne me drange pas".
:Il plaa sur la table divers objets, un ncessaire de toilette, un pistolet...
: et, s'enveloppant dans sa plerine comme s'il avait trs froid, disparut. C'tait Franz Galais.
: -- O vas-tu, mon garon ? rpondit l'autre qui ne le reconnaissait plus.
:"Il va falloir descendre ici. Le jour se lve. Nous allons prendre la traverse. Vous tes tout prs de Sainte-Agathe".
:Et nous entendions l'cho de leurs cris rsonner dans les salles de classe vides, dont ils avaient ouvert les fentres.
:Enfin, sans hsiter, ils s'engagrent dans la rue qui menait chez la Muette, et je criai  Meaulnes :
:"Cette fois nous l'avons. Voil le plan ! Voil le guide ! Nous allons voir si ce monsieur est bien all o je l'imagine..."
:"Il n'ira pas trs loin avec ce plan-l", dit Meaulnes en se levant.
:Et nous repartmes lentement, car il boitait un peu. Nous retrouvmes sur le chemin de l'glise M. Seurel et le pre Pasquier :
:Grce  la nuit profonde ils ne s'aperurent de rien. Le boucher nous quitta et M. Seurel rentra bien vite se coucher.
: -- Je n'en sais rien", rpondit Meaulnes d'un ton bourru, sans lever la tte.
:Alors le grand Meaulnes ne sut plus rsister. Il baissa la tte, mit ses mains sur ces cuisses et me cria :
:Le garon hsita un instant, comme si jamais il ne s'tait inquit de ce dtail.
:"Mais, rpondit-il, de ce que nous avons gagn l'automne prcdent, je pense. C'est Ganache qui rgle les comptes".
:Ils arrivrent ainsi dans le coin le plus obscur de la salle, pour dplacer la dernire table.
:La dernire table fut dplace sans que rien arrivt.
: -- Ces compagnons-l vous ont dj trahi, dis-je.
:Et nous jurmes, car, enfants que nous tions, tout ce qui tait plus solennel et plus srieux que nature nous sduisait.
:Et il rebroussa chemin vers l'glise, dans le mme silence nocturne.
:Jasmin, qui avait reconnu l'allure de Ganache, s'avana soudain dans la lumire et demanda  mi-voix :
: -- Ce sont prcisment ces deux lieues-l qui manquent sur ta carte.
:"Hop ! Hola ! Giraudat ! Delouche ! O tes-vous ?... Y en a-t-il ?... En avez-vous trouv ?..."
:Cette fois, je suis all jusqu' la maison de Baladier, et je n'ai rien trouv.
: -- Il ne pleuvait pas et je n'avais pas envie de lire, rpondit Meaulnes, je ne pensais qu' regarder le pays".
:Au premier instant, -- j'tais si jeune encore ! -- je considrai cette nouveaut comme une fte.
: -- Ds que tu l'auras trouve l-bas, tu m'criras, n'est-ce pas ? demandai-je.
: -- C'est promis, bien sr. N'es-tu pas mon compagnon et mon frre ?..."
:Le temps s'levait un peu. On et dit que le soleil allait se montrer.
:"Viens avec nous, Franois !" cria Jasmin, qui devait savoir dj que Meaulnes tait parti.
:"Il aurait d, ajoute l'un d'eux, nous en parler et nous montrer son plan au lieu de confier cela  un bohmien !..."
:La premire m'arriva ds le surlendemain de son dpart.
:Hlas ! ce fut ce jour-l comme les autres fois...
:Ci-gt le chevalier Galois Fidle  son Dieu,  son Roi,  sa Belle
:Alors Jasmin continua de dcrire ce chteau, comme s'il y avait pass sa vie.
:Tiens, mais, j'y pense, dit-il, c'est l que Meaulnes -- tu sais, le grand Meaulnes ? -- avait d aller.
:Ce fut, je crois bien,  dater de ce soir-l que mon genou cessa dfinitivement de me faire mal.
:Ds le soir de mon arrive au Vieux-Nanay, j'avais interrog mon oncle Firmin sur le Domaine des Sablonnires.
:"J'enseignerais, moi aussi, dit-elle, si M. de Galais voulait ! J'enseignerais les petits garons, comme votre mre..."
:"J'ai toujours t bte et toujours malheureuse", disait-elle sans amertume mais de sa voix de fausset.
:"Celui-l, disait-elle, les Prussiens lui ont cass les anses, en soixante-dix, parce qu'ils ne pouvaient pas l'emporter".
:"Mon affaire est bonne, me voil terroris pour toute la nuit, comme il y a dix ans !..."
:Et j'coutai. Elle hochait la tte, regardant droit devant soi comme si elle se ft racont l'histoire  elle-mme :
:Il se leva, ds qu'il m'eut reconnu, mais non pas avec la prcipitation que j'avais imagine :
: -- De cela. Et peut-tre aussi d'une faute  rparer. Les deux en mme temps..."
:"Il faut tout de suite dcommander ton voyage, dis-je avec impatience. Allons avertir ta mre..."
:"Ah ! trs bien", fit-elle, en hochant la tte, comme si ces nouvelles eussent confirm toutes ses prvisions.
:"Allons, bon ! Il court, maintenant...", fit Meaulnes, comme si vraiment cette audace-l dpassait toutes les autres !
:Et cette fois je ne pus m'empcher de rire. Meaulnes aussi ; mais ce ne fut qu'un clair.
:Il recommena de guetter. Mais,  la fin, incapable de supporter plus longtemps cette attente intolrable :
:Mais avant que j'eusse pu rien dire, la jeune fille s'avanait vers lui avec une dcision et une gravit surprenantes :
:"Nous avions fait quelques tours cet aprs-midi, rpondis-je. Mais cela est bien monotone et nous avons t vite fatigus.
: -- Le courant est trop fort, nous risquerions d'tre emports.
:Mlle de Galais et moi, nous ne pmes nous empcher de sourire tristement : elle se dcida  lui expliquer :
:Lorsqu'il releva la tte, presque tout le monde tait l rassembl, mais il ne vit personne. Il tait fch rouge.
:"Tais-toi donc ! C'est ta faute encore. Je t'ai vu tirer btement sur sa longe pour le dgager".
: -- Ah ! il est  vous ?" dit Meaulnes un peu calm, trs rouge, en tournant la tte de ct vers le vieillard.
:"Peut-tre que de l'eau frache... En le baignant dans le gu...
:Je pense : "Ils sont heureux enfin. Meaulnes est l-bas prs d'elle..."
:Et savoir cela, en tre sr, suffit au contentement parfait du brave enfant que je suis.
:Je le regarde. Il me fait signe de ne pas bouger ; et, lui-mme, la tte incline, le sourcil fronc, il coute...
:Mais il ne voulait rien entendre. D'une voix assourdie par les larmes, malheureux, entt, colre, il reprenait :
: -- Il russira, n'est-ce pas ? Vous en tes sr ? me demanda-t-il en claquant des dents.
:Plus tard, j'ai su par le menu dtail tout ce qui s'tait pass lbas...
:"Le feu menace de s'teindre" dit Mlle de Galais, et elle voulut prendre une bche dans le coffre.
:Mais Meaulnes se prcipita et plaa lui-mme le bois dans le feu.
:Mais il ne tournait pas mme la tte. Alors, persuad que cela seulement pourrait le retenir :
:Il s'arrta enfin. Haletant et sans me laisser le temps de prparer ce que je pourrais dire :
:"Ces enfants-l me connaissent bien. Je joue avec eux. Cette couve de petits poulets tait  nous..."
:Mais elle, sans arrire-pense, sans regret, ni remords, ni rancune, elle avait rpondu avec un beau sourire de bonheur :
:Prenant ce soupir pour un regret, un reproche touff, je commenais  dire lentement :
:"Tant de folies dans une si noble tte ! Peut-tre le got des aventures plus fort que tout..."
: -- Yvonne, dis-je tout bas, vous saviez bien que vous tiez ce bonheurl, cette jeune fille-l.
:Elle se levait. Je pris dans la mienne sa main fivreuse, puis son bras, et nous remontmes l'alle dans l'obscurit profonde.
:Il ouvrit les rideaux et je vis une rouge petite figure bouffie, un petit crne allong et dform par les fers :
:Je dcouvrais l comme un monde ignor. Je me sentais le coeur gonfl d'une joie trange que je ne connaissais pas auparavant...
: -- Chut ! chut ! -- me rpondit-il tout bas, l'air fch. La petite fille a failli mourir cette nuit. Et la mre est trs mal".
:"Si je n'tais pas l jeudi, a-t-elle dit, revenez vendredi  la mme heure, puis samedi, et ainsi de suite, tous les jours".
:J'ai balbuti. Je ne sais pas ce que j'ai rpondu. Peut-tre ai-je dit :
:Ds qu'elle fut habille, Meaulnes revint prs de la jeune fille.
: -- Moi, c'est ma mre qui m'a enseign cela", dit Valentine.
:17 juin. -- L'aprs-midi de ce dernier jour commena mal.
: -- C'tait mon ami le meilleur, c'tait mon frre d'aventures, et voil que je lui ai pris sa fiance !
:Il avait d glisser le cahier en hte sous les autres, refermer  clef son ancienne petite malle d'tudiant, et disparatre.
:J'tais l silencieux et affair lorsque soudain j'entendis la grille s'ouvrir, un pas crier sur le gravier.
